C'est de l'Amérique du Sud que nous en est venue la nouvelle: le célèbre
danseur qui, il y a quelques années, a révélé aux Parisiens,
d'inoubliable façon, les grâces imprévues, les langueurs et les
frénésies des ballets russes, et qui, depuis, renouvelait pour eux à
chaque saison le miracle de ses souples jeux, Nijinsky s'est marié. Il
s'était rendu, l'été dernier, en Argentine, pour y donner une série de
représentations impatiemment attendues. Les loisirs de la longue
traversée le rapprochèrent d'une jeune artiste de sa troupe, Mlle
Pulska, qui, appartenant à une riche famille russe, s'était sentie
poussée, voici un an seulement, vers le théâtre, par une irrésistible
vocation chorégraphique. Lorsqu'ils débarquèrent à Buenos-Ayres, ils
étaient fiancés.
[Illustration: Nijinsky et sa jeune femme sortant de l'église
Saint-Michel, à Buenos-Ayres.--_Phot. Baudoin._]
Les grands ténors, illustres dans les deux mondes, avaient seuls coutume
jusqu'à présent de bénéficier, dans les affaires de leur vie privée,
d'un succès de curiosité: cette fois-ci, ce fut un danseur qui l'obtint.
Et le mariage de Nijinsky fut un événement à Buenos-Ayres. La cérémonie
religieuse eut lieu, le 10 septembre, en l'église Saint-Michel, celle
qu'élit de préférence l'aristocratie argentine en semblables occasions.
Notre photographie montre le couple dont l'union vient d'être célébrée:
dans le jeune homme à la stricte élégance qui apparaît sur cette image,
on reconnaîtra, après un peu d'hésitation peut-être, celui qui a si
souvent émerveillé les Parisiens par ses bonds harmonieux, le Vestris
slave, le prestigieux créateur de l'_Oiseau de feu_, de _Schéhérazade_
et de _Pétrouchka_.