Les procédés employés par les peintres pour décorer les intérieurs

étaient déjà très-perfectionnés au XIIIe siècle, ainsi qu'on en peut

juger en examinant les peintures anciennes de la sainte Chapelle et

celles de certains retables de la même époque[85]. Alors les vernis et

même la peinture à l'huile étaient en usage. Au XIVe siècle, il paraît

même qu'on faisait un emploi fréquent de ce dernier procédé, en France,

en Italie et en Allemagne[86]. M. Émeric David, dans ses _Discours

historiques sur la peinture moderne_[87], démontre d'une manière

évidente que dès le XIe siècle les peintres employaient les couleurs

broyées avec de l'huile de lin pure, et le devis des peintures exécutées

par ordre du duc de Normandie (depuis Charles V) dans le château de

Vaudreuil, en 1355, par Jehan Coste, prouve que le procédé de la

peinture à l'huile était alors connu en France et pratiqué non-seulement

pour les meubles et menus ouvrages, mais aussi pour la décoration sur

les murs. Ce devis commence ainsi:

«Premièrement pour la salle assouvir en la manière que elle est

commenciée ou mieux; c'est assavoir: parfaire l'ystoire de la vie de

César, et au-dessouz en la derreniere liste (litre) une liste de bestes

et d'images, einsi comme est commencée.

Item la galerie à l'entrée de la salle en laquelle est la chace

parfaire, einsi comme est commencée.

Item la grant chapelle fere des ystoires de Notre Dame, de sainte Anne

et de la Passion entour l'autel, ce qui en y pourra estre fet, etc.

Et toutes ces choses dessus devisées seront fetes de fines couleurs à

l'huile, et les champs de fin or enlevé (en relief)... etc.»

Les glacis, fréquemment employés dans la peinture décorative, à dater du

XIIIe siècle, la finesse de ces peintures, leur solidité et leur aspect

brillant, indiquent un procédé permettant toutes les délicatesses de

modelé et de coloration. Avec la peinture à l'huile, les artistes des

XIVe et XVe siècles, en France, employaient aussi une peinture dans

laquelle il entre, comme gluten, un principe résineux très-dur et

très-transparent, ainsi que la gomme copal par exemple. Peut-être les

deux éléments, l'huile et la résine, étaient-ils simultanément employés,

la gomme copal tenant lieu alors de siccatif. L'analyse de quelques-unes

de ces peintures présente souvent en effet une certaine quantité de

résine.

La peinture décorative ne s'appliquait pas seulement aux parois des

intérieurs, elle jouait un rôle important à l'extérieur des édifices. La

façade de Notre-Dame de Paris présente de nombreuses traces de peintures

et de dorures, non pas posées sur les nus des murs, mais sur les

moulures, les colonnes, les sculptures d'ornement et la statuaire. On

peut faire la même observation sous les porches de la cathédrale

d'Amiens; et les ornements placés au sommet des grands pignons du

transsept de la cathédrale de Paris, qui datent de 1257, étaient dorés

avec fonds rouge sombre et noir.

La coloration appliquée à l'extérieur est beaucoup plus heurtée que ne

l'est celle des intérieurs; ce sont des tons rouge vif (vermillon glacé

d'un ton pourpre très-brillant), des tons vert cru, des jaune ocre

orangé, des noirs et des blancs purs, rarement des bleus. C'est qu'en

effet, à l'extérieur, la vivacité de la lumière directe et des ombres

permet des duretés de coloration qui ne seraient pas supportables sous

la lumière tamisée et diffuse des intérieurs.

La statuaire, suivant la méthode antique, est redessinée par des

linéaments noir brun, qui accusent les traits des têtes, les bords des

draperies, les broderies, les plis des vêtements. Les ornements sont de

même très-fortement redessinés par ces traits noirs, soit sur les fonds,

soit sur les rives. Quelquefois, sous les saillies des larmiers, des

bandeaux ou corniches, les boudins couchés d'un ton rouge ou vert

étaient rehaussés de perlés blancs ou jaunes qui donnaient une

singulière finesse aux moulures. Nous sommes devenus si timides, en fait

de peinture monumentale, que nous ne comprenons guère aujourd'hui cette

expression de l'art. Il en est de la peinture appliquée à l'architecture

comme d'une composition musicale qui, pour être comprise, doit être

entendue plusieurs fois. Et s'il y a vingt ans, personne à Paris ne

comprenait une symphonie de Beethoven, on ne saurait s'en prendre à

Beethoven. L'harmonie est un langage pour les oreilles comme pour les

yeux; il faut se familiariser avec lui pour en saisir le sens. Quelques

personnes éclairées admettent volontiers que les intérieurs des édifices

peuvent bien être décorés de peintures; mais l'idée de décorer les

extérieurs semble très-étrange, surtout s'il s'agit de les décorer, non

point par quelques tympans sous des porches, mais par un ensemble de

coloration qui s'étendrait sur presque toute une façade.

Cependant les artistes du moyen âge n'eurent jamais l'idée de couvrir

entièrement de couleur une façade de 70 mètres de hauteur sur 50 de

large, comme celle de Notre-Dame de Paris. Mais sur ces immenses

surfaces ils adoptaient un _parti_ de coloration. Ainsi à Notre-Dame de

Paris les trois portes avec leurs voussures et leurs tympans étaient

entièrement peintes et dorées; les quatre niches reliant ces portes, et

contenant quatre statues colossales, étaient également peintes.

Au-dessus, la galerie des rois formait une large litre toute colorée et

dorée. La peinture, au-dessus de cette litre, ne s'attachait plus qu'aux

deux grandes arcades avec fenêtres, sous les tours, et à la rose

centrale qui étincelait de dorures. La partie supérieure, perdue dans

l'atmosphère, était laissée en ton de pierre. En examinant cette façade,

il est aisé de se rendre compte de l'effet splendide que devait produire

ce parti si bien d'accord avec la composition architectonique. Dans

cette coloration le noir jouait un rôle important; il bordait les

moulures, remplissait des fonds, cernait les ornements, redessinait les

figures en traits larges et posés avec un sentiment vrai de la forme. Le

noir intervenait là comme une retouche du maître, pour lui enlever sa

froideur et sa sécheresse; il ne faisait que doubler souvent un large

trait brun rouge. Les combles étaient brillants de couleurs, soit par la

combinaison de tuiles vernissées, soit par des peintures et dorures

appliquées sur les plombs (voy. PLOMBERIE). Quelquefois même des plaques

de verre posées dans des fonds sur un mastic, avec interposition d'une

feuille d'étain ou d'or, ajoutaient des touches d'un éclat très-vif au

milieu des tons mats. Pourquoi nous privons-nous de toutes ces

ressources fournies par l'art? Pourquoi l'école dite classique

prétend-elle que la froideur et la monotonie sont les compagnes

inséparables de la beauté, quand les Grecs, que l'on nous présente comme

les artistes par excellence, ont toujours coloré leurs édifices à

l'intérieur comme à l'extérieur, non pas timidement, mais à l'aide de

couleurs d'une extrême vivacité?

À dater du XVIe siècle on a renoncé à la peinture extérieure de

l'architecture, et n'est-ce que peu à peu que la coloration disparaît;

encore au commencement du XVIIe siècle cherchait-on les effets colorés à

l'aide d'un mélange de brique et de pierre, parfois même de faïences

appliquées.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Illustration: Fig. 15.]

[Illustration: Fig. 16.]

[Illustration: Fig. 17.]

[Illustration: Fig. 18.]

[Illustration: Fig. 19.]

[Illustration: Fig. 20.]

[Illustration: Fig. 21.]

[Note 54: «Tunc es pictor ille, qui, tempore

Chlothacharii regis, per oratotia parictes atque cameras

caraxabas.» (Greg. Turon., _Hist. Franc._, lib. VII, cap.

XXXVI.)]

[Note 55: «Basilicas sancti Perpetui adustas incendio

reperi, quas in illo nitore vel pingi, vel exornari, ut prius

fuerant, artificum nostrorum opere, imperavi.» (Lib. X, cap.

XXXI, § 19.)]

[Note 56: Frodoard, _Hist. de l'église de Reims_, chap.

v.]

[Note 57: Nous avons vu beaucoup de traces de ces sortes

de peintures sur des fragments de monuments gallo-romains des

bas temps; malheureusement ces traces disparaissent

promptement au contact de l'air.]

[Note 58: Voyez, entre autres, le Ms. de la bibl. Coll.

Nero. D. IV, Évang. lat. Sax.]

[Note 59: La Bibliothèque impériale en possède

quelques-uns d'une rare beauté.]

[Note 60: Ces peintures datent de la seconde moitié du

XIe siècle en grande partie.]

[Note 61: Voyez la _Notice sur les peintures de l'église

de Saint-Savin_.--M. Mérimée, auquel nous empruntons ce

passage, ajoute un peu plus loin ces observations, que nous

devons signaler. «... Presque toujours les figures se

détachent sur une couleur claire et tranchante, mais il est

difficile de deviner ce que le peintre a voulu représenter.

Souvent une suite de lignes parallèles de teintes différentes

offre l'apparence d'un tapis; mais cela n'est, je pense,

qu'un espèce d'ornementation capricieuse, sans aucune

prétention à la vérité, et le seul but de l'artiste semble

avoir été de faire ressortir les personnages et les

accessoires essentiels à son sujet. À vrai dire, ces

accessoires ne sont que des espèces d'hiéroglyphes ou des

images purement conventionnelles. Ainsi les nuages, les

arbres, les rochers, les bâtiments, ne dénotent pas la

moindre idée d'imitation; ce sont plutôt, en quelque sorte,

des explications graphiques ajoutées aux groupes de figures

pour l'intelligence des compositions.

«Blasés aujourd'hui par la recherche de la vérité dans les

petits détails que l'art moderne a poussée si loin, nous

avons peine à comprendre que les artistes d'autrefois aient

trouvé un public qui admit de si grossières conventions. Rien

cependant de plus facile à produire que l'illusion, même avec

cette naïveté de moyens qui semblent l'éloigner. Assurément

un mur de scène de marbre, avec sa décoration immobile,

n'empêchait pas les Grecs de s'intéresser à une action qui

devait se passer dans une forêt ou parmi les rochers du

Caucase; et le parterre de Shakspeare, en voyant deux lances

croisées au fond de la grange qui servait de théâtre,

comprenait qu'une bataille avait lieu: la péripétie

l'agitait, et chacun frémissait aux cris de Richard offrant

tout son royaume pour un cheval. À côté de cette indifférence

pour les détails accessoires, ou si l'on veut, de cette

ignorance primitive, on remarque parfois une imitation

très-juste et un sentiment d'observation très-fin dans les

attitudes et les gestes des personnages. Les têtes, bien que

dépourvues d'expression, se distinguent souvent par une

noblesse singulière et une régularité de traits qui rappelle,

de bien loin, il est vrai, les types que nous admirons dans

l'art antique...»]

[Note 62: Liv. l, chap. III.]

[Note 63: Voyez à ce sujet le _Manuel d'iconographie

chrétienne_, traduit du manuscrit byzantin: _Le Guide de la

peinture_, par le docteur Paul Durand, avec une introduction

et des notes de M. Didron. L'auteur de ce guide, Denis,

vivait au XIe siècle.

«Le canon suivant,» dit M. Didron dans une de ses notes

(Introduction, p. VIII), du second concile de Nicée, comparé

au passage de l'évêque de Mende, exprime à merveille la

condition de dépendance où vivaient les artistes grecs...

«Non est imaginum structura pictorum inventio, _sed Ecclesiæ

catholicæ probata legislatio et traditio_. Nam quod vetustate

excellit venerandum est, ut inquit divus Basilius. Testatur

hoc ipsa rerum antiquitas et patrum nostrorum, qui Spiritu

sancto feruntur, doctrina. Etenim, cum has in sacris templis

conspicerent, ipsi quoque animo propenso veneranda templa

exstruentes, in eis quidem gratas orationes suas et incruenta

sacrificia Deo omnium rerum domino offerunt. Atqui consilium

et traditio ista non est pictoris (ejus enim sola ars est),

verum ordinatio et dispositio patrum nostrorum, quæ

ædificaverunt.» (SS. Concil. Phil. Labbe, t. VII, _Synod.

Nicæna II_, actio VI, col. 831 et 832.) De fait le concile de

Nicée n'avait pas tout à fait tort, et les plus belles

peintures byzantines connues sont incomparablement les plus

anciennes.]

[Note 64: _Diversarum artium schedula_, publ. par M. le

comte de l'Escalopier, 1843.]

[Note 65: Voyez l'édition de cet ouvrage donnée à Rome,

en 1821, par le chevalier Giuseppe Tambroni.]

[Note 66: Il a manqué à nos artistes un Vasari, un

apologiste exclusif. C'est un malheur, mais cela diminue-t-il

leur mérite? et est-ce à nous de leur reprocher l'oubli où

nous les avons laissés.]

[Note 67: Cela provient des procédés employés, ainsi que

nous l'indiquerons tout à l'heure.]

[Note 68: Département d'Indre-et-Loire.]

[Note 69: Voyez les copies de ces peintures, faites avec

un soin scrupuleux par M. Savinien Petit (_Archives des

monuments historiques_).]

[Note 70: Voyez l'_Album de Villard de Honnecourt_, ms.

publ. en fac-simile, avec notes par Lassus, et commentaires

par A. Darcel. Paris, 1858, chez Delion.]

[Note 71: Cette figure est copiée en fac-simile.]

[Note 72: Du tombeau d'un abbé de Saint-Philibert de

Tournus. Voyez les copies faites par M. Denuelle sur

l'ensemble de cette peinture remarquable, représentant un

couronnement de la Vierge (_Archives des monuments

historiques_).]

[Note 73: La coloration de cette peinture a presque

entièrement disparu.]

[Note 74: «On peut, dit Théophile, broyer les couleurs de

toute espèce avec la même sorte d'huile (l'huile de lin), et

les poser sur un ouvrage de bois, mais seulement pour les

objets qui peuvent être séchés au soleil; car, chaque fois

qu'une couleur est appliquée, vous ne pouvez en apposer une

autre, si la première n'est séchée: ce qui, dans les images

et autres peintures, est long et très-ennuyeux.» (Liv. I,

chap. XXVII.)]

[Note 75: Liv. I, chap. XXVII.]

[Note 76: Théoph., chap. XXI, _De glutine vernition_.]

[Note 77: Nous avons des exemples de l'effet que produit

l'or à côté de tons à la fresque, à la cire ou même à l'huile

empâtée. Des vêtements blancs sur un fond d'or paraissent

sales, gris et ternes, les chairs sont lourdes. Les seuls

tons qui se soutiennent sur des fonds d'or, sont les tons

transparents que l'on peut obtenir par des glacis. Et encore

faut-il faire sur l'or, soit un travail de gaufrure, soit un

treillis puissant, une mosaïque. Les voûtes des _Stanze_

peintes par Raphaël, au Vatican, nous fournissent des

observations d'un grand intérêt à cet égard; particulièrement

celle de la salle de la Dispute du saint sacrement. Les fonds

d'or sont craquelés comme des mosaïques, et les sujets à

fresque sont d'une vigueur de coloration qui n'a pu être

obtenue que par des retouches, soit à l'oeuf, soit de toute

autre manière, apposées en glacis. La même observation peut

être faite dans la _Librairie_ de la cathédrale de Sienne, en

examinant la voûte absidale de l'église Santa-Maria del

Popolo, à Rome, attribuée à Pinturicchio.]

[Note 78: La sainte Chapelle du palais présente le plus

curieux exemple de cette échelle chromatique. Malgré de

nombreuses et larges traces des tons anciens, lors de la

restauration des peintures, les difficultés ont été

nombreuses; il est des tons qu'il a fallu refaire bien des

fois, et faute d'une expérience consommée. En couchant un ton

dont la trace était certaine, il a fallu souvent changer la

valeur des tons supérieurs ou inférieurs.]

[Note 79: Ce réfectoire est aujourd'hui compris dans les

ouvrages de la citadelle de Metz; il sert de magasin à

fourrages.]

[Note 80: Traces d'une arcature peinte, abbaye de

Fontfroide.]

[Note 81: Voyez à l'article CONSTRUCTION la figure 111,

qui donne une coupe de l'entrée de ce choeur.]

[Note 82: Lorsque l'on commença la restauration des

peintures de la sainte Chapelle, on n'avait pas découvert le

parti de coloration du fond des arcatures sous les fenêtres.

On fit de nombreux essais, tous sur une gamme sombre, mais

l'harmonie générale était dérangée par celle de ces fonds

obscurs. En lavant un mur, du côté de l'entrée, on trouva, un

jour, un fragment de la tapisserie claire qui forme le fond

de cette arcature; reproduit immédiatement, l'harmonie

générale fut rétablie.]

[Note 83: Ces ornements de colonnes sont présentés

développés.]

[Note 84: Ces exemples de colonnes peintes appartiennent

au XIIe siècle.]

[Note 85: Entre autres, le retable déposé dans le bas

côté sud du choeur de l'église abbatiale de Westminster

(ouvrage de l'École française).]

[Note 86: Voyez Cennino Cennini, déjà cité, et le devis

de la peinture faite dans l'ancien château royal de

Vaudreuil, en Normandie, en 1356, publié dans les tomes I et

III de la 2e série de la _Bibl. de l'Écoles de chartres_, p.

544 et 334.]

[Note 87: Paris, 1812, in-8.]

PENDENTIF, s. m. Triangle d'une voûte hémisphérique laissé entre les

pénétrations, dans cette voûte, de deux berceaux semi-cylindriques, ou

formés d'une courbe brisée (dite ogive). Les pendentifs les plus anciens

signalés dans l'architecture du moyen âge en France sont ceux qui

portent les coupoles de l'église abbatiale de Saint-Front, à Périgueux

(voy. COUPOLE, fig. 6). Ce système de construction n'a guère été employé

que dans les localités voisines de ce monument important. Mais, par

extension, on a donné le nom de _pendentifs_ à des trompes ou à des

encorbellements posés dans les angles formés par des arcs portant sur

plan carré et destinés à faire passer la construction du carré à

l'octogone ou au plan circulaire.

Prenant la dénomination de pendentifs dans cette dernière acception,

nous aurions dans beaucoup de provinces de la France des coupoles et des

tours de transsept portant sur pendentifs. Ainsi, par exemple, la

lanterne centrale de l'église de Nantua serait portée sur des pendentifs

(fig. 1). De fait, le triangle A n'est qu'un encorbellement dont la

section horizontale est droite et non courbe, ainsi que doit être toute

section horizontale de pendentif. Les assises qui composent cet

encorbellement ont leurs lits horizontaux, et non point tendants au

centre d'une sphère, comme doivent l'être les lits des pendentifs.

Afin de rétablir la véritable signification du mot _pendentif_, nous

présentons dans la figure 2 une sorte d'analyse du système de

construction auquel seul on doit l'appliquer. Soit une demi-sphère dont

la projection horizontale est la ligne ponctuée ABCD. Si, sur chaque

face du carré ABCD inscrit par cette sphère, nous élevons des plans

verticaux, nous formons quatre sections AB_a_, BC_b_, CD_c_, DA_d_, dans

la demi-sphère, qui donnent les demi-cercles. Supposons que, sous ces

quatre demi-cercles, nous bandions quatre arcs, nous reportons le poids

de la calotte supérieure de cette sphère et des quatre triangles sur les

quatre points ABCD. Ceci fait, admettons qu'au-dessus de la clef de ces

quatre arcs, nous fassions une section horizontale dans la demi-sphère,

nous obtenons un cercle parfait _abcd_. Sur ce cercle élevons une voûte

hémisphérique _abcde_, nous aurons une coupole portée sur quatre

véritables pendentifs. Les coupes de tous les claveaux formant ces

pendentifs (qui ne sont que des fragments d'une première coupole)

tendront au centre E, comme toutes les coupes des claveaux de la coupole

supérieure _abcde_ tendront au centre _g_. Ainsi l'ensemble formera une

croûte homogène, dont les pesanteurs tendront à presser les claveaux

vers l'intérieur et se reporteront en totalité sur les quatre points

ABCD. Ce système de voûte, employé pour la première fois dans la grande

église de Sainte-Sophie de Constantinople[88], fut, comme nous l'avons

dit, appliqué à la construction de l'église de Saint-Marc de Venise,

puis à celle de l'église de Saint-Front de Périgueux, vers la fin du Xe

siècle. Toutefois les constructeurs périgourdins manifestèrent une

timidité dans l'emploi des moyens, qui ferait croire à leur peu de

confiance dans l'efficacité de ce système, et surtout à leur complète

ignorance de la théorie des pendentifs; tandis qu'à Saint-Marc de Venise

les coupoles et leurs pendentifs sont tracés et conduits suivant le

principe théorique qui régit ce genre de structure. À Saint-Marc, la

courbe génératrice des pendentifs et des coupoles est le demi-cercle

parfait; il n'en est pas de même à Saint-Front de Périgueux, et nous

allons voir quelles furent les conséquences singulières de la

modification apportée par les architectes français au principe admis à

Saint-Marc. La figure 3 donne en A la projection horizontale de l'une

des coupoles de Saint-Front. Les quatre piliers qui portent les

arcs-doubleaux recevant les pendentifs sont en B. Effrayé peut-être du

surplomb qu'allaient former les quatre pendentifs, s'ils étaient

engendrés par un demi-cercle, l'architecte de Saint-Front eut l'idée

d'engendrer ces pendentifs au moyen d'une courbe brisée _abc_ (voy. la

coupe C). Dès lors, élevant des plans verticaux des angles des quatre

piliers pour former la pénétration des arcs-doubleaux dans la forme

génératrice des pendentifs, on ne pouvait obtenir des demi-cercles, mais

une courbe elliptique tracée en _efg_. L'ellipse présentant des

difficultés d'appareil, l'architecte tricha et remplaça cette courbe

elliptique par un arc brisé _efi_. Fait inusité pour l'époque, et qui

semble d'autant plus étrange, que, dans cet édifice, tous les autres

arcs sont plein cintre. Cet architecte, au lieu d'élever la coupole sur

les pendentifs à l'aplomb _h_, la retraita en _l_, et donna à celle-ci

une courbe en ogive émoussée _lm_, ainsi que le fait voir la coupe. Si

bien que la coupe faite sur la diagonale _no_ donne le tracé D. Il faut

dire que les pendentifs, au lieu d'être construits au moyen de claveaux

dont les coupes tendraient au centre _n_, sont formés d'assises de gros

moellons posés horizontalement en encorbellement, comme on le voit en

_p_. Les pendentifs n'étaient donc ici qu'une _apparence_, non point un

principe de structure compris et admis. Ce fait seul semblerait indiquer

que si l'église de Saint-Front fut élevée à l'instar de celle de

Saint-Marc, ainsi que l'a parfaitement démontré Félix de Verneilh[89],

la construction en aurait été confiée à quelque architecte occidental

qui, ne se rendant pas un compte exact du système des coupoles sur

pendentifs (puisque ces pendentifs ne sont, après tout, que des

encorbellements), cherchait par conséquent à diminuer leur surplomb en

ne faisant pas élever les coupoles à l'aplomb de la section supérieure

de ces pendentifs. Plus tard nos architectes occidentaux, mieux

renseignés ou plus savants, élevèrent de véritables coupoles sur

pendentifs, ainsi que le démontrent les églises d' Angoulême, de

Solignac, de Cahors, de Souillac, etc. Et cependant on observera que la

courbe génératrice admise pour les pendentifs de Saint-Front de

Périgueux demeura consacrée, car les arcs-doubleaux de ces églises

donnent tous des courbes brisées, bien que, dans ces contrées, le plein

cintre fût longtemps en honneur (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE,

CONSTRUCTION, COUPOLE).

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Note 88: Sainte-Sophie de Constantinople présente, du

moins, le premier exemple connu de ce genre de voûte.]

[Note 89: _L'architecture byzantine en France_, 1851.]

PÉNÉTRATION, s. f. Mot employé en architecture pour désigner les points

d'intersection de deux corps ou de deux formes. Ainsi, par exemple, dans

la figure 139 (article CONSTRUCTION), les ouvertures des lucarnes de la

grand'salle du château de Coucy forment des pénétrations dans la voûte

en lambris. Dans l'architecture romane, on voit quelquefois des fenêtres

faire pénétration dans des voûtes en maçonnerie. Quelques voûtes en

berceau de l'époque romane reçoivent aussi parfois des voûtains en

pénétration. Ces cas toutefois sont extrêmement rares. En voici (fig. 1)

un exemple provenant de l'église abbatiale de Fontgombaud (Indre) (XIIe

siècle). Il est surprenant qu'ayant reconnu le danger des voûtes en

berceau, dont les poussées agissent sur toute la longueur des murs

goutterots, les architectes du XIIe siècle n'aient pas plus souvent

employé le système des pénétrations, qui avait cet avantage de répartir

ces poussées sur certains points plus solides ou contre-butés. Dans

l'église de Fontgombaud, les arcs et voûtes sont en plein cintre. Cette

pénétration seule, bien que de la même époque, présente une courbe en

tiers-point; elle avait été pratiquée dans la première travée des bras

de croix, pour permettre l'ouverture d'une fenêtre supérieure

exceptionnelle. On voit des fenêtres en pénétration dans la voûte de la

nef de la petite église de Châteauneuf (Saône-et-Loire).

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 9 / 44 段