Voyons maintenant comment, vers 1230, les architectes bourguignons

procédaient dans le tracé de profils d'arcs de voûtes remplissant le

même objet que les précédents; comment la différence de qualité des

matériaux employés, le sentiment propre à cette province, faisaient

interpréter les méthodes déjà admises dans l'Ile-de-France. Voici (fig.

20), en A, un arc-doubleau de bas côté; en B, une archivolte; en C, un

arc-doubleau de grande voûte; en DD', des arcs ogives, et en E, un

formeret de l'église de Semur en Auxois[361].

Pour l'arc-doubleau A, la ligne _ab_ est à 45°, la ligne _cd_ à 30°.

Tous les centres sont posés sur ces lignes. La ligne de base du profil

_ef_ ayant été divisée en cinq parties, une de ces parties a donné le

diamètre du cavet inférieur et du boudin inférieur _a_. Ici, les courbes

sont larges, les évidements prononcés, les matériaux très-résistants

(pierre de Pouillenay), se prêtant à des tailles profondes et

puissantes. Dans l'archivolte B, les centres des cavets et boudins sont

posés sur des lignes à 60°. Dans l'arc-doubleau C et les arcs ogives

DD', les centres sont posés sur des lignes à 45°. Dans le formeret E,

sur une ligne à 60°. La largeur de ces profils contraste avec la

délicatesse et la recherche de ceux adoptés dans l'église de

Saint-Denis, bien que l'église de Semur en Auxois soit d'une dimension

petite, relativement à celle de l'abbaye du domaine royal. La méthode

des tracés est encore incertaine quant aux détails, et procède beaucoup

du sentiment, quoique, pour la donnée générale, elle se conforme aux

éléments établis dans l'Île-de-France; mais dans l'architecture de

Bourgogne, soit qu'il s'agisse de la structure, de la composition des

masses, des profils ou de l'ornementation, on remarque toujours une

certaine liberté, une hardiesse et une part considérable laissée au

sentiment, qui donnaient à cette école un caractère particulier.

Les architectes bourguignons reconnaissent les règles et les méthodes de

l'école laïque de l'Île-de-France, mais ils les soumettent à leur

caractère local. Ils admettent la grammaire et la syntaxe, mais ils

conservent des tournures et une _prononciation_ qui leur sont propres.

La grande école clunisienne et la nature des matériaux calcaires du pays

laissaient une trace ineffaçable de leur influence sur les formes de

l'architecture bourguignonne du XIIIe siècle. Il en est tout autrement

en Champagne: dans cette province, les matériaux sont d'une faible

résistance, rares sur une grande partie du territoire, et ne pouvant

permettre des hardiesses de tracés. Aussi les profils de l'architecture

de Champagne, dès l'époque romane et à dater du commencement du XIIIe

siècle, sont bas, petits d'échelle, timides, si l'on peut ainsi parler,

s'encombrent de membres secondaires et redoutent les évidements. Il est

intéressant d'observer comme, dans une partie de cette province qui est

située sur les lisières de la Bourgogne et de la Champagne, à Sens,

l'architecte de la salle synodale a cherché à concilier les tracés de

l'Île-de-France avec ceux de la Champagne. La salle synodale, bâtie vers

1245, par un architecte du domaine royal, emprunte à la Champagne

certaines dispositions de structure propres à cette province, à la

Bourgogne certaines partie de l'ornementation, à l'Île-de-France les

profils, mais en les modifiant cependant quelque peu d'après les données

champenoises. Cette tendance vers une fusion le fait hésiter; il prétend

continuer les profils français en leur donnant plus de plénitude,

suivant la méthode champenoise. Ainsi (fig. 21) il trace les

arcs-doubleaux et les arcs ogives des voûtes de la grande salle du

premier étage A, en renforçant le boudin inférieur[362]. Ce boudin

inférieur est tracé, comme le montre notre figure, au moyen de deux

centres _aa'_. Pour dissimuler la rencontre obtuse des deux cercles, il

fait saillir le filet _b_. Du point _a'_, élevant une ligne _a'c_ à 45º,

il pose sur cette ligne le centre _c_ du second boudin. Du centre _c_,

tirant une ligne _cd_ à 30º, et du point _e_ fixé, abaissant une ligne

_ed_ à 60º, il obtient le point _d_, centre du cavet supérieur. Du même

centre _c_, abaissant une ligne _cf_ à 60º, il obtient le filet _g_, et

sur cette ligne le centre _f_ du cavet inférieur, dont la courbe vient

mordre celle du gros boudin. Il rachète l'angle _h_ par un arc de cercle

dont le centre est posé en _i_. Ce profil prend un galbe trapu qui

n'appartient pas à l'architecture de l'Île-de-France, mais il est

d'ailleurs étudié avec soin, et prend, en exécution, un aspect résistant

et ferme. Grâce au filet _b_ qui détruit la jonction des deux cercles

_aa'_, ces deux courbes ne paraissent être qu'une portion de cercle;

mais pour ne pas trop développer à l'oeil ce membre important, le cavet

inférieur l'entame et lui enlève sa lourdeur. Le traceur a ainsi obtenu

plus de force, sans donner à son profil un aspect moins léger.

Mais tous les traceurs ne procèdent pas avec cette finesse. En Normandie

et dans le Maine, les profils, tout en étant tracés suivant les méthodes

que nous venons d'indiquer, accusent une tendance vers l'exagération des

effets et un défaut dans les rapports de proportion. Un artiste du Maine

tracerait ce profil d'arc ainsi qu'il est indiqué en B. Il accuserait

l'intersection _k_; il donnerait une courbe au filet _l_; il exagérerait

la saillie du filet inférieur _m_, ou bien, comme l'indique le profil C,

il flanquerait le gros boudin inférieur d'une baguette _n_, ou même d'un

filet latéral _o_, et retrouverait des arrêts, des listels et des angles

en _pq_, en diminuant le rayon du second boudin. Cette tendance à

l'exagération des cavets, à la multiplicité des membres anguleux, se

développe surtout en Angleterre dès le milieu du XIIIe siècle. Les

profils de cette contrée et de cette époque se chargent d'une quantité

de tores, de listels, d'évidements profonds; mais les méthodes de tracés

ne varient guère: ce qui prouve qu'une méthode en architecture est un

moyen qui permet à chacun, d'ailleurs, de suivre son goût et son

sentiment. Supprimez la méthode dans le tracé des profils de

l'architecture dite gothique, et l'on tombe dans un chaos d'incertitudes

et de tâtonnements. La fantaisie est maîtresse, et la fantaisie dans un

art qui doit tant emprunter à la géométrie ne peut produire que des

formes sans nom. N'est-ce pas la méthode qui donne aux profils de

l'architecture, à dater du XIIe siècle, en France, une physionomie si

saisissante, un style si particulier, qu'on ne saurait prendre un tracé

de 1200 pour un tracé de 1220, qu'on ne pourrait confondre une moulure

bourguignonne avec une moulure champenoise? Supposons qu'une méthode

géométrique n'existe pas, comment tracer un de ces profils, à quel point

s'attacher, où commencer, où finir? Comment donner à tous ces membres un

rapport, une harmonie? Comment les souder entre eux? et que de temps

perdu à tâter le mieux dans le vague! Nous avons vu souvent de nos

confrères chercher des tracés de profils à l'aide du sentiment seul,

sans, au préalable, s'enquérir d'une méthode; s'ils étaient soigneux,

combien ne revenaient-ils pas sur un trait, sans jamais être assuré

d'avoir rencontré le bon?

Voyons maintenant comment, en Champagne, les architectes, toujours en

suivant la méthode des angles à 45º, à 60º ou 30º, pour le tracé des

profils d'arcs, arrivent à donner à ces profils un caractère qui

appartient à leur génie et qui s'accorde avec la nature des matériaux

employés.

À Troyes, la pierre mise en oeuvre dans l'église de Saint-Urbain, qui

date de la fin du XIIIe siècle, est du calcaire de Tonnerre, fin,

compacte, résistant, mais _fier_, comme disent les tailleurs de pierre,

c'est-à-dire qui se brise facilement, soit en le travaillant, soit

lorsqu'il est posé avec des évidements profonds. L'habile architecte de

l'église de Saint-Urbain, si souvent mentionnée dans le _Dictionnaire_,

connaît bien la nature des matériaux qu'il emploie. Il sait qu'il ne

faut point trop les évider, s'ils ont une charge à porter; que pour les

boudins des arcs, par exemple, il ne faut pas les détacher par des

cavets trop creux; cependant il prétend élever un édifice d'un aspect

léger, remarquable par la délicatesse de ses membres. Voici donc comme

il tracera en A (fig. 22), les archivoltes de la nef[363]. Comme dans

l'exemple précédent, il donnera au boudin inférieur deux centres _a_ et

_a'_, un nerf _b_ dont les contre-courbes auront leurs centres posés sur

les lignes _ac_, _a'c'_, tracées à 60º; le rayon _cb_ étant égal au

rayon _ab_. De l'un des centres _a_, il élèvera une ligne _ad_ à 45º.

Sur cette ligne, il posera le centre _e_ du deuxième boudin. Mais

observons que l'architecte doit bander ces archivoltes au moyen de deux

rangs de claveaux, plus un formeret pour la voûte du collatéral. Le

deuxième boudin, de 0m,108 de diamètre (4 pouces), est tangent aux

lignes d'épannelage du second claveau; sa position est donc fixée. Du

centre _e_, tirant deux lignes à 30º et 60º, la rencontre de ces deux

lignes avec celles d'épannelage lui donne les centres des contre-courbes

du filet _f_. L'horizontale tirée de ce centre, et rencontrant la ligne

verticale d'épannelage, lui donne en _g_ le centre du cavet _h_. La

verticale _fg_ prolongée lui donne le filet surmontant ce cavet. Il

trace alors le cavet supérieur _i_, dont le centre est sur la verticale

_dj_. Ce centre est au niveau de celui de la baguette _k_. Sur le

claveau inférieur de 0m,31 de largeur, pour obtenir le listel _l_ assez

fort pour résister à la pression, il élève du centre _a'_ une ligne à

45º _ao_. Du point de rencontre de cette ligne avec le cercle du boudin,

tirant une horizontale, il pose le centre de la baguette _p_ sur cette

horizontale, en prenant la ligne à 45º comme tangente. Cette baguette

remplit l'évidement qui serait trop prononcé en _q_, et même, dans la

crainte que l'évidement restant _s_ ne soit trop aigre, il trace la

deuxième baguette _s_, dont le centre est posé sur la ligne à 45º. C'est

la même crainte des évidements qui lui fait tracer, sur le deuxième

claveau, la baguette _t_. Les baguettes _k_, _t_, _p_, ont de diamètre

0m,04 (1 pouce 1/2); celle _s_, 1 pouce. Le tracé du formeret s'explique

de lui-même. À l'aide de ces baguettes, le traçeur a supprimé les

évidements dangereux, et il a cependant obtenu l'effet désirable en ce

que les membres principaux, les boudins, nervés d'ailleurs par les

filets saillants, prennent leur saillie et leur importance par la

proximité des membres grêles et des lignes noires qui les cernent.

Placer une moulure très-fine, une baguette d'un faible diamètre à côté

d'un tore ou d'un boudin, c'est donner à celui-ci une valeur qu'il

n'aurait pas s'il était isolé. Les Grecs, dans le tracé de leurs

profils, avaient bien compris cette règle et l'avaient appliquée. C'est

par les contrastes qu'ils donnaient de la valeur aux moulures, bien plus

que par leur dimension réelle.

Le tracé des arcs ogives de l'église de Saint-Urbain, donné en B et en

C, n'est pas moins remarquable. Celui B devait être résistant, les

évidements sont remplacés par des baguettes; celui C, ne recevant aucune

charge, pouvait être plus évidé. On voit comme la méthode de tracé de

ces deux profils est simple, obtenue entièrement par l'intersection des

lignes à 30º, 60º et 45º. Dans l'exemple C, les deux lignes à 60º

donnent exactement la résistance de la pierre, les membres laissés tous

en dehors. Dans la même église et dans d'autres édifices de la même

époque, en Champagne, on voit apparaître le tracé D pour les boudins

inférieurs des arcs. Le triangle _abc_ étant équilatéral, et par

conséquent les lignes _ba_, _ca_, à 60º.

Dans le profil de l'archivolte A, non-seulement le boudin inférieur est

nervé, mais les boudins latéraux le sont également. En multipliant les

membres, en remplaçant les évidements par des baguettes, on sentait la

nécessité de donner plus d'énergie aux membres principaux, et les filets

formant nerfs, en arrêtant vivement la lumière, permettent d'obtenir ce

résultat.

Les architectes de l'Île-de-France ne se décident pas volontiers à

recourir à ces nerfs saillants; s'ils les emploient pour les boudins

inférieurs, dès la fin du XIIe siècle, anguleux d'abord, puis à

contre-courbes et à filets plus tard, ils ne les adoptent pour les

boudins latéraux des arcs que fort rarement avant le milieu du XIVe

siècle. Ces architectes semblent prendre à tâche de simplifier les

méthodes géométriques qu'ils ont les premiers appliquées. L'église de

Saint-Nazaire de Carcassonne nous fournit un exemple bien frappant de ce

fait. Cette église, dont la construction est élevée entre les années

1320 et 1325, donne des tracés d'arcs-doubleaux et d'arcs ogives,

procédant toujours du système développé plus haut, mais avec des

simplifications notables.

Dans le profil A d'arc-doubleau (fig. 23), le boudin inférieur (5

pouces-1/2 de diamètre) étant tracé, de son centre _a_, la ligne à 45º

_ab_ a été élevée jusqu'à sa rencontre avec la verticale _cb_, limite du

profil. L'angle _cba_ a été divisé en deux parties par la ligne _be_.

Tenant compte de la saillie du nerf, sur cette ligne a été posé le

centre _f_ du boudin (4 pouces de diamètre); le rayon du cavet est égal

à celui du boudin et est placé en _g_. Le centre _h_ du grand cavet est

posé sur la ligne à 45º. Pour tracer les nerfs à contre-courbes, on a

tracé les triangles équilatéraux _aij_; _flm_. La même méthode, avec des

différences sensibles que la figure fait assez comprendre, a été

employée pour le tracé des arcs ogives et des arcs-doubleaux B, C, E, F.

N'oublions pas que cette église fut construite après que la ville de

Carcassonne fut comprise dans le domaine royal, et par un architecte de

la province de l'Île-de-France très-certainement, ainsi que tous les

détails de l'architecture le prouvent. Ici les nerfs saillants

apparaissent sur les boudins latéraux, mais seulement dans les deux

exemples A et F.

Toute architecture établie sur des principes logiques et sur des

méthodes dérivées de ces principes, ne saurait s'arrêter en chemin; il

faut nécessairement qu'elle procède par une suite de déductions. Ce

phénomène s'observe chez les Grecs, comme chez nous pendant le moyen

âge.

Toute découverte découlant de l'application méthodique d'un principe est

le point de départ de nouvelles formes.

Il semble que l'art de l'architecture, qui est une création du second

ordre, procède comme la nature elle-même, qui, sans se départir jamais

du principe primitif, développe les conséquences en conservant toujours

une trace de son point de départ. Si nous avons été saisis d'un profond

sentiment de curiosité et d'intérêt philosophique en étudiant peu à peu

l'architecture du moyen âge en France, c'est que nous avons reconnu,

dans les développements de cet art, un système créateur qui nous reporte

à ces tâtonnements logiques de la nature en travail de ses oeuvres. Cet

art, si étrangement méconnu, et dont le premier tort est de s'être

développé chez nous, le second d'exiger, pour être compris, une tension

de l'esprit, ne procède point, comme de nos jours, par une succession de

_modes_; mais par une filiation non interrompue dans l'application des

principes admis. Si bien qu'en décomposant un édifice du XVe siècle, on

peut y retrouver le développement de ce que ceux du XIIe siècle donnent

en germe, et que, en présentant une suite d'exemples choisis entre ces

deux époques extrêmes, on ne saurait, en aucun point, marquer une

interruption. De même, dans l'ordre de la création, l'anatomie comparée

présente, dans la succession des êtres organisés, une échelle dont les

degrés sont à peine sensibles, et qui nous conduit, sans soubresauts, du

reptile à l'homme. C'est pour cela que nous donnons réellement à cette

architecture, comme à celle de la Grèce, le nom d'art, c'est-à-dire que

nous la considérons comme une véritable création, non comme un accident.

Ne perdons pas de vue les exemples précédents. Dans ces exemples, la

même méthode de tracé est adoptée; l'expérience, le besoin auquel il

faut satisfaire, le sentiment d'un mieux, d'une perfection absolue,

guident évidemment l'artiste. Il s'agit de soumettre la matière à une

forme appropriée à l'objet, en la dégageant de tout le superflu, en lui

donnant l'apparence qui indique le mieux sa fonction. Les architectes ne

se contentent pas encore des résultats obtenus, car l'hiératisme est

l'opposé de cet art, toujours en quête de nouvelles applications,

toujours cherchant, mais sans abandonner le principe créateur. Dans ces

derniers exemples, la matière a été réduite déjà à son minimum de force;

amoindrir encore les résistances, c'était se soumettre aux éventualités

les plus désastreuses. Mais le minimum de force obtenu, il s'agit de

donner à ces membres une apparence plus légère, sans inquiéter le

regard. Les architectes ont observé que les nerfs saillants ajoutés aux

boudins, donnent à ceux-ci une apparence de fermeté, de résistance qui,

loin de détruire l'effet de légèreté, l'augmente encore. Ils observent

que les corps soumis à une pression, comme les arcs de pierre, résistent

en raison, non de leur surface réelle, mais de la figure donnée à cette

surface. Le principe que nos ingénieurs modernes ont appliqué avec

l'exacte connaissance des lois de résistance des corps, à la fonte de

fer, par exemple, les architectes du moyen âge cherchent à l'appliquer à

la pierre, mais en tenant compte des qualités propres à cette matière,

qui est loin d'avoir la force de cohésion du métal. En effet, si une

colonne de fonte dont la section horizontale (fig. 24) est A résiste à

une pression beaucoup plus considérable que celle dont la section est B

(ces deux sections ayant d'ailleurs la même surface), il est évident

qu'on ne peut donner à une colonne de pierre la section A, parce qu'il y

aurait rupture sous la charge en _a_. Mais si une pile de pierre, au

lieu d'être taillée suivant la section horizontale C, est taillée sur le

panneau D (à surfaces égales d'ailleurs), la pile D devra résister à une

pression plus forte que celle C, les évidements n'étant pas assez

prononcés pour qu'on ait à redouter des ruptures en _b_. À l'oeil, la

pile D paraîtra et plus légère et plus résistante que celle C. Ajoutons

encore que la pierre à bâtir, étant extraite en parallélipipèdes, à

surfaces égales de lits, le morceau D est plus voisin, taillé, de

l'équarrissement du bloc que le morceau C. Le panneau D profite mieux de

la forme naturelle de la pierre que le panneau C. Mais pourquoi la pile

D résistera-t-elle mieux à une charge, à une pression, que la pile C,

puisque, après tout, le développement de la paroi externe ne donne pas

pour les pierres, comme pour le métal, une croûte d'autant plus

résistante qu'elle est plus étendue, les sections étant égales? C'est

que la section D, présentant plus d'assiette, est moins sujette à subir

une déviation, et, par suite, un surcroît de charge sur un point. De

même, dans le tracé des arcs, la résistance à la pression étant

exactement résolue par la section _def_ (voy. en E), nous augmenterons,

non pas tant cette force de résistance par les appendices _ghi_, que

nous empêcherons la déviation des claveaux de l'arc, déviation qui, en

portant un surcroît de pression sur un point, pourrait causer une

rupture.

Nous avons fait assez ressortir ailleurs[364] comment les architectes de

l'école laïque avaient adopté un principe de structure basé sur

l'équilibre, et, par suite, comment ils avaient admis l'élasticité des

bâtisses comme un moyen de stabilité. Admettant l'élasticité dans la

structure, il fallait nécessairement en admettre les conséquences dans

les détails; c'est-à-dire, dans le tracé des arcs, un système

d'étrésillonnements, de butées latérales. Les boudins des arcs n'ont pas

d'autre fonction. Nous avons vu (fig. 19) comment, lorsque ces

architectes se défiaient de la qualité des pierres, lorsqu'ils les

trouvaient _fières_, les évidements étaient engraissés et même remplacés

par des baguettes formant, par la multiplicité des noirs et des membres

grêles, une opposition avec les boudins, afin de laisser à ceux-ci toute

leur valeur. Mais ces boudins, souvent très-détachés, comme dans les

exemples (fig. 20 et 23), si les matériaux n'avaient pas une force de

cohésion et de résistance considérable[365], se fêlaient dans la gorge

par l'effet d'une pression inégale. Les architectes, vers la fin du XIVe

siècle, ayant eu l'occasion de remarquer ces ruptures, prétendirent y

remédier, sans toutefois diminuer l'apparence légère des profils d'arcs,

et même en appuyant sur cette apparence de légèreté. Aussi les

voyons-nous (fig. 25) adopter des profils d'arcs dans lesquels les

membres, moins détachés de la masse, acquièrent cependant une apparence

d'extrême délicatesse. La méthode pour tracer ces arcs est la même que

celle admise dans les exemples derniers. La surface _aa'_, _bc_ (voy. le

profil d'arc-doubleau A) est la surface de résistance minimum, les deux

lignes _ac_, _a'b_ étant à 60º. Aucun évidement ne vient entamer cette

surface, mais les membres supplémentaires, les boudins nervés, donnent

du roide au claveau et s'opposent à sa déviation. Bien que larges, les

cavets laissent de fortes attaches aux boudins, et ceux-ci prennent une

apparence à la fois plus légère et plus ferme par l'adjonction des nerfs

saillants très-prononcés. Le tracé A, après toutes nos définitions

précédentes, n'a pas besoin d'être décrit.

C'est toujours par des sections de lignes à 60º, 45º et 30º que les

centres sont obtenus. On voudra bien jeter les yeux sur le tracé B d'un

boudin inférieur et sur la manière de trouver les centres des

contre-courbes du nerf, les lignes _ef_ étant à 60º. Mais les boudins

inférieurs, d'un diamètre plus fort que les autres, présentent

latéralement des surfaces molles en regard des autres boudins nervés

d'un diamètre plus faible. Alors on prétend aussi nerver latéralement

ces gros boudins inférieurs (voy. en C); on leur donne ainsi plus de

résistance, et on les fait paraître plus détachés et plus légers;

cependant la courbe originaire se voit encore en _ij_, comme pour ne pas

laisser périr le principe de tracé. Ces nerfs latéraux donnent une

apparence trop prismatique à ces boudins inférieurs: on y renonce

promptement, et on relève le nerf latéral sur un axe à 30º (voy.

l'exemple D en _k_). Alors la forme génératrice du boudin inférieur

reparaît moins altérée, et c'est à ce parti que les architectes

s'arrêtent au commencement du XVe siècle.

Les constructeurs avaient reconnu encore que la force de résistance des

claveaux réside en contre-bas de l'extrados, c'est-à-dire en _m_ (voy.

le profil D). D'autre part, si nous nous enquérons du moyen de

construire les triangles de remplissage des voûtes gothiques, nous

voyons que ces triangles sont construits non point à l'aide de couchis

et de formes, mais. au moyen de courbes mobiles de bois (voy.

CONSTRUCTION, fig. 57, 58, 59 et 60); que ces courbes de bois étaient

calées sur l'extrados des arcs-doubleaux, des arcs ogives et des

formerets, et qu'il était nécessaire dès lors, soit de pratiquer des

entailles biaises sur l'arête des extrados de ces arcs, soit de laisser

un petit intervalle entre ces extrados et les remplissages. Les

architectes du XVe siècle prennent cette nécessité de construction comme

prétexte pour modifier le profil des arcs à leur point de contact avec

les remplissages des voûtes; ils pratiquent l'évidement indiqué en _o_

(voy. le profil D) pour recevoir l'about des courbes de bois et cela

contribue à donner encore une apparence de légèreté extrême à leurs arcs

en les détachant des remplissages et en donnant plus d'importance aux

membres latéraux nervés _p_.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 40 / 44 段