deux écoles, mais qui ne possèdent pas cependant les piles intérieures
que nous voyons dans les porches de Limoges, de Lesterps et de
Saint-Benoît-sur-Loire, il faut citer celui de l'église abbatiale de
Moissac (Tarn-et-Garonne).
La structure de ce porche est d'un grand intérêt pour l'histoire de
l'art. Elle date de deux époques assez rapprochées l'une de l'autre, du
commencement et du milieu du XIIe siècle.
La figure 24 en retrace le plan à rez-de-chaussée. Primitivement, ce
porche s'ouvrait du côté du midi, en C, par une large arcade en
tiers-point. Du côté de l'ouest, en D, et du côté du nord, en E, il
s'ouvrait sur des dépendances de l'abbaye, sur les cloîtres, et était
fermé par des vantaux.
Une troisième porte F, avec trumeau central, donnait accès dans la nef
de l'église. Peu après sa construction, c'est-à-dire vers 1150, on
ajouta, au grand porche portant un gros clocher, un second porche ou
abri extérieur G, richement décoré de bas-reliefs et de sculptures d'un
très-grand style (voy. STATUAIRE). On éleva les piliers H et les
contre-forts I. Ces constructions accolées servirent à porter un chemin
de ronde crénelé qui défendait l'entrée de l'église. La figure 25 donne
le plan de la salle bâtie au-dessus du porche, et sur les piles de
laquelle devait s'élever un clocher qui ne fut pas terminé. La
différence des teintes du plan indique la construction première et les
adjonctions faites au milieu du XIIe siècle pour recevoir les crénelages
à deux étages sur le porche extérieur en K, et à un seul chemin de ronde
sur les côtés L et M. C'était une tentative assez hardie, au
commencement du XIIe siècle, que de couvrir une salle de 10 mètres de
côté par une seule voûte qui ne fût pas une coupole, et l'architecte du
porche de Moissac résolut ce problème en constructeur habile. La voûte
du rez-de-chaussée est en arcs d'ogives, c'est-à-dire composée de
formerets et de deux arcs diagonaux larges, à section rectangulaire, sur
lesquels reposent les quatre triangles de la voûte maçonnés en moellons
smillés. La voûte de la salle haute est composée de douze arcs tendant à
un oeil central réservé pour le passage des cloches. Notre coupe (fig.
26), faite sur la ligne AB du plan du rez-de-chaussée, explique cette
structure. Le détail N indique l'appareil des pierres composant la clef
de la voûte du rez-de-chaussée (car les arcs diagonaux sont maçonnés en
pierres d'un faible échantillon). Quant aux arcs de la voûte du premier
étage, qui peut bien passer déjà pour une voûte dans le mode gothique,
les diagonaux sont plein cintre, et les huit autres, partant des piles
intermédiaires, sont des portions de cercle. On observera que ces huit
arcs intermédiaires sont posés obliquement sur les chapiteaux des piles,
tandis que les tailloirs de ces chapiteaux ont leurs faces parallèles
aux côtés du carré. Déjà cependant les tailloirs des arcs diagonaux sont
posés suivant la direction de ces arcs (voy. le plan, fig. 25). Ces deux
salles basse et haute sont d'un effet monumental qui produit une vive
impression. La construction, quoique rude, en est bien exécutée et n'a
subi aucun mouvement. Les adjonctions faites au milieu du XIIe siècle,
si intéressantes qu'elles soient, ont altéré la physionomie grandiose de
l'extérieur de ce porche et ont assombri cette belle salle supérieure,
dont nous ne connaissons pas la destination, et qui s'ouvrait si
largement sur les dehors. La nef de l'église ayant été rebâtie au
commencement du XVe siècle sur un plan analogue à celui de la cathédrale
d'Alby, il est difficile aujourd'hui de savoir comment cette salle
supérieure s'arrangeait avec la nef primitive. Toutefois les trois
arcades P, bouchées en brique lors de la reconstruction du XVe siècle,
s'ouvraient nécessairement sur la nef ancienne, et mettaient la salle
haute en communication directe avec celle-ci sans interposition de
vitraux. Mais nous avons déjà vu, par quelques-uns des exemples de
porches surmontés de salles, donnés dans cet article, que les nefs
n'étaient guère fermées par des vitraux, surtout dans les provinces du
Centre et du Midi, avant la fin du XIIe siècle.
Les porches sous clochers sont rares à dater du commencement du XIIIe
siècle dans l'architecture française. Cependant nous citerons celui de
l'église de Larchant (Seine-et-Marne)[227]. La Normandie en présente
quelques-uns qui datent des XIVe et XVe siècles; nous mentionnerons
comme l'un des plus remarquables celui de la tour de l'église
Saint-Pierre, à Caen[228].
Sur les bords du Rhin et dans les contrées environnantes, cette
disposition se continue assez tard. Le porche de la cathédrale de
Fribourg ouvert sous le clocher occidental est fort beau. Intérieurement
il est orné de bonnes figures représentant les arts libéraux, de
grandeur naturelle, le Christ, les vierges sages, les vierges folles, le
sacrifice d'Abraham, saint Jean-Baptiste, sainte Marie l'Égyptienne,
etc. Ce porche n'est ouvert que par une arcade sur la face, les côtés
sont clos et décorés par ces statues dont nous venons de citer les
principales.
Parlant des porches sous clochers, on ne saurait passer sous silence les
porches si bien disposés sous les tours projetées de la façade de
l'église de Saint-Ouen, à Rouen.
Ces tours, qui devaient être d'une dimension colossale, ne furent
élevées que jusqu'à la hauteur de 20 mètres environ au-dessus du sol.
Lorsqu'il fut question d'achever la façade de l'église de Saint-Ouen en
1840, on n'osa continuer l'oeuvre commencée sur des dimensions aussi
considérables; on rasa donc les souches des deux clochers, et l'on
perdit ainsi une des dispositions des plus originales et des plus
ingénieuses parmi toutes celles qu'avait conçues le moyen âge à son
déclin, car ces tours dataient du XVe siècle.
Elles s'élevaient sur deux porches posés diagonalement et donnant entrée
de biais dans les deux collatéraux. Le plan de ces porches est gravé
dans l'ouvrage de Pugin sur les monuments de la Normandie, auquel nous
renvoyons nos lecteurs[229]. La position oblique des porches de l'église
de Saint-Ouen avait permis de les ouvrir sur l'extérieur par deux baies
abritées, tendant au centre d'un large parvis formé par la saillie des
tours. On évitait ainsi les courants d'air dans l'église, les portes
extérieures des porches et celles donnant dans les collatéraux n'étant
pas placées en face l'une de l'autre. La foule des fidèles, en sortant
par les deux portes latérales et la porte centrale, se trouvait
naturellement réunie sur l'aire de ce parvis, sans qu'il pût en résulter
de l'encombrement. Il y a lieu de s'étonner que cette disposition si
bien trouvée et d'un si heureux effet, n'ait pas été suivie dans la
construction de quelques-unes de nos églises modernes, d'autant qu'elle
peut s'accommoder à tous les styles d'architecture.
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Note 222: Voyez, à l'article CLOCHER, la carte des
diverses _écoles_ de clochers (fig. 61), dans laquelle il est
démontré que deux prototypes de ces clochers, à Périgueux, à
Brantôme, envoient des rameaux jusqu'à Cahors, Toulouse, le
Puy, Loches, Saint-Benoit-sur-Loire, etc.]
[Note 223: Voyez les ensembles et les détails de ce
porche dans l'_Architecture du_ Ve _au_ XVIe _siècle_, par
Gailhabaud.]
[Note 224: Cet édifice a été fort altéré il y a peu
d'années.]
[Note 225: Voyez _Monographie de l'église de
Saint-Savin_, publiée par les soins du ministre de
l'instruction publique.]
[Note 226: Il faut citer aussi un de ces porches conservé
sous le clocher occidental de l'église Saint-Séverin de
Bordeaux, et qui date du commencement du XIIe siècle.]
[Note 227: Voyez les _Monuments de Seine-et-Marne_, par
MM. Aufauvre et Fichot.]
[Note 228: Voyez Pugin, _Specimens of the architectural
ant. of Normandy_.]
[Note 229: Voyez, à l'article ARCHITECTURE RELIGIEUSE, la
figure 62.]
PORCHES D'ÉGLISES ANNEXES. C'est à dater de la fin du XIIe siècle que
les porches accolés aux façades principales ou latérales des églises
deviennent très-fréquents. Pourquoi? Avant cette époque, les églises les
plus importantes étaient celles qui dépendaient d'établissements
monastiques. Ces églises, comme nous l'avons vu, possédaient des porches
très-vastes si elles relevaient de l'ordre de Cluny, en forme de
portiques si elles relevaient de l'ordre de Cîteaux, plus ou moins
étendus si elles ne dépendaient ni de l'un ni de l'autre de ces deux
ordres, mais faisant partie du plan primitif ou complété de l'édifice
religieux. Lorsque ces porches avaient été annexés, ils achevaient, pour
ainsi dire, un ensemble de constructions conçues d'après une idée
dominante. Les églises paroissiales antérieures à 1150 étaient petites,
pauvres, et copiaient plus ou moins les grandes églises monastiques.
Avant cette époque, les cathédrales elles-mêmes avaient peu d'étendue,
et s'élevaient également sous l'influence prédominante des édifices dus
aux ordres religieux. Mais lorsque, vers 1160, les évêques surent
recueillir ces immenses ressources qui leur permirent d'élever des
églises qui pussent rivaliser avec celles des ordres religieux et même
les dépasser en étendue et en richesse, ils adoptèrent des plans qui
différaient sur bien des points de ceux admis par les moines. Plus de
chapelles, plus de porches ou de narthex. Les cathédrales prirent
généralement pour type un plan de basilique, avec nef centrale et bas
côtés; des portes largement ouvertes se présentaient sur la façade, sans
vestibule. Il semblait que le monument de la cité, la cathédrale, voulût
être surtout accessible à la foule, qu'elle évitât tout ce qui pouvait
faire obstacle à son introduction. C'était un _forum_ couvert, dans
lequel chacun était appelé sans préparation, sans _initiations_. Mais
bientôt, ainsi que nous l'expliquons ailleurs[230], l'espoir que les
évêques avaient conçu de devenir les chefs politiques et religieux de la
cité s'évanouit en face de l'attitude nouvelle prise par le pouvoir
royal. Les cathédrales durent se renfermer dans leur rôle purement
religieux: elles élevèrent des chapelles, des clôtures autour des
choeurs; elles crevèrent leurs longues nefs pour y installer des
transsepts, et enfin elles ajoutèrent des porches devant les entrées.
Mais cependant, comme si l'idée première qui les avait fait élever dût
laisser une trace perpétuelle, ces porches se dressèrent principalement
devant les entrées secondaires ou latérales; et les façades principales,
les portails, ouvrirent, comme dans les conceptions primitives de ces
monuments, leurs larges portes sur un parvis sans porches ou vestibules
extérieurs. Nous voyons même que certaines cathédrales dont le plan, au
XIIe siècle, avait été conçu avec un porche antérieur, comme à Chartres
par exemple, suppriment ce porche au commencement du XIIIe siècle pour
ouvrir les portes directement sur la place publique. Si quelques
cathédrales, ce qui est rare d'ailleurs, possèdent des porches devant
leur façade principale, comme celle de Noyon, par exemple, ces porches
datent de la fin du XIIIe siècle ou même du commencement du XIVe; car
nous ne pouvons considérer comme des porches les larges ébrasements qui
précèdent les portes occidentales des cathédrales d'Amiens et même de
Laon[231]. Ce sont là des _portails_, c'est-à-dire des portes abritées.
Vers le milieu du XIIIe siècle, nous voyons au contraire élever des
porches bien caractérisés devant les portes secondaires des cathédrales.
C'est à cette époque, vers 1245, que l'on bâtit les porches latéraux des
cathédrales de Chartres, de Bourges, de Châlons-sur-Marne, du Mans, de
Bayeux, et qu'on élève souvent ces porches devant des portes qui
n'avaient pas été destinées à être abritées. Bientôt cet exemple est
suivi dans les églises conventuelles. Pendant les XIVe et XVe siècles,
on élève quantité de porches sur les flancs de ces édifices. Quant aux
églises paroissiales, dès le XIIIe siècle, leurs portes principales
comme leurs portes latérales s'ouvrent fréquemment sous des porches.
À la fin du XIIe siècle et au commencement du XIIIe siècle, deux
porches, l'un du côté du nord et l'autre du côté méridional,
s'implantent devant les portes secondaires de la cathédrale romane du
Puy en Velay, et ces deux porches sont surmontés de salles; mais ce sont
des hors-d'oeuvre, ne se raccordant en aucune façon avec l'édifice
auquel ils se soudent, tandis qu'il faut voir dans les porches latéraux
de la cathédrale de Chartres des conceptions mises en harmonie avec le
monument déjà construit. Les porches nord et sud plantés devant les
portes du transsept de la cathédrale de Chartres passent, à juste titre,
pour des chefs-d'oeuvre. Ils sont composés évidemment par des artistes
du premier ordre et offrent l'un des plus beaux spécimens de
l'architecture française du milieu du XIIIe siècle. Leur plan, leur
structure, leur ornementation, la statuaire qui les couvre, sont des
sujets d'étude inépuisables, et leur ensemble présente cette harmonie
complète si rare dans les oeuvres d'architecture. Celui du nord, plus
riche de détails, plus complet comme entente de la sculpture, plus
original peut-être comme composition, produirait plus d'effet, s'il
était, ainsi que celui du sud, élevé sur un grand emmarchement et exposé
tout le jour aux rayons du soleil. Dans l'origine, ces deux porches
étaient peints et dorés; leur aspect, alors, devait être merveilleux.
C'est lorsqu'on examine dans leur ensemble et leurs détails ces
compositions claires, profondément étudiées, d'une exécution
irréprochable, qu'on peut se demander si depuis lors nous n'avons pas
désappris au lieu d'apprendre; si nous sommes les descendants de ces
maîtres dont l'imagination féconde était soumise cependant à des règles
aussi rigoureuses que sages; et s'il n'y a pas plus d'art et de goût
dans un de ces chefs-d'oeuvre que dans la plupart des pâles et froids
monuments élevés de nos jours.
La somme d'intelligence, de savoir, de connaissance des effets,
d'expérience pratique, dépensée dans ces deux porches de Notre-Dame de
Chartres, suffirait pour établir la gloire de toute une génération
d'artistes; et ce que l'on ne saurait trop admirer dans ces oeuvres,
c'est combien alors les arts de l'architecture et de la sculpture
avaient su faire une alliance intime, combien ils se tenaient
étroitement unis.
Nous ne croyons pas nécessaire de donner ici des figures de ces porches
publiés dans maints ouvrages[232], gravés, lithographiés et
photographiés bien des fois. Nous passerons à l'étude d'exemples non
moins remarquables, mais peu connus. L'église de Saint-Nicaise de Reims
avait été bâtie par l'architecte Libergier, mort en 1263[233]; c'était
un des plus beaux monuments religieux de la Champagne. D'une
construction savante, l'église de Saint-Nicaise montrait ce qu'était
devenue cette architecture champenoise au milieu du XIIIe siècle, un art
mûr. Sur la façade de cette église s'ouvraient trois portes: l'une
centrale, dans l'axe de la grande nef, les deux autres dans l'axe de
chacun des bas côtés. Nous reviendrons tout à l'heure sur ces portes
secondaires. La porte centrale était précédée d'un porche peu profond,
élevé entre les deux contre-forts butant les archivoltes de la nef, et
recevant le poids des angles des deux clochers. La figure 27 nous montre
en A le tracé du plan de ce porche, avec l'échelle en _pieds_. D'un axe
d'un contre-fort à l'autre on comptait 40 pieds. Les contre-forts
avaient 8 pieds de face; on comptait également 8 pieds pour l'ouverture
des arcades B, et 16 pieds pour l'ouverture de l'arcade centrale; pour
la profondeur du porche, qui n'était qu'un abri, 4 pieds. Ainsi les
quatre colonnes isolées et engagées _a_, _b_, _c_, _d_, divisaient
l'espace _ad_ en trois parties égales, et ces quatre colonnes portaient
trois archivoltes surmontées de gâbles (voy. l'élévation G). Chacune de
ces archivoltes inscrivait un triangle équilatéral, et les gâbles
eux-mêmes étaient tracés suivant les deux côtés d'un triangle
équilatéral. Si l'arcade centrale était entièrement à jour, celles des
deux côtés étaient à moitié occupées par l'épaisseur des contre-forts,
ainsi que le montre notre plan en E et en E'. Quant à l'ébrasement de la
porte, il était disposé de telle façon, qu'en K il existait une boiserie
formant tambour ou double porte. En C, est tracée la coupe du porche sur
_l m_. La figure 28 donne la vue perspective du porche central de
l'église de Saint-Nicaise de Reims. Si simple par son plan, cette
composition était, en élévation, d'une grande richesse, mais sans que
les détails nuisissent en rien à l'ensemble des lignes. D'abord
l'architecte avait eu l'idée nouvelle de donner à ses porches l'aspect
d'une de ces décorations que l'on dispose devant les façades d'églises
les jours de grandes cérémonies. Sans contrarier la structure principale
de l'architecture, ces arcades surmontées de gâbles forment une sorte de
soubassement décoratif occupant toute la largeur de l'église et percé de
baies au droit des portes. C'était comme un large échafaudage tout garni
de tapisseries; car on remarquera que les nus de ce soubassement sont
ornés de fins reliefs fleurdelisés qui leur donnent l'aspect d'une
tenture. Derrière cette architecture légère, et qui semble élevée pour
une fête, se voyaient les portes richement décorées de bas-reliefs.
Celle centrale, dont nous donnons la vue perspective (fig. 28), portait
sur son trumeau la statue de saint Nicaise; dans son tympan, le Christ
assis sur le monde au jour du jugement, avec la Vierge et saint Jean à
ses côtés et des anges adorateurs; au-dessous, d'un côté, les élus; de
l'autre, les damnés, dont quelques-uns sont emmenés en enfer dans un
chariot. Dans les écoinçons, deux anges sonnent de la trompette. Les
douze apôtres étaient placés, non comme des statues dans des niches,
mais comme des groupes de personnages dans les deux enfoncements
pratiqués des deux côtés des pieds-droits de la porte. On voit comme,
d'une disposition extrêmement simple comme plan, l'architecte Libergier
avait su faire un ensemble très-décoratif et facile à suivre d'un coup
d'oeil[234]. Les deux porches donnant dans l'axe des collatéraux ne se
composaient chacun que d'une seule arcade percée entre les deux gros
contre-forts des clochers. Cette arcade, surmontée d'un gâble, comme
celles du porche central, avait 12 pieds d'ouverture (2 toises). Mais
comme ces portes latérales étaient celles qui servaient habituellement
(la porte centrale n'étant ouverte que pour les processions ou pour
laisser écouler la foule), leurs porches avaient plus de profondeur (1
toise), et à l'intérieur étaient disposés des tambours à demeure,
très-ingénieusement combinés. Le plan (fig. 29) fait voir la disposition
de ces tambours en A, et l'entrée des escaliers des clochers, entrée qui
se trouvait aussi en dehors de l'église, quoique garantie par la porte
extérieure. Les espaces A, B, étaient couverts par des berceaux en
tiers-point comme les archivoltes, et les tympans des portes décorés de
bas-reliefs dans des quatre-feuilles et des lobes, comme celui de la
porte centrale. Les nus D étaient couverts des mêmes semis fleurdelisés
en petit relief. Libergier paraît être le premier qui ait eu l'idée de
faire ainsi des porches, des hors-d'oeuvre rappelant ces ouvrages
provisoires que l'on élève devant les portails des églises à l'occasion
de certaines solennités. Cette idée fut développée plus tard avec plus
ou moins de bonheur, mais sans qu'on ait, nous semble-t-il, dépassé ce
premier essai. Cependant à Troyes, dans la même province, il existe
encore deux porches d'une disposition très-remarquable devant les portes
du transsept de l'église de Saint-Urbain[235]. Ces porches sont de
véritables dais soutenus par des arcs-boutants reportant la poussée et
la charge de leurs voûtes sur des contre-forts extérieurs isolés. Le
plan de l'un de ces porches, en tout semblables entre eux (fig. 30),
indique cette disposition. L'espace A, B, C, D est voûté. Ces deux
voûtes reposent sur le mur du transsept et sur les trois piles B, E, C.
Trois arcs-boutants G, E, H reportent la poussée extérieure de ces
voûtes sur les trois contre-forts I, K, L. La légèreté de cette
construction, élevée en liais de Tonnerre d'une excellente qualité, est
surprenante. Ces deux voûtes ont réellement l'apparence d'un dais
suspendu, car leur saillie laisse à peine voir les frêles colonnes qui
les reçoivent. Quant aux contre-forts I, K, L, malgré leur importance
relative, ils sont tellement hors-d'oeuvre (les deux contre-forts I, L,
étant d'ailleurs au droit de ceux de l'église O, M), qu'ils ne
paraissent pas appartenir au porche et que l'oeil ne s'y arrête pas. En
P, nous avons tracé à l'échelle de 0m,05 par mètre l'une des colonnes
d'angle BC, et en R, le détail à la même échelle du pilier S avec sa
niche T. Une coupe faite sur XV (fig. 31.) rend compte de cette
singulière structure dont le géométral ne peut donner qu'une idée
très-incomplète. En perspective, les contre-forts et les arcs-boutants
ne se projettent pas comme dans le géométral, ils se séparent du porche,
le laissent indépendant. L'arc-boutant A, par exemple, à un plan éloigné
et butant le premier contre-fort du choeur, ne participe pas de la
construction du porche[236]; les contre-forts marqués I et L dans le
plan paraissent se rattacher eux-mêmes à l'église et non au porche. Il y
a dans cette composition une entente de l'effet que ne peut rendre un
géométral et qu'exprime difficilement même une vue perspective. Mais ce
qui doit attirer l'attention des architectes dans les porches de
l'église de Saint-Urbain, c'est la grandeur du parti. Malgré leur
excessive légèreté et la ténuité des divers membres de l'architecture
réduits à leur plus faible dimension, ces porches sont grands d'échelle
et n'ont pas la maigreur que l'on reproche à beaucoup d'édifices élevés
à la fin du XIIIe siècle et au commencement du XIVe. L'élévation faite
sur la ligne _ab_ du plan (fig. 32) fait assez voir combien cette
composition est large, claire et comme les détails sont soumis aux
masses. Sur les deux archivoltes latérales sont élevés des gâbles, comme
sur la face; et les combles en ardoises suivent les pentes de ces
gâbles, de sorte que les eaux s'écoulent par des caniveaux posés sur les
arcs-boutants et par les gargouilles posées au devant des contre-forts
(voy. la coupe). Par derrière, ces combles forment croupe avec chéneau,
afin de dégager les grandes fenêtres du transsept. Les gâbles indiquent
donc la forme des combles, ce qui est rationnel. Au-dessus des deux
portes percées sous le porche s'ouvrent deux fenêtres, ainsi que le fait
voir la figure 32, fenêtres dont les meneaux se combinent adroitement
avec les gâbles à jour qui surmontent ces deux portes.