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--Mon lieutenant est mort hier...

Je compris qu'il voulait dire: «C'est vous qui devez le

remplacer, et vous n'en êtes pas capable.» Un mot piquant

me vint sur les lèvres, mais je me contins.

[5]La lune se leva derrière la redoute de Cheverino, située

à deux portées de canon de notre bivac. Elle était large

et rouge comme cela est ordinaire à son lever. Mais, ce

soir-là elle me parut d'une grandeur extraordinaire. Pendant

un instant, la redoute se détacha en noir sur le disque

[10]éclatant de la lune. Elle ressemblait au cône d'un volcan

au moment de l'éruption.

Un vieux soldat, auprès duquel je me trouvais, remarqua

la couleur de la lune.

--Elle est bien rouge, dit-il; c'est signe qu'il en coûtera

[15]bon pour l'avoir, cette fameuse redoute! J'ai toujours

été superstitieux, et cet augure, dans ce moment surtout,

m'affecta. Je me couchai, mais je ne pus dormir. Je me

levai, et je marchai quelque temps, regardant l'immense

ligne de feux qui couvrait les hauteurs au delà du village

[20]de Cheverino.

Lorsque je crus que l'air frais et piquant de la nuit avait

assez rafraîchi mon sang, je revins auprès du feu; je

m'enveloppai soigneusement dans mon manteau, et je

fermai les yeux, espérant ne pas les ouvrir avant le jour.

[25]Mais le sommeil me tint rigueur. Insensiblement mes

pensées prenaient une teinte lugubre. Je me disais que je

n'avais pas un ami parmi les cent mille hommes qui couvraient

cette plaine. Si j'étais blessé, je serais dans un hôpital,

traité sans égards par des chirurgiens ignorants. Ce que

[30]j'avais entendu dire des opérations chirurgicales me revint

à la mémoire. Mon coeur battait avec violence, et machinalement

je disposais, comme une espèce de cuirasse,

Contes Français · 第 11 / 396 题