Olivier de Clisson, le frère d'armes de du Guesclin, qui fit aux Anglais

une guerre si désastreuse, était un général d'un rare mérite, et qui

fortifia un assez grand nombre de châteaux en Poitou, sur les frontières

de la Bretagne et de la Guienne. Il adopta, pour les défenses des

portes, un système qui paraît lui appartenir. Il élevait une tour ronde

sur un pont, et la perçait d'un passage fermé par des herses et des

vantaux. Sur le pont de Saintes, il existait une porte de ce genre[278],

et l'on en voit encore quelques-unes dans les provinces de l'Ouest. Une

des portes de l'enceinte du château de Montargis présentait cette

disposition, et le vide central de cette tour, à ciel ouvert, permettait

d'écraser, du sommet de l'ouvrage, les assaillants qui se seraient

introduits entre les deux portes percées dans les parois opposées du

cylindre[279]. Les tours rondes servant de portes, qui paraissent

appartenir à l'initiative du connétable Olivier de Clisson, sont

habituellement très-hautes, c'est-à-dire donnant un commandement

considérable sur les alentours. Elles sont isolées et ne se relient pas

aux courtines des enceintes. Ce sont de petites bastilles à cheval sur

un pont, de sorte que les assiégés enfermés dans ces postes, n'ayant que

des moyens de retraite très-peu sûrs, étaient plus disposés à se

défendre à outrance. Il arrivait assez fréquemment, en effet, que les

portes se reliant aux courtines, si bien munies qu'elles fussent,

devenant l'objet d'une attaque très-vive et tenace, étaient abandonnées

peu à peu par les défenseurs, qui trouvaient, par les chemins des

courtines voisines, un moyen de quitter facilement la partie, sous le

prétexte d'étendre le champ de la défense. Enfermée dans une tour isolée

servant de porte, la garnison n'avait d'autre ressource que de lutter

jusqu'à la dernière extrémité. La disposition qui semble avoir été

systématiquement adoptée par le connétable Olivier de Clisson est,

d'ailleurs, conforme au caractère énergique jusqu'à la férocité de cet

homme de guerre[280]. C'est ainsi que beaucoup des ouvrages militaires

du moyen âge prennent une physionomie individuelle, et qu'il est bien

difficile, par quelques exemples, de donner un aperçu de toutes les

ressources trouvées par les constructeurs. Aussi ne prétendons-nous ici

que présenter quelques-unes des dispositions les plus généralement

admises ou les plus remarquables. Il n'est pas douteux, d'ailleurs, que

dans les constructions militaires du moyen âge, les idées personnelles

des seigneurs qui les faisaient élever n'eussent une influence

particulière considérable sur les dispositions adoptées, et que ces

seigneurs, en bien des circonstances, fournissent eux-mêmes les plans

mis à exécution, tant est grande la variété de ces plans. Il est bon

d'observer encore que si, pendant le moyen âge, les constructions des

églises et des monastères sont souvent négligées; que s'il est évident,

dans ces constructions, que la surveillance a fait défaut, on ne saurait

faire le même reproche aux travaux militaires. Ceux-ci, bien que

très-simples, ou élevés à l'aide de moyens bornés parfois, sont toujours

faits avec un soin extrême, indiquant la surveillance la plus assidue,

la direction du maître. C'est grâce à cette bonne exécution que nous

avons conservé en France un aussi grand nombre de ces ouvrages, malgré

les destructions entreprises d'abord par la monarchie, à dater du XVIe

siècle, pendant la révolution du dernier siècle, et enfin par les

communes, depuis cette époque.

Avant de passer à l'examen des poternes, nous devons dire quelques mots

des portes de barbacanes, c'est-à-dire appartenant à de grands ouvrages

avancés, portes qui présentent des dispositions particulières.

Ce ne fut guère qu'au XIIIe siècle que l'on se mit à élever des

barbacanes en maçonnerie. Jusqu'alors ces ouvrages avancés, destinés à

faciliter les sorties de troupes nombreuses, ou à pratiquer des

retraites, étaient généralement élevés en bois, et ne consistaient qu'en

des terrassements avec fossés et palissades. Mais les assiégeants,

mettant le feu à ces ouvrages, rendaient leur défense impossible; on

prit le parti, en dehors des places importantes, de construire des

barbacanes en maçonnerie, et de les appuyer par des tours, au besoin.

Toutefois on cherchait toujours à ouvrir ces défenses du côté opposé aux

remparts formant le corps de la place, afin d'empêcher les assiégeants

qui s'y seraient logés de pouvoir s'y maintenir. Les portes des

barbacanes sont conçues suivant ces principes, et les défenses qui les

composent sont _ouvertes à la gorge_.

Vers la fin de son règne, le roi Louis IX fit relever l'enceinte

extérieure et réparer le château de la cité de Carcassonne. Du côté de

la ville, il fit construire une barbacane sur plan semi-circulaire, qui

défendait l'approche de la porte du château, porte que nous avons donnée

figures 3, 4, 5 et 6[281]. La barbacane du château de Carcassonne, en

forme de demi-lune, s'ouvre, sur les rues de la cité, par une porte

d'une construction aussi simple que bien entendue; et cette porte, ne

débordant pas le nu du mur circulaire composant la barbacane, est

ouverte entièrement du côté de l'intérieur, de sorte que les défenseurs

de l'entrée du château pouvaient voir complétement ceux de la porte de

la barbacane et même leur donner des ordres. Si les assiégeants

s'emparaient de cette première entrée, il était facile de les couvrir de

projectiles.

Voici, figure 40, en A, le plan de cette porte au niveau du sol,

l'extérieur de la barbacane étant en B. Un mâchicoulis C défend les

vantaux se fermant en D. En E, est l'entrée de l'escalier à ciel ouvert

qui monte à l'étage supérieur; en F, une armoire destinée à renfermer

les falots et autres ustensiles nécessaires au service. Le plan G est

pris à l'étage supérieur crénelé, auquel on arrive par l'escalier I et

le degré J. Les chemins de ronde K de la courtine circulaire sont placés

à un mètre en contre-bas du sol L. On voit en M l'ouverture du

mâchicoulis qui protége les vantaux. Des créneaux latéraux enfilent les

chemins de ronde, qui sont isolés de l'étage défensif de l'ouvrage par

deux portes O. Cet étage supérieur, comme l'entrée à rez-de-chaussée,

est commandé par les défenses de la porte du château.

La figure 41 présente l'élévation extérieure de cette porte, et la

figure 42 sa coupe faite sur son axe. L'aspect de l'ouvrage, pris de

l'intérieur de la barbacane, est reproduit dans la vue perspective,

figure 43. Il est aisé de reconnaître, en examinant cette dernière

figure, que les défenses supérieures, comme l'entrée, sont ouvertes du

côté du château, et qu'il était dès lors difficile à un assiégeant de

s'y maintenir en face de la grande défense qui protége la porte que nous

avons donnée figures 3, 4 et 5.

Assez généralement, cependant, les portes des barbacanes s'ouvraient

latéralement dans des rentrants, afin d'être bien couvertes par les

saillants, et alors elles n'étaient que des issues ne se défendant pas

par elles-mêmes[282]. Ces barbacanes, vers le commencement du XIVe

siècle, prirent une importance plus considérable au point de vue de la

défense; elles se munirent de tours, ainsi que nous l'avons montré plus

haut en nous occupant de la porte Saint-Lazare d'Avignon; elles prirent

le nom de châtelets, de bastilles, de boulevards, et leurs portes, tout

en étant commandées par les ouvrages intérieurs, furent souvent

flanquées de tourelles ou d'échauguettes. Telles étaient défendues la

porte des _deux moulins_, à la Rochelle, située derrière la tour du

phare[283]; celles de Saint-Jean-d'Angély, de Saint-Jacques, à Paris;

d'Orléans, etc.

Parmi ces portes précédées de bastilles, une des plus remarquables,

était celle du château de Marcoussis, qui datait de la fin du XIVe

siècle, et dont la destruction est si regrettable. Là le système

défensif était complet. L'avant-porte s'ouvrait sur le côté d'un

châtelet carré, défendu par deux tours. Du châtelet on communiquait à

l'entrée de la forteresse par un pont fixe, de bois, jeté sur un large

fossé plein d'eau, et un pont-levis. Cette entrée était flanquée de deux

grosses tours, puis s'élevait au delà la tour du coin, surmontée d'une

guette très-élevée qui permettait de voir tout ce qui se passait dans le

châtelet et au dehors. La porte du château et ses ouvrages de défense

commandaient absolument le châtelet à très-petite portée[284].

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Illustration: Fig. 15.]

[Illustration: Fig. 16.]

[Illustration: Fig. 17.]

[Illustration: Fig. 18.]

[Illustration: Fig. 19.]

[Illustration: Fig. 20.]

[Illustration: Fig. 21.]

[Illustration: Fig. 22.]

[Illustration: Fig. 23.]

[Illustration: Fig. 24.]

[Illustration: Fig. 25.]

[Illustration: Fig. 26.]

[Illustration: Fig. 27.]

[Illustration: Fig. 28.]

[Illustration: Fig. 29.]

[Illustration: Fig. 30.]

[Illustration: Fig. 31.]

[Illustration: Fig. 32.]

[Illustration: Fig. 33.]

[Illustration: Fig. 34.]

[Illustration: Fig. 35.]

[Illustration: Fig. 36.]

[Illustration: Fig. 37.]

[Illustration: Fig. 38.]

[Illustration: Fig. 39.]

[Illustration: Fig. 40.]

[Illustration: Fig. 41.]

[Illustration: Fig. 42.]

[Illustration: Fig. 43.]

[Note 243: Les traces de herses apparentes dans les

pieds-droits de ces portes datent du moyen âge.]

[Note 244: Ainsi que nous l'avons dit plus haut, cette

porte paraît ne pas remonter au delà du Ve siècle.]

[Note 245: La tour de droite seule existe jusqu'au niveau

du sommet de la porte, mais son escalier, dont on ne voit

plus que les traces, a été détruit.]

[Note 246: Nous donnons plus loin la porte de cette

barbacane.]

[Note 247: Ce pont date du XIIIe siècle.]

[Note 248: Voy. HOURD, fig. 1.]

[Note 249: La porte de Laon à Coucy est d'une date un peu

antérieure à la construction du château. Naturellement

l'enceinte de la ville dut précéder l'édification du château

et du fameux donjon; cette porte, par son style et sa

structure, appartient aux premières années du XIIIe siècle.

Enguerrand III prit possession de sa seigneurie vers 1183, et

mourut en 1242.]

[Note 250: Cette voie est encore apparente.]

[Note 251: Voy. MEURTRIÈRE, fig. 11.]

[Note 252: Nous n'avons, sur la tour G, aujourd'hui

enterrée dans le boulevard et sous la route actuelle de Laon,

que des données vagues, n'ayant pu faire des fouilles

étendues. Quant au viaduc, il est complet et se distingue

même au milieu des adjonctions du XVe siècle.]

[Note 253: Cette porte avait été terrassée au XVIe

siècle, au moment des guerres de religion, pour pouvoir

placer de l'artillerie au sommet des tours. Ces remblais ont

été enlevés, il y a quelques années, par les soins dc la

Commission des monuments historiques, et ce déblaiement a

permis de découvrir les dispositions anciennes que nous

présentons dans cette suite de gravures.]

[Note 254: Voy. MEURTRIÈRE, fig. 6.]

[Note 255: Voyez l'article ARCHITECTURE MILITAIRE, fig.

11, et les _Archives des monuments historiques_.]

[Note 256: Ce plan est à l'échelle de 2 millimètres pour

mètre.]

[Note 257: Voyez ÉCHAUGUETTE, fig. 6.]

[Note 258: Voyez ARCHITECTURE MILITAIRE, fig. 24.]

[Note 259: Voyez CONSTRUCTION, fig. 149, 150, 151, 152,

153 et 154.]

[Note 260: Voyez FENÊTRE, fig. 40.]

[Note 261: Ce plan est à 0m,002 pour mètre.]

[Note 262: Cette élévation est à 0m,0025 pour mètre.]

[Note 263: Pour de plus amples détails, voyez les

_Archives des monuments historiques_ publiées sous les

auspices du ministre de la Maison de l'Empereur et des

Beaux-Arts.]

[Note 264: Voyez l'article SIÉGE.]

[Note 265: Voyez HOURD, MÂCHICOULIS.]

[Note 266: Voyez l'article PONT, où il est parlé de ces

ouvrages à propos du pont Saint-Bénézet d'Avignon.]

[Note 267: Voyez l'article SIÉGE.]

[Note 268: C'est à l'obligeance de M. Achard, le savant

archiviste de la préfecture de Vaucluse, que nous devons la

plus grande partie des renseignements qui nous ont aidé à

restituer cette porte dans son état primitif.]

[Note 269: Les dessins appartiennent à M. Achard, qui a

bien voulu nous les laisser copier.]

[Note 270: Voyez la tapisserie de l'hôtel de ville, le

grand plan à vol d'oiseau de Mérian, les gravures d'Israël

Sylvestre.]

[Note 271: Liv. III, p. 1062, édition de 1612.]

[Note 272: Coll. Michaud, t. II, p. 641.]

[Note 273: La gravure d'Israël Sylvestre fait voir la

place de la fausse braie avec son fossé en arrière.]

[Note 274: Voyez BARRIÈRE.]

[Note 275: Voyez BASTILLE.]

[Note 276: Voyez aussi, à l'article PONT, divers systèmes

de pont à bascule.]

[Note 277: Voyez ARCHITECTURE MILITAIRE, ENGIN.]

[Note 278: Voyez PONT, fig. 4.]

[Note 279: Voyez Androuet du Cerceau, _Des plus excellens

bastimens de France_.]

[Note 280: Olivier de Clisson était surnommé par les

contemporains, le _Boucher_.]

[Note 281: Voyez, pour le plan de cette barbacane, la

figure 11, en E (ARCHITECTURE MILITAIRE).]

[Note 282: Voyez BARBACANE, fig. 2 et 3.]

[Note 283: Voyez _Topographie de la Gaule_, Mérian.]

[Note 284: Voyez _Topographie de la Gaule_, Mérian.]

PORTES DE DONJONS. POTERNES.--Les donjons possédaient des portes

défendues d'une façon toute spéciale. Ces portes étaient souvent

relevées au-dessus du niveau du sol extérieur, afin de les mettre à

l'abri d'une attaque directe; des échelles de bois étaient alors

disposées par la garnison pour pouvoir entrer dans ces réduits ou en

sortir. Mais on comprend que cette disposition présentait de graves

inconvénients. Si les défenseurs du château ou de la ville étaient

obligés de se réfugier précipitamment dans le donjon, ce moyen d'accès

était insuffisant, et il advenait (comme cela s'est présenté pendant la

dernière phase du siége du château Gaillard par Philippe-Auguste[285])

que les défenseurs, pris de court, n'avaient pas le temps de rentrer

dans le réduit. Aussi chercha-t-on à rendre les portes de donjons aussi

difficiles à forcer que possible, en laissant aux assiégés les moyens de

se réfugier en masse serrée dans la défense extrême, s'ils étaient

pressés de trop près. Beaucoup de donjons possédaient deux poternes,

l'une apparente, l'autre souterraine, qui communiquait avec les dehors,

de telle sorte que si une garnison pensait ne pouvoir plus tenir dans la

place, soit par suite de la vigueur de l'attaque, soit par défaut de

vivres, elle pouvait se dérober et ne laisser aux assaillants qu'une

forteresse vide. Les gros donjons normands sur plan-carré étaient

habituellement ainsi disposés[286]. Mais cependant, une fois les

garnisons enfermées dans leurs murs, il leur devenait bien difficile de

les franchir devant un ennemi avisé, soit pour s'échapper, soit pour

tenter des sorties offensives, car les poternes souterraines n'étaient

pas tellement secrètes que l'assiégeant ne pût en avoir connaissance, et

les portes relevées au-dessus du sol extérieur étaient difficiles à

franchir en présence de l'assiégeant. Ces problèmes paraissent avoir

préoccupé le constructeur de l'admirable donjon de Coucy. Ce donjon

possède une porte percée au niveau de la contrescarpe du fossé creusé

entre la tour et sa chemise, et une petite poterne relevée au niveau du

chemin de ronde de cette chemise, chemin de ronde qui est mis en

communication, par un escalier, avec une poterne aboutissant aux dehors

de la place[287]. La porte du donjon de Coucy, percée à rez-de-chaussée,

est combinée avec un soin minutieux; elle permet à la garnison, soit de

franchir rapidement ce fossé, soit de descendre sur le sol dallé qui en

forme le fond, et de joindre la poterne extérieure, soit de protéger un

corps de troupes pressé de très-près par des assaillants; de plus, cette

porte est, contrairement aux habitudes du temps, très-richement décorée

de sculptures d'un beau style.

La figure 44 donne en A le plan de cette porte, et en B sa coupe

longitudinale. Elle se fermait (voy. la coupe) au moyen d'un pont à

bascule, d'une herse, d'un vantail avec barres rentrant dans l'épaisseur

de la maçonnerie[288], et d'un second vantail également barré. Le pont à

bascule était relevé au moyen du treuil C posé dans une chambre réservée

au-dessus du couloir, chambre à laquelle on arrive par l'unique escalier

du donjon[289]. Ce treuil était disposé de manière qu'on pût en même

temps abaisser le pont et relever la herse, les deux chaînes du pont et

celles de la herse s'enroulant en sens inverse sur son tambour. Mais

c'est dans la disposition du tablier du pont que l'on constate le soin

apporté par les constructeurs sur ce point de la défense. Le tablier du

pont roulait sur un axe, sa partie postérieure décrivant l'arc de cercle

_ab_. Lorsqu'il était arrivé au plan horizontal, il était maintenu fixe

par une jambe mobile _c'_, qui tombait dans une entaille pratiquée dans

l'assise en saillie _e_; alors son plancher se raccordait à niveau avec

un tablier fixe de bois G qui traversait le fossé, tablier dont les deux

longrines latérales H s'appuyaient sur deux corbeaux I. Ce tablier fixe

pouvait être lui-même facilement démonté, si les assiégés voulaient se

renfermer absolument dans le donjon. En effet, un chevalet K incliné,

dont les pieds entraient dans trois entailles L, était arrêté à sa tête

par des chantignoles M maintenues par des clefs _m_. En faisant tomber

ces clefs par un déchevillage facile à opérer de dessus le pont, le

chevalet s'abattait; on enlevait, dès lors, facilement les longrines, et

toute communication avec le dehors était interrompue en apparence.

Cependant, si nous examinons le tablier du pont à bascule indiqué

séparément en N, on remarquera qu'une partie O de ce tablier est

disposée en façon d'échelle. Cette partie était mobile et roulait sur

l'axe D. En enlevant une cheville de fer, marquée sur notre figure, la

partie mobile O tombait et venait s'abattre en _n_ (voy. la coupe). À

cette partie mobile du tablier était suspendu un bout d'échelle P, qui,

le tablier abattu, pendait en P'; dès lors les assiégés pouvaient

descendre dans le fossé par cette échelle, et là ils étaient garantis

par le petit ouvrage R en maçonnerie percé d'archères. De ce réduit, ils

descendaient par quelques marches sur le sol dallé formant le fond du

fossé, et pouvaient se diriger vers la poterne de la chemise qui

communique avec les dehors de la place. Le tablier mobile du pont étant

relevé, la partie O servant d'échelle pouvait être abattue, et la

garnison trouvait ainsi un moyen de sortie sans avoir besoin d'abaisser

le pont; il suffisait alors d'ouvrir les vantaux intérieurs et de lever

la herse, ce qu'on pouvait faire sans abattre le pont, en décrochant les

chaînes du tambour du treuil. La partie mobile O du pont était relevée

au moyen de la chaîne S. Le plan A indique la charpente du pont à

bascule et celle du tablier fixe, ses longrines étant tracées en _d_. On

voit que, d'un côté, en _f_, il reste, entre la longrine et le tablier

du pont à bascule, un espace vide assez large. Cet espace se trouve

réservé du côté où l'assiégeant pouvait plus facilement se présenter au

fond du fossé. C'était un mâchicoulis, car de ces longrines aux barres

d'appui _g_, indiquées sur la coupe, on devait établir, en cas

d'attaque, des mantelets percés d'archères, pour battre le fossé. De ce

côté, il existe également au-dessous des corbeaux _h_ (voy. le plan) un

épaulement en pierre qui masquait le dessous du pont et les défenseurs

descendant par les échelles. En T, nous avons tracé la coupe

transversale du passage fait sur la chambre de levage et regardant vers

l'entrée.

La figure 45 complète cette description; elle donne l'élévation de la

porte du donjon de Coucy, avec toutes les traces existantes du mécanisme

du pont à bascule. On voit en _a_ les trois entailles recevant les pieds

du chevalet; en _b_, le petit terre-plein défendu descendant au fond du

fossé; en _c_, l'entaille recevant la jambette du pont à bascule, pour

le maintenir horizontal; en _d_, l'épaulement formant garde; en _e_, les

corbeaux recevant les longrines du pont fixe; en _f_, les entailles des

barres d'appui; en _g_, les poulies de renvoi des chaînes du pont à

bascule. Le niveau dallé du fond du fossé est en _h_. En _l_, est tracée

la coupe du pont à bascule, avec sa partie mobile servant d'échelle, en

_i_.

Le tympan de la porte est décoré d'un bas-relief représentant le sire de

Coucy combattant un lion, conformément à la légende. Des personnages en

costumes civils ornent la première voussure, des crochets feuillus la

seconde. On observera que des deux barres d'appui _f'_, la barre _f'_

seule est placée à l'aplomb de la longrine isolée du tablier et laissait

un mâchicoulis ouvert: c'est que cette barre d'appui, étant placée du

côté attaquable, se trouvait réunie, comme nous l'avons dit, à la

longrine par un mantelet en bois percé d'archères. Par la même raison,

de ce côté, l'épaulement _d_ était destiné à empêcher les traits qui

auraient pu être lancés par les assiégeants obliquement, de frapper, en

ricochant, les défenseurs descendant par l'échelle au fond du fossé.

Tout est donc prévu avec une subtilité rare dans cet ouvrage; mais il

faut reconnaître que le donjon de Coucy est une oeuvre incomparable,

conçue et exécutée par des hommes qui semblent appartenir à une race

supérieure. Dans cette forteresse, l'art le plus délicat, la plus belle

sculpture, se trouvent unis à la puissance prévoyante de l'homme de

guerre, comme pour nous démontrer que l'expression de l'utile ne perd

rien à tenir compte de la beauté de la forme, et qu'un ouvrage militaire

n'en est pas moins fort parce que l'ingénieur qui l'élève est un artiste

et un homme de goût. À côté de cette oeuvre vraiment magistrale, la

plupart des portes de donjons ne sont que des issues peu importantes.

Leurs fermetures consistent en des herses ou des ponts à bascule, ou de

simples vantaux protégés par un mâchicoulis. Nous devons mentionner

cependant les portes étroites munies d'un pont-levis à un seul bras, et

qui se voient dans les ouvrages militaires des XIVe et XVe siècles.

Voici (fig. 46) quelle est la disposition la plus générale de ces

portes.

Elles se composent d'une baie d'un mètre de largeur au plus et de 2

mètres à 2m,50 de hauteur, surmontée d'une rainure destinée à loger le

bras unique supportant une passerelle mobile. En A, est présentée la

face de la porte extérieurement; en B, sa coupe; en C, son plan.

L'unique bras D, suspendant la passerelle, pivote sur les tourillons

_a_, et vient, étant relevé, se loger dans la rainure E. Alors le

tablier G entre dans la feuillure _g_ et ferme hermétiquement l'entrée.

Ce tablier est suspendu au moyen d'une chaîne à laquelle est attaché un

arc de fer K, qui reçoit deux autres chaînes L, lesquelles portent le

bout de la passerelle M. Le bras relevé, l'arc de fer vient se loger en

_l_, et les chaînes, étant inclinées en retraite, forcent le tablier à

entrer en feuillure; presque toujours une herse ferme l'extrémité

postérieure du passage de la porte, comme l'indique notre figure. Nous

avons donné quelques exemples de portes de villes qui possèdent, à côté

de la porte charretière, une de ces poternes à pont-levis, mue par un

seul bras (voy. fig. 34 et 35). Lorsqu'il s'agissait de faire sortir ou

rentrer une ronde ou une seule personne la nuit, on abaissait la

passerelle de la poterne; on évitait ainsi de manoeuvrer le grand

pont-levis, et l'on n'avait pas à craindre les surprises. Quelquefois,

pour les entrées des donjons, la passerelle consistait en une échelle

qui s'abattait jusqu'au sol, alors la chaîne était mue par un treuil et

un bras.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 28 / 44 段