Ce système de planchers employait une grande quantité de bois et

exigeait des solives d'un assez fort équarrissage: car, nous l'avons dit

déjà, on posait ces solivages tant pleins que vides; il se prêtait

parfaitement à couvrir des pièces longues, de grandes salles, des

galeries; mais pour des chambres, des pièces à peu près carrées, il

n'offrait pas la rigidité que l'on cherche dans des pièces très-habitées

et garnies de meubles lourds. On essaya donc au XIVe siècle de remplacer

ce système si simple par un autre d'un effet plus agréable et présentant

plus de rigidité. Ainsi (fig. 2), une salle étant donnée, dont le quart

est tracé en ABCD, deux poutres principales E étaient posées. Quatre

cours de poutrelles F, formant entretoises, venaient s'assembler à repos

dans ces poutres et des cours de solives G s'assemblaient de même dans

les poutrelles. En H nous donnons la coupe de ce plancher faite sur

_ab_. Les poutrelles reposaient le long des murs sur des corbeaux I, et

des lambourdes K engagées dans une rainure, remplissaient les

intervalles entre les poutrelles et recevaient les abouts des solives.

Les assemblages des pièces de ce plafond sont tracés en L. La poutre est

profilée en P, avec les repos des poutrelles en M. Celles-ci, N,

possèdent un tenon à queue-d'aronde qui s'embrève dans le repos M, et

des repos R qui reçoivent les tenons S des solives également taillés à

queue-d'aronde. Des planches d'un pouce et demi étaient posées en long

sur les solives et maintenues par les languettes T. Ce système

d'embrévements à queue-d'aronde donnait beaucoup de rigidité au

plancher, empêchait l'écartement et le chantournement des bois. Les

pièces moulurées formaient une suite de caissons d'une apparence

très-riche et très-agréable. Nous avons vu des plafonds ainsi construits

dans des maisons des petites villes de Saint-Antonin et de Cordes, qui

n'avaient souffert aucune altération. Ces plafonds, en beau chêne ou

même en sapin, n'avaient jamais été décorés de peintures et présentaient

un lambris d'une belle couleur. Non contents de les décorer de moulures,

les architectes les enrichirent encore de sculpture. Il existe dans une

maison de la rue du Marc, nº 1, à Reims, un magnifique plafond en bois

sculpté du XVe siècle, conçu suivant ce principe, et qui est autant une

oeuvre de menuiserie que de charpenterie[145]. Il recouvre une salle de

15 mètres de longueur sur 6m,50 de largeur, et se divise en cinq travées

séparées par six poutres, les deux d'extrémités formant lambourdes. La

figure 3 donne une partie d'une de ces travées, l'ensemble du plafond

étant tracé en A. Entre les poutres P sont posées les solives S avec

tenons à leurs extrémités. Les solives sont roidies par des entretoises

E. Des panneaux B remplissent les intervalles. Ces panneaux sont décorés

de parchemins pliés. Les poutres sont sculptées latéralement et sous

leur parement; des culs-de-lampe sont rapportés sous les abouts des

solives.

Des détails sont nécessaires pour expliquer l'assemblage et la

décoration de ce plafond; nous les donnons dans la figure 4. En A est

tracée la moitié du profil des poutres; la ligne ponctuée _a_ indique la

portée de la solive B. Les culs-de-lampe C ont leur tailloir pincé en

_b_ sous cette portée. Les entretoises D sont arrêtées sur les solives,

ainsi que l'indique le tracé perspectif D'; un épaulement E, légèrement

incliné, reçoit leur about. En G nous donnons une coupe sur les solives,

avec l'about de la poutre près de sa portée. En supposant le solivage

enlevé, la poutre présente le tracé H. On voit ainsi que les

culs-de-lampe sont indépendants et laissent passer derrière leur

extrémité inférieure les moulures sculptées sur les poutres. Ce détail

explique assez combien ce plafond, partie charpenterie, partie

menuiserie, présente de roideur; son aspect est agréable sans trop

préoccuper le regard, ce qui est important, car les architectes du moyen

âge et même ceux de la renaissance ne pensaient pas encore à ces

compositions, majestueuses aux yeux des uns, grotesques aux yeux de

beaucoup d'autres, dont on a couvert les plafonds depuis le XVIIe

siècle, compositions qui, à tout prendre, ne sont que des plâtrages

peints et dorés sur des lattis, accrochés avec des crampons de fer, des

apparences masquant une grande pauvreté de moyens sous une couverte de

moulages rapportés, simulant des marbres et des bronzes, voire

quelquefois des tentures!

Dans la construction de leurs planchers, et par conséquent de leurs

plafonds, les maîtres du moyen âge étaient toujours vrais; ils

montraient et paraient la structure. Il y avait plus de mérite à cela,

pensons-nous, qu'à mentir sans vergogne aux principes élémentaires de la

construction. On se préoccupait d'abord des combinaisons des pièces de

charpente, puis on cherchait à les décorer en raison même de cette

combinaison.

Dans les provinces méridionales de la France, on employait aussi les

plafonds rapportés et cloués sur les solives; c'est-à-dire que sous le

solivage on clouait des planches, et sur ces planches des moulures

formant des compartiments décorés de peintures. Ces sortes de plafonds

étaient d'une grande richesse, et en même temps présentaient la légèreté

que l'oeil aime à trouver dans les parties supérieures d'une pièce. Ce

procédé a été encore employé pendant la renaissance, et le plafond de la

galerie de François 1er, à Fontainebleau, en donne un charmant

exemple[146].

Notre siècle, qui est un peu trop pénétré de la conviction qu'il invente

chaque jour, ne doute pas que les plafonds composés de voutains en

brique posés sur des solivages en bois ou fer sont une innovation; or,

voici (fig. 5, en A) un plafond posé dans une maison de la fin du XVe

siècle, à Chartres, rue Saint-Père, qui nous donne une combinaison de ce

genre. Les solives B sont posées sur l'angle et scellées dans les murs;

sur leurs plats _b_ sont hourdés des voutains en brique posés en épi.

Ces briques ont 3 centimètres d'épaisseur sur 10 centimètres de côté.

Les reins C sont remplis de maçonnerie sur laquelle pose le carrelage D.

Les solives ont 32 centimètres de côté (un pied) et placées sur la

diagonale, elles offrent une grande roideur. Ce plafond, d'une portée

assez faible, produit un très-bon effet, et peut facilement être décoré

et maintenu propre. À Troyes, dans l'hôtel de l'Aigle, dit de Mauroy,

rue de la Trinité, il existe un plafond du XVe siècle, entièrement en

bois (voir le tracé G) qui présente des solives refendues E suivant leur

diagonale, et posées comme le fait voir la figure 5. Dans l'angle

rentrant formé par la juxtaposition de ces solives sont clouées des

chanlattes I, puis sur le tout des madriers K, en travers. Ces solives

s'assemblent dans des poutres, dont nous donnons la demi-section en L.

Quelquefois les angles saillants de ces solives refendues sont

chanfreinés, ce qui donne au plafond une apparence de légèreté peu

commune. La mode du majestueux (car le majestueux est une des modes les

plus durables en ce pays, qui en change si volontiers) a détruit ou

recouvert de lattis beaucoup de ces plafonds du moyen âge ou de la

renaissance. Il faut être à la piste des démolitions de nos plus vieux

hôtels pour découvrir sous des plâtrages des combinaisons souvent

très-ingénieuses. C'est ainsi, par exemple, que lors de la démolition de

l'hôtel de la Trémoille, à Paris, nous avons vu sous des lattis

recouverts de moulures de plâtre, des solivages très-délicatement

travaillés, posés sur des poutres et formant une suite de gracieux

caissons carrés. C'était une combinaison analogue à celle donnée dans la

figure 3, si ce n'est que les entretoises étaient assemblées à tiers de

bois avec les solives et laissaient des intervalles parfaitement carrés.

Chacun de ces intervalles était rempli par un panneau sculpté

d'arabesques; le tout avait été peint et doré. L'Angleterre, plus

conservatrice que nous de ses vieux édifices (ce qui ne l'empêche pas

d'être à la tête des idées de progrès), possède encore de beaux plafonds

des XVe et XVIe siècles, en bois mouluré et sculpté. Si les portées des

poutres étaient très-longues, celles-ci étaient souvent armées,

c'est-à-dire composées de deux moises pinçant deux pièces inclinées

formant arbalétriers ou surmontées de deux véritables arbalétriers noyés

dans l'épaisseur du solivage et du carrelage. Des étriers en fer forgé

et orné suspendaient la poutre aux deux arbalétriers; ces étriers

contribuaient à la décoration de la poutre, et les moulures entaillées

sur ses arêtes-vues s'arrêtaient au droit des ferrures. On voit

fréquemment des plafonds figurés ainsi dans des vignettes de manuscrits

du XVe siècle.

Comme on se fatigue de tout, même des choses qui ne sont justifiées ni

par la raison ni par le goût, nous pouvons espérer voir abandonner un

jour les lourds plafonds à voussures et à gros caissons, à figures ronde

bosse et à draperies entremêlées de guirlandes et de pots, si fort en

vogue depuis le règne de Louis XIV, et revenir aux plafonds dont la

forme serait indiquée par la structure, qu'elle soit en bois ou en fer.

Il faut observer ici que dès le XVe siècle, entre les solives des

planchers, on faisait souvent des entrevous en plâtre enduits sur

bardeaux, posés sur tasseaux cloués aux deux tiers de l'épaisseur de la

solive, tant pour empêcher la poussière de tamiser entre les languettes

des planches de recouvrement que pour éviter la sonorité des planchers

entièrement en bois. Ces entrevous étaient peints et même quelquefois

décorés de reliefs en plâtre. On voit quelques plafonds de ce genre dans

de vieilles maisons d'Orléans. Au-dessus des entrevous, on laissait un

isolement, puis on posait des bardeaux sur les solives, et l'on formait

des augets, également en plâtre, dans lesquels on tassait le cran, la

marne ou même la terre destinés à recevoir le carrelage.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Note 144: L'usage des planchers en fer justifie au

contraire l'adoption des sous-surfaces planes et enduites.]

[Note 145: M. Thiérot, architecte à Reims, a bien voulu

relever pour nous ce plafond avec le plus grand soin.]

[Note 146: Ce plafond a été malheureusement remanié. Nous

parlons de celui qui existait avant 1843. À Venise, on voit

encore de beaux plafonds exécutés d'après ce système. On en

trouve aussi en Espagne et notamment à Tolède. Les hôtels de

Toulouse en présentaient encore quelques-uns il y a peu

d'années.]

PLATE-BANDE, s. f. On appelle ainsi un linteau appareillé en claveaux.

La plate-bande, ou réunion de pierres horizontalement posées sur deux

pieds-droits, étant en principe de construction un appareil vicieux, les

architectes du moyen âge ne l'ont guère plus employée que les Grecs. Les

Grecs n'admettaient pas l'arc, et s'ils avaient à franchir un espace

entre deux piliers, deux pieds-droits ou deux colonnes, ils posaient sur

les points d'appui verticaux un monolithe horizontal. Les Romains

procédèrent de même dans la plupart des cas, bien qu'ils eussent déjà

appareillé des linteaux et qu'ils en aient fait ainsi de véritables

plates-bandes. Les architectes du moyen âge, sauf de très-rares

exceptions mentionnées dans l'article CONSTRUCTION et FENÊTRE, ont

toujours repoussé le linteau composé de claveaux. S'ils craignaient une

rupture, ils bandaient au-dessus un arc de décharge. Nous sommes moins

scrupuleux, et nous posons dans nos édifices publics ou privés autant de

plates-bandes qu'il y a de baies ou de travées fermées horizontalement;

seulement nous avons le soin de soutenir cet appareil vicieux au moyen

de fortes barres de fer.

Alors pourquoi ne pas employer des monolithes? N'omettons pas de

mentionner ici, encore une fois, les plates-bandes de nos grands

monuments, comme la colonnade du Louvre; le Garde-Meuble, la Madeleine,

le Panthéon, dont les claveaux sont enfilés dans des barres de fer

suspendues par des tirants à des arcs supérieurs. Les architectes du

moyen âge, on le comprend, ne pouvaient s'astreindre à mentir de cette

sorte aux principes les plus vrais et les plus naturels de la

construction, et c'est pour cela que plusieurs les considérèrent comme

des gens naïfs.

PLÂTRE, s. m. Gypse cuit au four, broyé et se combinant rapidement avec

l'eau de manière à former un corps solide, léger, assez dur, et

très-mauvais conducteur du calorique.

C'est un préjugé de croire que les constructeurs du moyen âge n'ont pas

employé le plâtre. Cette matière, au contraire, était admise

non-seulement dans les constructions privées, mais aussi dans les

édifices publics. C'est qu'en effet le plâtre est une excellente

matière, la question est de l'employer à propos.

Le plâtre pur, mélangé avec la quantité d'eau convenable, dès qu'il

commence à durcir (ce qui a lieu presque immédiatement après le

mélange), gonfle et prend un volume plus considérable que celui qu'il

avait à l'état liquide. À mesure que l'eau s'évapore et lorsqu'il se

dessèche, il perd au contraire de son volume. Ce retrait, on le

comprend, peut être dangereux dans nombre de cas, il produit des

tassements. Aussi les constructeurs du moyen âge n'ont-ils jamais

employé le plâtre dans la grosse maçonnerie, dans ce que nous appelons

la _limousinerie_, ni (sauf des cas très-rares) pour remplir les lits ou

joints des pierres. Ils posaient toujours leurs assises de pierres à

_bain de mortier_, et pour leurs blocages entre les parements, ils

n'employaient jamais que le mortier avec du gros sable. Il arrivait

cependant parfois qu'il n'était pas possible de poser des claveaux, par

exemple, à bain de mortier, lorsque les cintres avaient une très-grande

portée et que les arcs étaient très-épais; alors on coulait, dans les

joints, du bon plâtre. C'est ainsi qu'avaient été bandés primitivement

les claveaux des arcs de la rose occidentale de la cathédrale de Paris;

et il faut dire que le plâtre employé était excellent, car les lames de

coulis s'enlevaient comme de minces tablettes d'un centimètre

d'épaisseur, sans se briser.

C'était principalement dans les intérieurs que les architectes du moyen

âge employaient le plâtre, pour faire des entrevous et des aires sur les

planchers, pour hourder des pans de bois, des cloisons, pour faire des

enduits. La plupart des pans de bois de refend des maisons des XIVe et

XVe siècles sont hourdés en plâtre. Nous avons vu même parfois des

baies, donnant d'une pièce dans l'autre, découpées dans du plâtre. Dans

l'archevêché de Narbonne, sous le passage de la porte d'entrée, il

existe une petite rose du XIVe siècle, en plâtre, moulurée sur des

fentons de fer et donnant dans la grande salle voisine. On faisait aussi

à cette époque des manteaux de cheminée en plâtre mouluré et sculpté

(voy. CHEMINÉE), des corniches d'appartements, des _clotets_[147], des

doubles baies que l'on fermait d'étoffes. Très-anciennement, pendant

l'époque mérovingienne et carlovingienne primitive, on avait fait des

cercueils en plâtre, et dans les fouilles de vieux cimetières on en

retrouve de nombreux débris. On employait aussi le plâtre tamisé

très-fin pour faire des enduits sur la pierre et même sur le bois, afin

de pouvoir y appliquer des peintures. Le moine Théophile parle de

nombreux ouvrages de bois dans lesquels le plâtre joue un rôle

important. Le plâtre pur non falsifié acquiert une grande dureté, il est

brillant dans la cassure, très-blanc et résistant. Or, les gens du moyen

âge, naïfs comme chacun sait, n'avaient pas découvert tous les procédés

modernes à l'aide desquels on falsifie cette excellente matière, et

leurs enduits de plâtre sont d'une beauté remarquable. Toutefois le

plâtre, même bon, ne résiste pas aux agents atmosphériques, et il ne

peut et ne doit être employé qu'à l'intérieur ou dans des lieux bien

abrités.

[Note 147: Le clotet était une séparation établie à

demeure ou provisoirement dans une grande salle. Beaucoup de

grandes salles de châteaux avaient ainsi des clotets qui

formaient autant de cabinets où l'on pouvait se retirer. Ces

clotets n'avaient guère que 2 mètres de hauteur, sans

plafonds. On les remplaça plus tard par des paravents,

empruntés aux divisions que les Chinois établissent

instantanément dans leurs logis.]

PLOMBERIE, s. f. Ouvrages en plomb battu ou fondu, destinés à couvrir

les édifices, à conduire les eaux, à revêtir des charpentes exposées à

l'air. La plomberie remplit un rôle important dans l'architecture du

moyen âge; c'était d'ailleurs une tradition antique, et l'on ne peut

fouiller un édifice gallo-romain sans découvrir, dans les décombres

quelques débris des lames de plomb employées pour le revêtement des

chéneaux et même des combles. Sous les rois mérovingiens, on couvrait

des édifices entiers, églises ou palais, en plomb. Saint Éloi passe pour

avoir fait couvrir l'église de Saint-Paul des Champs de lames de plomb

artistement travaillées. Eginhard[148] écrit, dans une de ses lettres,

qu'il s'occupe de la couverture de la basilique des martyrs Marcellin et

Pierre: «Un achat de plomb, dit-il, moyennant une somme de cinquante

livres, fut alors convenu entre nous. Quoique les travaux de l'édifice,

ajoute-t-il, ne soient pas encore assez avancés pour que je doive

m'occuper de la couverture, cependant la durée incertaine de cette vie

semble nous faire un devoir de toujours nous hâter, afin de terminer,

avec l'aide de Dieu, ce que nous avons pu entreprendre d'utile. Je

m'adresse donc à votre bienveillance dans l'espoir que vous voudrez bien

me donner des renseignements sur cet achat de plomb...» Frodoard, dans

son histoire de l'église de Reims[149], rapporte que l'archevêque

Hincmar fit couvrir de plomb le toit de l'église Notre-Dame. Plus tard,

à la fin du XIIe siècle, l'évêque de Paris, Maurice de Sully, laisse par

testament cinq mille livres pour couvrir de plomb le comble du choeur de

l'église cathédrale actuelle. L'industrie du plombier remonte donc aux

premiers siècles du moyen âge et se perpétua jusques à l'époque de la

renaissance, sans déchoir. Cette industrie cependant présente dans

l'exécution certaines difficultés sérieuses dont nous devons entretenir

nos lecteurs avant de faire connaître les divers moyens qui ont été

employés pour les résoudre. Le plomb, comme chacun sait, est un métal

très-lourd, très-malléable, doux, se prêtant parfaitement au martelage;

mais par cela même qu'il est malléable et lourd, il est disposé toujours

à s'affaisser ou à déchirer les attaches qui le retiennent à la forme de

bois qu'il est destiné à couvrir. Le travail du plombier doit donc

tendre à maintenir les lames de plomb qu'il emploie d'une façon assez

complète pour résister à l'affaissement causé par la pesanteur. À ce

point de vue, les anciennes couvertures sont très-judicieusement

combinées. De plus, la chaleur fait singulièrement dilater ce métal, de

même que l'action du froid le rétrécit. S'il n'est pas laissé libre,

s'il est attaché d'une manière fixe, il se boursoufle au soleil et

arrache les attaches pendant les grands froids. Il faut donc: 1 qu'en

raison de son poids, il soit maintenu énergiquement pour ne pas

s'affaisser; 2º qu'il soit libre de se dilater ou de se resserrer,

suivant les changements de température. D'autres difficultés se

présentent lors de l'emploi du plomb dans les couvertures. Autrefois on

n'employait que le plomb coulé sur sable en tables plus ou moins

épaisses; ce procédé a l'avantage de laisser au métal toute sa pureté et

de ne point dissimuler les défauts qui peuvent se manifester, mais il a

l'inconvénient de donner aux tables des épaisseurs qui ne sont pas

parfaitement égales, de sorte que la dilatation agit inégalement ou que

les pesanteurs ne sont pas partout les mêmes. Le plomb laminé que l'on

emploie assez généralement aujourd'hui est d'une épaisseur uniforme,

mais le laminage dissimulé des brisures ou des défauts qui se

manifestent bientôt sous l'action de l'air, et qui occasionnent des

infiltrations. De plus, le plomb laminé est sujet à _se piquer_, qui

n'arrive pas habituellement au plomb coulé. Ces piqûres sont faites par

des insectes qui perforent le plomb de part en part et forment ainsi

autant de trous d'un millimètre environ de diamètre, à travers lesquels

l'eau de pluie se fait jour. Nous n'avons jamais eu à signaler de ces

sortes de perforations dans des vieux plombs coulés, tandis qu'elles

sont très-fréquentes dans les plombs laminés. Nous laissons aux savants

le soin de découvrir la cause de ce phénomène singulier. Un autre

phénomène se produit avec l'emploi du plomb pour revêtir du bois.

Autrefois les bois employés dans la charpente et le voligeage avaient

longtemps séjourné dans l'eau et étaient parfaitement purgés de leur

séve; aujourd'hui, ces bois (de chêne) sont souvent mal purgés ou ne le

sont pas du tout[150], il en résulte qu'ils contiennent une quantié

considérable d'acide pyroligneux (particulièrement le bois de

Bourgogne), qui forme avec le plomb un oxyde, de la céruse, dès que le

métal est en contact avec lui. L'oxydation du plomb est si rapide dans

ce cas, que, quelques semaines après que le métal a été posé sur le

bois, il est réduit à l'état de blanc de céruse, et est bientôt percé.

Nous avons vu des couvertures, faites dans ces conditions, qu'il a fallu

refaire plusieurs fois en peu de temps, jusqu'à ce que le plomb eût

absorbé tout l'acide contenu dans les fibres du bois. Des couches de

peinture ou de brai interposées entre le bois et le métal ne suffisent

même pas pour empêcher cette oxydation, tant le plomb est avide de

l'acide contenu dans le chêne. Les constructeurs du moyen âge n'avaient

pas été à même de signaler ce phénomène chimique, puisque leurs bois

n'étaient jamais mis en oeuvre que purgés complétement de leur séve, et

leurs couvertures ne présentent point trace de blanc de céruse lorsqu'on

en soulève les tables.

Il en est de la couverture en plomb comme de beaucoup d'autres parties

de la construction des bâtiments; nous sommes un peu trop portés à

croire à la perfection de nos procédés modernes, et trop peu soucieux de

nous enquérir de l'expérience acquise par nos devanciers. La plomberie

est d'ailleurs si intimement liée à l'art de la charpenterie, que si

l'on veut couvrir en planches, il est nécessaire, avant tout, de

s'enquérir de la qualité et de la provenance du bois à employer. Les

gens du moyen âge, peut-être par suite des traditions de l'antiquité,

apportaient un soin minutieux dans l'approvisionnement et la mise en

oeuvre du bois; ils n'éprouvaient pas, par conséquent, les

désappointements que nous éprouvons aujourd'hui en mettant au levage des

bois verts et qui n'ont jamais été baignés dans l'eau courante. On

reconnaîtra du moins que cette expérience, raisonnée ou non, est bonne

et qu'il faut en tenir compte.

Les plombs employés pendant le moyen âge contiennent une assez notable

quantité d'argent et d'arsenic; les nôtres, parfaitement épurés, n'ont

pas la qualité que leur donnait cet alliage naturel, et sont peut-être

ainsi plus sujets à se piquer et à s'oxyder. Nous avons encore vu en

place, en 1835, avant l'incendie des combles de la cathédrale de

Chartres, les plombs qui en formaient la couverture datant du XIIIe

siècle. Ces plombs étaient parfaitement sains, coulés en tables d'une

épaisseur de 0m,004 environ, revêtus extérieurement par le temps d'une

patine brune, dure, rugueuse, brillante au soleil. Ces plombs étaient

posés sur volige de chêne, et les tables n'avaient pas plus de 0m,60 de

largeur. Elles étaient d'une longueur de 2m,50 environ, clouées à leur

tête sur la volige avec des clous de fer étamé, à très-larges têtes; les

bords latéraux de chacune de ces tables s'enroulaient avec ceux des

tables voisines, de façon à former des bourrelets de plus de 0m,04 de

diamètre; leur bord inférieur était maintenu par deux agrafes de fer,

afin d'empêcher le vent de le retrousser. Voici (fig. 1) un tracé de

cette plomberie.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 16 / 44 段