comparer à ceux du XVe comme hardiesse, ni comme entente de l'harmonie
des détails avec l'ensemble et des proportions. Les pinacles du XVIe
siècle sont habituellement mal soudés à la partie qu'ils couronnent, ils
ne s'y lient pas avec cette merveilleuse adresse que nous admirons, par
exemple, dans la composition de ceux du tour du choeur de Notre-Dame de
Paris. Ce sont des hors-d'oeuvre qui ne tiennent plus à l'architecture,
des édicules plantés sur des contre-forts, sans liaison avec la bâtisse.
Ils ne remplissent plus d'ailleurs leur fonction essentielle, qui est
d'assurer la stabilité d'un point d'appui par un poids agissant
verticalement; ce sont des appendices décoratifs, les restes d'une
tradition dont on ne saisit plus le motif.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Note 129: Voyez la médaille frappée sous le règne de
Caracalla, donnant au revers le temple de Vénus à Paphos
(bronze); celle donnant au revers les propylées du temple du
Soleil, à Baalbec. Consulter l'_Architectura numismatica_,
recueillie par Donaldson, architecte (London, 1859).]
[Note 130: Le pinacle de la figure 1 provient des
contre-forts de la grande église de Saint-Germer (XIIe
siècle). Celui de la figure 2 se retrouve dans quelques
édifices du Beauvoisis de la fin du XIe siècle. Les pinacles
couronnant les contre-forts cylindriques de l'église
Saint-Rémi de Reims étaient terminés par des pinacles
analogues (XIe siècle).]
PISCINE, s. f. Cuvettes pratiquées ordinairement à la gauche de l'autel
(côté de l'épître), dans lesquelles le célébrant faisait ses ablutions
après la communion. Le docteur Grancolas[131] s'exprime ainsi au sujet
des piscines: «Il y a deux sortes d'ablutions après la communion, la
première est du calice et la seconde est des mains ou des doigts du
célébrant. C'étoit le diacre qui faisoit celle du calice, comme il
paroist par plusieurs anciens missels; et le prestre lavoit ses mains,
et c'étoit pour la troisième fois qu'il le faisoit, avant que de venir à
l'autel, après l'offrande, et en suite de la communion, comme le dit
Ratolde, _lotis manibus tertiò_... Dans l'Ordre romain de Gaïet, il y a
que le prestre n'avaloit pas le vin avec lequel il lavoit ses doigts,
mais on le jetoit dans la piscine.--Yves de Chartres rapporte que le
prestre lavoit ses mains après la communion... Jean d'Avranches ordonne
qu'il y ait un vase particulier dans lequel le prestre lave ses doigts
après la communion... Dans les usages de Cîteaux, on mettoit du vin dans
le calice pour le purifier, et le prestre alloit laver ses doigts dans
la piscine, puis il avaloit le vin qui étoit dans le calice et en
prenoit une seconde fois pour purifier encore le calice...
«J'ajouteray que Léon IV, dans une oraison synodale aux curez, ordonne
qu'il y ait deux piscines dans chaque église, ou dans les sacristies, ou
proche des autels: «_Locus in secretario aut juxta altare sit
præparatus, ubi aqua effundi possit quando vasa sacra abluuntur, et ibi
linteum nitidum cum aqua dependeat; ut ibi sacerdos manus lavet post
communionem_.» C'étoit pour laver les mains après la communion.
Ratherius, évêque de Ravenne, dans ses instructions, ordonne la même
chose. Saint Uldaric (ou Udalric), dans les anciennes coutumes de Cluny,
parle de deux piscines: dans l'une on purifioit le calice, et dans
l'autre on lavoit les mains après le sacrifice...; le diacre et le
soudiacre lavoient aussi leurs mains...» Lebrun des Marettes, dans ses
_Voyages liturgiques_[132], à propos de ce qui se pratiquait à la
cathédrale de Rouen après la communion, dit: «Le prêtre, après la
communion, ne prenoit aucune ablution; mais seulement pendant que les
ministres de l'autel communioient du calice, un acolyte apportoit un
autre vase pour laver les mains du prêtre, comme on fait encore
aujourd'hui à Lyon, à Chartres et chez les Chartreux, et comme on
faisoit encore à Rouen avant le dernier siècle, afin qu'il ne fût pas
obligé de prendre la rinçure de ses doigts[133].» Et plus loin[134]: «La
dernière ablution avec l'eau et le vin ne s'y faisoit point alors (au
XVIIe siècle), et on n'obligeoit point le prêtre de boire la rinçure de
ses doigts. Il alloit laver ses mains à la piscine ou lavoir qui étoit
proche de l'autel, _sacerdos vadat ad lavatorium_. La même chose est
marquée dans le missel des Carmes de l'an 1574. Et le rituel de Rouen
veut qu'il y en ait proche de tous les autels...» Guillaume Durand[135]
dit qu'auprès des autels on doit placer une piscine ou un bassin dans
lequel on se lave les mains. M. l'abbé Crosnier, dans une notice publiée
dans le _Bulletin monumental_[136], pose ces diverses questions qu'il
cherche à résoudre: «1º Le prêtre a-t-il toujours pris les ablutions à
la fin de la messe? 2º La discipline de l'Église sur ce point a-t-elle
été uniforme jusqu'au XIIIe siècle? 3º A-t-elle été modifiée à cette
époque, et qui est l'auteur de cette modification? 4º Quelle est
l'origine de la double piscine qu'on remarque dans presque toutes les
églises du XIIIe siècle? 5º L'usage de prendre les ablutions a-t-il été
universel et sans exceptions depuis le XIIIe siècle?» Jusqu'au XIIe
siècle le prêtre lavait ses mains, à la fin des saints mystères, dans la
piscine. Nous venons de voir que, d'après un ancien ordinaire de Rouen,
le prêtre ne prenait aucune ablution; celle-ci était versée dans la
piscine pendant que les ministres communiaient sous l'espèce du vin.
Yves de Chartres s'exprime ainsi au sujet des ablutions: «Après avoir
touché et pris les espèces sacramentelles, le prêtre, avant de se
retourner vers le peuple, doit se laver les mains et l'eau est jetée
dans un lieu sacré destiné à cet usage.» «Cependant, dit M. l'abbé
Crosnier[137], par respect pour les Saintes Espèces, déjà avant le XIIIe
siècle, on trouve dans les ordres religieux l'usage de prendre les
ablutions; il paraissait inconvenant de verser dans la même piscine
l'eau qui avait servi à laver les mains avant la préface, et le liquide
employé pour la purification du calice et des doigts après les Saints
Mystères; aussi on trouve dans les anciennes coutumes de Cluny trois
ablutions prises par le prêtre après la communion, une pour le calice et
deux pour les mains...»
Le pape Innocent III ayant décidé que les ablutions devaient être prises
par le prêtre, «on a voulu, ajoute M. l'abbé Crosnier, tout à la fois
conserver les anciens usages et tenir compte, sinon de la décision du
pape, du moins des motifs qui l'avaient suscitée. On établit deux
piscines, l'une réservée aux ablutions proprement dites, et l'autre
destinée à recevoir les eaux ordinaires...»
C'est en effet à dater de la fin du XIIe siècle, que l'on voit les
piscines géminées adoptées dans les chapelles des églises cathédrales et
conventuelles, plus rarement dans les églises paroissiales. Les piscines
géminées ou simples disparaissent vers le XVe siècle, alors que l'usage
de prendre les ablutions est admis dans toutes les églises.
Peut-être avant le XIIe siècle avait-on des piscines transportables, des
bassins de métal que l'on plaçait auprès de l'autel, car ce n'est qu'à
dater de cette époque que l'on voit la piscine faire partie de
l'édifice, qu'elle est prévue dans la construction; encore les premières
piscines paraissent-elles être des hors-d'oeuvre, des appendices qui ne
s'accordent pas avec l'architecture, tandis qu'au XIIIe siècle la
piscine est étudiée en vue de concourir à l'ensemble de la structure.
Les chapelles absidales de l'église abbatiale de Saint-Denis, qui datent
de Suger, possèdent des piscines simples en forme de cuvette accolée à
l'un des piliers. À la fin du XIIe siècle, dans les chapelles de
l'église abbatiale de Vézelay, nous voyons des piscines conçues d'après
ce même principe et qui font un hors-d'oeuvre. Voici (fig. 1) l'une
d'elles, qui se compose d'une cuvette lobée avec un orifice au centre.
La cuvette porte sur un faisceau de colonnettes percé verticalement, de
manière à perdre les eaux dans les fondations. C'était un usage établi
généralement, lors de l'établissement des premières piscines, de perdre
les eaux sous le sol même de l'église. Plus tard, les piscines furent
munies de gargouilles rejetant les eaux à l'extérieur, sur la terre
sacrée qui environnait les églises. Cette piscine de Vézelay pose sur le
banc qui fait le tour de la chapelle et reçoit l'arcature; sa cuvette
est alternativement ornée à l'extérieur de cannelures creuses et
godronnées; la base, le faisceau des quatre colonnettes et la cuvette
sont taillés dans un seul morceau de pierre. Dans l'église de Montréale
(Yonne), qui date de la même époque, derrière le maître autel et dans le
banc même qui reçoit l'arcature, est creusée une cuvette de piscine
(fig. 2) de forme carrée. Le banc servait ainsi de crédence pour déposer
les vases nécessaires aux ablutions. Plus tard, les piscines prirent une
certaine importance et furent faites en forme de niches pratiquées dans
les parois des choeurs ou des chapelles. L'usage de la piscine était
désormais consacré, de plus la cuvette simple était remplacée par deux
cuvettes jumelles. On retrouve beaucoup de piscines de ce genre dès la
fin du XIIe siècle. Elles affectent la forme de niches doubles séparées
par un petit pilier, et dans la tablette desquelles sont creusées deux
cuvettes de forme carrée, ou plus habituellement circulaires, avec un
orifice au centre pénétrant dans la fondation.
Beaucoup d'églises abbatiales de cette époque, des ordres de Cluny et de
Cîteaux, conservent dans leurs chapelles des piscines ainsi disposées.
Celle que nous donnons (fig. 3) provient de l'abbaye de Saint-Jean les
Bons-Hommes. Une pilette isolée reçoit un sommier portant deux arcs
plein cintre. On voit en A une entaille pratiquée pour poser une
tablette de bois; en C, est une entaille terminée à son extrémité droite
par un orifice. Peut-être cette entaille était-elle destinée à recevoir
le chalumeau. En effet, Lebrun des Marettes, dans ses _Voyages
liturgiques_[138], rapporte que de son temps encore il y avait, dans
l'église abbatiale de Cluny, un petit autel au côté gauche du grand
autel; que le petit autel servait à la communion sous les deux espèces,
qui s'y pratiquait les fêtes et dimanches à l'égard de quelques
ministres de l'autel. «Après que le célébrant, ajoute-t-il, a pris la
sainte hostie et une partie du sang, et qu'il a communié de l'hostie les
ministres de l'autel, ils vont au petit autel à côté; et le diacre ayant
porté le calice, accompagné de deux chandeliers, tient le chalumeau
d'argent par le milieu, l'extrémité étant au fond du calice; et les
ministres de l'autel, ayant un genou sur un petit banc tapissé, tirent
et boivent le précieux sang par ce chalumeau. La même chose se pratique
à Saint-Denys en France, les jours solennels et les dimanches. Ce petit
autel s'appelle la _prothèse_.»
Après la communion, dit Boquillot, on renfermait le chalumeau dans
l'_armoire_ avec le calice: or, des traces de scellements, visibles dans
notre figure 3 en B, indiqueraient qu'une fermeture était disposée de
façon à clore cette piscine, qui devenait ainsi une véritable armoire;
le calice eût pu être déposé sur la tablette dont l'entaille se voit en
A. Un peu plus tard, près de la piscine, on pratiqua souvent une armoire
(voyez ce mot). Dès lors il ne fut plus nécessaire de fermer les
piscines; aussi voyons-nous que dès le commencement du XIIIe siècle,
celles-ci sont disposées pour être ouvertes, bien qu'elles soient le
plus souvent ménagées dans des niches jumelles.
La jolie église de Villeneuve-le-Comte (Seine-et-Marne) conserve dans la
chapelle méridionale une piscine de ce genre très-délicatement composée.
Elle consiste en une niche séparée en deux par une pilette taillée,
ainsi que chacun des deux jambages, dans un seul morceau de pierre (fig.
4). L'arcature jumelle est évidée dans deux dalles de pierre, la
construction venant se bloquer à l'entour. Les cuvettes sont circulaires
(voy. le plan), et nulle trace n'indique que cette piscine ait jamais
été close. Les colonnettes évidées n'ont pas plus de 4 centimètres de
diamètre. On voit par cet exemple déjà, que les architectes du XIIIe
siècle, une fois le programme de la piscine admis, en faisaient un motif
de décoration; c'est qu'en effet ils n'admettaient pas qu'une nécessité,
qu'un besoin ne devînt l'objet d'une étude spéciale, et par suite un
moyen d'orner l'édifice. Nous chercherions aujourd'hui, pour ne pas
contrarier les lignes de la belle architecture, à dissimuler cet
appendice; nos devanciers, au contraire, le faisaient franchement
paraître, bien qu'il ne fût jamais dans un axe, et le décoraient avec
recherche. Les chapelles de la cathédrale d'Amiens, élevées vers 1240,
possèdent de belles piscines prises entre l'arcature formant le
soubassement; traitées avec un soin particulier, ces piscines sont
placées à la gauche de l'autel (côté de l'épître), suivant l'usage. De
l'autre côté, en regard, est pratiquée une armoire.
Nous donnons (fig. 5) un ensemble perspectif de l'une de ces piscines,
avec l'arcature qui l'accompagne et lui sert d'entourage. La figure 5
_bis_ en donne le plan. Les colonnettes de l'arcature sont, comme on le
voit par ce plan, indépendantes de la piscine, qui est prise aux dépens
de l'épaisseur du mur du soubassement. Les orifices des deux cuvettes se
perdent dans les fondations, ces piscines n'ayant pas de gargouilles
extérieures.
La Sainte-Chapelle du Palais, à Paris, présente également à la gauche du
maître-autel une fort belle piscine à double cuvette, avec crédence
au-dessus divisée en quatre compartiments. Cette piscine est gravée dans
la monographie de la Sainte-Chapelle, publiée par M. Caillat[139]; se
combine, comme celle que nous venons de donner, avec l'arcature qui
forme la décoration du soubassement de la chapelle. En regard, à la
droite de l'autel, est une armoire double.
Quelquefois, mais fort rarement, dans les églises du XIIIe siècle, les
piscines sont faites en forme de cuvettes posées sur un socle, comme
celles de Vézelay. Nous citerons celles des chapelles du choeur de la
cathédrale de Séez (fin du XIIIe siècle), dont nous donnons (fig. 6) un
croquis. Ici les deux cuvettes n'ont pas la même forme, l'une est à
pans, l'autre circulaire; elles reposent sur un faisceau de branchages
feuillus, et sont placées dans les travées de l'arcature. Les faisceaux
de branchages prennent naissance sur le banc continu servant de
soubassement à cette arcature[140].
Les piscines des chapelles des XIIIe et XIVe siècles de la cathédrale de
Paris sont d'une grande simplicité, et ne consistent guère qu'en une
petite niche lobée portée sur deux colonnettes engagées, ou tombant par
un chanfrein sur la tablette. Toutes ces piscines possèdent des
gargouilles à l'extérieur. Les piscines des chapelles du choeur de la
cathédrale de Reims étaient fermées par des volets de bois et servaient
en même temps d'armoires.
Le XIVe siècle fit des piscines très-délicates et riches de sculpture.
Nous citerons parmi les plus remarquables celle du choeur de l'église de
Saint-Urbain de Troyes[141]. Elle contient deux cuvettes partagées par
une pilette centrale et terminées par deux gâbles décorés d'un
couronnement de la sainte Vierge et de deux figurines des deux
donateurs, le pape Urbain IV et le cardinal Aucher. Quatre dais
refouillés avec art couronnent ces figurines et sont surmontés de
merlons entre lesquels apparaissent des archers paraissant défendre
l'édicule. Cette piscine est très-bien gravée dans les _Annales
archéologiques_[142], d'après un dessin de M. Boeswilwald, et nous
croyons n'avoir mieux à faire que de renvoyer nos lecteurs à cette
reproduction et à la notice de M. Didron qui l'accompagne. La piscine de
Saint-Urbain n'est pas la seule qui soit couronnée par un crénelage;
nous citerons aussi celles des chapelles absidales de l'église de Semur
en Auxois, qui, bien qu'antérieures de soixante ans à celle de
Saint-Urbain, sont de même crénelées à leur sommet[143]. Les piscines
deviennent rares au XVe siècle, probablement parce que l'usage de
prendre les ablutions était généralement admis. Cependant nous en
trouvons quelques exemples, mais les cuvettes doubles ne sont plus
pratiquées. Dans l'une des chapelles latérales de l'église de Semur en
Auxois il existe une jolie piscine du XVe siècle que nous donnons ici
(fig. 7). La cuvette est portée sur une colonnette, et dans la niche
pratiquée au-dessus est une petite crédence pour poser les vases. Un
dais très-riche surmonte le tout. En A nous donnons la section de cette
piscine sur _ab_; en B, sur _cd_. On voit d'ailleurs dans les églises
françaises des XIIIe et XIVe siècles un nombre prodigieux de piscines
toutes variées de forme et d'une composition charmante. C'est dans ces
accessoires que l'on peut observer la fertilité singulière des
architectes de cette époque. Bien rarement ils reproduisent un exemple
même remarquable; avec la collection des piscines, on ferait un ouvrage
entier fournissant des compositions variées à l'infini d'un même objet.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 5. bis.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Note 131: _Les anciennes liturgies_. Paris, 1697, t. I,
p. 692.]
[Note 132: _Voyages liturgiques_, par le sieur de Mauléon
(Lebrun des Marettes). Paris, 1718.]
[Note 133: Cette rinçure était probablement jetée dans la
piscine.]
[Note 134: Page 315.]
[Note 135: _Rational des divins offices_, liv. I, chap.
XXXIX.]
[Note 136: 1849, tome V de la 2e série, p. 55.]
[Note 137: _Loc. cit._]
[Note 138: _Voyages liturgiques_, par le sieur de Mauléon
(1718), p. 149.]
[Note 139: Bance, Paris, 1858.]
[Note 140: Il y a toujours un banc devant les piscines.]
[Note 141: Cette piscine date des dernières années du
XIIIe siècle, mais appartient, par son ornementation, au XIVe
siècle. Nous avons eu, plusieurs fois, l'occasion d'observer
que l'église Saint-Urbain de Troyes est en avance de
vingt-cinq ans au moins sur l'architecture de
l'Île-de-France.]
[Note 142: Tome VII, p. 36.]
[Note 143: L'une de ces piscines a été gravée dans les
_Annales archéologiques_, t. IV, p. 87. Ces piscines sont à
une seule cuvette. On voit aussi, dans la chapelle latérale
de l'église de Saint-Thibaut (Côte-d'Or), une piscine du XIVe
siècle, à cuvette unique, couronnée par un dais crénelé.]
PLAFOND, s. m. (_lambris_). Ce que nous appelons plafond aujourd'hui
dans nos constructions, c'est-à-dire ce solivage de niveau latté et
enduit par-dessous, de manière à présenter une surface plane, n'existait
pas, par la raison que le plafond n'était que l'apparence de la
construction vraie du plancher, qui se composait de poutres et de
solives apparentes, plus ou moins richement moulurées et même sculptées.
Ces plafonds figuraient ainsi des parties saillantes et d'autres
renfoncées, formant quelquefois des caissons ou augets que l'on décorait
de profils et de peintures. Il ne nous reste pas en France de plafonds
antérieurs au XIVe siècle, bien que nous sachions parfaitement qu'il en
existait avant cette époque, puisqu'on faisait des planchers que l'on se
gardait d'enduire par-dessous. Les enduits posés sur lattis sous les
planchers ont, en effet, l'inconvénient grave de priver les bois de
l'air qui est nécessaire à leur conservation, de les échauffer et de
provoquer leur pourriture. Des bois laissés à l'air sec peuvent se
conserver pendant des siècles; enfermés dans une couche de plâtre,
surtout s'ils ne sont pas d'une entière sécheresse, ils travaillent,
fermentent et se réduisent en poussière. Nous ne croyons pas nécessaire
d'insister sur ce fait bien connu des praticiens[144].
Le plafond n'était donc, pendant le moyen âge, que le plancher; c'était
la construction du plancher qui donnait la forme et l'apparence du
plafond; il ne venait jamais à l'idée des maîtres de cette époque de
revêtir le dessous d'un plancher de voussures, de compartiments et
caissons en bois ou en plâtre, n'ayant aucun rapport avec la combinaison
donnée par la construction vraie. Il serait donc difficile de traiter
des plafonds du moyen âge sans traiter également des planchers, puisque
les uns ne sont qu'une conséquence des autres; aussi nous confondrons
ces deux articles en un seul.
Si les pièces étaient étroites, si entre les murs il n'existait qu'un
espace de deux ou trois mètres, on se contentait d'un simple solivage
dont les extrémités portaient sur une saillie de pierre, ou dans des
trous, ou sur des lambourdes; mais si la pièce était large, on posait
d'abord des poutres d'une force capable de résister au poids du
plancher, puis sur ces poutres un solivage. Cette méthode était admise
dans l'antiquité romaine et elle fut suivie jusqu'au XVIe siècle.
Lorsque les poutres avaient de très-grandes portées, les constructeurs
ne se faisaient pas faute de les armer pour leur donner du roide et les
empêcher de fléchir sous le poids des solivages. Il est clair que ces
sortes de planchers prenaient beaucoup de hauteur; mais nos devanciers
ne craignaient pas les saillies produites par les poutres, et les
considéraient même comme un moyen décoratif.
Les poutres (fig. 1) avaient en général peu de portée dans les murs,
mais étaient soulagées par des corbeaux de pierre plus ou moins
saillants. Si ces poutres étaient ornées de profils sur leurs arêtes,
ceux-ci n'apparaissaient qu'au delà de la portée sur les corbeaux. Dans
les planchers les plus anciens, les solives posent d'un bout seulement
sur ces poutres, ainsi qu'il est figuré en B; de l'autre, dans une
rainure pratiquée dans la muraille, dans des trous ou sur une lambourde
C, comme on le voit en D, laquelle lambourde est posée elle-même sur des
corbelets ou un profil continu. Comme il arrivait fréquemment que ces
solives se contournaient, n'étant maintenues ni par des tenons ni par
des chevilles, on posait alors entre leurs portées, sur les poutres et
les lambourdes, des entretoises E formant clefs et chevillées
obliquement. Ce moyen roidissait beaucoup les solivages et les poutres.
Les entrevous des solives posées anciennement tant pleins que vides, ou
étaient enduits sur bardeaux, ou bien garnis de merrains G posés
transversalement. Les joints de ces merrains étaient masqués par des
couvre-joints H, qui formaient entre les solives comme autant de petits
caissons. Sur ces merrains on étendait une aire de plâtre ou de mortier
I, puis le carrelage K. Les bois de ces plafonds restaient rarement
apparents; ils étaient habituellement couverts de peinture en détrempe
que l'on pouvait renouveler facilement. On voit encore bon nombre de ces
plafonds des XIIIe et XIVe siècles sous des lattis plus modernes, dans
d'anciennes maisons. Quelquefois les poutres et les solives elles-mêmes
sont très-délicatement moulurées.