La porte Saint-Lazare d'Avignon fut détruite, ou du moins fort

endommagée par une inondation formidable de la Durance en 1358. Elle fut

reconstruite sous Urbain V, vers 1364, avec toute la partie des remparts

qui s'étend de cette porte au rocher des Doms, par l'un des architectes

du palais des Papes, Pierre Obreri, si l'on en croit la tradition.

Voici (fig. 27) le plan général de cette porte, avec le châtelet qui la

couvrait. Il ne reste plus aujourd'hui de ces constructions que la porte

A et les soubassements d'une partie du châtelet, mais des dessins

complets des ouvrages avancés nous sont conservés[269].

Les arrivants se présentaient par une voie B sur le flanc du châtelet;

ils devaient franchir un premier pont-levis C, traverser l'esplanade du

châtelet diagonalement, se faire ouvrir une barrière D; passer sur un

second pont-levis E, entrer dans un ouvrage avancé F fermé par le

pont-levis et défendu par deux échauguettes avec mâchicoulis; se

présenter devant la porte protégée par une ligne de mâchicoulis

supérieurs, par une herse et par un second mâchicoulis percé devant les

vantaux. Le châtelet était complétement entouré par un fossé G rempli

d'eau, de même que le grand fossé H protégeait les remparts. Ces fossés

étaient alimentés par les cours d'eau naturels qui cernent la ville sur

toute l'étendue des murailles ne faisant pas face au Rhône.

Trois tours peu élevées flanquaient le châtelet. On montait à l'étage

supérieur de ces tours et aux crénelages des courtines par les escaliers

K. Une vue cavalière (fig. 28), prise du point X de notre plan, fera

saisir l'ensemble de cette porte avec ses défenses antérieures.

Les trois tours du châtelet étaient voûtées et couvertes par des

plates-formes dallées à la hauteur du crénelage.

Il est facile de voir que le châtelet était ouvert à la gorge et

commandé par l'avant-porte, de même que cette avant-porte était

commandée par la tour carrée couronnant la dernière entrée. Cet ouvrage

était donc déjà construit suivant cette règle de fortification, que ce

qui défend doit être défendu.

La coupe longitudinale faite sur la porte A du plan et l'avant-porte

(fig. 29) fait saisir les détails de cette défense. En B, est le

pont-levis abaissé; en C, la porte qui conduit par un degré pris dans

l'épaisseur de la muraille au crénelage de l'avant-porte; en D, la

coulisse de la herse; en G, le mâchicoulis qui protége les vantaux H; en

I, le passage couvert par un plancher. La herse se manoeuvrait du palier

K, auquel on montait par un escalier L posé sur la saillie du mur

inférieur; car il faut noter que le mur supérieur M est beaucoup moins

épais que le mur du rez-de-chaussée. Cet escalier L servait d'ailleurs à

dégager l'escalier marqué I sur le plan général, et qui aboutissait en

retour à côté de l'arcade plein cintre portant le jeu de la herse. Du

palier K, en prenant un escalier de bois, on montait à l'étage supérieur

sous la couverture, et l'on entrait sur le chemin de ronde du crénelage

par la porte P ménagée dans un tambour de pierre posé à l'angle du

crénelage. Chacune des portes des remparts d'Avignon était munie d'une

cloche, afin de pouvoir prévenir les défenseurs ou les habitants en cas

d'attaque ou de surprise. Si nous faisons une section transversale sur

la ligne _ab_ de la figure 29 et du plan général, en regardant l'entrée

de l'avant-porte, nous obtenons le tracé S. Le pont-levis étant relevé,

son tablier fermait l'issue T, et ses bras, passant à travers les deux

rainures V, ainsi qu'il est marqué en V' sur la coupe longitudinale, ne

gênaient nullement la défense. Le créneau milieu, ses deux meurtrières,

restaient libres, et les deux échauguettes latérales J flanquaient la

porte. De la salle du premier étage de la tour on passait sur les

chemins de ronde des courtines par les portes N. Du côté de la ville, un

simple pan de bois Y percé de baies fermait les étages supérieurs de la

tour.

La figure 30 donne, en A, la face de l'ouvrage avec l'avant-porte, et en

B, la face de la tour, en faisant une section sur l'ouvrage avancé.

La porte Saint-Lazare d'Avignon est remarquable déjà par la simplicité

des constructions. Ici on ne voit plus cette accumulation d'obstacles

dont la disposition compliquée devait souvent embarasser les défenseurs.

Les portes d'Avignon ne sont pas, il est vrai, très-fortes, mais elles

ont bien le caractère qui convient à l'enceinte d'une grande ville. La

porte Saint-Lazare, avec son boulevard ou barbacane extérieure,

protégeait efficacement un corps de troupes voulant tenter une sortie ou

étant obligé de battre en retraite. On pouvait, sur l'esplanade du

boulevard, masser facilement cinq cents hommes, protéger leur sortie au

moyen des flanquements que fournissaient les tours; et eussent-ils été

repoussés, ils trouvaient dans cette enceinte un refuge assuré, sans que

le désordre d'une retraite précipitée pût compromettre la défense

principale, celle de la porte tenant aux courtines. Enfin, le boulevard

fût-il tombé aux mains de l'assiégeant, les défenses étant ouvertes

complétement du côté de la ville, les assiégés, au moyen surtout de

l'avant-porte crénelée, pouvaient contraindre l'assaillant à se

renfermer dans les trois tours rondes et à laisser l'esplanade et les

courtines libres, ce qui facilitait un retour agressif.

La disposition des portes ouvertes à travers une simple tour carrée,

sans flanquements, appartient plus particulièrement à la Provence. Il

existait à Orange, à Marseille, et il existe encore à Carpentras, à

Aigues-Mortes, des portes de la fin du XIIIe et du commencement du XIVe

siècle, percées à travers des tours carrées sans échauguettes ou

tourelles flanquantes; tandis que les ouvrages de ce genre qui

appartiennent au domaine royal sont, sauf de très-rares exceptions,

munis de tours rondes ou de flanquements prononcés.

La petite ville de Villeneuve-sur-Yonne possède encore une très-jolie

porte du commencement du XIVe siècle, qui, par la disposition de ses

flanquements, mérite d'être signalée entre beaucoup d'autres.

Cette porte, modifiée au XVIe siècle, dans sa partie supérieure, par de

nouvelles toitures, laisse cependant voir toutes ses dispositions

primitives. La figure 31 en donne le plan.

En A, était un pont-levis flanqué par deux tourelles angulaires formant

éperons et pleines dans leur partie inférieure. En B, était un large

mâchicoulis, bouché aujourd'hui, qui protégeait la première herse C. Des

vantaux de bois fermaient le passage en E. En G, est la seconde herse

précédée d'un second mâchicoulis, et en I une seconde paire de vantaux.

On montait aux étages supérieurs de la porte et aux courtines par les

deux escaliers extérieurs H. En P, se présentaient obliquement, à

l'extérieur, deux grands mâchicoulis qui battaient le pont-levis et à

travers lesquels passaient les chaînes servant à enlever le tablier. Le

tracé M donne le plan de la partie supérieure de la porte. On voit les

deux échauguettes flanquantes crénelées qui commandent le pont et les

dehors; en N, les deux mâchicoulis obliques à travers lesquels passent

les chaînes O du pont-levis; en S, le treuil servant à manoeuvrer les

chaînes; en T, la défense supérieure dominant tout l'ouvrage.

La figure 32 présente l'élévation extérieure de la porte de

Villeneuve-sur-Yonne. Cette élévation fait saisir la double fonction des

mâchicoulis obliques. Toute cette construction est élevée en cailloux de

meulière avec chaînes de pierre aux angles. Elle est bien traitée et les

mortiers en sont excellents. C'est peut-être à la bonté de cette

construction et au peu de valeur des matériaux que nous devons sa

conservation.

Une coupe longitudinale faite sur la partie antérieure de la porte (fig.

33) fait voir la manoeuvre du pont-levis et son mécanisme. Des

contre-poids, suspendus en arrière des deux longrines du tablier,

facilitaient son relèvement, lorsqu'on appuyait sur le treuil T. La

première herse abaissée, le mâchicoulis qui la protége était ouvert aux

défenseurs. Dans cet exemple, comme dans tous ceux précédemment donnés,

la défense n'agit que du sommet de la porte, et par la disposition des

échauguettes et des grands mâchicoulis obliques, le fossé ainsi que les

abords du pont pouvaient être couverts de projectiles.

On comprend qu'un pareil ouvrage, si peu étendu qu'il soit, devait être

très-fort. D'ailleurs les courtines avaient un grand relief, et étaient

renforcées sur le front opposé à la rivière par un gros donjon

cylindrique qui existe encore. Toute l'enceinte de cette petite ville,

si gracieusement plantée sur les bords de l'Yonne, n'était percée que de

quatre portes semblables, deux sur les fronts d'amont et d'aval, et deux

autres, l'une près du donjon, l'autre en face du pont jeté sur l'Yonne.

Six tours cylindriques plantées aux angles formés par les courtines

complétaient les défenses. Quant au donjon, il est séparé de la

courtine, qui s'infléchit en demi-cercle pour lui faire place, par un

fossé. Il ne se reliait au chemin de ronde que par un pont volant et

était percé, vers les dehors, d'une poterne au niveau de la contrescarpe

du fossé.

En 1374, le roi Charles V fit refaire l'enceinte de Paris sur la rive

gauche, en reculant les murs fort au delà des limites établies sous

Philippe-Auguste. Cette nouvelle enceinte suivait à peu près la ligne

actuelle des boulevards intérieurs et était percée de six portes, qui

étaient, en partant d'amont, les portes Saint-Antoine, du Temple,

Saint-Martin, Saint-Denis, Montmartre, Saint-Honoré. La plupart de ces

portes étaient établies sur plan carré ou barlong avec tourelles

flanquantes. L'une des plus importantes, et dont il nous reste des

gravures, était la porte Saint-Denis[270]. «Nos roys, dit Du Breul[271],

faisans leurs premières entrées dans Paris, entrent par cette porte, qui

est ornée d'un riche avant-portail, où se voyent par admiration diverses

statues et figures qui sont faictes et dressées exprès, avec plusieurs

vers et sentences pour explications d'icelles... C'est aussi par cette

porte que les corps des défuncts rois sortent pour être portez en pompes

funèbres à Saint-Denys en France...» La porte Saint-Denis de Paris était

bâtie fort en saillie sur les courtines et formait un véritable

châtelet, dans lequel on pouvait faire loger un corps de troupes. En

1413, le duc de Bourgogne se présenta devant Paris vers Saint-Denis,

dans l'intention, disait-il, de parler au roi; mais, dit le _Journal

d'un bourgeois de Paris sous le règne de Charles_ VI[272], «on lui ferma

les portes, et furent murées, comme autreffois avoit esté, avecques ce

très grant foison de gens d'armes les gardoient jour et nuyt...»

Et en effet, la plupart de ces portes furent murées plusieurs fois

pendant les guerres des Armagnacs et Bourguignons. Ainsi, à cette époque

encore, au commencement du XVe siècle, on ne se fiait pas tellement aux

fermetures ordinaires des portes de villes qu'on ne se crût obligé de

les murer en cas de siége. Il faut dire que ce moyen était

particulièrement adopté lorsqu'on craignait quelque trahison de la part

des habitants. Alors les portes devenaient des bastilles, des forts,

permettant de réunir des postes nombreux sur l'étendue des remparts.

Les portes bâties à Paris sous Charles V se prêtaient parfaitement à ce

service, ainsi qu'on peut le reconnaître en examinant la vue cavalière

que nous donnons de la porte de Saint-Denis (fig. 34). La grande saillie

que présentait cet ouvrage sur les courtines donnait un bon flanquement

pour l'époque, et avait permis l'établissement d'une fausse braie, avec

petit fossé intérieur entre ces courtines et le large fossé qui était

alimenté par des cours d'eau, aujourd'hui en partie perdus sous les

constructions modernes de la ville[273].

Cette porte fut restaurée ou plutôt modifiée au XVIe siècle. Les

crénelages supérieurs furent remplacés par des parapets destinés à

recevoir de l'artillerie. Elle fut démolie sous Louis XIV, pour être

remplacée par l'arc triomphal qui existe encore aujourd'hui et qui se

reliait à un système de courtines et de bastions non revêtus.

Notre vue cavalière fait voir la petite cour intérieure, qui était

nécessairement entourée de meurtrières au premier étage, de façon à

couvrir de projectiles les assaillants qui auraient pu forcer le

pont-levis. Le premier étage contenait ainsi des salles sur les quatre

côtés de la cour, pouvant renfermer une assez nombreuse garnison. Deux

escaliers pratiqués dans les tourelles en arrière-corps desservaient ces

salles et l'étage supérieur crénelé, couvert en terrasse. Probablement

les arcades latérales étaient percées de larges mâchicoulis, et dans

leurs murs de fond donnant sur la cour s'ouvraient des meurtrières

enfilant l'intervalle entre la fausse braie et la courtine.

En dehors, des barrières et palissades défendaient les approches du

ponceau[274], protégé lui-même par un crénelage et deux échauguettes.

Comme tous les ouvrages élevés à Paris pendant le moyen âge, ces portes

étaient bien exécutées en maçonnerie revêtue de pierres de taille, et

possédaient ce caractère grandiose, monumental, qui indiquait la grande

ville.

Cette enceinte, percée de belles portes, s'appuyait à l'est sur la

Bastille, construite en même temps, mais achevée seulement au

commencement du règne de Charles VI[275].

Vers le commencement du XVe siècle, l'art de la fortification des places

tendait à se modifier. Du Guesclin avait pris de vive force un si grand

nombre de places sans recourir à la méthode régulière des siéges, que

l'on devait chercher dorénavant à éloigner les assaillants par des

ouvrages avancés étendus, particulièrement en dehors des portes;

ouvrages qui formaient de larges boulevards quelquefois reliés entre eux

par des caponnières en terre ou de simples palissades. On reconnaissait,

au moment où l'artillerie à feu commençait à jouer un rôle dans les

siéges, qu'il était important de couvrir les approches des portes par

des terrassements ou des murs épais, peu élevés, commandés par les

courtines et les tours.

Il existe encore à Nevers une belle porte de la fin du XIVe siècle ou

des premières années du XVe, qui possède les restes très-apparents du

grand ouvrage avancé qui la protégeait. La porte du Croux (c'est ainsi

qu'on la nomme) se compose (fig. 35) d'un boulevard A, avec épaisse

muraille basse B sur les chemins de ronde, de laquelle on montait par un

escalier C, pris dans l'épaisseur d'un mur de contre-garde D, qui

flanque la porte extérieure E, protégée par un fossé F et fermée par un

pont-levis. Cette première entrée était enfilée par la courtine D'. Un

corps de troupes pouvait être massé dans l'espace A, qui avait à peu

près la forme d'un bastion et qui n'était mis en communication directe

avec le chemin G que par la poterne H. Si l'assaillant parvenait à

forcer la première porte E, il se trouvait pris en flanc par les

défenseurs logés en A. Peut-être existait-il autrefois un pont volant

mettant le boulevard A en communication avec les remparts de la ville.

L'espace I n'était qu'une berge, et en K était creusé le fossé entourant

les murs de la place. La porte L, peu étendue, flanquait les épaisses

courtines M. Elle était fermée par des ponts-levis et des vantaux en P.

Outre l'issue destinée aux chariots, cette défense possède une poterne

latérale, avec petit pont-levis particulier, suivant un usage

généralement admis depuis le XIVe siècle. Le couloir de cette poterne,

détourné, bien que permettant le jeu du bras du petit pont-levis, était

mis en communication avec la ville par la porte R, et avec le grand

passage charretier par la porte S. Des barres étaient encore placées en

T, de sorte que si l'on voulait faire entrer des piétons ou une ronde

dans la ville, on abaissait seulement le pont-levis de la poterne, et

ces gens devaient se faire reconnaître par la garde postée en L avant de

pouvoir pénétrer dans la cité. Le couloir de la poterne, par sa

configuration irrégulière, rendait le passage des piétons plus

difficile, et faisait que, toutes les petites portes étant ouvertes, un

homme placé sur le pont-levis ne pouvait voir ce qui se passait au delà

de la défense, dans l'intérieur de la ville. On arrivait au premier

étage de la porte par l'escalier O, et de ce premier étage aux

crénelages et mâchicoulis supérieurs par un escalier intérieur de bois.

La figure 36 donne l'élévation extérieure de l'ouvrage principal. On

voit, dans cette élévation, les deux rainures du grand pont-levis et

celle unique du pont-levis de la poterne. Les faces de la tour sont

défendues, sur les trois côtés extérieurs, par des mâchicoulis crénelés,

et les angles par deux échauguettes dont le sol est un peu relevé

au-dessus de celui des mâchicoulis. Ceux-ci ne se composent que de

consoles de pierre avec mur mince crénelé posé sur leur extrémité. Des

planches placées sur les consoles permettaient aux défenseurs de se

servir des créneaux et meurtrières, et de jeter des pierres, entre ces

consoles, sur les assaillants.

Nous allons indiquer quels étaient la disposition et le mécanisme de ces

ponts-levis des XIVe et XVe siècles. Soit (fig. 37) une porte d'une

largeur et d'une hauteur suffisantes pour permettre le passage des

cavaliers et des chariots, c'est-à-dire ayant environ, suivant l'usage

admis au XIVe siècle, 3m,50 de hauteur sur 3m,50 de largeur. Cette porte

est présentée en A vue extérieurement, et en B vue intérieurement,

suivant une coupe transversale faite sur le passage. En C, est l'une des

rainures du pont-levis telle qu'elle se montre sur le dehors, et en C',

masquée par le parement intérieur de la salle du premier étage. Le plan

D fait au niveau _ab_ explique la position de ces rainures. Sur les

élévations A, B, le pont-levis est supposé abaissé. La coupe

longitudinale G explique le jeu du pont-levis. Celui-ci est relevé en

appuyant sur les chaînes E; alors la partie postérieure F des bras I,

entraînée par des poids, tombe en F', après avoir décrit un arc de

cercle, et les bras I viennent se loger en I'. Le tablier K, en

décrivant un arc de cercle sur ses tourillons, s'élève en K' et bouche

l'entrée; les bras étant en retraite, les chaînes se tendent suivant un

angle, et obligent ainsi le tablier à s'appuyer sur les montants et

l'arc de la porte. Il faut, bien entendu, que la longueur des chaînes

soit calculée pour obtenir ce résultat et pour laisser aux bras une

inclinaison qui facilite le premier effort de relèvement. Le tablier est

composé d'un châssis de fortes solives avec croix de Saint-André, sur

lesquelles sont cloués les madriers. Une autre croix de Saint-André et

des traverses rendent solidaires les deux bras à l'intérieur.

En L, nous montrons l'un des tourillons des bras, et en M l'entaille

ferrée dans la pierre, destinée à recevoir ces tourillons.

On a de nos jours rendu la manoeuvre des ponts-levis plus facile et plus

sûre, au moyen de treuils, de poulies avec chaînes à la Vaucanson, mais

le principe est resté le même.

Les ponts-levis des poternes se relevaient au moyen d'un seul bras, à

l'extrémité extérieure duquel était suspendue une fourche de fer

recevant les deux chaînes. Mais nous aurons l'occasion de parler de ces

ponts-levis en nous occupant spécialement des poternes[276].

L'emploi de l'artillerie à feu contre les places fortes obligea de

modifier quelques-unes des dispositions défensives des portes dès le XVe

siècle: mais alors l'artillerie de siége était difficilement

transportable[277], et le plus souvent les armées assiégeantes n'avaient

que des pièces de petit calibre; ou bien si elles parvenaient à mettre

en batterie des bombardes d'un calibre très-fort, ces sortes de pièces

n'envoyaient que des boulets de pierre en bombe, comme les engins à

contre-poids. Si ces gros projectiles, en passant par-dessus les

murailles d'une place assiégée, pouvaient causer des dommages, ils ne

faisaient pas brèche et rebondissaient sur les parements des tours et

courtines, pour peu que les maçonneries fussent épaisses et bien faites.

Les ingénieurs militaires ne se préoccupaient donc que médiocrement de

modifier l'ancien système défensif, quant aux dispositions d'ensemble,

et n'avaient guère apporté de changements que dans les crénelages, afin

de pouvoir y poster des arquebusiers. Nous avons un exemple de ces

changements dans une des portes antérieures de la petite ville de

Flavigny (Côte-d'Or). Cette porte (fig. 38) est encore flanquée de deux

tours cylindriques percées de meurtrières à la base, à mi-hauteur et au

sommet. Ces meurtrières, faites pour de très-petites bouches à feu, sont

circulaires. La porte elle-même, ainsi que sa poterne, est surmontée

d'un mâchicoulis avec parapet percé également de meurtrières

circulaires. Cet ouvrage précède une porte du XIVe siècle, en partie

démolie aujourd'hui et qui était fermée par une herse et des vantaux.

La figure 39 donne en A la face intérieure de la porte présentée en

perspective extérieurement dans la figure 38. On remarquera que chaque

console de mâchicoulis porte une séparation en pierre qui donne de la

force au parapet. Cette disposition est d'ailleurs expliquée par la

coupe B. Il faut ajouter que cette porte s'ouvre au sommet d'un

escarpement, et que le chemin qui y conduit a une très-forte pente. Il

n'était besoin, dans une telle situation, ni de fossés, ni de pont-levis

par conséquent; l'assaillant qui se présentait devant cette entrée ayant

à dos un précipice. Toute simple qu'elle est, cette porte est un joli

exemple des constructions militaires de l'époque de transition, au

moment où les architectes se préoccupent de l'emploi des bouches à feu.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 27 / 44 段