toutes les autres parties de cette jolie église; c'est-à-dire qu'elle se
compose de grands morceaux de pierre de Tonnerre formant une véritable
devanture pour les archivoltes, gâbles, balustrades, claires-voies et
clochetons, et d'assises basses pour les contre-forts. Quant aux
remplissages des voûtes, ils sont faits en petits matériaux[237]. Ces
porches, comme toute la construction de l'église de Saint-Urbain, élevée
d'un seul jet, datent des dernières années du XIIIe siècle, et sont une
des oeuvres les plus hardies et les plus savantes du moyen âge. Le XIVe
siècle n'atteignit pas cette légèreté, et surtout cette largeur de
composition, dans les oeuvres du même genre qu'il eut à élever. Ainsi le
porche méridional de l'église Saint-Ouen de Rouen, bâti vers la fin du
XIVe siècle, est loin d'avoir cet aspect ample et léger; il est plus
lourd et surchargé de détails, qui nuisent à l'ensemble. Le porche
occidental de l'église de Saint-Maclou, à Rouen, est certainement un des
plus riches qu'ait élevés le XVe siècle, mais il prend toute
l'importance d'une façade, et ne semble pas avoir cette destination
spéciale si bien indiquée à Saint-Urbain de Troyes[238]. La disposition
du porche de Saint-Maclou a cela d'intéressant cependant, qu'elle se
prête à la configuration des voies environnantes, et que les arcs
latéraux forment en plan deux pans coupés très-obtus avec l'arc central,
pour donner à la foule des fidèles un accès plus facile.
L'église de Saint-Germain l'Auxerrois, à Paris, possède un porche du
commencement du XVe siècle, qui est parfaitement conçu. Il s'ouvre sur
la face par trois arcades principales qui comprennent la largeur de la
nef, et par deux arcades plus étroites et plus basses, au droit des
collatéraux; une arcade semblable de chaque côté, en retour, donne des
issues latérales. Les voûtes fermées sur les deux travées extrêmes plus
basses sont surmontées de deux chambres couvertes par des combles aigus
et éclairées par de petites fenêtres percées dnns les tympans rachetant
la différence de hauteur entre les grands et les petits arcs. Une
balustrade couronne cette construction couverte en terrasse, sous la
rose, dans la partie centrale.
La sculpture et les détails de ce porche, bien des fois retouchés et
depuis peu grattés à vif, manquent de caractère, sont mous et pauvres.
Le porche de l'église de Saint-Germain l'Auxerrois n'est bon à étudier
qu'au point de vue de l'ensemble et de ses heureuses proportions. La
porte centrale qui s'ouvre sur la nef date en partie du XIIIe siècle,
c'est le seul fragment de cette époque que l'on retrouve dans tout
l'édifice rebâti pendant les XIVe, XVe et XVIe siècles. Le parti adopté
dans la construction de ce porche nous paraît remplir assez bien les
conditions imposées par les besoins d'une grande église paroissiale,
pour que nous en présentions ici (fig. 33) l'aspect général.
On observera que les arcades d'extrémités, étant plus basses que celles
centrales, les fidèles réunis sous ce vestibule extérieur, profond
d'ailleurs, sont parfaitement abrités du vent et de la pluie, bien que
la circulation soit facile. On n'en saurait dire autant des portiques,
péristyles ou porches, prétendus classiques, établis au devant des
églises bâties depuis deux siècles. Les péristyles de Saint-Sulpice, de
la Madeleine, de Saint-Vincent de Paul, de Notre-Dame de Lorette,
présentent peut-être une décoration majestueuse, mais ils sont, contre
le vent, la pluie ou le soleil, un obstacle insuffisant.
Sur la face méridionale de l'église collégiale de Poissy, on remarque
encore les restes d'un joli porche du XVIe siècle; mais cet appendice,
reconstruit vers 1821, a perdu son caractère. Un des plus beaux porches
élevés à cette époque est sans contredit celui qui abrite la porte
méridionale de la cathédrale d'Alby[239]. Ce porche est un véritable
dais porté sur des piliers en avant de l'entrée de l'église. Il s'élève
au sommet d'un grand emmarchement autrefois défendu, à sa partie
inférieure, par un ouvrage fortifié dont on voit des restes assez
importants. Nous donnons (fig. 34) le plan du porche de la cathédrale
d'Alby avec l'emmarchement qui le précède et la défense antérieure. Les
arcades A et B s'ouvraient sur une vaste plate-forme entourée de murs
crénelés. La figure 35 présente une vue perspective de ce porche prise
du côté de l'emmarchement.
Le porche de la cathédrale d'Alby est une des compositions des dernières
écoles du moyen âge, et produit un merveilleux effet: bâti de pierre
blanche, il se détache sur le ton de brique de l'église et sur le ciel
de la manière la plus pittoresque; sa position, si bien choisie au
sommet d'un long degré, en fait l'entrée la plus imposante qu'on puisse
imaginer. Autrefois une longue et haute claire-voie vitrée s'ouvrait
au-dessus de la porte, sous la voûte du porche, et donnait une grande
lumière dans l'église, d'ailleurs très-sombre[240].
Nous n'avons pu, dans cet article, donner tous les exemples de porches
d'églises qui méritent d'être mentionnés; nous nous sommes bornés à
reproduire ceux qui présentent un caractère bien franc, qui accusent
clairement leur destination, et dont la composition offre cette
originalité due à des artistes de talent. Les églises de France sont
certainement celles qui présentent les exemples les plus variés, les
mieux entendus et les plus grandioses de porches du moyen âge. En
Allemagne, ils sont rares; en Angleterre, habituellement bas et petits.
Mais certainement, nulle part en Europe, ni en Italie, ni en Espagne, ni
en Allemagne, ni en Angleterre, on ne voit des porches qui puissent être
comparés, même de loin, à ceux de Chartres, de Saint-Urbain, de
Saint-Maclou, de la cathédrale d'Alby, de Saint-Ouen de Rouen, et de
Saint-Germain l'Auxerrois.
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Illustration: Fig. 32.]
[Illustration: Fig. 33.]
[Note 230: 1 Voyez l'article CATHÉDRALE, t. II, p. 280 et
suiv.--Voyez aussi les _Entretiens sur l'architecture_, t. I,
p. 263 et suiv.]
[Note 231: Il faut noter ici (voy. CATHÉDRALE, fig. 19)
que le portail de la cathédrale d'Amiens n'a pas été élevé
conformément à son tracé primitif. Mais en admettant même ce
plan primitif, nous ne pouvons voir, non plus qu'à la
cathédrale de Laon, dans ces ébrasements prononcés des
portes, ce qui constitue un porche, c'est-à-dire un vestibule
ouvert ou fermé.]
[Note 232: Voyez la _Monographie de la cathédrale de
Chartres_, par M. Lassus.--L'ouvrage de M. Gailhabaud, _sur
l'architecture du Ve au XVIe siècle.--Les exemples de
décoration_ de M. Gaucherel.]
[Note 233: La tombe de l'architecte Libergier est
aujourd'hui placée dans la cathédrale de Reims; elle était,
avant la démolition de l'église de Saint-Nicaise, placée dans
ce monument.]
[Note 234: L'église de Saint-Nicaise a été démolie depuis
la fin du dernier siècle. En ordonnant cette démolition, les
gens de Reims ont privé leur ville et la France d'un des plus
beaux monuments de l'art au XIIIe siècle. Heureusement les
documents sur cet édifice ne font pas trop défaut; on en
possède des plans et quelques gravures, entre autres celle de
la façade, qui est un véritable chef-d'oeuvre et qui est due
au graveur rémois De-Son. Cette pièce rare date de 1625.]
[Note 235: Nous avons très-souvent l'occasion de parler
de cette jolie église, qui présente le développement le plus
complet et le plus extraordinaire de cette architecture
champenoise du XIIIe siècle (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE,
CONSTRUCTION, fig. 102, 103, 104, 105, 106; FENÊTRE,
PILIER).]
[Note 236: C'est l'arc-boutant marqué Y sur le plan (fig.
30).]
[Note 237: Pour le système de construction adopté à
Saint-Urbain de Troyes, voyez, à l'article CONSTRUCTION, les
figures 103, 104, 105 et 106.]
[Note 238: Voyez les belles photographies que MM. Bisson
frères ont faites de ce porche.]
[Note 239: Voyez CATHÉDRALE, fig. 50.]
[Note 240: M. Daly, architecte diocésain d'Alby, a été
depuis peu chargé de restaurer ce porche, et s'est acquitté
de cette tâche difficile avec un talent remarquable.]
PORCHES ANNEXES À DES CONSTRUCTIONS CIVILES.--Les articles ESCALIER,
PERRON, donnent quelques exemples de porches combinés avec les degrés
principaux des palais et châteaux. Sur la voie publique, il n'était pas
possible d'établir des porches en avant des maisons. Celles-ci
possédaient parfois des portiques continus ou des saillies en
encorbellement formant abri, ou encore de véritables auvents à demeure
(voy. AUVENT, MAISON). Les porches proprement dits eussent gêné la
circulation, surtout dans les villes du moyen âge, dont les rues sont
généralement étroites. Quelquefois, dans les cours, un pavillon portant
son angle saillant sur un seul pilier formait un petit porche devant une
entrée ou à l'issue d'une allée, ainsi que le fait voir la figure
36[241]. À l'angle d'une place publique ou d'un carrefour, on laissait
aussi, dans certains cas, sous une maison, un espace couvert et ajouré
sur la voie publique; mais ces abris étaient des _loges_ plutôt que des
porches, on en établissait près des marchés: c'étaient des parloirs, ce
qu'on appelle aujourd'hui des _bourses_, sur une petite échelle[242].
Cependant les vignettes des manuscrits du XVe siècle présentent
fréquemment des porches assez importants devant des hôtels, sur la voie
publique; et ces porches sont toujours figurés comme étant relativement
très-ornés. Un beau manuscrit de cette époque, appartenant à la
bibliothèque de Troyes (nº 178), donne un porche d'hôtel dont voici en
plan la disposition (fig. 37). Le porche A est placé à l'angle du
bâtiment et forme tambour dans l'intérieur. L'élévation perspective
fournie par le manuscrit est reproduite par notre figure 38. Ce porche
est très-petit d'échelle, ce n'est qu'un abri pouvant contenir quatre
personnes. C'était ce qui convenait à l'entrée d'une habitation.
Au-dessus de la console portant la retombée du gâble de face, est placée
une de ces statues de la sainte Vierge, si fréquentes dans les
carrefours des villes du moyen âge et aux angles des rues.
Mais la forme des porches la plus habituellement adoptée devant les
constructions civiles, telles que hospices, maladreries, maisons de
réunion de bourgeois, habitations rurales, est celle que retrace notre
figure 39. Ces annexes se composaient d'un bahut avec pilettes de pierre
sur lesquelles des sablières de bois portaient une charpente lambrissée
dont l'écartement n'était maintenu que par des entraits retroussés. La
légèreté de ces sortes de constructions n'a pas permis qu'elles
arrivassent jusqu'à nous, et s'il en reste encore quelques débris, c'est
qu'ils ont été engagés au milieu de bâtisses plus récentes. Dans les
contrées du Nord, en Suède, en Angleterre même, on a continué fort tard
à élever des porches suivant ce système; aussi en trouve-t-on encore
quelques-uns debout, d'autant que les charpentes mises en oeuvre
étaient, dans ces pays, beaucoup plus épaisses que celles adoptées en
France. Il était d'usage aussi, dans la Flandre, d'élever des porches en
bois en avant des ponts-levis des châteaux et manoirs, afin de mettre à
couvert les gens qui attendaient qu'on leur permît d'entrer; mais, chez
nous, ces sortes d'ouvrages ont toujours l'apparence d'un châtelet, ou
tout au moins d'un corps de garde défendu (voy. PORTE).
Nous n'avons donné qu'un petit nombre des exemples que fournissent les
porches du moyen âge, relativement à leur abondance, car, ces annexes
devant être élevées sur des programmes non uniformes, il était naturel
de varier leur aspect, autant que leur structure et leur disposition
générale. Il est beaucoup de porches importants que nous avons
mentionnés, et qui demanderaient une étude toute spéciale: tels sont les
porches de Notre-Dame de Chartres, ceux de la cathédrale de Bourges,
ceux de Saint-Maclou de Rouen, de l'église de Louviers, et, parmi les
porches beaucoup plus anciens, ceux de Saint-Front de Périgueux, des
églises de l'Auvergne, celui de Notre-Dame des Doms à Avignon, etc.
Quant aux annexes en dehors des portes, qui, pour nous, à cause de leur
peu de saillie, ou plutôt à cause de leur liaison intime avec l'édifice
auquel elles appartiennent, ne sauraient être considérées comme des
porches, nous les classons dans les _portails_.
[Illustration: Fig. 34.]
[Illustration: Fig. 35.]
[Illustration: Fig. 36.]
[Illustration: Fig. 37.]
[Illustration: Fig. 38.]
[Illustration: Fig. 39.]
[Note 241: Voyez, à l'article MAISON, le plan et
l'élévation de l'hôtel de la Trémoille (fig. 36 et 37), la
tourelle formant porche à rez-de-chaussée, à l'entrée de
l'allée conduisant au jardin. Voyez aussi l'article
TOURELLE.]
[Note 242: Voyez LOGE.]
PORT, s. m. Il ne nous reste que peu de traces des ports maritimes
établis pendant le moyen âge. Les dispositions des ports changeant sans
cesse par suite des développements du commerce, on ne doit point être
surpris de ne plus trouver des ports datant de plusieurs siècles,
conservés entiers. Cependant, dès le XIe siècle, les côtes de France
possédaient des ports assez importants. Sans parler des ports de la
Méditerranée, qui, comme celui de Marseille, dataient d'une époque
très-reculée, on comptait encore à cette époque ceux de Fréjus, d'Agde,
de Narbonne, d'Antibes, qui pouvaient réunir un grand nombre de navires.
Tout porte à croire que le port antique de Marseille, pratiqué encore
pendant le moyen âge, occupait la place du vieux port de cette ville.
Sur les côtes de l'Océan, il y avait, au XIIe siècle, des ports à
Bordeaux, à la Rochelle, à l'embouchure de la Loire, à Brest, et dans la
Manche, à Saint-Malo, à Granville, à Cherbourg, à Caen, à Dieppe, à
Boulogne, à Wissant.
Ces ports furent, la plupart, étendus et protégés par des travaux
importants pendant les XIIIe et XIVe siècles. On voit encore à l'entrée
des ports de Marseille une des tours qui défendaient le goulet du port,
et qui date du XIVe siècle. À l'entrée du port de la Rochelle, il existe
aussi une belle tour, dont les soubassements sont fort anciens et dont
le couronnement date du XIVe siècle, qui défendait le chenal. Elle se
reliait à un ouvrage élevé de l'autre côté du goulet fermé par une sorte
de herse. M. Lisch, architecte, a découvert des traces
très-intéressantes de ces défenses, et doit en faire le sujet d'un
travail qui sera rendu public. La même ville possède un beau phare
datant des XIVe et XVe siècles, lequel est encore entier; bien qu'il ne
soit plus employé à cet usage. À Aigues-Mortes, le roi Louis IX fit tout
d'abord établir à l'entrée du port qui lui servit de base d'opérations
pour ses expéditions d'outre-mer, une tour très-importante qui était
couronnée par un feu, et qui est connue aujourd'hui sous le nom de tour
de Constance.
Les ports étaient fermés, pendant le moyen âge, par des chaînes et même
quelquefois par des herses qui étaient suspendues entre deux tours
séparées par le chenal. Il faut dire qu'à cette époque, les navires du
plus fort tonnage n'avaient que 6 à 7 mètres de largeur entre bordages.
L'emploi des jetées était dès lors habituel, comme il l'est de nos
jours, soit pour abriter les passes pendant les gros temps, soit pour
maintenir la profondeur d'un chenal et empêcher son ensablement. Les
soubassements de la jetée occidentale de Dieppe sont fort anciens et
existaient avant le XVIe siècle, puisque à cette époque cette jetée fut
reconstruite en partie. Mais le peu de ressources dont on pouvait
disposer alors pour entreprendre les travaux dispendieux, devenus si
fréquents aujourd'hui, faisait, toutes les fois que la disposition des
côtes le permettait, qu'on profitait d'une embouchure de cours d'eau ou
d'un étang pour faire un port; et alors, au besoin, on établissait des
canaux de communication avec la mer lorsque, comme cela est fréquent
pour les étangs salés, les goulets naturels étaient ensablés ou même
bouchés totalement. C'est ainsi que les étangs qui formaient le port
d'Aigues-Mortes avaient été mis en communication avec la haute mer.
C'est ainsi que saint Louis avait fait creuser le canal de Bouc, qui
permettait de faire entrer des navires dans l'étang de Berre, près de
Marseille.
PORTAIL, s. m. Avant-porte. Ébrasements ménagés extérieurement en avant
des portes principales des églises pour former un abri. Ce qui distingue
le portail du porche, c'est que le portail ne présente pas, comme le
porche, une avancée en hors-d'oeuvre, mais dépend des portes
elles-mêmes. Bien que les portes des cathédrales de Paris, de Bourges,
d'Amiens, de Reims, de Rouen, de Sens, de Senlis, soient abritées par
des voussures profondes surmontées même de gâbles, comme à Amiens et à
Reims, cependant on ne saurait donner à ces saillies le nom de porches.
Les portails de nos grandes églises ont fourni aux architectes du moyen
âge des motifs splendides de décoration. Ils sont ornés habituellement
de nombreuses statues, de figures et de bas-reliefs, sur les
pieds-droits en ébrasement, sur les voussures et dans les tympans
au-dessus des portes. Cette disposition des portails d'églises
appartient à notre pays, à l'architecture issue de l'Île-de-France au
XIIe siècle, et certainement on y reconnaît la marque d'un sentiment
vrai et grand de l'art décoratif. Entourer ainsi les portes principales
des églises d'un monde de statues et de bas-reliefs formant parfois une
suite de scènes dramatiques, c'est une idée hardie, neuve, et qui
produit un grand effet, car on ne saurait fournir une place plus
favorable au statuaire. Les ébrasements obliques, éclairés par le soleil
de la manière la plus variée, donnent aux sculptures un relief qui
semble leur prêter la vie. Aussi la plupart de ces grands portails, tels
que ceux de Notre-Dame de Paris, de Reims, d'Amiens, forment de
véritables poëmes en pierre qui attirent toujours l'attention de la
foule (Voy. CATHÉDRALE, PORTE.)
PORTE, s. f. Baie servant d'issue, au niveau d'un sol. Toute porte se
compose de deux jambages, d'un linteau ou d'un cintre. Les jambages
possèdent un tableau et une feuillure destinée à recevoir les vantaux.
Nous diviserons cet article en portes fortifiées de villes et châteaux;
en portes de donjons et tours; en poternes; en portes d'abbayes; en
portes d'églises, extérieures et intérieures; en portes de palais et
maisons, extérieures et intérieures.
PORTES FORTIFIÉES _tenant aux enceintes de villes, châteaux,
manoirs_.--Il existe encore en France quelques portes romaines et
gallo-romaines qui présentent les caractères d'une issue percée dans une
enceinte et protégée par des défenses. Telles sont les portes de Nîmes,
d'Arles, de Langres, d'Autun: les premières antérieures à
l'établissement du christianisme; celles d'Autun datant du IVe ou Ve
siècle. Ces portes sont toutes dressées à peu près sur un même plan.
Elles consistent en deux issues, l'une pour l'entrée, l'autre pour la
sortie des chariots, et en deux passages pour les piétons; elles sont
flanquées extérieurement de deux tours semi-circulaires formant une
saillie prononcée. Les portes d'Arroux et de Saint-André, à Autun, sont
surmontées, au-dessus des deux arcs donnant passage à travers
l'enceinte, d'un chemin de ronde à claire-voie, qui pouvait servir au
besoin de défense. Les baies, s'ouvrant sur la voie publique, n'étaient
fermées que par des vantaux de menuiserie, sans herses ni ponts
mobiles[243].
La porte de Saint-André, à Autun, est l'une des plus complètes de toutes
celles que nous possédons en France, et se rapproche de l'époque du
moyen âge[244]. Elle est d'ailleurs entièrement tracée sur le modèle
antique, et possède deux voies A (fig. 1), deux issues pour les piétons
B, deux tours C, servant de postes militaires, avec leurs deux escaliers
D montant aux étages supérieurs[245]. On retrouve encore sur la voie en
A des fragments nombreux de ce pavé romain en gros blocs irréguliers. Au
droit des deux poternes B étaient établis des trottoirs, et en E était
creusé un large fossé dont on aperçoit encore le profil. La voie formait
une chaussée qui s'étendait extérieurement assez loin dans la vallée,
comme pour mettre en évidence les arrivants. L'ouvrage principal (fig.
2) est construit en gros blocs de grès posés jointifs, sans mortier,
suivant la méthode romaine. On voit, dans notre figure 2, le chemin de
ronde supérieur percé d'arcades d'outre en outre et communiquant avec le
premier étage des tours et le chemin de ronde des courtines. Ces tours
possédaient encore au-dessus deux autres étages, réservés à la défense,
l'un couvert par une voûte, et le dernier à ciel ouvert. On y arrivait
par les escaliers à double rampe indiqués sur le plan.
Nous nous sommes souvent demandé, en voyant les portes des villes de
Pompéi, de Nîmes, d'Autun, de Trèves, toutes si bien disposées pour
l'entrée des chariots et des piétons, pourquoi, depuis qu'on a prétendu
revenir aux formes de l'antiquité grecque et romaine, on n'avait jamais
adopté ce parti si naturel des issues jumelles? La réponse à cette
question, c'est que l'on s'est fait une sorte d'antiquité de convention,
lorsqu'on a prétendu en prescrire l'imitation. Placer un pilier dans le
milieu d'une voie paraîtrait, aux yeux des personnes qui ont ainsi
faussé l'esprit de l'antiquité, se permettre une énormité. Beaucoup
d'honnêtes gens considèrent les portes Saint-Denis et Saint-Martin à
Paris, si peu faites pour le passage des charrois, comme étant ce qu'on
est convenu d'appeler une heureuse inspiration d'après les données de
l'antiquité. Mais pour l'honneur de l'art antique, jamais les Romains,
ni les Grecs byzantins, ni les Gallo-romains, n'ont élevé des portes de
ville aussi mal disposées. Leurs portes sont larges, doubles, et n'ont
jamais, sous clef, une hauteur supérieure à celle d'un chariot
très-chargé. Elles sont accompagnées de poternes, ou portes plus petites
pour les piétons, profondes; c'est-à-dire formant un passage assez long,
plus long que celui des baies charretières, afin de permettre au besoin
un stationnement nécessaire. Quelquefois même ces poternes sont
accompagnées de bancs et d'arcades donnant sur le passage des chariots.
Telle est, par exemple, la disposition de la porte dite d'Auguste, à
Nîmes.
Les tours et remparts touchant à la porte de Saint-André d'Autun sont
construits en blocages revêtus extérieurement et intérieurement d'un
parement de petits moellons cubiques, suivant la méthode gallo-romaine.
Bien que les détails de cette porte soient médiocrement tracés et
exécutés, l'ensemble de cette construction, ses proportions, produisent
l'effet le plus heureux.
Mais on conçoit que ces portes n'étaient pas suffisamment couvertes,
fermées et défendues pour résister à une attaque régulière. Il est vrai,
qu'en temps de siége, on établissait, en avant de ces entrées, des
ouvrages de terre et bois, sortes de barbacanes qui protégeaient ces
larges issues. Ces ouvrages de terre, avec fossés et palissades,
s'étendaient même parfois très-loin dans la campagne, formaient un vaste
triangle dont le rempart de la ville était la base et dont le sommet
était protégé par une tour ou poste en maçonnerie. À Autun même, on voit
encore, de l'autre côté de la rivière d'Arroux, un de ces grands
ouvrages triangulaires de terre, dont les deux côtés aboutissaient à
deux ponts et dont le sommet était protégé par un gros ouvrage carré en
maçonnerie, connu aujourd'hui sous le nom de _temple de Janus_, et qui
n'était en réalité qu'un poste important tenant l'angle saillant d'une
tête de pont. Ce qui reste de cette tour carrée fait assez voir qu'elle
était dépourvue de portes au niveau du rez-de-chaussée, et qu'on ne
pouvait y entrer que par une ouverture pratiquée au premier étage et au
moyen d'une échelle ou d'un escalier de bois mobile.
Quand le sol gallo-romain fut envahi par les hordes venues du nord-est,
beaucoup de villes ouvertes furent fortifiées à la hâte. On détruisit
les grands monuments, les temples, les arènes, les théâtres, pour faire
des remparts percés de portes flanquées de tours. On voit encore à
Vesone (Périgueux), près de l'ancienne cathédrale du Xe siècle, une de
ces portes. Il n'y a pas longtemps qu'il en existait encore à Sens, à
Bourges, et dans la plupart des villes de l'est et du sud-est du sol
gaulois. Beaucoup de ces ouvrages furent même construits en bois, comme
à Paris, par exemple.
Quand plus tard les Normands se jetèrent sur les pays placés sous la
domination des Carlovingiens, les villes durent de nouveau établir à la
hâte des défenses extérieures, afin de résister aux envahisseurs. Ces
ouvrages ne devaient pas avoir une grande importance, car il ne paraît
pas qu'ils aient opposé des obstacles bien sérieux aux assaillants; les
récits contemporains les présentent aussi généralement comme ayant été
élevés en bois; et d'ailleurs l'art de la défense des places n'avait pas
eu l'occasion de se développer sous les premiers Carlovingiens.