Villard de Honnecourt, qui vivait alors (de 1230 à 1270), nous a laissé,

sur les méthodes des peintres de son temps, des renseignements

précieux[70]. Les vignettes de ce manuscrit reproduites en fac-simile

dans les planches XXXIV, XXXV, XXXVI et XXXVII, nous donnent certains

procédés pratiques pour obtenir les attitudes et les gestes des figures,

au moyen de combinaisons de lignes droites ou d'arcs de cercle et de

figures géométriques; nous nous bornerons à présenter ici un seul des

exemples fournis, afin de faire saisir les méthodes sur lesquelles

Villard s'appuie.

Voici (fig. 3) deux lutteurs que le dessinateur paraît vouloir montrer

comme étant de forces égales[71]. Le procédé de tracé est celui-ci (fig.

4). Soit un triangle équilatéral ABC, dont la base AB, divisée en deux

parties égales, donne deux autres triangles équilatéraux secondaires. La

ligne d'axe DC étant prolongée, sur ce prolongement en E nous prenons un

point, centre des arcs de cercle, FG, HI. Sur l'arc FG, ayant marqué

deux points O, O, ces points sont les centres des arcs KL. Ainsi, les

côtés du grand triangle équilatéral et les côtés des deux petits

triangles nous donnent la direction des jambes des lutteurs; les deux

arcs FG, HI, le mouvement des genoux et des torses; les arcs KL, la

ligne des dos des deux figures. D'où s'ensuit la stabilité des

personnages et la relation de leur attitude. Villard, qui n'est pas un

peintre, mais un architecte, ne donne qu'un certain nombre de ces

figures obtenues au moyen de tracés géométriques, et principalement de

triangles; mais il nous fait suffisamment connaître ainsi quelles

étaient les méthodes pratiques employées par les imagiers; méthodes qui

obligeaient les artistes les plus médiocres à se renfermer dans

l'observation de certaines lois très-simples, d'une application facile,

à l'aide desquelles ils restaient dans des données justes du moins,

s'ils n'avaient un mérite assez élevé pour produire des chefs-d'oeuvre.

Dans les peintures françaises du XIIIe siècle qui nous restent, l'art

archaïque, encore conservé pendant la période du XIIe siècle, est

abandonné; les artistes cherchent non-seulement la vérité dans le geste,

mais une souplesse dans les poses; déjà éloignée de la rigidité du

dessin byzantin. Le faire devient plus libre, l'observation de la nature

plus délicate. L'exemple que nous donnons ici (fig. 5), copié sur un

fragment d'une peinture de la fin du XIIIe siècle[72], explique en quoi

consiste ce changement ou plutôt ce progrès dans l'art. Ici le

trois-quarts de la tête de la Vierge est finement tracé. La pose ne

manque pas de souplesse, les draperies sont dessinées avec une liberté

et une largeur remarquables au moyen d'un trait brun rouge[73]. On voit

que le peintre a dû opérer sur un décalque ne donnant qu'une masse

générale, une silhouette et quelques linéaments principaux, et que les

détails ont été rendus au bout de pinceau. Certains _repentirs_ même ont

été laissés apparents, dans le bas du manteau du côté gauche. Souvent

ces peintures murales sont de véritables improvisations; ces artistes ne

faisaient des cartons que pour des sujets étudiés avec un soin

exceptionnel. Or, pour tracer comme un croquis une figure de grandeur

naturelle, il faut posséder des méthodes sûres, très-arrêtées.

Les peintres byzantins ne faisaient pas, et encore aujourd'hui, ne font

pas de cartons; ils peignent immédiatement sur le mur. Pendant le moyen

âge, en Occident, on procédait de la même manière: c'est ce qui explique

l'utilité absolue de ces recettes données dans _le Guide de la peinture_

cité plus haut, dans l'essai du moine Théophile et dans le traité de

Cennino Cennini. D'ailleurs, comment ces artistes qui couvraient en peu

de temps des surfaces très-étendues auraient-ils eu le temps de faire

des cartons; tout au plus pouvaient-ils préparer des maquettes à une

échelle réduite. Pendant les XIIe et XIIIe siècles, les traits gravés

dans l'enduit frais ne se voient qu'exceptionnellement, et ces traits

indiquent toujours le décalque d'un carton; on aperçoit souvent au

contraire des traits légers faits au pinceau, couverts de la couche

colorante sur laquelle le trait définitif qui est une façon de modelé,

vient s'apposer. Ce trait définitif, corrige, rectifie l'esquisse

primitive, la modifie même parfois complétement, et nous ne connaissons

guère de peintures des XIIe, XIIIe et XIVe siècles sans _repentirs_.

Les peintres du XIIe siècle employaient plusieurs sortes de peintures:

la peinture à fresque, la peinture à la colle, à l'oeuf, et la peinture

à l'huile. Cette dernière, faute d'un siccatif, n'était toutefois

employée que pour de petits ouvrages, des tableaux sur panneaux que l'on

pouvait facilement exposer au soleil. Pour l'emploi de la peinture à

fresque, c'est-à-dire sur enduit de mortier frais, l'artiste commençait,

ainsi que nous venons de le dire, par tracer avec de l'ocre rouge

délayée dans de l'eau pure les masses de ses personnages, puis il posait

le ton local qui faisait la demi-teinte, par couches successives, mêlant

de la chaux au ton; il modelait les parties saillantes, ajoutant une

plus grande partie de chaux à mesure qu'il arrivait aux dernières

couches; puis avec du brun rouge mêlé de noir, il redessinait les

contours, les plis, les creux, les linéaments intérieurs des nus ou des

draperies.

Cette opération devait être faite rapidement, afin de ne pas laisser

sécher complétement l'enduit et les premières couches. Cette façon de

peindre _dans la pâte_ donne une douceur et un éclat particuliers à ce

genre de travail, et un modelé qui, d'un bleu intense, arrivant par

exemple sur les parties saillantes ou claires, au blanc presque pur,

n'est ni sec ni criard, chaque ton superposé s'embuvant dans le ton

inférieur et y participant. L'habileté du praticien consiste à connaître

exactement le degré de siccité qu'il faut laisser prendre à chaque

couche avant d'en apposer une nouvelle. Si cette couche est trop humide,

le ton apposé la détrempe de nouveau et fait avec elle une boue tachée,

lourde, sale; si elle est trop sèche, le ton apposé ne tient pas, ne

s'emboit pas, et forme un _cerné_ sombre sur son contour. Le trait noir

brun, si nécessaire et qui accuse les silhouettes et les formes

intérieures, les ombres, les plis, etc., était souvent placé lorsque le

modelé par couches successives était sec, afin d'obtenir plus de

vivacité et de netteté. Alors on le collait avec de l'oeuf ou de la

colle de peau. Aussi voit-on souvent, dans ces anciennes fresques, ce

trait brun se détacher par écailles et ne pas faire corps avec l'enduit.

L'emploi de la chaux comme assiette et même comme appoint lumineux dans

chaque ton, ne permettait au peintre que l'usage de certaines couleurs,

telles que les terres, le cobalt bleu ou vert. Cette obligation de

n'employer que les terres et un très-petit nombre de couleurs minérales,

contribuait à donner à ces peintures une harmonie très-douce et pour

ainsi dire veloutée. Au XIIIe siècle, cette harmonie paraissant trop

pâle en regard des vitraux colorés qui donnent des tons d'une intensité

prodigieuse, on dut renoncer à la peinture à fresque, afin de pouvoir

employer les oxydes de plomb, les verts de cuivre et même des laques.

D'ailleurs, l'architecture adoptée ne permettant pas les enduits, il

fallait bien trouver un procédé de peinture qui facilitât l'apposition

directement sur la pierre. En effet, divers procédés furent employés.

Les plus communs sont: la peinture à l'oeuf, sorte de détrempe légère et

solide; la peinture à la colle de peau ou à la colle d'os, également

très-durable lorsqu'elle n'est pas soumise à l'humidité. La plus solide

est la peinture à la résine dissoute dans un alcool, mais ce procédé

assez dispendieux, n'était employé que pour des travaux délicats.

Quelquefois aussi on se contentait d'un lait de chaux appliqué comme

assiette, et sur lequel on peignait à l'eau avant que cette couche de

chaux, mise à la brosse, fût sèche. La peinture à l'huile

très-clairement décrite par le moine Théophile, et adoptée avant lui,

puisqu'il ne s'en donne pas comme l'inventeur, ne s'employait, ainsi que

nous le disions plus haut, que sur des panneaux, à cause du temps qu'il

fallait laisser à chaque couche pour qu'elle pût sécher au soleil, les

siccatifs n'étant pas encore en usage[74].

La peinture à la gomme, employée au XIIe siècle, paraît avoir été

fréquemment pratiquée par les peintres du XIIIe pour de menus objets,

tels que retables, boiseries, etc. «Si vous voulez accélérer votre

travail, dit Théophile[75], prenez de la gomme qui découle du cerisier

ou du prunier, et la coupant en petites parcelles, placez-la dans un

vase de terre; versez de l'eau abondamment, puis exposez au soleil, ou

bien, en hiver, sur un feu doux, jusqu'à ce que la gomme se liquéfie.

Mêlez soigneusement au moyen d'une baguette, passez à travers un linge;

broyez les couleurs (avec) et appliquez-les. Toutes les couleurs et

leurs mélanges peuvent être broyés et posés à l'aide de cette gomme,

excepté le minium, la céruse et le carmin, qui doivent se broyer et

s'appliquer avec du blanc d'oeuf...» Ces peintures à la gomme, ou même à

l'huile, étaient habituellement recouvertes d'un vernis composé de gomme

arabique dissoute à chaud dans l'huile de lin[76]; elles avaient ainsi

un éclat extraordinaire.

Les artistes du XIIIe siècle, en peignant des sujets dans des salles

garnies de vitraux colorés, tenaient à leur donner un brillant et une

solidité de ton supérieurs à la peinture d'ornement et qui pussent

lutter avec l'or très-fréquemment employé alors. Pour obtenir cet éclat,

ils devaient faire usage des glacis, et en effet la coloration des

figures, lorsqu'elles sont peintes avec quelque soin, est obtenue

principalement par des appositions de couleurs transparentes sur une

préparation en camaïeux très modelés. Ces artistes, soit par tradition,

soit d'instinct, avaient le sentiment de l'harmonie (leurs vitraux en

sont une preuve évidente pour tout le monde). Du jour que l'or entrait

dans la décoration pour une forte part, il fallait nécessairement

modifier l'harmonie douce et claire admise par les peintres du XIIe

siècle. L'or est un métal et non une couleur, et sa présence en larges

surfaces dans la peinture force le peintre à changer toute la gamme de

ses tons. L'or a des reflets clairs très-vifs, très-éclatants, des

demi-teintes et des ombres d'une intensité et d'une chaleur auprès

desquelles toute couleur devient grise, si elle est claire, obscure et

lourde, si elle est sombre[77]. Pour pouvoir lutter avec ces clairs si

brillants et ces demi-teintes si chaudes de l'or, il fallait des tons

très-colorés, mais qui, pour ne pas paraître noirs, devaient conserver

la transparence d'une aquarelle. C'est ainsi que les petits sujets

décorant l'arcature de la sainte Chapelle haute du Palais à Paris

étaient traités. Ces sujets, qui se détachent alternativement sur un

fond de verre damasquiné de dorures ou d'or gaufré, avaient été peints

très-clairs, puis rehaussés par une coloration transparente très-vive et

des traits bruns. Cependant, avec l'or, tous les tons n'étaient pas

traités de la même manière; les bleus, les verts clairs (verts

turquoise) sont empâtés, et ainsi posés, prennent une valeur

très-colorante; tandis que les rouges, les verts sombres, les pourpres,

les jaunes, ont besoin, pour conserver un éclat pouvant lutter avec les

demi-teintes de l'or, d'être apposés en glacis. Ces glacis semblent

avoir été collés au moyen d'un gluten résineux, peut-être seulement à

l'aide de ce vernis composé d'huile de lin et de gomme arabique. Quant à

la peinture des dessous ou empâtée, elle est fine, et est posée sur une

assiette de chaux très-mince; ce n'est cependant pas de la fresque, car

cette peinture s'écaille et forme couverte.

Il arrivait même souvent aux artistes peignant des sujets ou des

ornements sur fond d'or, de dorer les dessous des ornements ou draperies

destinés à être colorés en rouge, en pourpre ou en jaune mordoré. Alors

la coloration n'était qu'un glacis très-transparent posé sur le métal,

et, avec des tons très-intenses, on évitait les lourdeurs. Ces tons

participaient du fond et conservaient quelque chose de son éclat

métallique.

La cherté des peintures dans lesquelles l'or jouait un rôle important,

les difficultés, conséquences de l'emploi de ce métal, qui entravaient

le peintre à chaque pas pour conserver partout une harmonie brillante,

très-soutenue, sans tomber dans la lourdeur, firent que vers la fin du

XIIIe siècle, ainsi que nous l'avons dit, on adopta souvent le parti des

grisailles. On avait poussé si loin, vers le milieu du XIIIe siècle, la

coloration des vitraux; cette coloration écrasante avait entraîné les

peintres à donner aux tons de leurs peintures un tel éclat et une telle

intensité, qu'il fallait revenir en arrière. On fit alors beaucoup de

vitraux en grisailles, ou l'on éclaircit la coloration translucide; l'or

ne joua plus dans la peinture qu'un rôle très-secondaire et les sujets

furent colorés par des tons doux, très-clairs, et, pour éviter l'effet

plat et fade de ces camaïeux à peine enluminés, on les soutint par des

fonds très-violents, noirs, brun-rouge, bleu intense, chargés souvent de

dessins tons sur tons ou de damasquinages de couleurs variées, mais

présentant une masse très vigoureuse. On ne songeait guère alors aux

fonds de perspective, mais on commençait à donner aux accessoires, comme

les siéges, les meubles, une apparence réelle. Peu à peu le champ de

l'imitation s'étendit; après avoir peint seulement les objets touchant

immédiatement aux figures suivant leur forme et leur dimension vraie, on

plaça un édifice, une porte, un arbre, sur un plan secondaire; puis

enfin les fonds de convention et purement décoratifs disparurent, pour

faire place à une interprétation réelle du lieu où la scène se passait.

Toutefois il faut constater que si les peintres, avant le XVIe siècle,

cherchaient à donner une représentation réelle du lieu, ils ne

songeaient, comme nous l'avons dit déjà, ni à la perspective aérienne,

ni à l'effet, c'est-à-dire à la répartition de la lumière sur un point

principal, ni à produire l'illusion, et que leurs peintures conservaient

toujours l'aspect d'une surface plane décorée, ce qui est, croyons-nous,

une des conditions essentielles de la peinture monumentale.

Nous ne pourrions nous étendre davantage, sans sortir du cadre de cet

article, sur la peinture des sujets dans les édifices. D'ailleurs nous

avons l'occasion de revenir sur quelques points touchant la peinture,

dans les articles STYLE et VITRAIL. Nous passerons maintenant à la

peinture d'ornement, à la décoration peinte proprement dite. Il y a lieu

de croire que sur cette partie importante de l'art, les artistes du

moyen âge n'avaient que des traditions, une expérience journalière, mais

peu ou point de théories. Les traités de peinture ne s'occupent que des

moyens matériels et n'entrent pas dans des considérations sur l'art, sur

les méthodes à employer dans tel ou tel cas. Pour nous, qui avons

absolument perdu ces traditions, et qui ne possédons qu'une expérience

très-bornée de l'effet décoratif de la peinture, nous devons

nécessairement nous appuyer sur l'observation des exemples passés pour

reconstituer certaines théories résultant de cette expérience et de ces

traditions. Il serait assez inutile à nos lecteurs de savoir que tel

ornement est jaune ou bleu, si nous n'expliquons pas pourquoi il est

jaune ici et bleu là, et comment il produit un certain effet dans l'un

ou l'autre cas. La peinture décorative est avant tout une question

d'harmonie, et il n'y a pas de système harmonique qui ne puisse être

expliqué.

La peinture décorative est d'ailleurs une des parties de l'art de

l'architecture difficiles à appliquer, précisément parce que les lois

sont essentiellement variables en raison du lieu et de l'objet. La

peinture décorative grandit ou rapetisse un édifice, le rend clair ou

sombre, en altère les proportions ou les fait valoir; éloigne ou

rapproche, occupe d'une manière agréable ou fatigue, divise ou

rassemble, dissimule les défauts ou les exagère. C'est une fée qui

prodigue le bien ou le mal, mais qui ne demeure jamais indifférente. À

son gré, elle grossit ou amincit des colonnes, elle allonge ou

raccourcit des piliers, élève des voûtes ou les rapproche de l'oeil,

étend des surfaces ou les amoindrit; charme ou offense, concentre la

pensée en une impression ou distrait et préoccupe sans cause. D'un coup

de pinceau elle détruit une oeuvre savamment conçue, mais aussi d'un

humble édifice elle fait une oeuvre pleine d'attraits, d'une salle

froide et nue un lieu plaisant où l'on aime à rêver et dont on garde un

souvenir ineffaçable.

Lui fallait-il, au moyen âge, pour opérer ces prodiges, des maîtres

excellents, de ces artistes comme chaque siècle en fournit un ou deux?

Non certes; elle ne demandait que quelques ouvriers peintres agissant

d'après des principes dérivés d'une longue observation des effets que

peuvent produire l'assemblage des couleurs et l'échelle des ornements.

Alors la plus pauvre église de village badigeonnée à la chaux avec

quelques touches de peinture était une oeuvre d'art, tout comme la

sainte Chapelle, et l'on ne voyait pas, au milieu de la même

civilisation, des ouvrages d'art d'une grande valeur ou au moins d'une

richesse surprenante, et à quelque pas de là de ces désolantes peintures

décoratives qui déshonorent les murailles qu'elles couvrent et font

rougir les gens de goût qui les regardent.

Il n'y a, comme chacun sait, que trois couleurs, le jaune, le rouge et

le bleu, le blanc et le noir étant deux négations: le blanc la lumière

non colorée, et le noir l'absence de lumière. De ces trois couleurs

dérivent tous les tons, c'est-à-dire des mélanges infinis. Le jaune et

le bleu produisent les verts, le rouge et le bleu les pourpres, et le

rouge et le jaune les orangés. Au milieu de ces couleurs et de leurs

divers mélanges la présence du blanc et du noir ajoute à la lumière ou

l'atténue. Précisément parce que le blanc et le noir sont deux négations

et sont étrangers aux couleurs, ils sont destinés, dans la décoration, à

en faire ressortir la valeur. Le blanc rayonne, le noir fait ressortir

le rayonnement et le limite. Les peintres décorateurs du moyen âge, soit

par instinct, soit bien plutôt par tradition, n'ont jamais coloré sans

un appoint blanc ou noir, souvent avec tous les deux. Partant du simple

au composé, nous allons expliquer leurs méthodes. Nous ne parlons que de

la peinture des intérieurs, de celle éclairée par une lumière diffuse;

nous nous occuperons en dernier lieu de la peinture extérieure,

c'est-à-dire éclairée par la lumière directe. Pendant la période du

moyen âge, où la peinture monumentale joue un rôle important, nous

observons que l'artiste adopte d'abord une tonalité dont il ne s'écarte

pas dans un même lieu. Or, ces tonalités sont peu nombreuses, elles se

réduisent à trois: la tonalité obtenue par le jaune et le rouge avec

l'appoint lumineux et obscur, c'est-à-dire le blanc et le noir; la

tonalité obtenue avec le jaune, le rouge et le bleu, qui entraîne

forcément les tons intermédiaires, c'est-à-dire le vert, le pourpre et

l'orangé, toujours avec appoint blanc et noir, ou noir seul; la tonalité

obtenue à l'aide de tous les tons donnés par les trois couleurs, mais

avec appoint d'or et l'élément obscur, le noir, les reflets lumineux de

l'or remplaçant dans ce cas le blanc.

En supposant que le jaune vaille 1, le rouge 2, le bleu 3: mêlant le

jaune et le rouge, nous obtenons l'orangé, valeur 3; le jaune et le

bleu, le vert, valeur 4; le rouge et le bleu, le pourpre, valeur 5. Si

nous mettons des couleurs sur une surface, pour que l'effet harmonieux

ne soit pas dépassé, posant seulement du jaune et du rouge, il faudra

que la surface occupée par le jaune soit le double au moins de la

surface occupée par le rouge. Mais si nous ajoutons du bleu à l'instant,

l'harmonie devient plus compliquée; la présence seule du bleu nécessite,

ou une augmentation relative considérable des surfaces jaune et rouge,

ou l'appoint des tons verts et pourpres, lesquels, comme le vert, ne

devront pas être au-dessous du quart et le pourpre du cinquième de la

surface totale. Ce sont là des règles élémentaires de l'harmonie de la

peinture décorative des artistes du moyen âge. Aussi ont-ils rarement

admis toutes les couleurs et les tons qui dérivent de leur mélange, à

cause des difficultés innombrables qui résultent de leur juxtaposition

et de l'importance relative que doit prendre chacun de ces tons, comme

surface. Dans le cas de l'adoption des trois couleurs et de leurs

dérivés, l'or devient un appoint indispensable, c'est lui qui est chargé

de compléter ou même de rétablir l'harmonie. Revenant aux principes les

plus simples, on peut obtenir une harmonie parfaite avec le jaune et le

rouge (ocre rouge), surtout à l'aide de l'appoint blanc; il est

impossible d'obtenir une harmonie avec le jaune, et le bleu, ni même

avec le rouge et le bleu, sans l'appoint de tons intermédiaires.

Voudriez-vous décorer une salle toute blanche comme fond, avec des

ornements rouges et bleus ou jaunes et bleus, même clairsemés, que

l'harmonie serait impossible. Le rouge (ocre rouge) et le jaune (ocre

jaune) étant les deux seules couleurs qui puissent, sans l'appoint

d'autres tons, se trouver ensemble.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 6 / 44 段