Un peu avant la construction de ce pignon, en Auvergne, à Clermont, on

élevait l'église de Notre-Dame du Port, dont les pignons étaient

richement décorés d'imbrications de billettes et d'incrustations de

pierres de deux couleurs (blanches et noires). Nous donnons (fig. 4) un

géométral du pignon méridional de cette église. Ici la construction est

plus rationnelle. La corniche des murs goutterots passe à la base du

pignon et est adroitement arrêtée par les deux contre-forts A et B.

Cette corniche accuse le couronnement de l'édifice, et le triangle du

pignon n'est que le masque de la couverture qu'il recouvre au moyen de

la tablette saillante formant le rampant suprême. Ces deux exemples et

ceux de Saint-Front et de Montmille font voir que les architectes romans

cherchaient à donner une certaine richesse relative aux pignons des

édifices. Ces tympans triangulaires couronnant les murs, aperçus de

loin, à cause de leur hauteur, leur paraissaient comporter une

décoration toute spéciale, rappelant la construction de bois des combles

qu'ils étaient destinés à masquer. À Notre-Dame du Port, les lignes de

billettes incrustées dans la maçonnerie et servant d'encadrements aux

mosaïques affectent les dispositions d'une charpente. À Saint-Étienne de

Beauvais, c'est un treillis de rondins qui semble posé devant le comble.

Mais les amortissements latéraux, composés de deux angles plus ou moins

aigus, sans épaulements, sans retours et souvent même sans acrotères,

étaient maigres et faisaient naître la crainte d'un glissement des

tablettes. Il fallait à ces deux angles un arrêt, un poids, ou tout au

moins un retour de profil. La configuration des charpentes et combles

que masquaient les pignons nécessitait d'ailleurs un arrangement

particulier. En effet, les murs goutterots d'un édifice (fig. 5) étant

donnés, ces murs goutterots étaient couronnés d'une tablette de corniche

A recevant les coyaux et l'égoût du toit B (les chéneaux n'étant pas en

usage au XIIe siècle); élevant un pignon devant cette projection, il

fallait, ou que la corniche A se retournât à la base du pignon, ou

qu'elle s'arrêtât brusquement au nu du mur, ou qu'elle fût masquée par

une saillie _ab_; il fallait encore que la tablette couronnant le pignon

servit de filet recouvrant la toiture, afin d'empêcher les eaux

pluviales de passer entre la face postérieure du pignon et la tuile ou

l'ardoise. C'est alors (vers le milieu du XIIe siècle) que les

architectes cherchèrent diverses combinaisons plus ou moins ingénieuses

pour satisfaire à ces conditions. La plus simple de ces combinaisons,

adoptée dans beaucoup d'édifices de la Bourgogne et de la haute

Champagne vers le milieu du XIIe siècle, est celle que nous présentons

(fig. 6). La corniche des murs goutterots étant prolongée jusqu'au nu du

mur pignon, sa saillie recevait les extrémités inférieures du triangle

rehaussées en encorbellement de manière à dégager la toiture et à la

couvrir au moyen de la saillie _a_ de la tablette. Mais cette tablette,

pour ne pas glisser sur la pente du mur triangulaire, devait

nécessairement faire corps avec l'assise _b_, ainsi que l'indique le

détail géométral A. Alors le morceau _d_ était assez lourd pour arrêter

le glissement des tablettes rampantes _e_. En faisant tailler cette

pierre dans un bloc, les maîtres étaient naturellement obligés de faire

tomber le triangle _g_. Bientôt, au lieu de le jeter bas, ils laissèrent

la pierre entière et profitèrent de ce triangle _g_ restant, pour y

conserver un petit gable, comme nous l'avons tracé dans le détail B.

Cette réserve avait l'avantage de laisser plus de poids à la pierre,

d'éviter un évidement, et de donner à l'oeil plus de solidité à cette

assise d'arrêt.

Dans des constructions élevées avec économie même, nous voyons que les

architectes apportent une attention toute particulière à couronner les

pignons, afin d'éviter le passage des eaux pluviales entre la couverture

et la maçonnerie, sans avoir jamais recours à ces solins de mortier ou

de plâtre qui se détachent facilement, nécessitent des réparations

incessantes et ont un aspect misérable. Quelquefois la tuile vient

recouvrir les rampants du pignon, mais au sommet est posée une pierre

d'amortissement recouvrant les deux peines de la tuile et les faîtières

de terre cuite, ainsi que le fait voir la figure 7[116]. En A,

l'amortissement d'extrémité supérieure du pignon est présenté en profil,

et en B en perspective. Ainsi le mur est parfaitement préservé par les

tuiles du couvert, et la jonction de celles-ci à la pointe du faîtage

est garantie par la pierre d'amortissement formant filet sur les côtés,

sur la face et par derrière.

Le système de charpente et de couverture adopté au commencement du XIIIe

siècle donnant habituellement un triangle équilatéral et même

quelquefois plus aigu, les pignons prennent de l'importance; les

édifices étant élevés sur une plus grande échelle que dans les siècles

précédents, il devient nécessaire, pour donner une assiette convenable à

ces ouvrages de maçonnerie, de les combiner avec plus d'art. Présentant

une très-grande surface, il faut en même temps les décorer et les

alléger, d'autant que souvent ils s'élèvent sur de grands à-jour, roses,

larges fenêtres, éclairant l'intérieur des vaisseaux. Les constructeurs

cherchent alors à roidir ces grands murs abandonnés à eux-mêmes par des

combinaisons de piles et de vides habilement répartis. On éleva en

Bourgogne (province des hardis constructeurs), pendant la première

moitié du XIIIe siècle, des pignons singulièrement audacieux comme

structure, et d'un effet décoratif tout à fait remarquable. Nous en

voyons deux, bâtis en même temps, devant le porche de l'église abbatiale

de Vézelay et devant la nef de la petite église de Saint-Père sous

Vézelay[117], qui présentent à la fois une construction hardie et une

décoration d'une extrême richesse. Le pignon de la face occidentale de

l'église de Saint-Père avait été construit en prévision d'une

surélévation de la nef qui ne fut pas effectuée, de sorte qu'aujourd'hui

ce pignon s'élève beaucoup au-dessus des combles. Il devait être flanqué

de deux hauts clochers; celui du nord seul fut construit (voy. CLOCHER,

fig. 70). Un grand arc (fig. 8) était destiné à tracer la pénétration de

la voûte sur la face. Sous cet arc s'ouvre une rose qui surmonte une

baie à meneaux[118]. Toute la décoration au-dessus de l'archivolte

devait masquer la charpente, et présente dans une arcature une série de

statues de grande dimension. Au sommet est assis le Christ bénissant,

couronné par deux anges agenouillés. Sous le Christ est placé, debout

sur un piédestal, saint Étienne, puis à la droite du Christ la Vierge, à

la gauche sainte Anne. À la droite de la Vierge s'échelonnent les

statues de saint Pierre, de saint André et d'un troisième apôtre. À la

gauche de sainte Anne, saint Paul, saint Jean et un apôtre. Sous les

statues de sainte Anne et de la Vierge on voit deux têtes de démons; les

autres statues sont portées sur des pilettes et des culs-de-lampe. Des

deux côtés de la rose sont sculptés le lion et le dragon. L'iconographie

de ce pignon est donc complète et n'a subi aucune mutilation grave.

Quant à la construction de cet important morceau d'architecture, elle

consiste en un mur bâti en assises basses, roidi à l'extérieur par

l'arcature composée d'assez grandes assises. Les deux clochers devaient

l'épauler à ses deux extrémités; celui du nord ayant été seul élevé, le

pignon avait gauchi du côté sud; mais il a été facile d'arrêter ce

mouvement au moyen d'un contre-fort bâti à l'intérieur sur le mur de la

nef, dont la voûte actuelle ne dépasse pas le niveau A. Il n'est pas

nécessaire de faire ressortir la valeur de cette composition vraiment

magistrale, et il faut dire que la statuaire ainsi que la sculpture

d'ornement sont traitées de main de maître. Les figures, un peu longues

en géométral, prennent en perspective leur proportion réelle, et forment

un ensemble surprenant par sa richesse et la belle entente des lignes.

Le pignon de la face occidentale de l'église abbatiale de Vézelay, dû

très-probablement au même artiste, présente une disposition différente

et plus originale encore. Il sert de tympan aux voûtes du porche qui

datent du XIIe siècle; l'arcature est à jour, éclaire le porche et les

figures sont placées au droit des piles. Mais, fait unique peut-être,

les rampants de ce pignon, au lieu d'être rectilignes, sont formés par

deux courbes donnant une ogive (fig. 9)[119]. Les statues qui décorent

ce pignon présentent, comme à l'église de Saint-Père, au sommet, le

Christ assis, tenant le livre des Évangiles et bénissant; deux anges

portent une large couronne au-dessus de sa tête. À la droite du Christ

est la Vierge, à sa gauche sainte Anne. Deux anges thuriféraires

terminent la série. Au-dessous on voit, au droit des piliers: saint

Jean-Baptiste, saint Pierre, saint Paul et saint Jean, un évêque et un

saint que nous n'avons pu désigner. La section des piles formant

claire-voie est donnée par le détail A. Les vitraux étant placés en B,

il existe un passage entre l'arcature vitrée et l'arcature intérieure un

peu moins élevée (fig. 10). La construction de ce pignon est à étudier

et s'explique par le géométral intérieur. La courbe A est celle donnée

par le formeret fait au XIIIe siècle sous la voûte B du XIIe. Un arc de

décharge C renforce le formeret et passe au-dessus de la galerie (voy.

la coupe D, en C'). Un second arc de décharge EE' supporte le poids de

l'extrémité supérieure du pignon, la trace du comble est en _ab_. Des

piles F, F', maintiennent le placage GG' formant le fond de la

décoration extérieure. Les colonnettes H, isolées et qui sont indiquées

dans la section horizontale de l'une des piles de la figure 9, sont donc

déchargées par le formeret, par l'arc C' et par celui E'. De plus, à

partir du niveau I, elles sont reliées à la portion des piles donnant à

l'extérieur par des languettes K, s'élevant jusque sous l'arc de

décharge C'. Le passage L communique par quelques marches aux salles du

premier étage des deux tours qui flanquent la façade. De l'intérieur

comme de l'extérieur cette grande claire-voie produit beaucoup d'effet,

et sa double arcature est disposée d'après une donnée perspective très

bien entendue: la balustrade M n'étant pas assez élevée pour masquer

l'appui N des baies vitrées; les arcatures O laissant voir dans tout

leur développement les découpures de celle P, et le peu de diamètre des

colonnettes H intérieures démasquant les vitraux. Tout cela est bâti en

beaux matériaux, la sculpture est traitée de main de maître et date du

milieu du XIIIe siècle. La statuaire est empreinte d'un grand caractère,

et appartient franchement à la belle école bourguignonne (voy.

STATUAIRE).

À la même époque, dans l'Île-de-France, on élevait des pignons conçus

peut-être avec moins de hardiesse, d'une disposition moins originale,

mais dans la composition desquels on observe un goût plus châtié, plus

de délicatesse et une meilleure entente de la destination. On remarquera

que le pignon de Vézelay est un masque du comble, mais ne se combine

guère avec sa forme. Dans nos bons édifices gothiques du XIIe siècle,

ceux de l'Île-de-France, ceux auxquels il faut toujours recourir comme

étant la véritable expression classique de cet art, les pignons sont

bien faits pour fermer le comble, ils l'éclairent franchement et le

recouvrent. Nous ne saurions trouver un meilleur exemple que celui

fourni par l'un des pignons du transsept de Notre-Dame de Paris (1257).

Ce pignon s'élève sur une rose de 13 mètres de diamètre, et est percé

lui-même d'un oeil en partie aveugle, qui éclaire le comble. Cette belle

composition (fig. 11) est autant décorative que sagement raisonnée. Sur

le grand arc qui fait le formeret de la voûte et l'archivolte de la rose

est posé un entablement portant balustrade, et qui permet de communiquer

des galeries supérieures de l'est à celles de l'ouest. Le pignon

proprement dit s'élève en retraite sur l'arc de la rose et porte

principalement sur le formeret; il est de plus supporté par un arc de

décharge noyé dans la construction. Ce pignon, qui a 70 centimètres

d'épaisseur, est allégé par la rose qui éclaire le comble, dont les

parties aveugles ne sont que des dalles portant sculpture, par des

rosaces et écoinçons. Deux grands pyramidions le flanquent, forment les

têtes des contre-forts contre-butant la rose, et permettent à un

escalier postérieur de se développer et de passer au-dessus du comble

qu'il recouvre, et sur la jonction duquel il forme un large solin, ainsi

que le font voir le profil A et la portion du pignon postérieur B, la

section A étant faite sur _ab_. Trois statues décorent le sommet et les

deux angles inférieurs du pignon. Celle du sommet représente le Christ

apparaissant en songe à saint Martin, revêtu de la moitié du manteau

donné au pauvre[120]; les deux autres figurent le même saint Martin et

saint Étienne[121]. Éclairé par le soleil, ce pignon produit un

merveilleux effet. D'ailleurs il accuse parfaitement le comble qu'il est

destiné à fermer; la sculpture en est large, sobre, bien à l'échelle et

admirablement traitée. L'oeil du comble est d'une proportion

parfaitement en rapport avec la grande rose qui s'ouvre sur le

transsept. Cette composition ne fut pas surpassée. Le pignon méridional

de la cathédrale d'Amiens, élevé vers le milieu du XIVe siècle, présente

cependant une disposition originale qui se rapproche de la composition

du pignon de Vézelay. Le grand triangle est divisé verticalement par des

piles formant comme une suite de contre-forts ornés de statues et de

pinacles, et entre lesquels s'ouvrent des jours qui éclairent le comble.

Mais là les détails, trop petits d'échelle, sont confus et n'offrent

plus cette simplicité de lignes que nous admirons à Paris et même à

Vézelay. Pour ne pas laisser isoler ces grands triangles, on eut

quelquefois l'idée, au XIVe et au XVe siècle, de les épauler par des

galeries à jour ou aveugles qui réunissent leurs rampants aux

pyramidions ou tourelles d'épaulement. Un des pignons les mieux composés

en ce genre est celui de la façade principale de l'église Saint-Martin

de Laon, qui date de la fin du XIIIe siècle ou du commencement du XIVe.

Nous en donnons (fig. 12) une vue perspective. Voulant donner une grande

importance aux deux tourelles flanquantes, l'architecte a senti que le

pignon entre ces deux clochetons paraîtrait maigre; aussi l'a-t-il

accompagné d'une galerie aveugle qui termine ainsi, comme masse,

carrément le portail, et cependant il n'a pas voulu mentir au principe,

et a fait reparaître la trace du comble à travers cette galerie.

Un peu avant la construction de Saint-Martin de Laon, le célèbre

architecte Libergier, pendant la seconde moitié du XIIIe siècle, avait

élevé, sur le portail de l'église de Saint-Nicaise à Reims, un pignon

relié aux deux tours de la façade par une galerie à jour, ce qui était

bien plus vrai que le parti adopté à Saint-Martin de Laon. Cette galerie

mettait d'ailleurs en communication les étages supérieurs des

clochers[122]. Le pignon de Saint-Nicaise de Reims était percé de trois

oeils circulaires éclairant le comble, et son nu était décoré d'une

imbrication, dernier vestige de cette tradition romane que nous voyons

acceptée franchement dans le pignon de l'église de Saint-Étienne de

Beauvais, donné plus haut, et dans des pignons des provinces du Centre

et de l'Ouest. Comme à la cathédrale de Reims, le pignon occidental de

l'église de Saint-Nicaise était doublé, se répétait au droit des faces

postérieures des tours, et ce second pignon était, comme celui

antérieur, relié aux tours par une galerie à jour semblable à celle de

la face. On conçoit combien cette claire-voie doublée devait produire

d'effet en perspective. Nous donnons (fig. 13) un géométral du pignon de

Saint-Nicaise[123]. Il faut dire que les colonnettes supportant la

galerie étaient jumelles, afin de donner l'épaisseur nécessaire au

passage courant sur l'arcature (voy. le détail en coupe A).

Il ne faut pas croire que l'architecture religieuse seule élevait des

pignons d'une grande importance et richesse. Le pignon de la salle du

palais à Poitiers est un des plus riches qu'on puisse imaginer et des

plus singuliers comme composition. À sa base, à l'intérieur, est établie

une cheminée qui embrasse toute sa largeur; les tuyaux de cette cheminée

traversent hardiment les fenêtres qui s'ouvrent dans le pignon. On peut

prendre une idée de cette composition en examinant la figure 10 à

l'article CHEMINÉE (XVe siècle). Le pignon de la grand'salle du château

de Coucy était aussi très-richement décoré sur le dehors (voy. SALLE),

et surmonté d'une statue colossale. Une baie immense s'ouvrait sous son

triangle et éclairait largement la salle dans sa longueur. Ce pignon

appartenait aux constructions élevées par Louis d'Orléans pendant les

premières années du XVe siècle. Parmi les pignons d'architecture civile,

plus simplement traités, il faut citer ceux du logis du château de

Pierrefonds. Nous en présentons (fig. 14) deux spécimens. Ils se

combinent avec les crénelages du château, ainsi qu'on peut le voir en A.

Derrière le crénelage ressautant, suivant le rampant du comble, est posé

l'escalier de service pour les couvreurs, et pouvant même au besoin être

garni de défenseurs. En B est donnée la coupe de ce pignon,

l'emmarchement étant profilé en _a_ et le faîtage du comble en _b_.

Le pignon C, qui appartient au même château, est muni d'un triple tuyau

de cheminée _d_ qui interrompt le degré, lequel alors se continue au

moyen de marches de plomb sur le comble. En D, nous donnons l'un de ces

pignons de granges du XIIIe siècle, avec son contre-fort d'axe destiné à

contre-buter la poussée des arcs portant sur une épine de colonnes et

soulageant les portées de la charpente. Les architectes du moyen âge ne

se faisaient pas faute de munir les pignons de contre-forts suivant les

distributions intérieures, soit pour accuser des murs de refend, soit

pour contre-buter des arcs. Ils faisaient preuve, dans cette partie

importante de leurs édifices, de la liberté que nous aimons à trouver

dans leurs oeuvres les plus modestes comme les plus riches. Le pignon

accuse la coupe transversale d'un édifice, c'est donc la partie qui

indique le plus clairement sa construction et sa destination; les

architectes ont compris ainsi sa fonction, et ils se sont bien gardés de

la cacher. À voir un pignon du dehors, on saisit facilement les diverses

divisions du bâtiment et sa structure, s'il est voûté ou lambrissé, s'il

ne possède qu'un rez-de-chaussée, ou s'il se compose de plusieurs

étages. Habituellement, les cheminées sont placées dans l'axe des

pignons, afin d'amener facilement leurs tuyaux jusqu'au faîte du comble

et d'éviter leur isolement. Ces tuyaux forment alors de véritables

contre-forts creux qui roidissent les grands triangles de maçonnerie et

leur donnent plus d'assiette. L'établissement des pignons dans les

édifices civils avait encore l'avantage d'éviter les croupes en

charpente d'une construction et d'un entretien dispendieux, et de

fournir de beaux dessous de combles bien fermés, aérés et sains.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Note 112: L'île de Lérins, qui possédait une belle et

ancienne abbaye, est située devant l'île Sainte-Marguerite,

en face de la rade de Cannes (Alpes-Maritimes).]

[Note 113: Voyez, dans l'_Architecture byzantine en

France_ par M. F. de Verneilh, la description du pignon de la

vieille basilique de Saint-Front, et la gravure qui s'y

trouve jointe, p. 93.]

[Note 114: Voyez _Les monuments de l'ancien Bauvoisis_,

par M. Woillez, 1849.]

[Note 115: Voyez ROSE. Voyez aussi l'album de Villard de

Honnecourt, pl. XLI.]

[Note 116: D'une chapelle de la petite église de Flavigny

(Côte-d'Or), XVe siècle. Nous avons trouvé des amortissements

de ce genre sur des pignons bourguignons de maisons du XIIIe

siècle.]

[Note 117: Saint-Père pour Saint-Pierre.]

[Note 118: Aujourd'hui cette rose s'ouvre sous le comble

de la nef.]

[Note 119: À l'échelle de 0,01 pour mètre.]

[Note 120: En bas du portail est représentée, à droite et

à gauche, la légende de saint Martin.]

[Note 121: La légende de saint Étienne est représentée

dans le tympan de la porte.]

[Note 122: Voy. CLOCHER, fig. 75.]

[Note 123: Voyez la gravure précieuse de De Son, Rémois

(1625). Cette belle et unique église dans son genre a été

détruite, sans raison comme sans nécessité, au commencement

du siècle.]

PILASTRE, s. m. (_ante_). Pendant l'antiquité grecque, le pilastre, ou

plutôt l'_ante_, est, ainsi que ce mot l'indique assez, une tête de mur

ou une chaîne saillante élevée au retour d'équerre d'un mur. Sur le mur

d'une _cella_, l'ante est le renfort élevé en A ou en B (fig. 1), lequel

renfort porte un chapiteau et s'appuie quelquefois sur une base. Dans

l'architecture romaine, ce qu'on appelle _pilastre_, est la projection

d'une colonne sentie sur le nu d'un mur par une faible saillie. A (fig.

2) étant une colonne, B est son pilastre: quelquefois la colonne isolée

ou engagée disparaît, comme par exemple autour de l'étage supérieur du

Colisée à Rome, et le pilastre reste seul. Les Grecs n'ont jamais,

pendant la belle époque, donné à l'ante le même chapiteau qu'à la

colonne; mais, sous l'empire, le chapiteau du pilastre n'est que la

projection du chapiteau de la colonne, comme le pilastre lui-même n'est

que la projection du fût. Si le pilastre est seul, s'il n'est pas la

projection d'une colonne, il possède le chapiteau d'un ordre dorique,

ionique, corinthien ou composite, mais ne prend pas un chapiteau

spécial.

Dans les premiers temps du moyen âge, les architectes ne prennent pas la

peine de projeter la colonne adossée sur le mur d'adossement, mais ils

placent parfois des pilastres comme décoration ou renfort d'un mur. On

voit de petits pilastres à l'extérieur du monument de Saint Jean à

Poitiers; on en retrouve sur le pignon occidental de la basilique latine

de Saint-Front de Périgueux, accompagnant deux étages d'arcatures[124],

et, plus tard, vers la fin du Xe siècle, à l'intérieur même de cet

édifice. Ces pilastres, couronnés par des chapiteaux pseudo corinthiens,

portent une arcature haute (dans les tympans fermant les grandes travées

des coupoles) qui forme un passage continu tout autour de l'édifice. Des

fenêtres sont ouvertes, dans l'arcature au droit du choeur et du

transsept. Mais cet exemple que l'on trouve répété dans la partie

ancienne de l'église de la cité (cathédrale) à Périgueux, n'est pas

suivi généralement dans les édifices de l'Ouest. La colonne engagée

remplace le pilastre, tandis que, dans la haute Bourgogne, le Morvan et

la haute Champagne, le pilastre romain persiste fort tard, jusqu'au

commencement du XIIIe siècle. Il existe encore à Autun deux portes de

ville de l'époque gallo-romaine, les portes d'Arroux et de Saint-André,

qui sont couronnées par un chemin de ronde consistant en une suite

d'arcades entre lesquelles sont disposés des pilastres, cannelés à la

porte d'Arroux, lisses à la porte Saint-André. Cette arcature avec

pilastres servit évidemment de type aux architectes qui, au XIIe siècle,

élevèrent les cathédrales d'Autun et de Langres, et les églises de

Saulieu et de Beaune. Mais soit qu'il existât encore à cette époque de

grands monuments romains avec pilastres, soit que les galeries des

portes romaines d'Autun aient inspiré aux architectes l'idée de se

servir du pilastre, et du pilastre cannelé, dans la composition des

piles mêmes des édifices précités, nous voyons le pilastre appliqué en

grand à Langres, à Autun et dans quelques autres, monuments de ces

contrées. À Langres, de grands pilastres pseudo-corinthiens forment la

tête des contre-forts de l'abside à l'extérieur. À la cathédrale

d'Autun, les piliers intérieurs sont cantonnés de pilastres cannelés

(voy. PILIER). À Vézelay même, dans la nef, au-dessus des archivoltes

des bas côtés, des pilastres portent les formerets de la grande voûte,

tandis qu'on ne voit jamais de pilastres employés dans les édifices

romans de l'Île-de-France. Le pilastre est quelquefois employé aussi

dans certains monuments romans de la Provence, et il est habituellement

cannelé. De fait, dans l'architecture française du moyen âge, le

pilastre est une exception, son emploi est dû à la présence de monuments

romains voisins.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Note 124: Voyez, dans l'_Architecture byzantine en

France_, par M. Félix de Verneilh, 1851, la description de

l'église latine de Saint-Front, p. 93.]

PILE, s. f. Voy. PILIER.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 12 / 44 段