_Les Loix Civiles deffendent le mariage des Eunuques._
Comme le mariage d'un Eunuque ne peut pas subsister, il a été de la
prudence des Législateurs de ne point permettre qu'il fût contracté.
L'honnêteté publique, ni la Justice, ne veulent pas qu'on laisse faire
des choses qu'elles ne peuvent pas laisser subsister; [214]_Dirimunt
matrimonium contractum, impendiunt matrimonium contrahendum_ C'est une
maxime que les Canonistes qui ont écrit sur le chapitre unique _de
Sponsalibus & Matrimoniis_ ont solidement établie. [215]Elle est conforme
à la disposition du Droit Civil, il deffend de faire les fiançailles
avec les personnes entre lesquelles il empêche de contracter mariage.
_Quamvis_, dit-il, _verbis orationis cautum sit, ne uxorem tutor
pupillam suam ducat, tamen intelligendum est ne desponderi quidem posse;
Nam cum quâ nuptiæ contrahi non possunt, hæc plerùmque ne quidem
desponderi potest. Nam quæ duci potest, jure despondetur_; l'argument
est à peu près pareil, _a Nuptiis permissis ad sponsalia permissa; ab
iisdem prohibitis ad eadem sponsalia interdicta; à matrimonio valido ad
matrimonium contrahendum; & ab eodem invalido ad idem interdicendum_.
Puis que le Contract de mariage & les solemnitez qui se font ensuite, ne
sont & ne marquent autre chose qu'une promesse qui est faite entre deux
personnes, de se rendre les devoirs de mari & de femme, il est manifeste
que ceux qui ne peuvent pas se les rendre ne doivent pas se marier, &
que les mêmes raisons qui dissoudroient le mariage s'il étoit contracté,
doivent empêcher qu'on ne le laisse contracter en effet; L'Empereur Leon
qui a décidé nettement le cas[216], est allé bien plus loin; car non
seulement il a deffendu aux Eunuques de se marier, mais même il a
prononcé & donné une peine contre ceux qui se marieroient, & contre
celui qui les épouseroit; c'est dans la Constitution 98. qui a pour
tître, _de poena Eunuchorum si uxores ducant_; Le motif de cette
ordonnance est très beau, c'est, dit-elle, que ce mariage n'étant rien
de réel, on ne peut sérieusement l'accompagner des Cérémonies Sacrées
qui font une partie de l'essence du mariage. Elle mérite d'être lûë
toute entiére, & je la rapporterois sans en rien obmettre, si elle
n'étoit un peu trop longue par rapport à la bréveté de cet Ouvrage; mais
voici à quoi elle aboutit, _propterea sancimus_, dit-elle, _ut si quis
Eunuchorum ad matrimonium procedere comperiatur, & ipse stupri poenæ
obnoxius sit, & qui sacerdos istiusmodi conjonctionem profanato
sacrificio perficere ausus fuerit Sacerdotali dignitate
denudetur_. [217]L'Histoire dit qu'Auguste mit ordre à la confusion avec
laquelle on avoit accoûtumé de voir les Jeux, il assigna à chacun la
place qui lui étoit dûë, les hommes mariez entr'autres, ceux même de
basse condition y avoient la leur. [218]Mais Martial nous apprend que les
Eunuques n'osoient pas s'asseoir sur leurs bancs, ni se mêler parmi eux.
Voici comme il parle à Dydime, qui d'un ton superbe parloit des Edits de
Domitien concernant les Théatres, & de l'espérance qu'il avoit qu'ils
seroient observez.
_Spadone cùm sis eviratior fluxo_
_Et concubino mollior Celenæo,_
_Quem sectus vlulat matris Entheæ Gallus,_
_Theatra loqueris & gradus & Edicta_
_Trabeasque & Idus fibulasque censusque,_
_Et pumicata pauperes manu monstras._
_Sedere in equitum liceat an tibi scamnis_
_Videbo, Didyme: non licet maritorum._
Ce Didyme avoit une femme, cependant on ne le considéroit pas comme un
homme marié, parce qu'il étoit Eunuque. La Constitution de l'Empereur
Leon n'étoit pas encore donnée, car on peut dire que depuis ce tems il
n'y a point d'éxemple qu'aucun Eunuque ait eu la permission de se
marier, excepté celui de Saxe Gotha dont je parlerai dans la suite.
Toutes les Sociétez Ecclésiastiques ne se sont pas contentées
d'improuver & de blâmer ces sortes de mariages, elles les ont même
expressément deffendus.