_Le Ministre de l'Intérieur et de l'Agriculture_: F. SCHOLLAERT.
_Le Ministre de la Justice_: Léon DE LANTSHEERE.
_Le Ministre des Affaires Etrangères_: J. DAVIGNON.
_Le Ministre des Finances_: J. LIEBAERT.
_Le Ministre des Sciences et des Arts_: Baron DESCAMPS.
_Le Ministre de l'Industrie et du Travail_: Arm. HUBERT.
_Le Ministre des Travaux Publics_: A. DELBEKE.
_Le Ministre des Chemins de Fer, Postes et Télégraphes_: G.
HELLEPUTTE.
_Le Ministre de la Guerre_: J. HELLEBAUT.
_Le Ministre des Colonies_: J. RENKIN.
Des signataires de cette émouvante proclamation, certains ont disparu,
certains sont toujours de ce monde.
A ceux qui ne sont plus et à ceux qui sont encore, je dis:
«Vous avez écrit et signé que la création de l'Etat africain fut
l'oeuvre _personnelle_ du Roi. Donc, dans sa personne, vous avez compris
l'homme, le chef de famille--et, par voie de conséquence, sa famille
elle-même; ou bien le mot _personnel_ n'a plus de sens... Et, en effet,
soudain, il n'a plus eu de sens. Le Roi, devenu une entité sans attaches
terrestres, a enrichi la Belgique, à l'exclusion de ses enfants déclarés
inexistants.
«Vous avez écrit et signé que la Patrie en deuil se devait d'honorer
dignement Celui qui disparaissait...
«Et comment, avec ou sans vous, l'a-t-on honoré?
«En continuant la fondation Niederfullbach et autres créations du génial
bienfaiteur?
«Oh! nullement:
«On a liquidé, réalisé, détruit, abandonné ce qu'il avait conçu et
ordonné. Je ne veux pas entrer dans le détail de ce qui s'est passé. Je
ne veux pas descendre à la tristesse des dessous de Niederfullbach et
autres oeuvres du Roi, du jour où elles ont cessé d'être en ses mains.
Je resterai sur le terrain de la faute morale qui me touche le plus.
«Onze ans après la mort du «grand Roi», où est le monument érigé à sa
mémoire? Où en est le projet?
«Les Ostendais, qui lui doivent la fortune et la beauté de leur ville,
n'ont pas même osé donner l'exemple de la reconnaissance. Ils ont craint
d'indisposer les ingrats de Bruxelles, qui préfèrent le silence.
«Dois-je penser que Léopold II était trop grand et que son ombre gêne?»
Sa volonté à l'égard du Congo et à l'égard de ses héritières s'est
affirmée dans trois documents qu'on trouvera ci-dessous:
Premièrement, celui-ci:
LETTRE EXPLICATIVE DU ROI, EN DATE DU 3 JUIN 1906, AYANT FORME
TESTAMENTAIRE
(_Annexe à la pièce nº 46 du Recueil des Documents produits par l'Etat
belge_)
«J'ai entrepris, il y a plus de vingt ans, l'oeuvre du Congo dans
l'intérêt de la civilisation et pour le bien de la Belgique. C'est la
réalisation de ce double but que j'ai entendu assurer en léguant en
1889 le Congo à mon pays.
«Pénétré des idées qui ont présidé à la fondation de l'Etat
Indépendant et inspiré l'Acte de Berlin, je tiens à préciser, dans
l'intérêt du but national que je poursuis, les volontés exprimées dans
mon testament.
«Les titres de la Belgique à la possession du Congo relèvent de ma
double initiative, des droits que j'ai su acquérir en Afrique et de
l'usage que j'ai fait de ces droits en faveur de mon pays.
«Cette situation m'impose l'obligation de veiller d'une manière
efficace, conformément à ma pensée initiale et constante, à ce que mon
legs demeure pour l'avenir utile à la civilisation et à la Belgique.
«En conséquence, je définis les points suivants en parfaite harmonie
avec mon immuable volonté d'assurer à ma patrie bien-aimée les fruits
de «l'oeuvre que, depuis de longues années, je poursuis dans le
continent africain avec le concours généreux de beaucoup de Belges».
«En prenant possession de la souveraineté du Congo avec tous les
biens, droits et avantages attachés à cette souveraineté, mon
légataire assumera, comme il est juste et nécessaire, l'obligation de
respecter tous les engagements de l'Etat légué _vis-à-vis des tiers,
et de respecter de même tous les acte par lesquels j'ai pourvu à
l'attribution de terres aux indigènes, à la dotation d'oeuvres
philanthropiques ou religieuses; à la fondation du domaine national,
ainsi qu'à l'obligation de ne diminuer par aucune mesure l'intégrité
des revenus de ces diverses institutions, sans leur assurer en même
temps une compensation équivalente_. Je considère l'observation de ces
prescriptions comme essentielle pour assurer à la souveraineté au
Congo les ressources et la force indispensables à l'accomplissement de
sa tâche.
«_En me dépouillant_ volontairement du Congo et de ses biens en faveur
de la Belgique, je dois, à moins de ne pas faire oeuvre nationale,
m'efforcer d'assurer à la Belgique la perpétuité des avantages que je
lui lègue.
«Je tiens donc à bien déterminer que le legs du Congo fait à la
Belgique devra toujours être maintenu par elle dans son intégrité. En
conséquence, le territoire légué sera inaliénable dans les mêmes
conditions que le territoire belge.
«Je n'hésite pas à spécifier expressément cette inaliénabilité, car je
sais combien la valeur du Congo est considérable et j'ai, partant, la
conviction que cette possession ne pourra jamais coûter de sacrifices
durables aux citoyens belges.
«Fait à Bruxelles, le 3 juin 1906.
«LÉOPOLD.»
Nul de sincère ne niera, ayant lu cela, que le Roi parle du Congo comme
d'une propriété privée dont il se «dépouille», et qu'il donne à la
Belgique, ce qui est parfaitement son droit, de même que le droit de la
Belgique est de recevoir ce présent royal.
Mais il n'y a pas de droit sans devoir.
Je ne demande pas s'il était ensuite du devoir de l'Etat belge de
m'accabler, exilée, prisonnière, calomniée, méconnue; de me dénier la
nationalité belge; de mettre sous séquestre un peu d'argent demeuré pour
moi en Belgique.
Ceci, je l'ai dit, fut, je crois, l'effet fatal d'une mesure générale,
mal interprétée, peut-être, par un fonctionnaire maladroit.
Je ne m'y arrête pas, et demande seulement si l'Etat belge attesterait,
aujourd'hui, qu'il a rempli les conditions à lui imposées par son
bienfaiteur, et notamment «l'obligation de respecter... l'intégrité du
revenu des diverses institutions» instituées par le Roi en faveur du
Congo.
Attendons une réponse, et arrivons aux testaments proprement dits.