et basses, de poteaux, de décharges et de tournisses, formant de
véritables murs de bois, soit sur la face des habitations, soit dans les
intérieurs, et servant alors de murs de refend. Aujourd'hui, en France,
il est interdit de placer des pans de bois sur la voie publique, dans
les grandes villes, afin d'éviter la communication du feu d'un côté
d'une rue à l'autre. Par la même raison, il n'est pas permis d'élever
des murs mitoyens en pans de bois. Mais jusqu'au dernier siècle, l'usage
des pans de bois, dans les villes du Nord particulièrement, était très
fréquent. L'article MAISON signale un certain nombre d'habitations dont
les murs de face sont en tout ou partie des pans de bois très
heureusement combinés. Ce moyen avait l'avantage de permettre des
superpositions d'étages en encorbellement, afin de laisser un passage
assez large sur la voie publique et de gagner de la place dans les
étages supérieurs. Il était économique et sain, car, à épaisseur égale,
un pan de bois garantit mieux les habitants d'une maison des variations
de la température extérieure qu'un mur de brique ou de pierre. Il n'est
pas de construction à la fois plus solide, plus durable et plus légère.
Aussi emploie-t-on encore habituellement les pans de bois dans les
intérieurs des cours, seulement, au lieu de les laisser apparents, comme
cela se pratiquait toujours pendant le moyen âge, on les couvre d'un
enduit, qui ne tarde, guère à échauffer les bois et à les pourrir; mais
on _simule_ ainsi une construction de pierre ou tout au moins de moellon
enduit.
On ne saurait donner le nom de pan de bois aux empilages horizontaux de
troncs d'arbres équarris; cette sorte de structure n'appartient pas à
l'art du charpentier; on ne la voit employée que chez certains peuples,
et jamais elle ne fut admise sur le territoire de la France, à dater de
l'époque gallo-romaine. Les Gaulois, au dire de César, élevaient
quelques constructions, notamment des murs de défense, au moyen de
longrines de bois alternées avec des pierres et des traverses; mais il
ne paraît pas que cette méthode ait été employée pendant le moyen âge,
et elle n'a aucun rapport avec ce que nous appelons un pan de bois.
Le pan de bois, par la combinaison de ses assemblages, exige en effet
des connaissances étendues déjà de l'art du charpentier, et ne se
rencontre que chez les populations qui ont longtemps pratiqué cet art
difficile. Les Romains étaient d'habiles charpentiers, et savaient en
peu de temps élever des ouvrages de bois d'une grande importance.
Employant des bois courts comme plus maniables, ils les assemblaient
solidement, et pouvaient au besoin s'élever à de grandes hauteurs[40].
Les peuples du Nord, et particulièrement des Normands, excellents
charpentiers, mêlèrent à ces traditions antiques de nouveaux éléments,
comme par exemple l'emploi des bois de grandes longueurs et des bois
courbes, si fréquemment usités dans la charpenterie navale; ils
adoptèrent certains assemblages dont les coupes ont une puissance
extraordinaire, comme pour résister aux chocs et aux ébranlements
auxquels sont soumis les navires, et jamais ils n'eurent recours au fer
pour relier leurs ouvrages de bois.
Prodigues d'une matière qui n'était pas rare sur le sol des Gaules, les
architectes romans, lorsqu'ils élevaient des pans de bois, laissaient
peu de place aux remplissages, et se servaient volontiers de pièces,
sinon très épaisses, au moins très larges, débitées dans des troncs
énormes, et formant par leur assemblage une lourde membrure, n'ayant
guère d'espaces vides entre elles que les baies nécessaires pour
éclairer les intérieurs.
L'assemblage à mi-bois fortement chevillé était un de ceux qu'on
employait le plus souvent à ces époques reculées. On composait ainsi de
véritables panneaux rigides qui entraient en rainure dans les sablières
hautes et basses. Rarement, à cette époque, plaçait-on des poteaux
corniers aux angles, et les pans de bois étaient pris entre les deux
jambes-étrières de murs de maçonnerie qui formaient pignons
latéralement; en un mot, le pan de bois de face d'une maison n'était
qu'une devanture rehaussée de couleurs brillantes cernées de larges
traits noirs. Bien entendu, ces constructions, antérieures au XIIIe
siècle, ont depuis longtemps disparu, et c'est à peine si, dans quelques
anciennes villes françaises, on en trouvait des débris il y a une
trentaine d'années; encore fallait-il les chercher sous des lattis
récents, ou les recueillir pendant des démolitions. C'est ainsi que nous
avons pu, en 1834, dessiner à Dreux, pendant qu'on la jetait bas, les
fragments d'une maison de bois, qui paraissait dater du milieu du XIIe
siècle. Cette maison, exhaussée au XVe siècle, ne se composait
primitivement que d'un rez-de-chaussée, d'un premier étage en
encorbellement et d'un galetas. L'ancien comble, disposé avec égoût sur
la rue, n'existait plus, et l'étage du galetas avait été surmonté d'un
haut pignon de bois recouvert de bardeaux. Des fenêtres anciennes, il ne
restait que les linteaux avec entailles intérieures, indiquant le
passage, à mi-bois, des pieds-droits.
Voici (fig. 1) une vue de ce curieux pan de bois, compris entre deux
murs formant tête avec encorbellements. Les sablières basses et hautes,
les poteaux, étaient des bois de 7 pouces environ (19 centimètres); les
jambages des fenêtres, des bois de 15 + 18 centimètres. Le cintre de la
porte se composait de deux gros morceaux de charpente assemblés à
mi-bois entre eux et avec les deux jambes. Les solives des planchers
reposaient, comme les sablières basses des pans de bois, sur les murs
latéraux et sur une poutre posée, parallèlement à ces murs, environ au
milieu de la façade. Toute cette charpente était coupée avec soin, ornée
de quelques moulures très simples et de gravures d'un faible creux. On
voyait, sous les appuis des fenêtres des galetas, des restes de panneaux
épais également décorés par des gravures. La figure 2 présente la coupe
de ce pan de bois, elle indique le poteau intermédiaire A, renforçant la
face du rez-de-chaussée et portant, au moyen d'un lien B, la poutre
transversale C, laquelle soulage d'autant la portée de la sablière basse
D du pan de bois supérieur. Au-dessus de ce lien B se dresse le poteau E
jusque dessous la sablière haute F, portant une autre poutre G
transversale sous comble. L'about de cette poutre est soulagé par un
lien I. Une semelle H reçoit l'extrémité des chevrons et les blochets K.
La poutre L s'assemble par un tenon dans le poteau E, lequel, sous cet
assemblage, possède un repos M (voy. le détail O). Cette poutre est de
plus portée par une décharge P, dont le pied est assemblé à tenon dans
la première solive R du plancher du premier étage. La vue (fig. 1) fait
voir comment les faces du pan de bois reportent les pesanteurs sur le
poteau intermédiaire et sur les murs latéraux, au moyen de décharges
courbes, lesquelles s'assemblent sous les sablières et dans les
extrémités des linteaux évidés des fenêtres.
La figure 3 fera saisir les assemblages des potelets formant jambages
des fenêtres, et des décharges courbes. Nous montrons le linteau A d'une
de ces fenêtres à l'intérieur. Les potelets intermédiaires B, formant
meneaux, s'assemblent à mi-bois dans ces linteaux, et portent, à leur
extrémité supérieure _b_, un tenon qui entre dans une mortaise _c_,
ménagée sous la sablière. Une petite languette _e_ s'embrève en outre
dans le linteau, et empêche celui-ci de désaffleurer le poteau. Les
linteaux A possèdent eux-mêmes des languettes _f_ qui s'embrèvent sous
les sablières en _g_. La coupe C donne le géométral de ces assemblages,
l'intérieur du pan de bois étant en _h_. Le potelet G, formant jambage,
s'assemble de même à mi-bois dans l'extrémité du linteau, et porte son
tenon _i_ tombant dans une mortaise _j_; mais la décharge E porte une
coupe biaise _l_, qui bute le linteau, et un tenon _m_ qui s'engage dans
la mortaise _n_. Ce tenon forme aussi languette s'embrevant dans
l'extrémité du linteau en _p_.
Les assemblages de cette charpente rappellent ceux employés dans la
menuiserie, et ceux aussi adoptés pour les constructions navales. La
main-d'oeuvre est considérable, comme dans toute structure primitive;
mais on observera que les ferrements ne sont admis nulle part.
D'ailleurs le cube de bois employé est énorme, eu égard à la petite
dimension de ce pan de bois de face; les remplissages en maçonnerie ou
en torchis, à peu près nuls. Au XIIIe siècle déjà, on élevait des pans
de bois beaucoup plus légers, mieux combinés, dans lesquels la
main-d'oeuvre était économisée, et qui présentaient une parfaite
solidité. Souvent, à cette époque, les solives des planchers portent sur
les pans de bois de face, et servent à les relier avec les pans de bois
intérieurs de refend.
Nous traçons (fig. 4) un de ces pans de bois, qui appartient, autant
qu'on en peut juger par les profils, à la fin du XIIIe siècle[41]. Ici
pas de murs pignons en maçonnerie, comme dans l'exemple précédent; la
construction est entièrement de charpente, et les mitoyennetés sont des
pans de bois composés de sablières, de poteaux, de décharges et de
tournisses. Les deux étages de pans de bois de face sont posés en
encorbellement l'un sur l'autre, ainsi que l'indique le profil A. Les
poteaux d'angle et d'axe de la façade B ont 22 et 24 centimètres
d'équarrissage; tous les autres, ainsi que les sablières et solives,
n'ont que 17 à 19 centimètres. Les solives C des planchers posant sur
les sablières hautes assemblées sur la tête des poteaux, sont soulagées
par des goussets et liens D à l'intérieur et à l'extérieur, et peuvent
ainsi recevoir à leur extrémité la sablière basse de l'étage au-dessus.
Ces solives étant espacées de près d'un mètre, elles reçoivent de plus
faibles solives, ou plutôt des lambourdes, sur lesquelles sont posés les
bardeaux avec entrevous, aire et carrelage. Le roulement du pan de bois
est maintenu par des décharges E assez fortes, et des croix de
Saint-André sous les appuis des fenêtres. Un détail (fig. 5) explique
l'assemblage des sablières _a_ sur les poteaux _b_, des goussets et
liens _c_, soit dans ces poteaux; soit dans les solives _e_. On voit en
_g_ comment s'embrèvent les sablières basses _h_ aux abouts des solives,
et comment, entre chacune de ces solives, on a posé des entretoises
moulurées _i_. Le tracé perspectif _f_ montre l'une des solives
désassemblée avec ses mortaises; le tracé perspectif _l_ figure le
linteau _m_ de la porte et son assemblage avec le poteau _p_, formant
jambage. Quant au tracé géométral B, il explique l'assemblage marqué
d'un _b_ dans la figure 4.
Ce pan de bois est bien tracé; les bois sont parfaitement équarris, les
moulures nettement coupées, les assemblages faits avec soin. Il était,
bien entendu, apparent; les remplissages étaient hourdés en mortier et
petit moellon enduits.
Nous avons signalé ailleurs[42] l'habileté des charpentiers du moyen
âge, principalement pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles. Il ne
faudrait pas croire que les constructions se bornaient alors à employer
les pans de bois pour les maisons de bourgeois: le pan de bois était, au
contraire, un genre de construction fréquemment adopté, même dans les
édifices publics, les palais et châteaux. Dans beaucoup de résidences
seigneuriales, des logis avaient à l'intérieur, ou en guise de murs de
refend, des pans de bois. Nous avons souvent constaté la présence de ces
ouvrages de charpenterie, détruits par des incendies, dans des châteaux
d'une certaine importance. On employait aussi les pans de bois comme
moyen provisoire de clore des édifices que l'on n'avait pas le temps
d'achever, ou dont la construction demeurait suspendue. C'est ainsi
qu'on voit, au sommet du mur septentrional de la cathédrale d'Amiens, un
pignon en pan de bois qui date du XIVe siècle.
Dans certaines contrées où le bois était abondant et la pierre rare, on
bâtissait même des églises tout entières en bois. On voit encore dans un
des faubourgs de la ville de Troyes[43] une chapelle, placée sous le
vocable de saint-Gilles, qui est bâtie en pans de bois et date de la
seconde moitié du XIVe siècle. Cet édifice, auquel des adjonctions plus
récentes ont enlevé une partie de son caractère, se composait d'une
seule nef, encore entière aujourd'hui, terminée par une abside à quatre
pans. Nous donnons (fig. 6) en A le plan, et en B la coupe transversale
de la chapelle de Saint-Gilles[44]. Tout le système consiste en une
suite de poteaux (un par travée et à chaque angle) reposant sur une
sablière basse et portant des fermes; une sablière haute relie le
sommet, et deux cours d'entretoises, avec des écharpes et potelets,
maintiennent le dévers. Les entraits et poinçons de la charpente sont
apparents; celle-ci est lambrissée. Une flèche, dont l'amorce est tracée
en D, couronne le comble sur la troisième travée, plus étroite que les
autres. La figure 7 donne en A le détail géométral de l'assemblage des
poteaux dans les entraits avec les liens doubles qui les soulagent, et
en B le tracé perspectif d'une des travées à l'intérieur, avec la
fenêtre, la sablière haute et l'entretoise haute moulurées. On voit,
comme dans cet humble édifice, la charpente est traitée avec soin,
comment la décoration n'est, à tout prendre, que l'apparence de la
structure. Sur ces bois, point d'enduit sur lattis simulant une
construction de pierre; aussi ces charpentes laissées à l'air libre sur
deux faces se sont conservées plus de quatre siècles. On observera que
les liens C (fig. 7) sont bien moins destinés à soulager les entraits
des fermes qu'à arrêter le _dévers_ des pans de bois. Ils tiennent lieu
d'équerres, de goussets qui empêchent tout le système de se coucher,
soit d'un côté, soit de l'autre.
Les bois employés dans les pans de bois, à dater du XIIIe siècle, ne
sont jamais d'un fort équarrissage; ils sont sains et choisis parmi des
arbres qui n'étaient pas trop vieux. Ce sont presque toujours des bois
de brin, c'est-à-dire équarris sur un seul tronc, d'un assez faible
diamètre par conséquent. Ces bonnes traditions s'étaient conservées
jusqu'au commencement du XVIIe siècle, puisque le traité de Mathurin
Jousse en fait mention[45]; et en effet il existe encore quelques pans
de bois de cette époque qui sont bien taillés et façonnés de bois
choisis.
C'est principalement dans les provinces de l'Est, en se rapprochant du
Rhin, que l'on trouve des restes de constructions en pans de bois d'une
grande dimension. Strasbourg a conservé jusque dans ces derniers temps
des maisons de bois plus grandes d'échelle que la plupart de celles que
l'on voyait dans nos villes du domaine royal. À Constance, il existe des
édifices publics considérables en pans de bois. Beaucoup de ces maisons
de Strasbourg, qui dataient de la fin du XIVe siècle et du XVe, étaient
munies de bretèches aux angles; elles étaient vastes et hautes. Voici
comment sont généralement combinés les pans de bois de face avec
bretèches aux angles (fig. 8). La face de la bretèche forme avec la face
de la maison un angle de 45º (voy. la première enrayure A, prise au
niveau _a_). En B, est un poteau cornier qui monte de fond, depuis la
sablière basse S jusqu'à la sablière supérieure S'. À ce poteau cornier
est accolé le poteau C, milieu de la face de la bretèche. Les poteaux
d'angle E de la bretèche sont corniers, et reposent sur les solives
_bb'_ dont le porte-à-faux est soulagé par les liens _e_. Au niveau de
chaque plancher, la bretèche est reliée à la construction principale par
le solivage (voy. la seconde enrayure D, prise au niveau _d_). Les têtes
des poteaux corniers de bretèche E reçoivent les deux chapeaux
horizontaux _h_ dans lesquels s'assemblent les sablières _g_ (voy. le
plan F de la dernière enrayure, pris au niveau _f_). Un petit appentis
de madriers recouverts d'ardoise ou d'essente, et posés sur les coyaux
_i_, garantit la partie inférieure de la bretèche et sert d'abri. Cette
sorte de construction donnait beaucoup d'agrément aux maisons, en ce
qu'elle permettait de voir à couvert dans la longueur de la rue. Les
pans de bois latéraux portaient les poutres transversales sur lesquelles
reposaient les solives des planchers. Celles-ci retenaient ainsi le
dévers du pan de bois de face, leurs abouts étant engagés entre deux
sablières ou _colombelles_, comme on appelait alors ces pièces
horizontales.
L'assemblage des poteaux C, milieux des faces des bretèches contre les
grands poteaux corniers B, mérite d'être détaillé. Le poteau cornier B
montant de fond (fig. 9) est largement chanfreiné sur son arête formant
l'angle externe, comme il est indiqué en O. Un repos P sur cette arête
est ménagé dans la masse, sous le chanfrein, qui a comme largeur, la
largeur de l'une des faces du poteau de milieu C de la bretèche. Sur ce
repos P est posée à cul la chandelle M dont les deux languettes R
viennent s'assembler dans les deux mortaises du poteau cornier. Sur
cette chandelle un blochet N s'assemble à tenon et mortaise, et est
maintenu en outre par un tenon _n_ tombant dans la mortaise _n'_. Ce
blochet N reçoit, dans une mortaise _e_, le tenon _e'_ du poteau C, et
dans deux mortaises latérales les tenons des entretoises S. Le blochet N
porte en outre la petite contre-fiche formant appentis. Des prisonniers
G, de bois dur, chevillés dans le poteau B cornier et dans le poteau C,
de distance en distance, rendent ces deux poteaux solidaires. Tous les
autres assemblages du pan de bois sont faciles à comprendre et n'ont pas
besoin d'être expliqués.
Vers le milieu du XVe siècle, on adopta un système de pans de bois qui
présentait une grande puissance, mais qui exigeait une main-d'oeuvre
compliquée. Il consiste en un treillis de pièces assemblées à mi-bois,
de façon à former une série de losanges. C'est ainsi que sont disposés
les quatre pans de bois qui, après l'incendie des charpentes de la
cathédrale de Reims, en 1481, furent destinés à porter une flèche en
charpente qu'on n'éleva jamais. Vers le milieu du XVIe siècle on façonna
des pans de bois de face d'habitations privées, d'après ce système qui
fut suivi jusque sous Louis XIII. On construisait alors aussi des pans
de bois dits en _brins de fougère_, ainsi que l'indique Mathurin Jousse
dans son oeuvre publiée pour la première fois en 1627. Plusieurs maisons
de Rouen et d'Orléans nous montrent encore des façades en pans de bois
ainsi combinées, et qui présentent une grande solidité en ce qu'ils
acquièrent une rigidité parfaite. Si on les compare à ces ouvrages, nos
pans de bois modernes enduits sont très-grossiers et n'ont qu'une durée
très-limitée.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Note 40: Les charpentiers italiens, notamment à Rome,
ont conservé les traditions antiques, et élèvent aujourd'hui,
en quelques heures, des échafauds au moyen de chevrons courts
et d'un faible équarrissage. Il est impossible de ne pas
reconnaître entre ces échafauds et les charpentes figurées
sur les bas-reliefs de la colonne Trajane une parfaite
identité de moyens.]
[Note 41: D'une maison de Châteaudun.]
[Note 42: Voyez l'article CHARPENTE.]
[Note 43: Faubourg Cronceus.]
[Note 44: M. Millet, architecte diocésain de Troyes, a
bien voulu nous fournir les dessins de ce petit édifice.]
[Note 45: _Le Théâtre de l'art du charpentier, enrichi de
diverses figures avec l'interprétation d'icelles, faict et
dressé par Mathurin Jousse de la Flèche_, 1627.]
PANNE, s. f. Pièce de charpente posée horizontalement sur les
arbalétriers des combles, et destinée à porter les chevrons. La plupart
des combles taillés pendant le moyen âge se composent d'une suite de
chevrons _portant-ferme_, dépourvus de pannes par conséquent (voy.
CHARPENTE). Cependant les charpentiers de cette époque faisaient, dans
certains cas, usage des pannes. L'emploi des pannes devint fréquent dès
que l'on dut économiser les bois de grande longueur.
PARPAING, s. m. Se dit d'une pierre faisant l'épaisseur d'un mur.
Pendant le moyen âge on employait rarement les parpaings. Presque tous
les murs en pierre de taille se composaient de carreaux et de boutisses.
Les pierres A (voy. la fig.) sont des _carreaux_; les pierres B, des
_boutisses_; les pierres C, des _Parpaings_. (Voy. CONSTRUCTION.)
[Illustration: Fig. 1.]
PARVIS, s. m. Nous ne discuterons pas les étymologies plus ou moins
ingénieuses qui ont pu donner naissance à ce mot. On appelle _parvis_,
un espace enclos, souvent relevé au-dessus du sol environnant, une sorte
de plate-forme qui précède la façade de quelques églises françaises.
Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de Reims, possédaient leur parvis.
Quelques églises conventuelles ont parfois devant leur façade des
parvis, mais ces derniers avaient un caractère particulier.
Le parvis est évidemment une tradition de l'antiquité: les temples des
Grecs étaient habituellement précédés d'une enceinte sacrée dont la
clôture n'était qu'une barrière à hauteur d'appui.
Les Romains suivirent cet exemple, et nous voyons sur une médaille
frappée à l'occasion de l'érection du temple d'Antonin et Faustine, à
Rome[46], la façade du monument, devant laquelle est figurée une
barrière avec porte. Ces enceintes ajoutaient au respect qui doit
entourer tout édifice religieux, en isolant leur entrée, en la séparant
du mouvement de la voie publique. Un des plus remarquables parvis de
l'époque romaine est celui qu'Adrien éleva en avant du temple du Soleil,
à Baalbek. Ce parvis était entouré de portiques avec exèdres couverts,
et était précédé d'une avant-cour à six côtés, avec péristyle et large
emmarchement.
Les premières basiliques chrétiennes possédaient également une cour
entourée de portiques, en avant de leur façade, et, au milieu de cette
cour, étaient placés quelques monuments consacrés, tombeaux, puits,
fontaines, statues.
Le parvis de nos cathédrales n'est qu'un vestige de ces traditions; mais
la cathédrale française, à dater de la fin du XIIe siècle, se manifeste
comme un monument accessible, fait pour la cité, ouvert à toute réunion:
aussi le parvis n'est plus qu'une simple délimitation, il ne se ferme
pas; il n'est, à proprement parler, qu'une plate-forme bornée par des
ouvrages à claire-voie peu élevés, ne pouvant opposer un obstacle à la
foule; c'est un espace réservé à la juridiction épiscopale, devant
l'église mère.
C'était dans l'enceinte du parvis que les évêques faisaient dresser ces
échelles sur lesquelles on exposait les clercs qui, par leur conduite,
avaient scandalisé la cité; c'était aussi sur les dalles du parvis que
certains coupables devaient faire amende honorable. C'était encore sur
le parvis que l'on apportait les reliques à certaines occasions, et que
se tenaient les clercs d'un ordre inférieur pendant que le chapitre
entonnait le _Gloria_ du haut des galeries extérieures de la façade de
l'église cathédrale.
Nous n'avons sur la forme de l'ancien parvis de Notre-Dame de Paris que
des données assez vagues. Au XVIe siècle, il ne consistait qu'en un
petit mur d'appui avec trois entrées, l'une en face du portail, donnant
à côté de la chapelle de Saint-Christophe; celle de gauche s'ouvrant
près de la façade de Saint-Jean le Rond, et la troisième en regard,
descendant à la Seine[47]. Ce mur d'appui n'avait pas plus de 4 pieds de
haut. Le sol du parvis de la cathédrale de Paris était au niveau du sol
intérieur de l'église, si ce n'est du côté gauche, au droit de la porte
de la Vierge, où il s'abaissait de 30 à 40 centimètres[48]. Du parvis on
descendait sur la berge de la rivière, avant la construction du pont,
par un degré de treize marches. C'est ce qui a fait supposer que devant
la façade de l'église s'étendait un perron de treize marches. Il est à
croire que du côté du Marché-Neuf, on descendait également plusieurs
marches pour arriver à la voie publique qui passait entre l'Hôtel-Dieu
et la chapelle Saint-Christophe; mais ce degré dut être supprimé dès le
XIVe siècle, puisque alors les gens à cheval pouvaient arriver sur le
sol même du parvis. L'enceinte avait environ 35 mètres de large sur
autant de longueur[49].