_(Voir notre gravure en première page.)_
L'aviateur Daucourt et son compagnon M. Roux continuent triomphalement
leur randonnée vers le Caire.
Nous avons laissé les deux hardis voyageurs sur la route d'Augsbourg à
Munich. Trois jours plus tard, ils arrivaient à Vienne. Après avoir
attendu en vain le beau temps, ils quittent la capitale de l'Autriche le
2 novembre à 10 heures du matin, et, pendant 300 kilomètres, ils volent
en plein brouillard. A 2 heures de l'après-midi ils atterrissent à
Budapest; une réception enthousiaste leur est faite par l'Aéro-Club de
Hongrie et par la colonie française.
Nos compatriotes s'engagent ensuite dans les gorges encaissées du
Danube; ils passent au-dessus des Portes de Fer, et, après un vol de 400
kilomètres, sans escale, ils se reposent à Craïova. Le lendemain, pour
la première fois, le soleil est magnifique; en deux heures, ils
franchissent les 250 kilomètres qui les séparent de Bucarest: trois
aéroplanes militaires roumains, venus au-devant d'eux, les escortent
jusqu'au champ d'aviation, où les attend le prince Bibesco. Même accueil
enthousiaste à Varna dont les habitants n'ont pas encore vu d'aéroplane;
un régiment bulgare musique en tête vient saluer le départ de nos
aviateurs. Poussés vers le large par un vent de tempête, les voyageurs
atterrissent à Podima, village de pêcheurs, situé non loin des lignes de
Tchataldja. Personne ne peut les comprendre, et les paysans, les prenant
pour des Bulgares, se montrent défiants. Enfin, tout s'arrange. Le temps
se calme, l'avion reprend son vol et vient se poser à San Stefano devant
le consul général de France qu'entourent le préfet de Constantinople et
les officiers aviateurs ottomans.
Les autorités turques rivalisent d'attentions délicates pour les
courageux Français. Le sultan, prévenu de leur présence à la cérémonie
du baise-main, envoie le grand maître des cérémonies les féliciter; les
deux touristes déjeunent à l'ambassade de France, dînent chez le maire
de Péra, sont reçus par le gouverneur militaire de Constantinople.
Si, comme il faut l'espérer, aucun accident ne vient interrompre ce raid
merveilleux, nous retrouverons bientôt l'oiseau de France à Beyouth.