La cathédrale d'Autun était à peine achevée, vers 1140, que l'on élevait

un porche vaste devant sa façade principale. Ce porche couvre un

emmarchement comprenant la largeur de la nef et des collatéraux. Il est

surmonté de deux tours et d'une salle au premier étage, couverte jadis

par une charpente apparente. Clos latéralement, le porche de

Saint-Lazare d'Autun s'ouvre devant l'entrée centrale de l'église par un

énorme berceau qui enveloppe l'archivolte de la porte. Cette disposition

est d'un effet grandiose, d'autant que les linteaux et le tympan de

cette porte sont couverts de figures sculptées d'un style étrange,

énergique et d'une exécution remarquable. La figure 12 donne le plan de

ce porche à rez-de-chaussée, en A, tel qu'il avait été conçu et

très-probablement exécuté primitivement, et en B, tel qu'il fut

reconstruit vers 1160. Actuellement le mur de clôture latéral faisant

pendant au mur C est percé d'arcs en tiers-point avec arcature portée

sur des colonnettes, surmontés de fenêtres non vitrées. Deux tours

s'élèvent sur les deux premières travées des collatéraux. Dans l'origine

(voy. le plan A), le porche ne devait pas s'étendre devant les portes

latérales D, et le berceau qui le couvrait portait sur deux murs épais,

ouverts latéralement par deux baies E. Aujourd'hui les travées des

collatéraux sont couvertes par des voûtes d'arête.

Deux escaliers à vis, s'ouvrant sur la nef des deux côtés de la porte

centrale, montent à la salle supérieure. La coupe transversale faite sur

_ab_, _cd_ (fig. 13), indique, en A, la disposition primitive du porche,

et en B, la disposition actuelle. On remarquera la grande niche voûtée

en cul-de-four réservée dans le pignon, au premier étage, et flanquée de

deux portes.

Cette salle du premier étage mérite un examen attentif, car elle indique

un programme particulier aux églises de cette partie de la France. Nous

avons vu qu'à Vézelay il existe de même, au-dessus de la grande porte,

une niche assez profonde pour recevoir une statue colossale assise, ou

même un petit autel. À Cluny, il y avait au-dessus de la porte centrale

une niche s'ouvrant à l'intérieur, avec cul-de-lampe en façon de balcon

saillant, dans laquelle était un petit autel placé sous le vocable de

saint Michel archange. À l'intérieur de la façade de l'église

Saint-Andoche de Saulieu, on voit encore une disposition analogue, et

cette église est contemporaine de la cathédrale d'Autun. Le soubassement

de la grande niche de la façade de la cathédrale d'Autun est engagé

aujourd'hui dans l'épaisseur de la voûte du porche, et les deux portes

qui l'accompagnent à droite et à gauche, donnant la sortie des deux

petits escaliers à vis, ont leurs seuils en contre-bas du sol de la

salle. Évidemment ces deux portes ne pouvaient s'ouvrir dans le vide,

elles devaient donner sur un sol; donc, lors de la construction de la

nef, on avait déjà projeté un porche plus ou moins profond avec premier

étage. Cette hypothèse est d'autant plus admissible, qu'il existe encore

au-dessus de la niche les rampants d'un comble bas qui devait couvrir la

salle de ce porche projeté, non achevé, ou bientôt remplacé par le

porche actuel. Le porche primitif, d'après la disposition du rampant du

comble ancien, ne devait couvrir que la grande porte et ne s'étendait

pas devant les collatéraux. Lorsqu'on se décida à construire le grand

porche actuel, qui comprend la largeur totale de la façade, il fallut

élever les rampants du comble et boucher la partie inférieure des trois

fenêtres qui éclairent la voûte de la nef et qui sont percées dans le

grand pignon. Notre coupe transversale (fig. 13) indique donc, en A, la

disposition présumée du porche primitif, et en B, celle du porche

actuel. Après cette modification, la grande niche, en partie engagée

dans la voûte, perdant une partie de sa hauteur, ne paraît plus avoir

été utilisée, car la partie supérieure du porche ne fut jamais achevée;

mais cette niche, décorée de jolis pilastres cannelés, percée d'une

seule ouverture très-petite donnant sur la nef, accompagnée de ces deux

portes communiquant aux deux escaliers à vis, avait certainement une

destination. Devait-elle contenir un autel, comme la niche intérieure de

la façade de Cluny, ou comme celle extérieure du porche de Vézelay? Cela

paraît probable. Mais à quelles cérémonies étaient réservés ces autels

placés au premier étage au-dessus des porches, ou sur une tribune

intérieure? Voilà ce qu'aucun texte ne nous apprend jusqu'à ce jour.

Dans notre coupe, la ligne ponctuée C indique le niveau du sol extérieur

en avant du porche; on se rendra compte de l'effet grandiose que produit

ce vaste emmarchement couvert, terminé par ce portail si largement

composé. Le porche actuel est évidemment une oeuvre d'imitation,

inspirée peut-être du porche de Vézelay, mais qui altère le caractère

primitif du monument, rappelant ces charmantes constructions

romano-grecques du Ve siècle, découvertes par M. le comte Melchior de

Vogué entre Antioche et Alep. Il n'est pas douteux que les maîtres du

XIIe siècle, de certaines provinces de France, avaient vu ces monuments

et qu'ils les imitaient non-seulement dans les profils et

l'ornementation, mais aussi dans certaines dispositions générales.

Quelques-unes de ces églises romano-grecques possèdent d'ailleurs des

porches avec tribune au-dessus et clochers latéraux.

Nous croyons devoir donner (fig. 14) le plan de la salle supérieure du

porche d'Autun, avec ses deux escaliers et portes. L'arcature aveugle

portée sur des pilastres à l'intérieur, derrière la niche, et qui règne

avec le triforium de la nef, est percée de deux baies A au droit des

escaliers. Pourquoi ces baies? Quant aux portes B, elles s'ouvrent sous

les combles des bas côtés de la nef. Ces singularités nous prouvent que

nous ignorons sous quelles données religieuses ont été érigés les

porches de nos églises du XIIe siècle, qui subissaient plus ou moins

l'influence de l'ordre de Cluny; il y a là un sujet d'études que nous

recommandons à nos archéologues et qui nous paraît digne de fixer leur

attention. Évidemment, à cette époque, les porches ont eu une importance

considérable, et l'on n'aurait pas construit devant un grand nombre

d'églises conventuelles, cathédrales ou paroissiales, des appendices

aussi importants, s'ils n'avaient pas dû répondre à un besoin sérieux.

Observons d'ailleurs que ces porches s'élèvent, sauf de rares

exceptions, dans un espace de temps assez limité, de 1130 à 1200.

En F, est tracé le plan de la salle supérieure du porche primitif

d'Autun, et en G, le plan de cette salle après la reconstruction du

porche actuel; construction qui, comme nous l'avons dit, ne fut point

terminée. La cathédrale d'Autun n'est pas la seule qui ait été précédée

de porches importants avec premier étage. Ce n'est qu'au XIIIe siècle,

lors de la reconstruction de ces grands monuments de nos cités, que l'on

a renoncé complétement à ces dépendances. La cathédrale du Puy en Velay

possède un porche ouvert, du XIIe siècle, avec grand emmarchement, ou

plutôt l'église elle-même n'était qu'un immense porche, dont le degré

arrivait au pied de l'autel. La partie antérieure de la cathédrale de

Chartres laisse voir encore le plan et la disposition d'un porche

profond, avec salle supérieure, qui ne fut supprimé qu'au XIIIe siècle.

L'église abbatiale de Saint-Denis possédait un vaste narthex très-ouvert

du côté de la nef, et fermé du côté extérieur, mais surmonté d'une salle

voûtée. La petite église de Saint-Leu d'Esserent, conserve encore son

porche fermé du XIIe siècle, avec salle supérieure; or, ces

constructions datent de 1140. Mais voici (fig. 15) un porche plus ancien

que le porche actuel de la cathédrale d'Autun, et qui présente une

disposition plus franche encore et non moins monumentale. C'est le

porche de l'église de Châtel-Montagne (Allier). La construction de ce

porche est très-peu postérieure à celle de l'église; elle date de 1130

environ[218], et conserve une apparence entièrement romane. Planté sur

le sommet d'un escarpement, le porche de l'église de Châtel-Montagne est

précédé d'un degré de 5 mètres de largeur, avec parvis; il présente, au

droit de la nef, une grande arcade, et au droit des collatéraux, deux

arcades étroites ouvertes de côté pour donner plus de force, en _a_, à

la maçonnerie qui reçoit la charge du pignon. Latéralement sont ouvertes

deux autres arcades larges laissant entiers les contre-forts qui butent

les constructions de la nef. Un escalier _b_, pris aux dépens du

collatéral méridional de la nef, permet de monter à une salle élevée sur

le porche, et qui s'ouvre sur l'intérieur en manière de tribune. La

figure 16 présente l'élévation extérieure de ce porche, qui, avec ses

constructions supérieures, forme la façade de l'édifice. Le caractère de

cette architecture est tout empreint d'un bon style dont nous retrouvons

les éléments dans l'architecture romano-grecque des environs d'Antioche.

Mais ici les matériaux (granit) sont petits, tandis que ceux qui ont

servi à élever les monuments byzantins de Syrie sont grands et largement

appareillés. Les fenêtres ouvertes dans les arcs supérieurs de cette

façade éclairent la tribune; l'arc milieu forme le tracé du berceau

intérieur. Nous donnons (fig. 17) la coupe longitudinale de ce porche,

avec l'amorce de la nef, et (fig. 18) sa face latérale[219]. Si la

construction est simple et bien ordonnée, on remarquera que les

proportions sont des plus heureusement trouvées. On reconnaît, dans ce

joli édifice, la trace d'un art très-avancé, délicat, étudié; et

cependant l'église de Châtel-Montagne est située au milieu d'une des

contrées les plus sauvages de la France. Aujourd'hui, dans ces

montagnes, on a peine à réunir quelques ouvriers capables d'exécuter la

bâtisse la plus vulgaire. Mais les provinces du Centre, au XIIe siècle,

étaient un foyer d'art, actif, développé, possédaient une école

d'architectes qui nous ont laissé de charmantes compositions, des

constructions bien entendues, solides et d'un excellent style.

Ces architectes étaient certainement alors des religieux, et leur école

suivit la décadence à laquelle ne purent se soustraire les anciens

ordres monastiques vers la fin du XIIe siècle.

La salle du premier étage du porche de Châtel-Montagne forme une tribune

de laquelle on peut voir ce qui se passe dans la nef, tandis que dans

les exemples précédemment donnés, ces salles supérieures sont presque

entièrement closes du côté de la nef. À quel usage était destinée cette

tribune? Nous pensons qu'elle donnait, comme les salles fermées, une

chapelle spéciale, et qu'un autel était disposé contre la balustrade,

car nous voyons encore, sur la tribune de l'église de Montréale, en

Bourgogne, un autel de la fin du XIIe siècle ainsi disposé (voy.

TRIBUNE). Mais (au XIIe siècle) les orgues n'étaient pas des instruments

d'une assez grande dimension pour occuper ces espaces; les chantres se

tenaient dans le choeur ou sur les jubés, mais non sur des tribunes

élevées près de l'entrée. Quelques auteurs ont prétendu que ces tribunes

étaient réservées aux femmes; mais les femmes, en nombre relativement

considérable à l'église, n'auraient pas trouvé là une place suffisante;

d'ailleurs tous les textes sont d'accord pour dire qu'elles occupaient

un des côtés de la nef depuis les premiers temps du moyen âge. La

tradition, dans quelques localités, affecte ces tribunes aux pénitents,

et nous croyons que la tradition s'approche de la vérité. Nous admettons

qu'un autel était habituellement placé dans ces salles ouvertes sur la

nef ou sur le dehors, ou complétement fermées; que ces autels étaient

orientés comme l'est celui de la tribune de Montréale, et qu'il était

réservé à des cérémonies spéciales auxquelles assistaient des pénitents

ou des fidèles recevant une instruction préparatoire. Mais nous devons

avouer que ce sont là des hypothèses, et que nous n'avons point de

preuves positives à fournir pour les appuyer.

Non loin d'Autun est une église conventuelle du XIIe siècle,

Paray-le-Monial, possédant un porche qui parait être antérieur à la

construction de l'église actuelle. Le plan de ce porche (fig. 19) est

régulier; il présente sur sa face, à rez-de-chaussée, trois arcades

ouvertes, et sur ses côtés, deux arcades. Deux piliers composés chacun

de quatre colonnes portent les six voûtes d'arête qui ferment ce

rez-de-chaussée. Deux tours, comme à Autun, surmontent les deux

premières travées B, et portent assez imprudemment sur ces deux

faisceaux de colonnes[220]. On voit que ce porche n'est pas placé dans

l'axe de la nef A, rebâtie sur un autre plan. Il est surmonté, au

premier étage, d'une salle voûtée en berceaux reposant sur des

archivoltes, ainsi que le fait voir la coupe (fig. 20). Cette salle ne

fait pas tribune sur la nef, elle est fermée et ne s'ouvre de ce côté

que par une fenêtre G dont l'appui est posé à 2 mètres au-dessus du sol.

Les porches établis sur ce plan ont donc été adoptés assez fréquemment

dans cette partie de la France, c'est-à-dire dans le voisinage de

l'abbaye de Cluny; nous voyons que ces plans persistent pendant le XIIIe

siècle. Le beau porche de l'église de Notre-Dame de Dijon fut élevé vers

1230, sur ces données, c'est-à-dire avec trois arcades ouvertes sur la

façade, deux piles isolées intérieures portant six voûtes d'arête, une

salle supérieure et deux tours qui n'ont point été achevées.

La disposition de ce porche est remarquable. Bâti en bons matériaux,

bien qu'avec économie, il est peut-être l'expression la plus franche de

l'architecture bourguignonne de la première moitié du XIIIe siècle, si

originale, si audacieusement combinée. Il n'a manqué aux architectes de

cette école que de pouvoir mettre en oeuvre des matériaux d'une rigidité

absolue, comme le granit ou même la fonte de fer. Telle était la

hardiesse de ces artistes, qu'ils osaient, avec des pierres calcaires,

d'une grande résistance il est vrai, mais cependant susceptibles

d'écrasement, parce qu'elles étaient basses entre lits, élever des

maçonneries d'un poids considérable sur des piles très-grêles; suppléant

à l'insuffisance de ces matériaux par la combinaison savante des

pressions et des résistances.

L'architecte du porche de Notre-Dame de Dijon s'était posé un problème

nouveau. Ayant été à même, par les exemples précédents, d'observer le

mauvais effet que produisaient les deux contre-forts séparant les trois

arcades des façades de porches, il supprima ces contre-forts et les

remplaça par un système de chevalement en pierre. L'idée était

ingénieuse, hardie et sans précédents. De cette manière aucun obstacle

ne séparait les trois arcades, la poussée des arcs-doubleaux

intermédiaires était butée par le chevalement, et le poids des angles

internes des deux tours reposait sur deux piles jumelles comme sur un

chevalet. Quelques défauts dans l'exécution firent rondir ces piles vers

les deux arcs latéraux; et soit que ce mouvement se fût produit pendant

la construction, soit que les ressources aient fait défaut, on n'acheva

point les deux tours. Elles ne s'élèvent aujourd'hui que jusqu'à la

hauteur de la nef. Quoi qu'il en soit, et laissant de côté les

imperfections de détail qui produisirent ces mouvements, en théorie

l'idée était neuve et féconde en résultats. Aussi ce porche est-il un

des plus beaux qu'on ait élevés à cette époque et bien supérieur comme

conception aux porches romans que nous avons donnés dans les exemples

précédents. Telle se montre souvent cette architecture du XIIIe siècle à

son origine, pleine de ressources, abondante en idées, mais parfois

incomplète dans l'exécution. Aussi n'est-ce pas par une imitation

irréfléchie que l'on doit en faire l'application de nos jours, mais par

une recherche attentive des idées qui ont produit son développement si

rapide et de ses théories fertiles en déduction. Du porche de Notre-Dame

de Dijon il serait aisé, avec quelques modifications de détail et en

employant des matériaux plus rigides que ceux mis en oeuvre, de faire un

édifice aussi gracieux d'aspect, aussi léger, mais irréprochable sous le

rapport de la structure. Pour cela, il suffirait de baisser la naissance

des archivoltes latérales et d'élever les piliers en hauts blocs de

pierre très-résistante. Atteindre un résultat avec des moyens

imparfaits, mais laisser deviner l'idée nouvelle, l'invention, c'est

déjà beaucoup pour ceux qui observent et veulent mettre leurs

observations à profit: car il est plus facile de perfectionner des

moyens d'exécution en architecture que de trouver un principe neuf et

fournissant des conséquences étendues.

La salle supérieure du porche de Notre-Dame de Dijon forme tribune sur

la nef.

Le plan de ce porche, dont la figure 21 donne la moitié, montre comment

l'architecte a su éviter, en A, les contre-forts extérieurs. Les deux

piles D forment le chevalement qui reçoit le mur de face de la tour

plantée sur la travée B au droit du contre-fort C, et qui contrebute les

voûtes du porche. En G, sont ouvertes de grandes fenêtres dont l'appui

est très-relevé au-dessus du sol. Dans la hauteur du premier étage, une

galerie (voy. GALERIE, fig. 6) se dresse au devant du mur de la tour, de

E en F, et vient aboutir à des tourelles H disposées en encorbellement

sur les contre-forts C et contenant les escaliers qui permettent de

monter aux étages supérieurs de ces tours. La disposition des voûtes de

ce porche est très-savamment combinée. Nous en avons indiqué le système

à l'article CONSTRUCTION (voy. fig. 52 et 53). Sur les extrados des

archivoltes L et J portées par les piles isolées formant chevalement,

sont bandés des berceaux M et N qui viennent retomber sur un

linteau-sommier K. On remarquera que l'architecte a posé le mur de la

tour, non pas à l'aplomb de ces berceaux, mais un peu en retraite, ainsi

que l'indique la plantation du contre-fort C, afin de faire des piles A

et P de véritables éperons. En effet, ces piles ne sont pas sorties de

leur aplomb sur le nu de la façade; les piles A et P se sont légèrement

inclinées vers les travées latérales par suite de la poussée des grands

arcs L, D, et parce que les naissances des arcs J n'étaient pas placées

assez bas. Quant aux piles R, bien que chargées par les angles des

tours, elles ont conservé leur aplomb, grâce à la disposition ingénieuse

des arcs des voûtes.

L'effet extérieur et intérieur de ce porche est des plus heureux; les

profils, la sculpture sont du meilleur style.

Il faut citer aussi parmi les grands porches ouverts, bâtis en Bourgogne

pendant le XIIIe siècle, celui de l'église Notre-Dame de Beaune. Ce

porche est ouvert sur la face par trois arcades, et latéralement, de

chaque côté, par deux autres. Deux colonnes isolées portent, comme à

Notre-Dame de Dijon, les six voûtes. Le porche de Notre-Dame de Beaune

n'a pas été achevé dans sa partie supérieure et ne devait pas être

surmonté de tours. Sur la façade occidentale de l'église Notre-Dame de

Semur en Auxois est planté un porche ouvert par trois arcades, mais ne

possédant que trois voûtes en arcs ogives, et étant par conséquent

dépourvu de colonnes isolées. Ce porche, fermé latéralement, date du

commencement du XIVe siècle et n'a été achevé qu'au XVe siècle.

Le porche de la sainte Chapelle du Palais à Paris doit être classé parmi

les grands porches ouverts. Comme le bâtiment auquel il est accolé, ce

porche est à deux étages, et forme une sorte de vaste loge ouverte sur

l'une des cours du Palais[221].

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Illustration: Fig. 15.]

[Illustration: Fig. 16.]

[Illustration: Fig. 17.]

[Illustration: Fig. 18.]

[Illustration: Fig. 19.]

[Illustration: Fig. 20.]

[Illustration: Fig. 21.]

[Note 218: Le style roman s'est conservé dans cette

partie de la France beaucoup plus tard que dans les provinces

du Nord et de l'Est. Arrivé rapidement, dès la fin du XIe

siècle, à une très-grande perfection, il n'est pas mélangé

d'influences gothiques vers le milieu du XIIe siècle, comme

le roman de Bourgogne, de la Haute-Marne, de la Champagne et

du Berry. Pendant la seconde moitié du XIIe siècle, les

monuments de l'Auvergne retardent de cinquante ans.]

[Note 219: Les dessins de ce porche nous ont été fournis

par M. Millet, chargé de la restauration de l'église de

Châtel-Montagne.]

[Note 220: M. Millet, chargé de la restauration du

charmant édifice, a dû remplacer les colonnes qui s'étaient

écrasées; il a placé au milieu de leur groupe une colonne de

granit, et a pu ainsi conserver à ce narthex toute son

élégance. (Voyez les _Archives des monuments historiques_,

publiées sous les auspices de Son Exc. le ministre d'État.)]

[Note 221: Voyez CHAPELLE, fig. 1 et 2; PALAIS, fig. 2 et

3.]

PORCHES OUVERTS SOUS CLOCHERS.--Il était assez naturel, lorsqu'on

prétendait élever un clocher sur la façade principale d'une église, de

pratiquer un porche à rez-de-chaussée. Dans les provinces de l'Ouest, du

Centre et du Midi, dès le XIe siècle, on avait pour habitude de

construire de grosses tours carrées devant l'entrée occidentale des

églises; la partie inférieure de ces tours servait de porche[222]. À

l'article CLOCHER (fig. 41 et 42) nous donnons le grand porche élevé sur

la façade occidentale de l'église abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire.

Ce porche, qui date du XIe siècle, se compose d'un quinconce de piles

épaisses, portant des voûtes d'arête romaines[223]. Il occupe une

surface considérable et est surmonté d'une grande salle ouverte, comme

le rez-de-chaussée, sur trois de ces faces et présentant de même un

quinconce de piles. Le clocher devait s'élever sur les quatre piles

centrales. Dans le même article (fig. 7), on voit aussi le plan du

porche de la cathédrale de Limoges, qui date du XIe siècle, ouvert

primitivement sur les faces et supportant un clocher. La partie

inférieure du clocher de l'église de Lesterps (Charente) présente un

porche dont la disposition rappelle le porche de Saint-Benoît-sur-Loire

(voy. CLOCHER, fig. 43 et 44), mais qui date du XIIe siècle.

Ces programmes ne se retrouvent pas dans l'Île-de-France, dans la

Normandie, dans la Bourgogne et la Champagne. Les porches sous clochers

de l'Île-de-France sont généralement fermés latéralement, comme le

porche occidental de l'église abbatiale de Saint-Germain des Prés, et

comme celui de l'église de Créteil près Paris[224]. Le porche de

l'église de Créteil était, il y a peu de temps, parfaitement conservé;

son aspect était monumental. Il était ouvert par une arcade sur sa face

antérieure et voûté en berceau. Ce n'est qu'un abri devant l'entrée de

l'église; long, étroit, fermé latéralement, il tient lieu d'un de ces

tambours que l'on érige de notre temps derrière les portes. Sa

construction remonte à la seconde moitié du XIe siècle. Nous en donnons

le plan (fig. 22) et la coupe longitudinale (fig. 23).

Les arcades uniques de ces porches, ouvertes sur le dehors, étaient

fermées par des voiles, si l'on s'en rapporte à d'anciennes peintures et

à des bas-reliefs antérieurs au XIIIe siècle; et l'on voit encore les

corbelets saillants ou les trous qui servaient à poser la tringle de

bois à laquelle étaient suspendues ces sortes de portières d'étoffes.

Sous le clocher de l'église de Saint-Savin, près de Poitiers, il existe

un porche de la même époque, entièrement revêtu à l'intérieur de

peintures remarquables. Ce porche, plus simple comme architecture que

celui de Créteil, présente d'ailleurs une disposition analogue[225]. Le

clocher occidental de l'église collégiale de Poissy s'élève sur un

porche d'une date ancienne (commencement du XIe siècle); il s'ouvre de

même sur la voie publique par une seule arcade et est voûté en berceau

plein cintre[226].

Si l'on pénètre dans les provinces du centre, à Tulle, à la Châtre, on

voit des porches sous clochers avec trois arcades ouvertes, l'une en

face de l'entrée, deux latéralement. Ces porches datent de la fin du

XIIe siècle et participent des dispositions admises pour les porches

sous clochers du Limousin et du Périgord.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 22 / 44 段