un porche vaste devant sa façade principale. Ce porche couvre un
emmarchement comprenant la largeur de la nef et des collatéraux. Il est
surmonté de deux tours et d'une salle au premier étage, couverte jadis
par une charpente apparente. Clos latéralement, le porche de
Saint-Lazare d'Autun s'ouvre devant l'entrée centrale de l'église par un
énorme berceau qui enveloppe l'archivolte de la porte. Cette disposition
est d'un effet grandiose, d'autant que les linteaux et le tympan de
cette porte sont couverts de figures sculptées d'un style étrange,
énergique et d'une exécution remarquable. La figure 12 donne le plan de
ce porche à rez-de-chaussée, en A, tel qu'il avait été conçu et
très-probablement exécuté primitivement, et en B, tel qu'il fut
reconstruit vers 1160. Actuellement le mur de clôture latéral faisant
pendant au mur C est percé d'arcs en tiers-point avec arcature portée
sur des colonnettes, surmontés de fenêtres non vitrées. Deux tours
s'élèvent sur les deux premières travées des collatéraux. Dans l'origine
(voy. le plan A), le porche ne devait pas s'étendre devant les portes
latérales D, et le berceau qui le couvrait portait sur deux murs épais,
ouverts latéralement par deux baies E. Aujourd'hui les travées des
collatéraux sont couvertes par des voûtes d'arête.
Deux escaliers à vis, s'ouvrant sur la nef des deux côtés de la porte
centrale, montent à la salle supérieure. La coupe transversale faite sur
_ab_, _cd_ (fig. 13), indique, en A, la disposition primitive du porche,
et en B, la disposition actuelle. On remarquera la grande niche voûtée
en cul-de-four réservée dans le pignon, au premier étage, et flanquée de
deux portes.
Cette salle du premier étage mérite un examen attentif, car elle indique
un programme particulier aux églises de cette partie de la France. Nous
avons vu qu'à Vézelay il existe de même, au-dessus de la grande porte,
une niche assez profonde pour recevoir une statue colossale assise, ou
même un petit autel. À Cluny, il y avait au-dessus de la porte centrale
une niche s'ouvrant à l'intérieur, avec cul-de-lampe en façon de balcon
saillant, dans laquelle était un petit autel placé sous le vocable de
saint Michel archange. À l'intérieur de la façade de l'église
Saint-Andoche de Saulieu, on voit encore une disposition analogue, et
cette église est contemporaine de la cathédrale d'Autun. Le soubassement
de la grande niche de la façade de la cathédrale d'Autun est engagé
aujourd'hui dans l'épaisseur de la voûte du porche, et les deux portes
qui l'accompagnent à droite et à gauche, donnant la sortie des deux
petits escaliers à vis, ont leurs seuils en contre-bas du sol de la
salle. Évidemment ces deux portes ne pouvaient s'ouvrir dans le vide,
elles devaient donner sur un sol; donc, lors de la construction de la
nef, on avait déjà projeté un porche plus ou moins profond avec premier
étage. Cette hypothèse est d'autant plus admissible, qu'il existe encore
au-dessus de la niche les rampants d'un comble bas qui devait couvrir la
salle de ce porche projeté, non achevé, ou bientôt remplacé par le
porche actuel. Le porche primitif, d'après la disposition du rampant du
comble ancien, ne devait couvrir que la grande porte et ne s'étendait
pas devant les collatéraux. Lorsqu'on se décida à construire le grand
porche actuel, qui comprend la largeur totale de la façade, il fallut
élever les rampants du comble et boucher la partie inférieure des trois
fenêtres qui éclairent la voûte de la nef et qui sont percées dans le
grand pignon. Notre coupe transversale (fig. 13) indique donc, en A, la
disposition présumée du porche primitif, et en B, celle du porche
actuel. Après cette modification, la grande niche, en partie engagée
dans la voûte, perdant une partie de sa hauteur, ne paraît plus avoir
été utilisée, car la partie supérieure du porche ne fut jamais achevée;
mais cette niche, décorée de jolis pilastres cannelés, percée d'une
seule ouverture très-petite donnant sur la nef, accompagnée de ces deux
portes communiquant aux deux escaliers à vis, avait certainement une
destination. Devait-elle contenir un autel, comme la niche intérieure de
la façade de Cluny, ou comme celle extérieure du porche de Vézelay? Cela
paraît probable. Mais à quelles cérémonies étaient réservés ces autels
placés au premier étage au-dessus des porches, ou sur une tribune
intérieure? Voilà ce qu'aucun texte ne nous apprend jusqu'à ce jour.
Dans notre coupe, la ligne ponctuée C indique le niveau du sol extérieur
en avant du porche; on se rendra compte de l'effet grandiose que produit
ce vaste emmarchement couvert, terminé par ce portail si largement
composé. Le porche actuel est évidemment une oeuvre d'imitation,
inspirée peut-être du porche de Vézelay, mais qui altère le caractère
primitif du monument, rappelant ces charmantes constructions
romano-grecques du Ve siècle, découvertes par M. le comte Melchior de
Vogué entre Antioche et Alep. Il n'est pas douteux que les maîtres du
XIIe siècle, de certaines provinces de France, avaient vu ces monuments
et qu'ils les imitaient non-seulement dans les profils et
l'ornementation, mais aussi dans certaines dispositions générales.
Quelques-unes de ces églises romano-grecques possèdent d'ailleurs des
porches avec tribune au-dessus et clochers latéraux.
Nous croyons devoir donner (fig. 14) le plan de la salle supérieure du
porche d'Autun, avec ses deux escaliers et portes. L'arcature aveugle
portée sur des pilastres à l'intérieur, derrière la niche, et qui règne
avec le triforium de la nef, est percée de deux baies A au droit des
escaliers. Pourquoi ces baies? Quant aux portes B, elles s'ouvrent sous
les combles des bas côtés de la nef. Ces singularités nous prouvent que
nous ignorons sous quelles données religieuses ont été érigés les
porches de nos églises du XIIe siècle, qui subissaient plus ou moins
l'influence de l'ordre de Cluny; il y a là un sujet d'études que nous
recommandons à nos archéologues et qui nous paraît digne de fixer leur
attention. Évidemment, à cette époque, les porches ont eu une importance
considérable, et l'on n'aurait pas construit devant un grand nombre
d'églises conventuelles, cathédrales ou paroissiales, des appendices
aussi importants, s'ils n'avaient pas dû répondre à un besoin sérieux.
Observons d'ailleurs que ces porches s'élèvent, sauf de rares
exceptions, dans un espace de temps assez limité, de 1130 à 1200.
En F, est tracé le plan de la salle supérieure du porche primitif
d'Autun, et en G, le plan de cette salle après la reconstruction du
porche actuel; construction qui, comme nous l'avons dit, ne fut point
terminée. La cathédrale d'Autun n'est pas la seule qui ait été précédée
de porches importants avec premier étage. Ce n'est qu'au XIIIe siècle,
lors de la reconstruction de ces grands monuments de nos cités, que l'on
a renoncé complétement à ces dépendances. La cathédrale du Puy en Velay
possède un porche ouvert, du XIIe siècle, avec grand emmarchement, ou
plutôt l'église elle-même n'était qu'un immense porche, dont le degré
arrivait au pied de l'autel. La partie antérieure de la cathédrale de
Chartres laisse voir encore le plan et la disposition d'un porche
profond, avec salle supérieure, qui ne fut supprimé qu'au XIIIe siècle.
L'église abbatiale de Saint-Denis possédait un vaste narthex très-ouvert
du côté de la nef, et fermé du côté extérieur, mais surmonté d'une salle
voûtée. La petite église de Saint-Leu d'Esserent, conserve encore son
porche fermé du XIIe siècle, avec salle supérieure; or, ces
constructions datent de 1140. Mais voici (fig. 15) un porche plus ancien
que le porche actuel de la cathédrale d'Autun, et qui présente une
disposition plus franche encore et non moins monumentale. C'est le
porche de l'église de Châtel-Montagne (Allier). La construction de ce
porche est très-peu postérieure à celle de l'église; elle date de 1130
environ[218], et conserve une apparence entièrement romane. Planté sur
le sommet d'un escarpement, le porche de l'église de Châtel-Montagne est
précédé d'un degré de 5 mètres de largeur, avec parvis; il présente, au
droit de la nef, une grande arcade, et au droit des collatéraux, deux
arcades étroites ouvertes de côté pour donner plus de force, en _a_, à
la maçonnerie qui reçoit la charge du pignon. Latéralement sont ouvertes
deux autres arcades larges laissant entiers les contre-forts qui butent
les constructions de la nef. Un escalier _b_, pris aux dépens du
collatéral méridional de la nef, permet de monter à une salle élevée sur
le porche, et qui s'ouvre sur l'intérieur en manière de tribune. La
figure 16 présente l'élévation extérieure de ce porche, qui, avec ses
constructions supérieures, forme la façade de l'édifice. Le caractère de
cette architecture est tout empreint d'un bon style dont nous retrouvons
les éléments dans l'architecture romano-grecque des environs d'Antioche.
Mais ici les matériaux (granit) sont petits, tandis que ceux qui ont
servi à élever les monuments byzantins de Syrie sont grands et largement
appareillés. Les fenêtres ouvertes dans les arcs supérieurs de cette
façade éclairent la tribune; l'arc milieu forme le tracé du berceau
intérieur. Nous donnons (fig. 17) la coupe longitudinale de ce porche,
avec l'amorce de la nef, et (fig. 18) sa face latérale[219]. Si la
construction est simple et bien ordonnée, on remarquera que les
proportions sont des plus heureusement trouvées. On reconnaît, dans ce
joli édifice, la trace d'un art très-avancé, délicat, étudié; et
cependant l'église de Châtel-Montagne est située au milieu d'une des
contrées les plus sauvages de la France. Aujourd'hui, dans ces
montagnes, on a peine à réunir quelques ouvriers capables d'exécuter la
bâtisse la plus vulgaire. Mais les provinces du Centre, au XIIe siècle,
étaient un foyer d'art, actif, développé, possédaient une école
d'architectes qui nous ont laissé de charmantes compositions, des
constructions bien entendues, solides et d'un excellent style.
Ces architectes étaient certainement alors des religieux, et leur école
suivit la décadence à laquelle ne purent se soustraire les anciens
ordres monastiques vers la fin du XIIe siècle.
La salle du premier étage du porche de Châtel-Montagne forme une tribune
de laquelle on peut voir ce qui se passe dans la nef, tandis que dans
les exemples précédemment donnés, ces salles supérieures sont presque
entièrement closes du côté de la nef. À quel usage était destinée cette
tribune? Nous pensons qu'elle donnait, comme les salles fermées, une
chapelle spéciale, et qu'un autel était disposé contre la balustrade,
car nous voyons encore, sur la tribune de l'église de Montréale, en
Bourgogne, un autel de la fin du XIIe siècle ainsi disposé (voy.
TRIBUNE). Mais (au XIIe siècle) les orgues n'étaient pas des instruments
d'une assez grande dimension pour occuper ces espaces; les chantres se
tenaient dans le choeur ou sur les jubés, mais non sur des tribunes
élevées près de l'entrée. Quelques auteurs ont prétendu que ces tribunes
étaient réservées aux femmes; mais les femmes, en nombre relativement
considérable à l'église, n'auraient pas trouvé là une place suffisante;
d'ailleurs tous les textes sont d'accord pour dire qu'elles occupaient
un des côtés de la nef depuis les premiers temps du moyen âge. La
tradition, dans quelques localités, affecte ces tribunes aux pénitents,
et nous croyons que la tradition s'approche de la vérité. Nous admettons
qu'un autel était habituellement placé dans ces salles ouvertes sur la
nef ou sur le dehors, ou complétement fermées; que ces autels étaient
orientés comme l'est celui de la tribune de Montréale, et qu'il était
réservé à des cérémonies spéciales auxquelles assistaient des pénitents
ou des fidèles recevant une instruction préparatoire. Mais nous devons
avouer que ce sont là des hypothèses, et que nous n'avons point de
preuves positives à fournir pour les appuyer.
Non loin d'Autun est une église conventuelle du XIIe siècle,
Paray-le-Monial, possédant un porche qui parait être antérieur à la
construction de l'église actuelle. Le plan de ce porche (fig. 19) est
régulier; il présente sur sa face, à rez-de-chaussée, trois arcades
ouvertes, et sur ses côtés, deux arcades. Deux piliers composés chacun
de quatre colonnes portent les six voûtes d'arête qui ferment ce
rez-de-chaussée. Deux tours, comme à Autun, surmontent les deux
premières travées B, et portent assez imprudemment sur ces deux
faisceaux de colonnes[220]. On voit que ce porche n'est pas placé dans
l'axe de la nef A, rebâtie sur un autre plan. Il est surmonté, au
premier étage, d'une salle voûtée en berceaux reposant sur des
archivoltes, ainsi que le fait voir la coupe (fig. 20). Cette salle ne
fait pas tribune sur la nef, elle est fermée et ne s'ouvre de ce côté
que par une fenêtre G dont l'appui est posé à 2 mètres au-dessus du sol.
Les porches établis sur ce plan ont donc été adoptés assez fréquemment
dans cette partie de la France, c'est-à-dire dans le voisinage de
l'abbaye de Cluny; nous voyons que ces plans persistent pendant le XIIIe
siècle. Le beau porche de l'église de Notre-Dame de Dijon fut élevé vers
1230, sur ces données, c'est-à-dire avec trois arcades ouvertes sur la
façade, deux piles isolées intérieures portant six voûtes d'arête, une
salle supérieure et deux tours qui n'ont point été achevées.
La disposition de ce porche est remarquable. Bâti en bons matériaux,
bien qu'avec économie, il est peut-être l'expression la plus franche de
l'architecture bourguignonne de la première moitié du XIIIe siècle, si
originale, si audacieusement combinée. Il n'a manqué aux architectes de
cette école que de pouvoir mettre en oeuvre des matériaux d'une rigidité
absolue, comme le granit ou même la fonte de fer. Telle était la
hardiesse de ces artistes, qu'ils osaient, avec des pierres calcaires,
d'une grande résistance il est vrai, mais cependant susceptibles
d'écrasement, parce qu'elles étaient basses entre lits, élever des
maçonneries d'un poids considérable sur des piles très-grêles; suppléant
à l'insuffisance de ces matériaux par la combinaison savante des
pressions et des résistances.
L'architecte du porche de Notre-Dame de Dijon s'était posé un problème
nouveau. Ayant été à même, par les exemples précédents, d'observer le
mauvais effet que produisaient les deux contre-forts séparant les trois
arcades des façades de porches, il supprima ces contre-forts et les
remplaça par un système de chevalement en pierre. L'idée était
ingénieuse, hardie et sans précédents. De cette manière aucun obstacle
ne séparait les trois arcades, la poussée des arcs-doubleaux
intermédiaires était butée par le chevalement, et le poids des angles
internes des deux tours reposait sur deux piles jumelles comme sur un
chevalet. Quelques défauts dans l'exécution firent rondir ces piles vers
les deux arcs latéraux; et soit que ce mouvement se fût produit pendant
la construction, soit que les ressources aient fait défaut, on n'acheva
point les deux tours. Elles ne s'élèvent aujourd'hui que jusqu'à la
hauteur de la nef. Quoi qu'il en soit, et laissant de côté les
imperfections de détail qui produisirent ces mouvements, en théorie
l'idée était neuve et féconde en résultats. Aussi ce porche est-il un
des plus beaux qu'on ait élevés à cette époque et bien supérieur comme
conception aux porches romans que nous avons donnés dans les exemples
précédents. Telle se montre souvent cette architecture du XIIIe siècle à
son origine, pleine de ressources, abondante en idées, mais parfois
incomplète dans l'exécution. Aussi n'est-ce pas par une imitation
irréfléchie que l'on doit en faire l'application de nos jours, mais par
une recherche attentive des idées qui ont produit son développement si
rapide et de ses théories fertiles en déduction. Du porche de Notre-Dame
de Dijon il serait aisé, avec quelques modifications de détail et en
employant des matériaux plus rigides que ceux mis en oeuvre, de faire un
édifice aussi gracieux d'aspect, aussi léger, mais irréprochable sous le
rapport de la structure. Pour cela, il suffirait de baisser la naissance
des archivoltes latérales et d'élever les piliers en hauts blocs de
pierre très-résistante. Atteindre un résultat avec des moyens
imparfaits, mais laisser deviner l'idée nouvelle, l'invention, c'est
déjà beaucoup pour ceux qui observent et veulent mettre leurs
observations à profit: car il est plus facile de perfectionner des
moyens d'exécution en architecture que de trouver un principe neuf et
fournissant des conséquences étendues.
La salle supérieure du porche de Notre-Dame de Dijon forme tribune sur
la nef.
Le plan de ce porche, dont la figure 21 donne la moitié, montre comment
l'architecte a su éviter, en A, les contre-forts extérieurs. Les deux
piles D forment le chevalement qui reçoit le mur de face de la tour
plantée sur la travée B au droit du contre-fort C, et qui contrebute les
voûtes du porche. En G, sont ouvertes de grandes fenêtres dont l'appui
est très-relevé au-dessus du sol. Dans la hauteur du premier étage, une
galerie (voy. GALERIE, fig. 6) se dresse au devant du mur de la tour, de
E en F, et vient aboutir à des tourelles H disposées en encorbellement
sur les contre-forts C et contenant les escaliers qui permettent de
monter aux étages supérieurs de ces tours. La disposition des voûtes de
ce porche est très-savamment combinée. Nous en avons indiqué le système
à l'article CONSTRUCTION (voy. fig. 52 et 53). Sur les extrados des
archivoltes L et J portées par les piles isolées formant chevalement,
sont bandés des berceaux M et N qui viennent retomber sur un
linteau-sommier K. On remarquera que l'architecte a posé le mur de la
tour, non pas à l'aplomb de ces berceaux, mais un peu en retraite, ainsi
que l'indique la plantation du contre-fort C, afin de faire des piles A
et P de véritables éperons. En effet, ces piles ne sont pas sorties de
leur aplomb sur le nu de la façade; les piles A et P se sont légèrement
inclinées vers les travées latérales par suite de la poussée des grands
arcs L, D, et parce que les naissances des arcs J n'étaient pas placées
assez bas. Quant aux piles R, bien que chargées par les angles des
tours, elles ont conservé leur aplomb, grâce à la disposition ingénieuse
des arcs des voûtes.
L'effet extérieur et intérieur de ce porche est des plus heureux; les
profils, la sculpture sont du meilleur style.
Il faut citer aussi parmi les grands porches ouverts, bâtis en Bourgogne
pendant le XIIIe siècle, celui de l'église Notre-Dame de Beaune. Ce
porche est ouvert sur la face par trois arcades, et latéralement, de
chaque côté, par deux autres. Deux colonnes isolées portent, comme à
Notre-Dame de Dijon, les six voûtes. Le porche de Notre-Dame de Beaune
n'a pas été achevé dans sa partie supérieure et ne devait pas être
surmonté de tours. Sur la façade occidentale de l'église Notre-Dame de
Semur en Auxois est planté un porche ouvert par trois arcades, mais ne
possédant que trois voûtes en arcs ogives, et étant par conséquent
dépourvu de colonnes isolées. Ce porche, fermé latéralement, date du
commencement du XIVe siècle et n'a été achevé qu'au XVe siècle.
Le porche de la sainte Chapelle du Palais à Paris doit être classé parmi
les grands porches ouverts. Comme le bâtiment auquel il est accolé, ce
porche est à deux étages, et forme une sorte de vaste loge ouverte sur
l'une des cours du Palais[221].
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Note 218: Le style roman s'est conservé dans cette
partie de la France beaucoup plus tard que dans les provinces
du Nord et de l'Est. Arrivé rapidement, dès la fin du XIe
siècle, à une très-grande perfection, il n'est pas mélangé
d'influences gothiques vers le milieu du XIIe siècle, comme
le roman de Bourgogne, de la Haute-Marne, de la Champagne et
du Berry. Pendant la seconde moitié du XIIe siècle, les
monuments de l'Auvergne retardent de cinquante ans.]
[Note 219: Les dessins de ce porche nous ont été fournis
par M. Millet, chargé de la restauration de l'église de
Châtel-Montagne.]
[Note 220: M. Millet, chargé de la restauration du
charmant édifice, a dû remplacer les colonnes qui s'étaient
écrasées; il a placé au milieu de leur groupe une colonne de
granit, et a pu ainsi conserver à ce narthex toute son
élégance. (Voyez les _Archives des monuments historiques_,
publiées sous les auspices de Son Exc. le ministre d'État.)]
[Note 221: Voyez CHAPELLE, fig. 1 et 2; PALAIS, fig. 2 et
3.]
PORCHES OUVERTS SOUS CLOCHERS.--Il était assez naturel, lorsqu'on
prétendait élever un clocher sur la façade principale d'une église, de
pratiquer un porche à rez-de-chaussée. Dans les provinces de l'Ouest, du
Centre et du Midi, dès le XIe siècle, on avait pour habitude de
construire de grosses tours carrées devant l'entrée occidentale des
églises; la partie inférieure de ces tours servait de porche[222]. À
l'article CLOCHER (fig. 41 et 42) nous donnons le grand porche élevé sur
la façade occidentale de l'église abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire.
Ce porche, qui date du XIe siècle, se compose d'un quinconce de piles
épaisses, portant des voûtes d'arête romaines[223]. Il occupe une
surface considérable et est surmonté d'une grande salle ouverte, comme
le rez-de-chaussée, sur trois de ces faces et présentant de même un
quinconce de piles. Le clocher devait s'élever sur les quatre piles
centrales. Dans le même article (fig. 7), on voit aussi le plan du
porche de la cathédrale de Limoges, qui date du XIe siècle, ouvert
primitivement sur les faces et supportant un clocher. La partie
inférieure du clocher de l'église de Lesterps (Charente) présente un
porche dont la disposition rappelle le porche de Saint-Benoît-sur-Loire
(voy. CLOCHER, fig. 43 et 44), mais qui date du XIIe siècle.
Ces programmes ne se retrouvent pas dans l'Île-de-France, dans la
Normandie, dans la Bourgogne et la Champagne. Les porches sous clochers
de l'Île-de-France sont généralement fermés latéralement, comme le
porche occidental de l'église abbatiale de Saint-Germain des Prés, et
comme celui de l'église de Créteil près Paris[224]. Le porche de
l'église de Créteil était, il y a peu de temps, parfaitement conservé;
son aspect était monumental. Il était ouvert par une arcade sur sa face
antérieure et voûté en berceau. Ce n'est qu'un abri devant l'entrée de
l'église; long, étroit, fermé latéralement, il tient lieu d'un de ces
tambours que l'on érige de notre temps derrière les portes. Sa
construction remonte à la seconde moitié du XIe siècle. Nous en donnons
le plan (fig. 22) et la coupe longitudinale (fig. 23).
Les arcades uniques de ces porches, ouvertes sur le dehors, étaient
fermées par des voiles, si l'on s'en rapporte à d'anciennes peintures et
à des bas-reliefs antérieurs au XIIIe siècle; et l'on voit encore les
corbelets saillants ou les trous qui servaient à poser la tringle de
bois à laquelle étaient suspendues ces sortes de portières d'étoffes.
Sous le clocher de l'église de Saint-Savin, près de Poitiers, il existe
un porche de la même époque, entièrement revêtu à l'intérieur de
peintures remarquables. Ce porche, plus simple comme architecture que
celui de Créteil, présente d'ailleurs une disposition analogue[225]. Le
clocher occidental de l'église collégiale de Poissy s'élève sur un
porche d'une date ancienne (commencement du XIe siècle); il s'ouvre de
même sur la voie publique par une seule arcade et est voûté en berceau
plein cintre[226].
Si l'on pénètre dans les provinces du centre, à Tulle, à la Châtre, on
voit des porches sous clochers avec trois arcades ouvertes, l'une en
face de l'entrée, deux latéralement. Ces porches datent de la fin du
XIIe siècle et participent des dispositions admises pour les porches
sous clochers du Limousin et du Périgord.