(_Document nº 42_)
«Ceci est mon testament.
«J'ai hérité de mes parents quinze millions; ces quinze millions, à
travers bien des vicissitudes, je les ai toujours religieusement
conservés.
«Je ne possède rien autre.
«Après ma mort, ces quinze millions deviennent la propriété légale de
mes héritiers, et leur seront remis par mon exécuteur testamentaire,
afin que mes héritiers se les partagent.
«Je veux mourir dans la religion catholique qui est la mienne; je ne
veux pas qu'on fasse mon autopsie; je veux être enterré de grand matin
sans aucune pompe.
«A part mon neveu Albert et ma maison, je défends qu'on suive ma
dépouille.
«Que Dieu protège la Belgique et daigne dans sa bonté m'être
miséricordieux.
«Bruxelles, le 20 novembre 1907.
«Signé: LÉOPOLD.»
On a beaucoup écrit sur ce testament. L'affirmation: «Je ne possède rien
autre» que les quinze millions déclarés, a fait couler des flots
d'encre.
Elle s'est trouvée d'elle-même sans fondement au décès du Roi, puisque,
dans l'abondance de biens de toute sorte qu'on a trouvés, l'Etat belge
n'a pu s'empêcher de qualifier d'incertains ou «litigieux» des titres et
sommes qu'il n'a pas cru devoir s'attribuer, et qu'il a laissés à mes
soeurs et à moi. Ces titres et sommes ont presque doublé la fortune
indiquée pour nous par notre père.
Qu'on ne dise pas: «C'était considérable.» C'est vrai en soi. Mais il ne
faut pas oublier que tout est relatif, et que, si j'explique ici une
affaire de succession unique dans l'Histoire, ce n'est nullement par
avidité d'héritage. C'est, j'y insiste, simplement pour défendre un
principe de Droit, et éclairer dans la mesure de mes faibles moyens un
débat d'intérêt général, embrouillé et obscurci à plaisir.
Le second testament, reproduit ci-dessous, ne fait que préciser
l'intention du premier: