Les ponts de bois n'ayant jamais qu'une durée assez limitée, il ne nous

reste aucun ouvrage de ce genre qui soit antérieur au XVIe siècle, et

nous ne pouvons en prendre une idée que par des vignettes de manuscrits

ou des gravures des XVIe et XVIIe siècles. Si l'on veut établir des

ponts de bois, ou il faut rapprocher beaucoup les piles, afin de ne

donner aux portées des travées du tablier qu'une longueur très-réduite,

et éviter ainsi leur fléchissement; ou il faut armer ces tabliers de

contre-fiches assez inclinées pour résister à la flexion, et alors

élever beaucoup les têtes des piles au-dessus du niveau de l'eau; ou il

faut suspendre les tabliers à un système de fermes. Ce dernier parti

semble avoir été adopté fréquemment pendant le moyen âge. Soient (fig.

14) des piles de trois rangs de pieux espacés de 12m,00 d'axe en axe; la

tête de ces pieux, ne s'élevant pas à plus de 2m,00 au-dessus du niveau

de l'eau, on posait sur ces têtes de pieux des longrines, soulagées en A

par les fermes B. Ces fermes, légèrement inclinées l'une vers l'autre,

étaient rendues solidaires au moyen des traverses supérieures C et des

croix de Saint-André D. Sur ces longines E on posait de fortes solives

F, puis les madriers formant le tablier. Ces ouvrages présentaient une

grande rigidité, mais ne pouvaient subsister fort longtemps sans se

détériorer, et n'étaient guère jetés que sur des cours d'eau dont les

crues n'étaient pas considérables.

Du Breul[189], parlant du pont Saint-Michel à Paris, dit qu'il était de

bois et avait été construit en 1384 par Hugues Aubriot, alors prévost de

Paris. Ce pont était garni de plusieurs maisons. Le pont Notre-Dame,

bâti en 1414, suivant le même auteur[190], d'après le rapport de Robert

Gaguin «n'étoit que de bois, ayant en longueur 70 pas 4 pieds, et en

largeur 18 pas: de deux costez et sur lequel estoient basties 60 maisons

esgales en structure et haulteur, lequel après avoir subsisté 92 ans

seulement, tumba en la rivière l'an 1499, le vendredi 25 octobre...»

Ainsi que nous l'avons vu précédemment, certains ponts de pierre

possédaient des travées de bois mobiles, soit pour intercepter la

communication d'une rive à l'autre, soit pour laisser passer les

bateaux. Ces portions de tabliers en charpente étaient relevées au moyen

de châssis à contre-poids, ainsi que cela se pratique encore

aujourd'hui, ou bien roulaient sur des longrines: on appelait les

premiers des _ponts torneïs_, et les seconds des _postis_[191]. Les

premiers étaient de véritables ponts-levis. Il est à remarquer que le

pont-levis, tel qu'on l'entend aujourd'hui, adapté à une porte de ville

ou de château, n'a été mis en pratique que vers le commencement du XIVe

siècle, jusqu'alors les ponts torneïs étaient disposés en manière de

bascule[192].

Si, vers la fin du XIIIe siècle, on établissait déjà des ponts-levis,

ceux-ci étaient isolés et ne tenaient pas aux portes mêmes, ainsi que

cela s'est pratiqué depuis. Ils faisaient partie des ouvrages avancés en

bois, tenaient à la barrière, mais n'étaient point disposés dans la

maçonnerie des portes. Cependant, dès une époque reculée, on employait

souvent les ponts ou passerelles roulant sur des longrines,

particulièrement dans les provinces méridionales. Ces sortes de ponts,

dont nous donnons un géométral latéral en A (fig. 15), se composaient de

deux pièces de bois parallèles B, au-dessous desquelles étaient adaptés

des rouleaux. Un tablier de madriers était cloué sur ces pièces de

charpente. Quatre poulies C, dont les essieux étaient fortement scellés

à deux murs latéraux, recevaient deux chaînes fixées à des anneaux D

tenant aux poutres. Ces chaînes s'enroulaient sur un treuil E dont le

pivot tournait dans des douilles fixées de même à ces murs latéraux.

Sous les pièces de bois B mobiles étaient scellées deux poutres G fixes,

sur lesquelles roulaient les petits rouleaux. En tournant le treuil de

_a_ en _c_, on faisait avancer le tablier mobile qui franchissait le

fossé F, et venait s'appuyer sur la pile en H; en le tournant de _a_ en

_b_, on faisait rentrer ce tablier sous le passage de la porte. La queue

I du tablier servait de contre-poids, et permettait toujours de passer

sur la chambre du treuil lorsque la passerelle était avancée. Un tracé

perspectif P fera mieux saisir ce mécanisme très-simple. Pour le rendre

plus intelligible, nous avons supposé que le mur latéral M, dans lequel

sont scellées les poulies et les douilles du treuil, est démoli; nous

avons enlevé de même la maçonnerie supérieure de l'une des tours

flanquantes N, entre lesquelles s'avance la passerelle. Dans la figure

perspective, le tablier est supposé rentré. On établissait beaucoup de

ces sortes de ponts dans les ouvrages italiens du XVe siècle, ainsi que

le constate l'ouvrage si curieux de Francesco di Giorgio Martini[193],

et dans nos fortifications faites au moment de l'application de

l'artillerie à feu.

On reconnaît l'emploi de divers systèmes de ponts à bascule devant les

portes du moyen âge. Quelquefois ces ponts sont disposés de manière à

s'abaisser, d'autres fois ils se relèvent. Dans les provinces de l'Est,

et sur les bords du Rhin, on adoptait fréquemment les ponts à bascule

présentant la disposition indiquée dans la figure 16. Ces ponts se

composaient de deux poutres principales A, reliées par des traverses et

des croix de Saint-André. La partie antérieure B du tablier était garnie

de madriers. Deux rainures R ménagées dans la maçonnerie; ainsi que

l'indique la figure 16 _bis_, permettaient à la partie postérieure des

poutres A de s'abaisser au niveau du tablier de maçonnerie C pratiqué

sous le passage de la porte. Alors le tablier B était horizontal, et

pour le maintenir dans cette position sous chacune des poutres étaient

disposées deux solives D, glissant sur deux rouleaux E. Lorsqu'on

voulait arrêter le tablier et l'empêcher de basculer, il suffisait de

pousser le levier de fer F, pivotant sur un bouton en G, et dont la

fourchette était engagée entre deux chevilles. Le levier amené à la

ligne verticale, ainsi que notre figure l'indique, les solives D

allaient s'engager dans deux entailles I pratiquées à la tête de la

dernière pile. Le tracé K indique la disposition de la fourchette du

levier en coupe. Si l'on voulait faire basculer le pont, en tirant sur

la vingtaine L, on amenait le levier F en _f_. Alors la solive D

quittait son entaille I, et en lâchant sur le treuil M, la pesanteur de

la partie antérieure du tablier mobile faisait incliner celui-ci suivant

la ligne NO; l'extrémité P des poutres s'élevait en _p_, et le passage

était coupé. Pour ramener le pont à la ligne horizontale, on appuyait

sur le treuil M, et avec la main, en montant sur le gradin H, et en

repoussant les leviers, on calait le pont. Les rainures R (voy. la

figure 16 _bis_) étaient assez larges pour permettre aux poutres de

pivoter, et pour faciliter la manoeuvre des leviers. On voit encore à

Bâle une porte disposée pour recevoir un pont combiné suivant ce

système. Une herse S (voy. fig. 16) descendait jusqu'au tablier, soit

placé horizontalement, soit incliné.

D'autres ponts basculaient en se relevant, ainsi que le fait voir la

figure 17. L'extrémité A du tablier antérieur, si l'on voulait donner

passage, tombait sur la dernière pile, et pour caler le pont dans cette

position, une solive B, roulant sur une poutrelle scellée C, se

manoeuvrait au moyen du levier D. En attirant à soi le levier en _d_, on

décalait le tablier, et en lâchant sur le treuil T, les contre-poids G

faisaient basculer le pont, amenant l'extrémité B en _b_. Un tablier

incliné fixe E conduisait au tablier mobile, lorsque celui-ci était

abaissé au moyen du treuil T.

Ces ponts avaient été adoptés au moment de l'emploi de l'artillerie à

feu, afin d'éviter les bras et chaînes des ponts-levis que l'assiégeant

pouvait détruire avec le canon. Ils remplissaient le même office, et ne

laissaient rien voir de leur mécanisme à l'extérieur. Le pont à bascule

(fig. 17) se composait de deux poutres avec traverses et madriers,

chacune des extrémités postérieures des deux poutres étant munies d'une

chaîne s'enroulant sur un treuil. Nous avons l'occasion, dans l'article

PORTE, de revenir sur ces ponts mobiles, et particulièrement sur les

ponts-levis adaptés à la maçonnerie.

L'usage des ponts de bateaux remonte aux premiers temps du moyen âge;

c'était là une tradition antique qui ne s'était jamais effacée.

Éginhard, dans la Vie de Charles et de Karloman, raconte que le premier

de ces princes avait fait établir un pont de bateaux sur le Danube pour

s'en servir pendant la guerre contre les Huns[194].

Au siége du Château-Gaillard, Philippe-Auguste fit faire un pont sur la

Seine, composé de pieux inclinés contre le courant, et sur lesquels on

posa un tablier de charpente. Trois grands bateaux, surmontés de hautes

tours, défendaient ce pont[195]. Dans sa chronique, Guillaume Guiart

parle d'un pont de bateaux jeté sur la Lis et retenu par des cordages:

«A main, ne sai, droite ou esclenche,

Au plus vistement qu'il puet trenche

Les cordes à quoi l'on le hale;

Li ponz comme foudre dévale;

Bas descent ce qui iert deseure[196].»

Au siége de Tarascon, le duc d'Anjou et du Guesclin firent faire un pont

de bateaux sur le Rhône.

Froissart raconte comment les Flamands avaient établi un pont de _nefs_

et de _clayes_ sur l'Escaut, devant Audenarde[197].

Philippe de Commines dit comment le comte de Charolais et ses alliés

jetèrent un pont de bateaux et de tonneaux sur la Seine, près de Moret.

«Il faisoit (le comte de Charolais) mener sept ou huit petits bateaux

sur charrois, et plusieurs pippes, par pièces, en intention de faire un

pont sur la rivière de Seine, pour ce que ces seigneurs n'y avoient

point de passage[198].» Plus loin le même auteur décrit ainsi la façon

d'un large pont jeté par le comte de Charolais sur la Seine, près de

Charenton. «Il fut conclu en un conseil, que l'on feroit un fort grand

pont sus grands bateaux: et couperoit-on l'estroit du bateau, et ne

s'asserroit le bois que sur le large: et au dernier couplet y auroit de

grandes ancres pour jeter en terre..., et fut le pont achevé, amené et

dressé, sauf le dernier couplet, qui tournoit de costé, prest à dresser,

et tous les bateaux arrivés[199]...» C'était là un pont de bateaux avec

partie mobile, que le courant faisait dévaler au besoin, sur la rive

occupée par l'ennemi.

Quand le duc de Bourgogne attaqua les Gaulois, en 1452, il fit établir

un pont flottant sur l'Escaut, devant Termonde; il fit mander «ouvriers

de toutes pars pour faire un pont sur tonneaux, à cordes et à planches;

et, pour deffendre ledict pont, fit, outre l'eaue, faire un gros

bolovart de bois et de terre[200]...»

Dans son _Histoire du roy Charles VII_, Alain Chartier rapporte qu'un

parti de Français et d'Écossais, près de la Flèche, fit sur la Loire un

pont de charrettes attachées les unes aux autres, et garnies de madriers

par-dessus[201].

Ces exemples suffisent pour démontrer que les ponts de bateaux ont été

usités pendant le moyen âge[202], soit pour servir à poste fixe, soit

pour faciliter le passage des armées. Ces sortes de ponts préoccupèrent

fort les ingénieurs militaires pendant le XVIe siècle; les ouvrages

qu'ils nous ont laissés présentent quantité de moyens plus ou moins

pratiques employés pour rendre l'établissement de ces ponts facile, et

pour les jeter rapidement sur une rive ennemie. On cherchait alors à

rendre les pontons transportables, et, à cet effet, on les composait de

plusieurs caisses étanches qui s'accrochaient les unes aux autres.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Illustration: Fig. 15.]

[Illustration: Fig. 16.]

[Illustration: Fig. 17.]

[Note 155: Lib. V, cap. XVIII. Pont-pierre, aujourd'hui

Pompierre, est un village sur le Mouzon, près de la Meuse

(Vosges).]

[Note 156: Dans son ouvrage sur les _Droits et usages_,

M. A. Champollion Figeac cite un pont _gothique du_ XIe

_siècle_, dépendant du château des comtes de Champagne, à

Troyes; mais ce pont, comme le château dont il dépendait, est

démoli depuis bien des années, et la reproduction qui en est

donnée dans le _Voyage archéologique_ de M. Arnaud est due à

l'imagination de cet auteur.]

[Note 157: La confrérie religieuse des _Frères

hospitaliers pontifes_ prit naissance et s'établit d'abord à

Maupas, au diocèse de Cavaillon, dès l'année 1164, d'après

les _Recherches historiques_ de l'abbé Grégoire. Petit

Benoît, ou saint Bénezet, fut le chef de cette institution,

et aurait commencé ses travaux à Maupas; ce serait après

cette première oeuvre qu'il aurait entrepris la construction

du pont d'Avignon.]

[Note 158: Dans le recueil des _Plans et profils des

principales villes et lieux considérables de France_, par le

sieur Tassin, 1652, est donnée une vue d'Avignon avec le pont

Saint-Bénezet. Deux arches manquent dans l'île et trois sur

le grand bras.]

[Note 159: _Archives municipales d'Avignon; procès du

Rhône_, t. I, p. 65. Nous devons ces renseignements au savant

archiviste de la préfecture de Vaucluse, M. Achard, qui

possède sur Avignon et le comtat Venaissin des notes

précieuses dont il a bien voulu nous permettre de faire

usage.] [Note 160: «Une charte», dit M. A.

Champollion-Figeac, dans son recueil intitulé _Droits et

usages_ (Paris, 1860), «une charte de l'empereur Frédéric, de

l'année 1158, et un acte relatif à l'abbaye de Saint-Florent

(coll. de Camps), de l'année 1162, pour un pont bâti sur la

Loire, constatent encore ces deux faits» (la défense d'élever

des forteresses sur les ponts ou d'y percevoir un péage

quelconque sans autorisation des fondateurs)...]

[Note 161: _Ibid._, p. 125.]

[Note 162: _Droits et usages_. M. A. Champollion-Figeac,

p. 131.]

[Note 163: Ce plan est fait à la fois, et sur le tablier,

et sur la chapelle en contre-bas.]

[Note 164: Il n'est fait mention que d'une chapelle sur

le pont d'Avignon dans tous les documents que nous avons pu

consulter.]

[Note 165: Notamment en 1856.]

[Note 166: Édit. de Francfort, gravures de Mérian.--Deux

arches du pont Saint-Esprit ont été détruites depuis peu pour

être remplacées par une arche en fonte de fer, afin de

faciliter le passage des bateaux. Il a fallu arracher à

grand'peine la pile supprimée, dont la maçonnerie était

excellente.]

[Note 167: Voyez l'article substantiel sur les ponts,

publié par ce savant archéologue, dans les _Annales

archéologiques_, t. VII, p. 17 et suiv.]

[Note 168: Cet arc de triomphe, déposé pièce à pièce,

lorsque la démolition du pont fut définitivement résolue, a

été remonté sur les bords mêmes du fleuve, par les soins de

la commission des monuments historiques et sons la direction

de M. Clerget, architecte.]

[Note 169: Cette tour, à la fin du XVIe siècle, servait

de prison municipale.]

[Note 170: La grosse tour et la porte de la ville furent

démolies après les guerres de religion, elles sont

parfaitement indiquées dans une vue cavalière du Recueil de

1574: _Civitates orbis terr._]

[Note 171: De ce châtelet il ne reste que les parties

basses.]

[Note 172: Tome XX, p. 100.]

[Note 173: _Topogr. Galliæ_.]

[Note 174: _Histoire du siége d'Orléans_, par M. Jollois,

ingénieur en chef des ponts et chaussées, 1833, petit

in-folio, avec la _Lettre à MM. les membres de la Société des

antiquaires de France_, 1834.]

[Note 175: Comptes de la ville.]

[Note 176: Art. 24 de la charte de fondation de

Montauban, _Archives de Montauban_, livre Rouge, fol. verso

105.]

[Note 177: Voyez l'excellente notice sur le pont de

Montauban, donnée par M. Devals aîné, dans les _Annales

archéologiques_, t. XVI, p. 39.]

[Note 178: _Archives de Montauban_, liasse D, nº 16, liv.

des Serments, folio 102.]

[Note 179: Nous devons ces détails à M. Olivier,

architecte du département.]

[Note 180: _Le Théâtre des antiquités de Paris_, 1612, p.

235 et suiv.]

[Note 181: Gaguin, _De gestis Francorum_. Paris, 1522,

in-8, folio 303, verso. C. Malingre, p. 219 des _Annales

générales de la ville de Paris_, 1640, in-folio.]

[Note 182: _Registres de l'hôtel de ville_, II 1778, fol.

28, rº. (Voyez les _Recherches historiques sur la chute et la

reconstruction du pont Notre-Dame à Paris_, par M. Le Roux de

Lincy, _Biblioth. de l'école des chartes_, 2e série, t. II,

p. 32.)]

[Note 183: S'il faut s'en rapporter à une note écrite sur

la couverture du livre Rouge du Châtelet de Paris, la dépense

du pont Notre-Dame à Paris se serait élevée à 205 380 livres

4 sous 4 deniers tournois. Sauval, contestant ce chiffre,

sans d'ailleurs donner ses preuves, prétend que la dépense

s'éleva à 1 160 684 livres.]

[Note 184: On remarquera que la plupart des vieux ponts

présentent des altérations très-profondes dans les claveaux

intermédiaires, tandis que ceux de tête sont intacts, parce

qu'ils sont plus facilement séchés par l'air.]

[Note 185: Ce pont existait encore dans cet état vers le

milieu du XVIIe siècle; nous ne savons précisément à quelle

époque il avait été élevé. (Voyez la _Topographie de la

Gaule_, grav. de Mérian.)]

[Note 186: _Album de Villard de Honnecourt, manuscrit

publié en fac-simile_. J. B. Lassus et A. Darcel, 1858, pl.

XXXVIII.]

[Note 187: «Par ce moyen fait-on un pont par dessus une

eau avec des bois de vingt pieds de long.»]

[Note 188: _La chanson des Saxons_, chap. CXVIII.]

[Note 189: _Le Théâtre des antiquités de Paris_, p. 241.]

[Note 190: Page 243.]

[Note 191: Du mot latin _positus_.]

[Note 192:

Moult s'esforce li forsenez

De faire fossez et tranchiées,

Tot entor lui à sis archiées

Fait un fossé d'eve parfont,

Riens n'i puet entrer qui n'afont.

Desor fu li ponz tornéiz

Moult bien tornez toz coléiz.

(_Roman du Renart_, vers 18474 et suiv.)

Clos fu de murs et de fossez

Dont l'eve coroit tot entor,

Un pont tornéiz par desor

(_Ibid._, vers 21994 et suiv.)

Chevauchant lez une rivière

S'an vindrent jusqu'au herberjage,

Et an lor ot par le passage

Un pont tornéiz avalé.

...

(_Li romans de la charrette_.)

En la chaucie fu grans li féréis,

Li quens Guillaumes moult durement le fist,

Il s'aresta sor le pont tornéis

Et vit Begon, moult fièrement li dist:

(_Li romans de Garin le Loherain_, t. II, p. 175, édit.

Techener, 1833.)

]

[Note 193: _Trattato di archit. civ. e milit. di

Francisco di Giorgio Martini, archit. senese del secolo_ XV,

publié pour la première fois par le chevalier Cesare Saluzzo.

Turin, 1841.]

[Note 194: «Rex autem, propter bellum cum Hunis susceptum

in Bajoaria sedens, pontem navalem quo in Danubio ad id

bellum uteretur, ædificavit...» (_Karolus_, DCCXCII).]

[Note 195: Guillaume le Breton, _la Philippide_, chant

VIIe.]

[Note 196: _Branche des royaux lignages_, vers 4883 et

suiv.]

[Note 197: Chronique de Froissart, livre II, chap. LVIII

et chap. CLXX.]

[Note 198: Mém. de Ph. de Commines, liv. I, chap. VI.]

[Note 199: _Ibid._, liv. I, chap. x.]

[Note 200: Mém. d'Olivier de la Marche, liv. I, chap.

XXV.]

[Note 201: Alain Chartier, _Hist. de Charles VII_, 1421.]

[Note 202: Voyez quelques-uns de ces ponts de bateaux et

de barriques reproduits dans le traité _De re militari_, de

Robertus Valturius (Paris, 1534).]

PORCHE, s. m. Les plus anciennes églises chrétiennes possédaient, devant

la nef réservée aux fidèles, un porche ouvert ou fermé, destiné à

contenir les catéchumènes et les pénitents. Cette disposition avait été

empruntée aux basiliques antiques, qui étaient généralement précédées

d'un portique ouvert. Lorsqu'il n'y eut plus de catéchumènes en

Occident, c'est-à-dire lorsque le baptême étant donné aux enfants, il ne

fut plus nécessaire de préparer les nouveaux convertis avant de les

introduire dans l'église, l'usage des porches n'en resta pas moins

établi, et ceux-ci devinrent même, dans certains cas, des annexes

très-importantes, de vastes vestibules souvent fermés, pouvant contenir

un grand nombre de personnes et destinés à divers usages. Il faut

reconnaître même que l'habitude de construire des porches devant les

églises alla s'affaiblissant à dater du XIIIe siècle; beaucoup de

monuments religieux en sont dépourvus depuis cette époque, notamment la

plupart de nos grandes cathédrales, tandis que jusque vers le milieu du

XIIe siècle, on ne concevait pas une église cathédrale, conventuelle ou

paroissiale, sans un porche au moins, devant l'entrée majeure.

Les porches paraissent avoir été adoptés dans nos plus anciennes églises

du moyen âge. C'était, dans l'Église primitive, sous les porches ou

vestibules des basiliques que l'on enterrait les personnages marquants,

les empereurs[203], les évêques. Aussi l'usage d'encenser ces lieux et

d'y chanter des litanies s'était-il conservé dans quelques diocèses, car

il faut observer qu'avant le XIIe siècle, les lois ecclésiastiques

interdisaient d'enterrer les morts dans l'intérieur même des églises.

Sous les porches étaient alors placés les fonts baptismaux, des

fontaines dans lesquelles les fidèles faisaient leurs ablutions avant

d'entrer dans la nef; les exorcismes se pratiquaient aussi sous les

porches. Il était défendu d'y tenir des plaids et de s'y rassembler pour

affaires temporelles. On y exposait, à certaines occasions, des reliques

et de saintes images. «Les porches des églises, dit Thiers, sont des

lieux saints: 1º à cause des reliques ou des images qui y sont; 2º à

cause qu'ils sont le lieu de la sépulture des fidèles; 3º à cause qu'ils

sont destinés à de saints usages; 4º à cause qu'ils font partie des

églises; 5º à cause qu'ils sont ainsi appelés par les conciles et par

les auteurs ecclésiastiques[204].»

Guillaume Durand observe «que le porche de l'église signifie le Christ

par qui s'ouvre pour nous l'entrée de la Jérusalem céleste; il est

appelé aussi portique (_porticus_), de la porte (_a porta_), ou de ce

qu'il est ouvert à tous comme un port (_a portu_)[205].»

Toutefois les porches des églises ne conservèrent pas toujours, pendant

le moyen âge, ce caractère sacré; nous en avons la preuve dans les

réclamations des chapitres ou des religieux au sujet des usages profanes

auxquels on les faisait servir. Dans le recueil des arrêts du parlement

de 1292, nous trouvons une plainte du doyen et du chapitre de Roye

contre le châtelain, lequel tenait depuis longtemps ses plaids sous le

porche de l'église. Il est enjoint au bailly de Vermandois de défendre

audit châtelain de tenir à l'avenir ses assemblées dans ce lieu,

nonobstant qu'il les y eût tenues depuis longtemps, s'il est bien

constaté que ce porche fait partie de l'église et sert de

cimetière[206].

C'est probablement pour prévenir ces abus que les grands établissements

de Cluny et de Cîteaux élevèrent devant leurs églises des porches

absolument fermés dès le commencement du XIIe siècle; d'ailleurs ces

porches devaient servir à des cérémonies ou à des usages qui

nécessitaient une clôture, comme nous le verrons bientôt. Quantité de

porches d'églises cathédrales et paroissiales servaient même de marchés,

et les auteurs ecclésiastiques élèvent trop souvent contre cet abus pour

qu'il n'ait pas été fréquent. Encore aujourd'hui voyons-nous qu'on y

établit des boutiques volantes, en certains lieux, les jours de foire,

et que des chapitres y tolèrent la vente d'objets de piété.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 20 / 44 段