du VIIIe au XIe siècle, se présentent généralement sous la forme d'un
portique tenant toute la largeur de l'église et ayant peu de profondeur.
Cependant certains porches d'églises dépendant de monastères ou même de
collégiales sont disposés sous une tour plantée devant la nef. Tel était
le porche de l'église abbatiale de Saint-Germain des Prés à Paris, dont
il ne reste que bien peu de traces, et qui datait de l'époque
carlovingienne; tels sont encore ceux de l'église abbatiale de
Saint-Savin près Poitiers, de la cathédrale de Limoges et de la
collégiale de Poissy, qui tous trois appartiennent aux IXe et Xe
siècles. Alors ces porches formaient une entrée défendue, et étaient
quelquefois précédés d'un fossé, comme celui de Saint-Savin, par
exemple. Les porches des églises de Notre-Dame du Port à Clermont, de
Chamaillières (Puy-de-Dôme), de Saint-Étienne de Nevers, de la
cathédrale de Clermont, sont bâtis sur plan barlong et sont fermés; ils
devaient être couronnés par deux tours. Quelques églises
carlovingiennes, comme la basse oeuvre de Beauvais, étaient précédées de
porches non voûtés, de portiques couverts de charpentes apparentes, et
sur lesquels la nef et ses bas côtés s'ouvraient largement. Vers la fin
du XIIe siècle, la plupart de ces dispositions primitives furent
profondément modifiées, et la tendance générale était de supprimer les
porches plantés devant la façade principale pour les réunir aux nefs, ce
qui ferait croire qu'alors les cérémonies auxquelles les porches étaient
réservés tombèrent en désuétude. Un peu plus tard, vers le milieu du
XIIIe siècle, on bâtit au contraire beaucoup de porches devant les
entrées latérales des églises, et notamment des cathédrales, comme à
Chartres, à Bourges, à Châlons-sur-Marne, puis on se mit, vers la fin de
ce siècle et pendant le XIVe, à en élever devant les entrées majeures;
mais tous ces porches sont alors ouverts et ne sont que des abris
destinés aux fidèles à l'entrée ou à la sortie de l'église. Ils n'ont
plus le caractère sacré que l'on observe dans les porches primitifs et
ne servent que rarement de lieux de sépulture.
Pour suivre un ordre méthodique, nous diviserons cet article en porches
d'églises fermés, ant-églises ou narthex, porches ouverts sous des
clochers, porches annexes ouverts, porches de constructions civiles.
[Note 203: Voy. Eusèbe, lib. IV, cap. LX, _De vita
Constantini_.]
[Note 204: _Dissert. sur les porches des églises_...,
chap. VII, p. 67, sommaire.]
[Note 205: _Rational_, lib. I, cap. I, § XX.]
[Note 206: Les _Olim_, ann. MCCXCII, ann. 2.]
PORCHES FERMÉS. Nous ne pensons pas qu'il y ait en France de porches
antérieurs à celui de l'église latine de Saint-Front de Périgueux, dont
on reconnaît encore les traces. Ce porche, de forme carrée, avait 10m,30
de longueur sur 0m,65 de largeur. Il était couvert par une charpente à
deux égouts, avec pignon en maçonnerie sur la face antérieure. Une large
arcade plein cintre en formait l'entrée. De sa décoration extérieure,
très-simple d'ailleurs, il ne reste que des fragments. Ce porche,
antérieur au Xe siècle, est décrit et gravé dans l'ouvrage de M. Félix
de Verneilh sur l'_architecture byzantine en France_[207]. Cette
disposition de salle précédée d'un pignon sur la face, contraire à la
forme adoptée pour les portiques des premières basiliques latines,
indique une modification déjà fort ancienne dans le plan des porches sur
le sol de la France, modification dont malheureusement nous ne pouvons
connaître le point de départ, faute de monuments existants; elle n'en
est pas moins très-importante à constater, puisque nous voyons qu'à
partir du Xe siècle, la plupart des églises abbatiales sont précédées de
vastes porches fermés, présentant une véritable _ant-église_ souvent à
deux étages et devant répondre à des besoins nouveaux.
L'ordre de Cluny s'empara de cette disposition et en fit le motif de
monuments remarquables à tous égards. L'un des porches fermés les plus
anciens appartenant à cet ordre, est celui de l'église de Tournus; il se
compose (fig. 1) à rez-de-chaussée d'une nef centrale à trois travées
avec bas côtés. Cette nef centrale est fermée par des voûtes d'arête
avec arcs-doubleaux; les nefs latérales sont couvertes par des berceaux
perpendiculaires aux murs latéraux, reposant sur les arcs-doubleaux A.
On entrait dans ce narthex par une porte B, donnant sur une cour
précédée d'une enceinte fortifiée. La façade elle-même du porche était
défendue. Deux tours s'élèvent sur les deux premières travées C. Du
narthex, on pénètre dans l'église par la porte D et les deux arcades E.
De gros piliers cylindriques isolés et engagés reçoivent les sommiers
des voûtes. Au premier étage, ce vaste narthex forme une église avec nef
élevée, voûtée en berceau et collatéraux voûtés en demi-berceaux (fig.
2). Des meurtrières s'ouvrent à la partie inférieure de cette salle
éclairée, par des fenêtres percées dans les murs de la haute nef et dans
le pignon antérieur. La coupe transversale que nous donnons ici est
prise en regardant vers l'entrée. En A sont les souches des deux
tours[208]. Toute la construction est élevée en moellon smillé ou
enduit. Du côté de l'église, une arcade est percée dans le mur pignon,
au niveau du sol du premier étage, et permet de voir ce qui se passe
dans la nef. La même disposition se retrouve à Vézelay. Dans les églises
abbatiales de l'ordre de Cluny, ces narthex supérieurs, ces chapelles
placées au-dessus du grand porche fermé, étaient habituellement placés
sous le vocable de l'archange saint Michel. Mais quelle était la
destination de cette salle ou chapelle placée au-dessus des narthex?
Dans l'ancien pontifical de Châlon-sur-Saône, on lisait: «In quibusdam
ecclesiis sacerdos in aliquo altari foribus proximiori celebrat missam,
jussu episcopi, poenitentibus ante fores ecclesiæ constitutis.» Cette
chapelle supérieure était-elle destinée aux pénitents? À Vézelay, le
premier étage du porche ne règne qu'au fond et sur les collatéraux; il
était possible alors aux pénitents ou aux pèlerins placés sur l'aire du
rez-de-chaussée d'entendre, sinon de voir l'office divin qui se disait
sur la tribune; à Tournus, il eût fallu que les pénitents montassent
dans le narthex haut pour ouïr la messe. À Cluny, le porche ou
l'ant-église, qui n'avait pas moins de 35 mètres de longueur sur 27
mètres de largeur, mais dont la construction ne remontait pas au delà du
commencement du XIIIe siècle, ne possédait pas de premier étage ni de
tribune, mais un autel et une chaire à prêcher se trouvaient placés près
de la porte d'entrée de la basilique; de cette chaire, comme de la
tribune du narthex de Vézelay, ne préparait-on point les nombreux
pèlerins qui remplissaient le porche, ou même les pénitents, à se
pénétrer de la sainteté du lieu, avant de leur permettre d'entrer dans
l'église? L'affluence était telle au XIIe siècle dans les églises de
l'ordre de Cluny, à certaines occasions, que l'on comprend assez comment
les religieux n'ouvraient pas tout d'abord les portes du temple à la
foule qui s'y rendait, afin d'éviter le désordre qui n'eut pas manqué de
s'élever au milieu de pareilles cohues. Ces grands narthex nous
paraissent être un lieu de préparation; peut-être aussi servaient-ils à
abriter les pèlerins qui, venus de loin, arrivaient avant l'ouverture
des portes, et n'avaient ni les moyens ni la possibilité de se procurer
un asile dans la ville. Ne voit-on pas, la nuit qui précède certaines
grandes fêtes à Rome, les gens venus de la campagne passer la nuit sous
les portiques de Saint-Pierre?
Le porche de l'église abbatiale de Tournus date du XIe siècle; c'est le
plus ancien parmi ceux appartenant à l'ordre de Cluny.
La nef de l'église clunisienne de Vézelay actuelle, bâtie
vraisemblablement par l'abbé Artaud et consacrée en 1104, ne possédait
primitivement qu'un porche bas, peu profond, dont on voit encore des
traces du côté du nord. Cette nef fut restaurée et reconstruite même en
grande partie par l'abbé Renaud de Semur, vers 1120[209]. Le porche dut
être construit peu après la mort de cet abbé, soit par l'abbé Albéric,
soit par l'abbé Ponce, de 1130 à 1140[210], car, à dater de cette
époque, le monastère de Vézelay eut, jusqu'en 1160 environ, des luttes
si cruelles à soutenir, soit contre les comtes de Nevers, soit contre
ses propres vassaux, qu'il n'est pas possible d'admettre que, pendant
ces temps calamiteux, les religieux aient eu le loisir d'entreprendre
une aussi vaste construction. D'ailleurs les caractères archéologiques
de l'architecture de ce porche lui assignent la date de 1130 à 1140.
La construction du porche de Vézelay est certainement une des oeuvres
les plus remarquables du moyen âge. Ce porche est fermé, et présente,
comme celui de Tournus, une ant-église de 25 mètres de largeur sur 21
mètres de longueur dans oeuvre. Nous en donnons le plan (fig. 3) en A au
niveau du rez-de-chaussée, en B au niveau des tribunes, car l'espace CD
monte de fond; seuls, les collatéraux E E E forment galeries et l'espace
F, large tribune au-dessus de l'ancienne porte de la nef. On ne pouvait
monter aux galeries et à la tribune que par deux escaliers G, partie de
bois, partie pratiqués dans l'épaisseur du mur de face. Deux tours
s'élèvent sur les deux premières travées des collatéraux H. À partir du
niveau des galeries, vers 1240, on refit la grande claire-voie K (voy.
PIGNON, fig. 9), pour mieux éclairer probablement cette grande salle. Au
niveau de la tribune, trois baies L s'ouvrent sur la nef de l'église
(voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 21). Un autel était autrefois placé
en O sur cette tribune. Les instructions aux pèlerins ou pénitents
rassemblés à rez-de-chaussée pouvaient se faire du haut de la balustrade
qui clôt la tribune en M[211]. Avant la construction du porche, les
trois baies ouvertes sur la tribune étaient des fenêtres sans vitraux
comme toutes les autres fenêtres de l'église; celle du milieu se
terminait en cul de four, et peut-être recevait-elle une statue. La
porte principale C de ce porche est surmontée d'un grand bas-relief
représentant: le Christ entouré des vingt-quatre vieillards et des élus
dans le tympan, la Madeleine parfumant les pieds de Jésus, et la
résurrection de Lazare dans le linteau. Les chapiteaux intérieurs sont
très-richement sculptés et d'une finesse d'exécution remarquable.
Autrefois les grandes voûtes ainsi que celles des tribunes étaient
entièrement peintes. Nous présentons (fig. 4) une vue perspective de
l'intérieur de ce porche, prise de la galerie qui traverse la façade. On
observera que la voûte sur la tribune possède des arcs ogives. C'est
peut-être le premier exemple qu'il y ait en France de ce genre de
structure, les autres voûtes du narthex étant d'arêtes très-surhaussées
(voy. OGIVE, fig. 3, 4 et 5). L'ensemble de cet intérieur est d'une
proportion admirable et les travées étudiées par un maître consommé
(voy. TRAVÉE). Il ne paraît pas qu'on ait jamais enseveli personne sous
ce porche, et les fouilles que nous avons été à même d'y pratiquer n'ont
laissé voir nulle trace de sépulture.
Le vestibule, narthex ou porche fermé de l'église abbatiale mère de
Cluny était plus vaste encore que celui de Vézelay, mais ne possédait ni
tribune ni galeries voûtées supérieures. C'était une grande salle avec
bas côtés à laquelle on arrivait par deux degrés de 13 mètres de
largeur. Deux tours s'élevaient en avant des cinq travées que contenait
le narthex, et laissaient entre elles un porche ouvert. Le porche fermé
de Cluny avait 35 mètres de longueur sur 27 mètres de largeur dans
oeuvre; des piliers cannelés, suivant la méthode de la haute Bourgogne,
du Lyonnais et de la haute Marne, portaient les voûtes des collatéraux.
Au-dessus s'élevait un triforium également à pilastres, puis les hautes
voûtes en arcs ogives, avec fenêtres plein cintre dans les tympans. Les
clefs de la haute voûte étaient à 33 mètres au-dessus du pavé. Ce fut le
vingtième abbé de Cluny, Roland Ier, qui éleva en 1220[212] ce
magnifique narthex dont notre vue perspective (fig. 5) ne peut donner
qu'une faible idée. Tous les arcs de cette construction sont en
tiers-point, seules les fenêtres sont fermées par des plein cintres. Au
fond, on voyait apparaître l'ancienne façade de l'église, avec sa porte
principale et sa petite galerie aveugle supérieure, au milieu de
laquelle étaient percées les baies qui éclairaient la chapelle de
Saint-Michel, prise aux dépens de l'épaisseur du mur et portée sur un
cul-de-lampe du côté de la nef. Quatre figures d'apôtres en bas-relief
décoraient le tympan sous le formeret de la grande voûte du porche.
Pourquoi ce vaste porche ne fut-il élevé qu'en 1220? Doit-on voir ici
l'exécution d'un nouveau programme, ou bien un ajournement d'un
programme primitif? Près d'un siècle auparavant, l'église abbatiale de
Vézelay élève un narthex fermé dans des dimensions à peu près semblables
à la place d'un porche bas et étroit. Ces grands porches fermés
n'étaient donc pas prévus dans les dispositions premières des églises
clunisiennes, et cependant, à Tournus, le narthex est de construction
primitive ou peu s'en faut. Ce n'est que pendant la seconde moitié du
XIIe siècle que les clunisiens de la Charité-sur-Loire élèvent de même
un porche fermé sur des dimensions aussi vastes au moins que celui de
l'église mère de Cluny. Il y a donc lieu de croire que ce programme ne
fut adopté chez ces religieux que pendant le XIIe siècle, et qu'il était
destiné à pourvoir à l'affluence extraordinaire des fidèles dans les
églises de cet ordre; ce qui n'a pas lieu de surprendre, lorsque l'on
songe qu'à cette époque, les églises clunisiennes étaient les lieux les
plus vénérés de toute la chrétienté, et, comme le dit le roi Louis VII,
dans une charte donnée au monastère de Cluny, _les membres les plus
nobles de son royaume_. L'étendue, la richesse des porches fermés des
grandes églises clunisiennes ne furent dépassées ni même atteintes dans
les autres églises cathédrales ou monastiques.
Les cisterciens établirent aussi des porches fermés devant leurs
églises, mais ceux-ci sont peu étendus, bas, et affectent autant la
simplicité que ceux de l'ordre de Cluny manifestent les goûts luxueux de
leurs fondateurs. D'ailleurs les porches des églises cisterciennes ne
sont pas absolument clos comme ceux des églises clunisiennes; ils
présentent généralement des ouvertures à l'air libre comme des arcades
d'une galerie de cloître, et ressemblent plutôt à un portique profond
qu'à une salle. Il paraîtrait ainsi que saint Bernard voulait revenir
aux dispositions des églises primitives et retrouver le narthex des
basiliques de l'antiquité chrétienne. Ces porches cisterciens sont
écrasés, couverts en appentis et ne sont jamais flanqués de tours comme
les porches des églises bénédictines (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE).
Percés d'une seule porte en face de celle de la nef, ils sont ajourés
sur la face antérieure par des arcades non vitrées et non fermées,
s'ouvrant au-dessus d'un bahut assez élevé. Tel est encore le porche
parfaitement conservé de l'église cistercienne de Pontigny (Yonne), dont
nous donnons le plan fig. 6. Ce porche, bâti pendant la seconde moitié
du XIIe siècle[213], se compose de trois travées en largeur et de deux
en profondeur; il n'occupe que la largeur de la grande nef. Des deux
côtés, en A, sont deux salles fermées qui étaient destinées aux besoins
de l'abbaye. Des voûtes d'arête sans nervures couvrent ce porche et
viennent reposer sur deux colonnes. Une porte extérieure B correspond à
la porte principale C de la nef, et des deux côtés, en D, s'ouvrent, sur
un large et haut bahut, deux arcades divisées par des colonnettes
accouplées. Tout cet ensemble, y compris les deux salles, est couvert
par un comble en appentis avec demi-croupes aux deux extrémités.
Au-dessus du comble du porche est percée une énorme fenêtre dans le
grand pignon; elle éclaire la nef. À l'extérieur, la construction de ce
porche est d'un aspect froid et triste. À l'intérieur, les chapiteaux
des colonnes sont ornés de sculptures d'une simplicité toute puritaine,
et le tympan de la porte de l'église n'est décoré que d'une croix en
relief. La figure 7 présente la coupe longitudinale du porche de
l'église de Pontigny, et fait assez voir combien les moines de l'ordre
de Cîteaux s'étaient, en plein XIIe siècle, éloignés des programmes
splendides adoptés par les clunisiens. Dans le département de l'Aube,
l'église du village de Moussey possède un porche complet établi sur les
données cisterciennes. Il forme un appentis bas, non voûté, au milieu
duquel s'ouvre la porte; deux arcades à droite et à gauche, posées sur
un bahut, éclairent cet appentis. Ces arcades sont plein cintre,
jumelles, reposant sur une pilette ou une colonne. Une cinquième baie
pareille s'ouvre du côté sud. La construction est d'une extrême
simplicité, et paraît remonter à l'origine de l'ordre de Cîteaux[214].
Cependant la sécheresse et la froideur de ces exemples ne furent pas
longtemps imitées, et dès le commencement du XIIIe siècle, les porches
des églises élevées sous l'inspiration des moines de Cîteaux étaient
déjà empreints d'un goût plus élégant. Il existe encore à Moutier
(Yonne) un de ces porches fermés en manière de portique, élevé sur les
données de porches cisterciens. Comme à Pontigny, le porche de l'église
de Moutier, qui date du commencement du XIIIe siècle, s'ouvre
extérieurement par une porte centrale accompagnée de quatre arcades,
deux à droite, deux à gauche, posées sur un bahut. Ces arcades ont été
fermées au XVe siècle par des claires-voies de pierre. Un joli porche
offrant une disposition analogue précède encore aujourd'hui la façade de
l'église de Toury (Loiret). Il date de 1230 environ. Ce porche (fig. 8)
n'est qu'un portique étroit, rappelant assez une galerie de cloître; il
est percé de trois portes entre lesquelles s'ouvre une arcature posée
sur un bahut. En A, nous donnons le plan de détail de cette arcature.
Trois archivoltes en tiers-point reposent sur les piles B et les
colonnettes jumelles C. De petits arcs plein cintre avec tympans forment
la claire-voie et sont portés sur les colonnettes D simples. La figure 9
donne la moitié le l'élévation de ce porche, ainsi que sa coupe E faite
sur la claire-voie[215]. Beaucoup de ces porches, en forme de portiques
et en appentis, ont été établis pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles,
devant des façades de petites églises paroissiales plus anciennes; mais
habituellement ils sont d'une extrême simplicité, ne se composent que de
pilettes de pierre ou de poteaux posés sur un bahut et portant un comble
à une seule pente. Ces églises étaient toujours entourées de cimetières,
et les porches servaient alors à donner l'absoute et à mettre à l'abri
les personnes qui assistaient aux enterrements. Ils ne formaient
d'ailleurs, comme le montre le dernier exemple, qu'une clôture facile à
franchir, d'autant que les portes ne paraissent pas, dans beaucoup de
cas, avoir été jamais munies de vantaux. Un des plus vastes parmi ces
sortes de porches clos, est certainement celui qui précède la façade de
la petite église conventuelle de Saint-Père-sous-Vézelay, et qui fut
élevé vers la fin du XIIIe siècle, remanié pendant les XIVe et XVe. Ce
porche s'ouvre sur la face antérieure par trois baies qui ne paraissent
pas disposées pour recevoir des grilles ou des vantaux de bois;
latéralement il était ajouré par des baies vitrées posées sur un bahut,
de manière à garantir les fidèles contre le vent et la pluie.
Cette construction est couverte par six voûtes en arcs ogives reposant
sur des piles engagées et sur deux piliers isolés. Un tombeau, qui date
de l'époque la plus ancienne de sa construction, est placé à la gauche
de la porte centrale de l'église. D'autres sépultures étaient disposées
sous son dallage. Les figures en bas-relief des donateurs sont sculptées
en dedans de l'entrée: c'est un noble personnage de la localité et sa
femme. Malheureusement cette construction, qui, dans l'origine, devait
être très-riche et très-gracieuse, a été fort mutilée et ne présente que
des débris remaniés. Le porche de Saint-Père est comme une transition
entre les porches absolument clos des clunisiens et les porches ouverts.
Il participe plutôt de l'église que de l'extérieur: c'est évidemment
encore un lieu sacré. Il nous amène à parler des porches franchement
ouverts, bien qu'ayant encore une importance considérable par rapport
aux édifices religieux qu'ils précèdent. Mais, avant de nous occuper des
porches ouverts, nous ne devons pas omettre ici un monument d'un grand
intérêt, quoique d'une date assez récente. Il s'agit du porche de
l'église de Ry[216]. Cette église est totalement dépourvue de style,
c'est un vaisseau barlong du XVe siècle, sans caractère. Latéralement à
la nef, est bâti du côté sud un porche en bois, clos, richement sculpté
et d'une conservation parfaite. Nous en donnons le plan (fig. 10) et une
vue perspective (fig. 11)[217]. Ce joli porche date de la première
moitié du XVIe siècle; il est entièrement construit en bois de chêne et
repose sur un bahut de pierre. La charpente du comble est lambrissée en
tiers-point avec entraits apparents seulement au droit de la croupe,
ainsi que le fait voir le plan. La baie d'entrée ne paraît pas avoir
jamais été munie de vantaux, ni les claires-voies de grilles. C'est donc
un abri donnant sur le cimetière, et qui semble avoir été élevé par un
seigneur du lieu, peut-être pour servir de sépulture. La sculpture en
est très-délicate et des meilleures de l'époque de la renaissance
normande. Ce petit monument, qui compte aujourd'hui plus de trois cents
ans d'existence, et qui, bien entretenu, pourrait encore durer plus d'un
siècle, fait assez voir combien les ouvrages de charpenterie établis
avec soin et dans de bonnes conditions se conservent à l'air libre.
En examinant les vignettes des manuscrits du XVe siècle, il est facile
de constater qu'il existait beaucoup de ces porches en charpente,
principalement dans les villes du Nord. Ces porches en bois étaient
toujours peints et rehaussés de dorures. Habituellement ils ne se
composent que de deux bahuts latéraux portant des poteaux et une
couverture lambrissée. Quelquefois aussi paraissent-ils suspendus
au-dessus des portes comme des dais et soutenus seulement par des
consoles.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Note 207: Paris, 1851.]
[Note 208: Voyez, pour de plus amples détails, les
gravures faites d'après les relevés de M. Questel, dans les
_Archives des monuments historiques_, publiées sous les
auspices de S. Exc. le Ministre d'État.]
[Note 209: Cet abbé était neveu de saint Hugues, abbé de
Cluny; il fut fait archevêque de Lyon vers 1126, et fut
inhumé à Cluny. Sa tombe, placée près de la colonne la plus
proche du maître autel, portait cctte inscription: «_Hic:
requiescit: Renald: II: quondam: abbas: et: reparator
Vezeliacencis: et: postea: archiepisc_...»]
[Note 210: Voyez la notice de M. Chérest, _Congrès
scientif. d'Auxerre_, 1859, t., II, p. 193. D'après cette
notice, le porche de Vézelay aurait été consacré en 1132.]
[Note 211: Voyez les coupes transversale et longitudinale
de ce porche dans les _Archives des monuments historiques_,
publiées sous les auspices de S. Exc. le Ministre d'État.
Voyez aussi la coupe transversale réduite du porche de
Vézelay, dans l'article ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 22.]
[Note 212: Voyez Mabillou, _Annales ordin. S. Benedicti_,
t. V, p. 252.]
[Note 213: L'église de Pontigny fut en grande partie
élevée aux dépens de Thibault le Grand, comte de Champagne,
de 1150 à 1190.]
[Note 214: Le plan de cette église est donné dans
l'ouvrage de M. Arnaud, _voyage archéologique dans le
département de l'Aube_, 1837.]
[Note 215: Ces dessins nous ont été fournis par M.
Sauvageot, l'un de nos plus habiles graveurs d'architecture.
Ils ont été relevés avec une exactitude minutieuse.]
[Note 216: Ry est un village situé à 20 kilomètres de
Rouen.]
[Note 217: C'est encore à l'obligeance de M. Sauvageot
que nous devons les dessins de ce porche.]
PORCHES OUVERTS.--On sait les querelles qui, pendant le XIIe siècle,
s'élevèrent entre les abbés de Vézelay, et les évêques d'Autun. Ces
derniers construisaient alors la belle cathédrale que nous admirons
encore aujourd'hui, et qui, par son caractère, son style particuliers,
résume cette architecture religieuse de la haute Bourgogne, de la
Haute-Marne et d'une partie du Lyonnais.