Il est nécessaire, dans tout travail d'analyse, de connaître les

éléments primitifs. Les architectes du moyen âge n'avaient pu, à

l'époque dite romane, s'emparer que des éléments qu'ils avaient sous la

main. Ces éléments étaient les restes des édifices gallo-romains, ceux

venus d'Orient, mélanges, des arts grec et romain. Or, ne parlant que

des profils, ces éléments, n'étant plus, pour la plupart, constitués

logiquement, ne pouvaient donner des imitations ou fournir à des

interprétations logiques. Il ne restait guère, dans le tracé des profils

des monuments gréco-romains de Syrie, qu'un sentiment délicat des

effets, une accentuation marquée, très-supérieure du reste à tout ce que

laissait la décadence romaine en Italie et sur le sol de la Gaule. Le

caractère saillant du profil grec des beaux temps, c'est l'alternance

des surfaces planes et des surfaces moulurées, les premières ayant une

importance relative considérable. Soit que l'on considère le profil d'un

entablement comme dérivé d'une structure de bois ou d'une structure de

pierre, l'apparence du bois équarri ou du bloc de pierre domine, et les

moulures ne semblent être que des couvre-joints, des transitions entre

les surfaces planes verticales et horizontales. Cela était, comme nous

le disions en commençant cet article, très-logique; mais les Romains,

pour lesquels l'art ne s'exprimait guère que par le luxe, la profusion

de la richesse, devaient nécessairement prendre cette sobriété délicate

pour de la pauvreté; les entablements, comme tous les membres de

l'architecture, se couvrirent donc de moulures plus développées,

relativement aux surfaces planes, plus nombreuses et décorées souvent

d'ornements. Il suffit de comparer les profils des ordres grecs,

dorique, ionique, corinthien, avec ceux des mêmes ordres romains depuis

Auguste jusqu'à Trajan, pour constater que ces derniers ajoutent des

membres moulurés ou tout au moins leur donnent une plus grande

importance relative. Peu à peu les surfaces planes sont étouffées sous

le développement croissant des moulures; si bien qu'à la fin de

l'empire, ces surfaces planes ont presque complétement disparu et que

les frises mêmes sont tracées suivant des lignes courbes. Mais

cependant, le Romain, qui, en fait de formes d'art, ne raisonne point,

conserve _tous_ les membres de l'entablement, bien que cet entablement

n'ait plus de raison d'être, entre le chapiteau d'une colonne, par

exemple, et un arc ou une voûte.

Lorsque le génie du Grec se trouve en possession de l'architecture et

n'a plus à se soumettre au régime romain, il ne repousse pas les

éléments de structure admis par ses anciens maîtres; il s'en sert au

contraire, il conserve l'arc et la voûte, mais son esprit logique le

porte à modifier l'entablement de l'ordre, en raison des nouvelles

fonctions auxquelles il doit satisfaire. Bien mieux, s'il adopte l'arc

sur la colonne, il supprime totalement l'entablement, et comme dans les

édifices romano-grecs de Syrie, le Grec renonce souvent à poser la

plate-bande sur la colonne, il sépare dorénavant ces deux membres unis

jusqu'alors; les séparant, il fait de l'entablement nouveau une

contraction de l'entablement antique. Personne n'ignore que

l'entablement grec, et par suite l'entablement romain, posé sur un

ordre, se compose de l'architrave, autrement dit du linteau, portant

d'une colonne à l'autre, de la frise qui gagne l'épaisseur destinée à

recevoir le plafond intérieur, et de la corniche saillante qui abrite le

tout. À cette règle il n'y a guère d'exceptions jusqu'à la fin de

l'empire, en tant que l'entablement est une partie de l'ordre. Les

Romains, mauvais logiciens en fait d'art, posaient des entablements

complets au couronnement d'un édifice, quand même il n'y avait pas

au-dessous une ordonnance de colonnes ou de pilastres. Cependant si ces

trois membres étaient parfaitement justifiés lorsqu'il s'agissait de

franchir un entre-colonnement, ils n'avaient nulle raison d'être, la

colonne étant absente; alors la corniche seule devait suffire. Les Grecs

de Syrie raisonnèrent ainsi. Au sommet de leurs monuments, dans lesquels

désormais la colonne n'a plus guère pour fonctions que de porter des

arcs ou des linteaux de galeries, l'entablement antique se contracte. La

frise[354] (fig. 7) n'est plus indiquée que par le gros tore _a_, elle

se confond avec l'architrave A, et la corniche B seule persiste entière.

L'architrave elle-même perd presque entièrement ses plans verticaux.

Ainsi une nouvelle méthode de profiler un entablement se manifeste.

N'étant plus associé à l'ordre, il tend à se soustraira aux règles

imposées par la structure de l'ordre. Dans des monuments de petite

dimension, comme des tombeaux, l'entablement abandonne toute tradition,

il est tracé suivant une méthode nouvelle et rationnelle (fig. 8). Le

larmier, indépendant des moulures inférieures, est taillé en biseau;

c'est un abri, l'égout d'un comble, et la moulure qui le porte n'est

qu'un encorbellement destiné à maintenir la bascule de l'assise

saillante. Ces profils, qui proviennent des monuments du Ve siècle,

relevés par M. le comte de Vogué et M. Duthoit, entre Antioche et Alep,

vont nous fournir des points de départ pour nos profils romans du XIIe

siècle. En effet (fig. 9), plaçant en parallèle quelques-uns de ces

profils de l'architecture romano-grecque de Syrie avec ceux de France,

nous reconnaîtrons parfaitement que les derniers sont inspirés des

premiers, mais que les artistes français ont, suivant leur méthode,

procédé par contraction. Les profils A proviennent de bases, ceux B de

socles, ceux D de linteaux et de bandeaux appartenant à des monuments de

la Syrie septentrionale. Or, les profils A' proviennent de bases, ceux

B' de socles, et ceux D' de bandeaux appartenant à la nef de l'église de

Vézelay, qui date des premières années du XIIe siècle. L'analogie entre

les méthodes de tracé de ces profils est frappante; mais les profils

clunisiens de Vézelay sont tous plus ou moins contractés, bien que

l'accentuation dans chacun d'eux soit sensible. Ainsi, dans les profils

des bases, l'accentuation est invariablement sur la scotie _a_, comme

dans les profils de socles elle est sur le premier membre _b_ et dans

les bandeaux sur le premier membre inférieur _e_.

Si, dans les profils romano-grecs, les surfaces planes ont presque

totalement disparu entre les membres moulurés, elles n'existent plus

dans les profils de Vézelay, ou se réduisent à des filets de quelques

millièmes de largeur. C'est qu'en effet, dans une transformation

procédant par contraction, les surfaces _g_, par exemple, devaient être

les premières à disparaître; mais aussi, par cela même que le profil se

contracte, l'accentuation prend plus d'importance, et, de fait, les

profils français paraissent plus accentués que ceux dont ils sont

dérivés. Si l'on trouve des exceptions à cette règle de l'accentuation,

c'est au moment où l'architecture romane tend à se transformer de

nouveau et à laisser la place au style dit gothique. Alors parfois,

comme dans l'exemple C, provenant d'une base des colonnes du sanctuaire

de l'église de Vézelay (fin du XIIe siècle), il y a tâtonnement,

incertitude. Cet état transitoire ne dure qu'un instant, car dans les

constructions de ce sanctuaire, sauf ces bases qui naturellement ont dû

être taillées et posées les premières, tous les autres profils accusent

un art très-franc et un tracé de profils établi sur des données

nouvelles.

Cette transformation par contraction ne cesse de se produire dans le

tracé des profils du XIIe siècle à la fin du XIIIe. Ainsi, pour n'en

donner ici qu'un exemple bien sensible, voici (fig. 10) le tracé d'un

bandeau A très-fréquemment employé dans les édifices du milieu du XIIe

siècle, comme l'église de Saint-Denis, la cathédrale de Noyon, l'église

Saint-Martin de Laon, etc. Le profil A, pris dans un épannelage _abc_,

se compose d'une pente _ae_, d'un grain d'orge _f_, d'un large cavet

_g_, d'un tore et d'un élégissement _h_. C'est le tore avec son cavet

qui est le membre accentué. Observant que ce profil n'est pas de nature

à rejeter les eaux de _e_ en _c_, l'architecte du commencement du XIIIe

siècle, tout en maintenant les mêmes saillies données par l'épannelage,

trace le profil B. Il augmente sensiblement la pente supérieure, la

retourne d'équerre, creuse en _l_ une mouchette prononcée pour rejeter

les eaux pluviales, et contracte le profil inférieur. Un peu plus tard,

l'architecte augmente encore la pente, conserve la mouchette (voy. le

tracé D), et contracte davantage la moulure inférieure en ne lui

laissant plus que son accentuation, le tore _m_. Vers la fin du XIIIe

siècle, le traceur augmentera encore la pente (voy. le tracé E) et ne

conservera qu'une mouchette qui se confondra avec l'ancien cavet _g_. Du

tore _m_ il ne subsistera que le listel _o_. Ainsi, du profil roman

dérivé d'un art étranger, l'architecte _gothique_, par une suite de

déductions logiques, aura obtenu une section très-différente de celle

qui avait servi de point de départ. En augmentant peu à peu la pente du

membre supérieur de ce profil, en terminant cette pente par un larmier

bien autrement accusé que ne l'est le larmier antique, en contractant,

jusqu'à la supprimer presque complétement, la moulure inférieure, le

traceur de l'école du XIIIe siècle a fait d'un bandeau qui n'avait

qu'une signification décorative, un membre utile, un moyen d'éloigner

des parements les eaux pluviales, sans avoir à craindre même l'effet de

leur rejaillissement sur une surface horizontale ou même sur une pente

peu prononcée.

S'il s'agit cependant de couronner un édifice important, il faut une

saillie prononcée. Une seule assise ne saurait suffire; l'architecte de

l'école laïque naissante procède toujours par contraction. Du profil de

corniche romano-grec devenu profil roman, il ne prend que des rudiments.

Dans l'exemple figure 7, nous avons vu que les membres de l'architecture

antique sont à peu près complets. Les deux faces _b_, _d_, quoique bien

amoindries, subsistent encore; par compensation, le profil supérieur _c_

s'est développé aux dépens de ces faces. La frise _a_ n'est plus qu'un

tore écrasé entre la corniche et l'architrave. Le traceur de la fin du

XIIe siècle (fig. 11)[355], supprime la frise dont on soupçonne encore

l'existence dans quelques monuments d'architecture romane; de

l'architrave, il ne conserve que le membre développé, en abandonnant les

autres, et de la corniche il ne fait qu'un larmier, comme dans l'exemple

précédent.

Cependant les architectes romans, pendant le XIe siècle et le

commencement du XIIe, composaient habituellement les corniches au moyen

d'une suite de corbeaux portant une tablette[356]. Ce mode, simple comme

structure, permettait de donner à peu de frais, à ce membre de

l'architecture, une apparence très-riche. Si nombreuses et bien tracées

que fussent les moulures horizontales, elles ne pouvaient produire ce

jeu brillant d'ombres et de lumière d'une corniche à corbeaux. Dans le

tracé de leurs corniches de couronnement, les architectes du

commencement du XIIIe siècle, renonçant aux corbeaux, qui ne pouvaient

convenir pour de grands monuments, reconnaissant l'effet insuffisant des

moulures, même saillantes et multipliées sous le larmier, firent de la

première assise une grande gorge qu'ils décorèrent de larges feuilles ou

de crochets[357], et de la deuxième assise un larmier. Mais alors des

méthodes de tracé s'établissent. Jusqu'alors les architectes semblent

avoir suivi leur sentiment dans le tracé des profils, ce que leur

indiquaient le besoin, l'effet ou le goût; ils cherchaient, par des

moyens empiriques, dirons-nous, à profiter de la lumière pour donner une

expression à leurs profils. Si nombreux que soient les exemples de

profils romans que nous avons pu recueillir et comparer, on ne peut les

soumettre qu'à certains principes généraux dont nous avons fait

ressortir la valeur, mais qui ne dérivent pas de procédés purement

géométriques. Il en est tout autrement lorsqu'on aborde l'architecture

de l'école laïque du XIIIe siècle. Alors la géométrie s'établit en

maîtresse, et les profils sont dorénavant tracés d'après des lois fixes

dérivées des angles et des cercles.

Il nous faudrait ici fournir une quantité d'exemples pour démontrer

l'universalité de ces méthodes géométriques. Nous devons nous borner et

choisir ceux qui sont les plus sensibles.

Prenons ces larmiers qui, extérieurement, remplacent la corniche

antique, et qui couronnent toutes les ordonnances de nos édifices du

commencement du XIIIe siècle. Ces larmiers, dont la figure 11 donne un

des premiers types, sont tracés suivant certains angles. S'ils sont

très-inclinés, l'angle de pente a 60º (fig. 12, en A), qui est

l'inclinaison d'un côté d'un triangle équilatéral (n'oublions pas ce

point). Le carré de la mouchette _a_, se retournant à angle droit, donne

un angle de 30º avec l'horizon. La face _cd_ de la mouchette étant

déterminée en raison de la résistance de la pierre et de l'effet qu'on

veut obtenir. Ces faces étant d'autant plus larges que le larmier est

placé plus haut, on a pris les deux tiers de cette face, lesquels,

répartis sur la ligne _cd_ prolongée en _b_, donnent le rayon _fd_: la

mouchette est ainsi tracée. Du point _f_ élevant une verticale, du point

_d_ traçant une horizontale, du point _f_ une ligne à 45º avec

l'horizon, on a obtenu le point _e_, centre d'un cercle dont le rayon

est _eg_. Du point _e_, traçant une ligne _eh_, suivant un angle de 60º,

on obtient sur la ligne _db_ le centre _h_ d'un cercle dont _hi_ est le

rayon. Du point _h_, traçant une ligne horizontale, et du point _k_,

arête inférieure du profil, élevant une ligne à 30º au-dessus de

l'horizon, on obtient le point _l_, centre d'un cercle dont _lm_ est le

rayon. Ainsi le profil du larmier est-il tracé, inscrit dans

l'épannelage _cok_.

Si le larmier doit être moins incliné, sa pente est donnée par une ligne

suivant un angle de 45º (voy. le tracé B); la face _cd_ de la mouchette

est par conséquent inclinée à 45º. Prenant les deux tiers de cette face

comme précédemment, et reportant cette longueur sur le prolongement de

la ligne _cd_, on obtient le point _f_. De ce point, élevant une ligne à

45º, une verticale _fp_; de la rencontre de cette verticale avec l'arc

de cercle mouchette _dp_, tirant une ligne _ps_ à 45º, on obtient le

point _s_, centre du cercle dont le rayon est _st_. De ce point _t_

abaissant une ligne à 45º et du centre _s_ une ligne à 60º, on obtient

le point de rencontre _v_, centre d'un cercle dont _vq_ est le rayon. Du

centre _v_, tirant une ligne horizontale, abaissant une verticale

jusqu'à la ligne _cd_ prolongée, on obtient _x_. De ce point _x_,

traçant une ligne à 30º au-dessus de l'horizon, on obtient par la

rencontre de cette ligne avec l'horizontale le point _y_, centre d'un

cercle dont le rayon est _yn_, le congé _z_ est un quart de cercle dont

le centre est en _u_.

Si le larmier doit encore être moins incliné, sa pente est donnée par

une ligne suivant un angle de 30º (voy. le tracé D). La face _cd_ de la

mouchette est par conséquent inclinée suivant un angle de 60º. Du point

_d_, tirant une horizontale, prenant sur le prolongement de la ligne

_cd_ le tiers de la face de la mouchette, on obtient le point _f_. De ce

point, élevant une ligne à 30º, perpendiculaire par conséquent à la

ligne _cf_, la rencontre de cette ligne avec l'horizontale donne le

point _g_, centre d'un cercle dont _gh_ est le rayon. Du centre _g_,

abaissant une ligne à 60º, et du point tangent _o_ une verticale, on

obtient le point de rencontre _p_, centre d'un cercle dont _pq_ est le

rayon. Du centre _p_, tirant une ligne horizontale, on y place le centre

_s_ du dernier cercle, dont le diamètre est plus ou moins grand, suivant

que l'on veut obtenir le congé extrême plus ou moins prononcé. Dans ces

larmiers peu inclinés, la mouchette n'est pas habituellement tracée au

moyen d'un arc de cercle, par la raison que ce tracé (tel qu'il est

indiqué en C) ne donnerait pas un angle assez prononcé pour assurer

l'écoulement brusque de la goutte d'eau.

Dans ces trois exemples on observera que le profil le plus saillant est

celui du larmier dont la pente a la plus forte inclinaison: c'est qu'en

effet ces larmiers sont ceux qui, placés à la base de grands combles,

doivent porter un large chéneau et même parfois une balustrade. La pente

prononcée du larmier prend ainsi peu de place. Dans le second exemple,

la corniche est faite pour ne laisser au-dessus d'elle qu'un passage

étroit; aussi la pente du larmier prend de la place et le profil est

moins saillant. Dans le troisième, la pente du larmier va rejoindre un

nu supérieur, et se rapproche de l'horizontale pour ne pas donner une

pente trop longue. Tels sont tracés, par exemple, les larmiers des

corniches de l'ordonnance inférieure de l'abside de Notre-Dame de Reims,

qui vont se marier au nu des contre-forts supérieurs.

Mais ces trois larmiers surmontent une frise feuillue, comme autour du

choeur et de la grande nef de Notre-Dame de Paris. Si les larmiers ne

forment que de simples bandeaux entre deux nus, s'ils ne remplissent pas

la fonction de couronnements, s'ils ne surmontent pas une frise, ils

portent moins de saillie et sont généralement très-inclinés, variant

entre 50º et 70º (voy. même fig. 12). Celui donné en G est tracé par la

méthode suivante: les centres des cercles sont posés sur les lignes

horizontales tirées de l'arête _a_ et de celle _b_, et obtenus au moyen

de lignes parallèles à la pente et verticales. Si le bandeau-larmier a

moins de saillie encore, comme celui H, sa mouchette n'est qu'un

demi-cercle dont le centre est posé sur le prolongement de la face

inférieure du larmier. Parfois aussi, comme dans l'exemple donné en P,

le profil du larmier se compose d'un cavet et d'un tore. Ou le cavet se

marie avec le tore, ou le centre de ce cavet est reculé en _a_, de façon

à donner un ressaut en _g_ qui détache le tore. Alors, comme on le voit

en _i_, une portion de cercle marie les deux courbes.

Les exemples qui précèdent suffisent à démontrer: 1º que les profils du

commencement du XIIIe siècle sont tracés au moyen de portions de cercle;

2º que les centres de ces cercles sont donnés par des méthodes

géométriques consistant principalement en des intersections de lignes

horizontales, verticales et inclinées à 30º, 45º et 60º. Il ne s'ensuit

pas que tous les profils des monuments de cette époque soient

identiques, mais ils procèdent toujours des mêmes méthodes. Ainsi,

prenant la grande corniche de couronnement de la nef de la cathédrale

d'Amiens, dans les parties où elle n'a pas été remaniée, notamment sur

la façade (partie primitive datant de 1225 environ), nous trouvons le

tracé ci-contre (fig. 13, en A). Les pentes du larmier sont à 45º. Ici

le centre du cercle supérieur est obtenu en reportant la largeur de la

face de la mouchette _ab_ de _b_ en _c_ sur la ligne _ab_ prolongée. Le

point _c_ est le centre de l'arc de la mouchette dont le rayon est _cb_.

Du point _c_, élevant une verticale et une perpendiculaire sur la ligne

_ac_ (laquelle perpendiculaire donne un angle de 45º avec l'horizon), la

rencontre de cette perpendiculaire avec l'arc de la mouchette donne le

point _d_, centre du cercle dont _de_ est le rayon. La ligne à 45º _d f_

rencontre l'arête inférieure _f_ du profil. Sur cette ligne est pris le

centre _g_ du dernier membre circulaire. Le centre _h_ du cavet de

jonction est pris également sur une ligne à 45º tangente au cercle

supérieur; quant à la frise à crochets et à feuilles que recouvre ce

larmier, elle consiste en un listel supérieur, une large gorge et un

boudin inférieur. Le centre de ce boudin est posé sur une ligne à 45º

partant de l'arête _m_ inférieure du profil. La largeur du listel _p_

étant connue, le point _o_ est réuni au centre du boudin par une ligne;

la longueur _os_ est divisée en deux par une perpendiculaire _kl_, sur

laquelle est pris le centre de la grande gorge. Ici le centre de cette

gorge est pris sur la rencontre de cette perpendiculaire avec la ligne

verticale d'épannelage de la sculpture en _n_. Si la gorge doit être

moins concave, on recule le centre; si plus, on le rapproche; mais

jamais le point _v_ ne dépasse le nu du mur inférieur. Ce profil étant

donné au dixième de l'exécution, on remarquera que la frise a 0m,60 de

hauteur, le larmier 0m,30, et que la saillie de ce larmier, sur le

listel, est de 0m,33 (un pied). À la fin du XIIIe siècle, plusieurs

parties de ces larmiers furent refaites, et le profil fut modifié comme

l'indique le tracé B. Nos lecteurs sont assez familiers maintenant avec

ces méthodes pour qu'il ne soit pas nécessaire d'expliquer celle

employée pour le dessin de ce profil. On observera cependant que le

système de contraction est toujours adopté, et que dans ce dernier

profil le membre circulaire inférieur est remplacé par un simple biseau.

Est-il besoin de faire ressortir le sens logique de ces traces? Ne

voit-on pas au premier coup d'oeil qu'ils sont conçus autant pour

satisfaire à des besoins bien marqués qu'en vue de la solidité et de

l'effet? Ces profils, placés à de grandes hauteurs, présentent leurs

moulures aux yeux du spectateur; aucune ne perd de son importance par

l'effet de la perspective, aucune n'est diminuée ni masquée par un

membre voisin. Comme solidité (le premier résultat obtenu, celui qui

consiste à se débarrasser promptement des eaux pluviales), l'architecte

a tout de suite voulu rendre à la pierre de la résistance par l'adoption

de ce membre circulaire supérieur. Aussi a-t-il pu creuser dans le

larmier un chéneau. Au droit de l'angle interne de la cuvette il n'y a

pas de démaigrissement. Puis, pour obtenir un jeu d'ombres, vient le

cavet intermédiaire, et le boudin inférieur plus grêle, mais qui suffit

pour arrêter l'ensemble du profil. Au-dessous s'épanouissent ces grandes

feuilles, ces crochets, dans une gorge large qui conquit l'oeil de la

forte saillie du larmier, par une transition, au nu vertical du mur. La

saillie de ces feuilles et crochets arrête des rayons lumineux sous

l'ombre large et modelée du larmier.

Cette composition de corniche ne rappelle en aucune façon les formes de

l'antiquité grecque ou romaine, mais elle est belle, produit un grand

effet, couronne admirablement un édifice, est sagement raisonnée. Que

peut-on lui reprocher? Son originalité?

Il serait à souhaiter que ce même reproche pût être adressé à nos

profils modernes.

Vers le commencement du XIVe siècle, l'architecture tend à s'amaigrir,

le système de contraction continue à dominer, les corniches extérieures

ne présentent plus que rarement deux assises, la frise disparaît et se

confond avec le larmier. Ainsi, dans le même édifice, à Notre-Dame

d'Amiens, la tour nord, qui ne fut terminée que vers 1325, possède une

corniche d'une seule assise (fig. 14, en A). La sculpture a quitté la

frise du XIIIe siècle pour se réfugier dans la gorge B du larmier; mais

comme la mouchette de ce larmier aurait laissé baver l'eau pluviale sur

les sculptures, le traceur a ajouté le contre-larmier _a_, composé d'un

boudin terminant une pente. Du larmier primitif il reste la face _b_,

qui peu à peu s'amoindrit pour disparaître entièrement vers la fin du

XIVe siècle; mais alors, pour mieux écouler les eaux, le boudin s'arme

d'un coupe-larme _c_. Dans l'exemple A, le boudin inférieur est réduit

d'épaisseur, et il est surmonté d'un listel pour arrêter nettement la

sculpture. Nous trouvons d'autres profils de larmiers de la même époque

sans sculpture, dont la méthode de tracé se simplifie, comme par exemple

pour le larmier D. On cherche les procédés rapides, on diminue les

membres secondaires. Ainsi le grand coupe-larme G, si souvent usité

pendant le XIIIe siècle, est remplacé par le maigre cavet H, s'il s'agit

de bandeaux destinés à bien abriter les murs.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 38 / 44 段