PAN DE BOIS, s. m. Ouvrage de charpenterie, composé de sablières hautes

et basses, de poteaux, de décharges et de tournisses, formant de

véritables murs de bois, soit sur la face des habitations, soit dans les

intérieurs, et servant alors de murs de refend. Aujourd'hui, en France,

il est interdit de placer des pans de bois sur la voie publique, dans

les grandes villes, afin d'éviter la communication du feu d'un côté

d'une rue à l'autre. Par la même raison, il n'est pas permis d'élever

des murs mitoyens en pans de bois. Mais jusqu'au dernier siècle, l'usage

des pans de bois, dans les villes du Nord particulièrement, était très

fréquent. L'article MAISON signale un certain nombre d'habitations dont

les murs de face sont en tout ou partie des pans de bois très

heureusement combinés. Ce moyen avait l'avantage de permettre des

superpositions d'étages en encorbellement, afin de laisser un passage

assez large sur la voie publique et de gagner de la place dans les

étages supérieurs. Il était économique et sain, car, à épaisseur égale,

un pan de bois garantit mieux les habitants d'une maison des variations

de la température extérieure qu'un mur de brique ou de pierre. Il n'est

pas de construction à la fois plus solide, plus durable et plus légère.

Aussi emploie-t-on encore habituellement les pans de bois dans les

intérieurs des cours, seulement, au lieu de les laisser apparents, comme

cela se pratiquait toujours pendant le moyen âge, on les couvre d'un

enduit, qui ne tarde, guère à échauffer les bois et à les pourrir; mais

on _simule_ ainsi une construction de pierre ou tout au moins de moellon

enduit.

On ne saurait donner le nom de pan de bois aux empilages horizontaux de

troncs d'arbres équarris; cette sorte de structure n'appartient pas à

l'art du charpentier; on ne la voit employée que chez certains peuples,

et jamais elle ne fut admise sur le territoire de la France, à dater de

l'époque gallo-romaine. Les Gaulois, au dire de César, élevaient

quelques constructions, notamment des murs de défense, au moyen de

longrines de bois alternées avec des pierres et des traverses; mais il

ne paraît pas que cette méthode ait été employée pendant le moyen âge,

et elle n'a aucun rapport avec ce que nous appelons un pan de bois.

Le pan de bois, par la combinaison de ses assemblages, exige en effet

des connaissances étendues déjà de l'art du charpentier, et ne se

rencontre que chez les populations qui ont longtemps pratiqué cet art

difficile. Les Romains étaient d'habiles charpentiers, et savaient en

peu de temps élever des ouvrages de bois d'une grande importance.

Employant des bois courts comme plus maniables, ils les assemblaient

solidement, et pouvaient au besoin s'élever à de grandes hauteurs[40].

Les peuples du Nord, et particulièrement des Normands, excellents

charpentiers, mêlèrent à ces traditions antiques de nouveaux éléments,

comme par exemple l'emploi des bois de grandes longueurs et des bois

courbes, si fréquemment usités dans la charpenterie navale; ils

adoptèrent certains assemblages dont les coupes ont une puissance

extraordinaire, comme pour résister aux chocs et aux ébranlements

auxquels sont soumis les navires, et jamais ils n'eurent recours au fer

pour relier leurs ouvrages de bois.

Prodigues d'une matière qui n'était pas rare sur le sol des Gaules, les

architectes romans, lorsqu'ils élevaient des pans de bois, laissaient

peu de place aux remplissages, et se servaient volontiers de pièces,

sinon très épaisses, au moins très larges, débitées dans des troncs

énormes, et formant par leur assemblage une lourde membrure, n'ayant

guère d'espaces vides entre elles que les baies nécessaires pour

éclairer les intérieurs.

L'assemblage à mi-bois fortement chevillé était un de ceux qu'on

employait le plus souvent à ces époques reculées. On composait ainsi de

véritables panneaux rigides qui entraient en rainure dans les sablières

hautes et basses. Rarement, à cette époque, plaçait-on des poteaux

corniers aux angles, et les pans de bois étaient pris entre les deux

jambes-étrières de murs de maçonnerie qui formaient pignons

latéralement; en un mot, le pan de bois de face d'une maison n'était

qu'une devanture rehaussée de couleurs brillantes cernées de larges

traits noirs. Bien entendu, ces constructions, antérieures au XIIIe

siècle, ont depuis longtemps disparu, et c'est à peine si, dans quelques

anciennes villes françaises, on en trouvait des débris il y a une

trentaine d'années; encore fallait-il les chercher sous des lattis

récents, ou les recueillir pendant des démolitions. C'est ainsi que nous

avons pu, en 1834, dessiner à Dreux, pendant qu'on la jetait bas, les

fragments d'une maison de bois, qui paraissait dater du milieu du XIIe

siècle. Cette maison, exhaussée au XVe siècle, ne se composait

primitivement que d'un rez-de-chaussée, d'un premier étage en

encorbellement et d'un galetas. L'ancien comble, disposé avec égoût sur

la rue, n'existait plus, et l'étage du galetas avait été surmonté d'un

haut pignon de bois recouvert de bardeaux. Des fenêtres anciennes, il ne

restait que les linteaux avec entailles intérieures, indiquant le

passage, à mi-bois, des pieds-droits.

Voici (fig. 1) une vue de ce curieux pan de bois, compris entre deux

murs formant tête avec encorbellements. Les sablières basses et hautes,

les poteaux, étaient des bois de 7 pouces environ (19 centimètres); les

jambages des fenêtres, des bois de 15 + 18 centimètres. Le cintre de la

porte se composait de deux gros morceaux de charpente assemblés à

mi-bois entre eux et avec les deux jambes. Les solives des planchers

reposaient, comme les sablières basses des pans de bois, sur les murs

latéraux et sur une poutre posée, parallèlement à ces murs, environ au

milieu de la façade. Toute cette charpente était coupée avec soin, ornée

de quelques moulures très simples et de gravures d'un faible creux. On

voyait, sous les appuis des fenêtres des galetas, des restes de panneaux

épais également décorés par des gravures. La figure 2 présente la coupe

de ce pan de bois, elle indique le poteau intermédiaire A, renforçant la

face du rez-de-chaussée et portant, au moyen d'un lien B, la poutre

transversale C, laquelle soulage d'autant la portée de la sablière basse

D du pan de bois supérieur. Au-dessus de ce lien B se dresse le poteau E

jusque dessous la sablière haute F, portant une autre poutre G

transversale sous comble. L'about de cette poutre est soulagé par un

lien I. Une semelle H reçoit l'extrémité des chevrons et les blochets K.

La poutre L s'assemble par un tenon dans le poteau E, lequel, sous cet

assemblage, possède un repos M (voy. le détail O). Cette poutre est de

plus portée par une décharge P, dont le pied est assemblé à tenon dans

la première solive R du plancher du premier étage. La vue (fig. 1) fait

voir comment les faces du pan de bois reportent les pesanteurs sur le

poteau intermédiaire et sur les murs latéraux, au moyen de décharges

courbes, lesquelles s'assemblent sous les sablières et dans les

extrémités des linteaux évidés des fenêtres.

La figure 3 fera saisir les assemblages des potelets formant jambages

des fenêtres, et des décharges courbes. Nous montrons le linteau A d'une

de ces fenêtres à l'intérieur. Les potelets intermédiaires B, formant

meneaux, s'assemblent à mi-bois dans ces linteaux, et portent, à leur

extrémité supérieure _b_, un tenon qui entre dans une mortaise _c_,

ménagée sous la sablière. Une petite languette _e_ s'embrève en outre

dans le linteau, et empêche celui-ci de désaffleurer le poteau. Les

linteaux A possèdent eux-mêmes des languettes _f_ qui s'embrèvent sous

les sablières en _g_. La coupe C donne le géométral de ces assemblages,

l'intérieur du pan de bois étant en _h_. Le potelet G, formant jambage,

s'assemble de même à mi-bois dans l'extrémité du linteau, et porte son

tenon _i_ tombant dans une mortaise _j_; mais la décharge E porte une

coupe biaise _l_, qui bute le linteau, et un tenon _m_ qui s'engage dans

la mortaise _n_. Ce tenon forme aussi languette s'embrevant dans

l'extrémité du linteau en _p_.

Les assemblages de cette charpente rappellent ceux employés dans la

menuiserie, et ceux aussi adoptés pour les constructions navales. La

main-d'oeuvre est considérable, comme dans toute structure primitive;

mais on observera que les ferrements ne sont admis nulle part.

D'ailleurs le cube de bois employé est énorme, eu égard à la petite

dimension de ce pan de bois de face; les remplissages en maçonnerie ou

en torchis, à peu près nuls. Au XIIIe siècle déjà, on élevait des pans

de bois beaucoup plus légers, mieux combinés, dans lesquels la

main-d'oeuvre était économisée, et qui présentaient une parfaite

solidité. Souvent, à cette époque, les solives des planchers portent sur

les pans de bois de face, et servent à les relier avec les pans de bois

intérieurs de refend.

Nous traçons (fig. 4) un de ces pans de bois, qui appartient, autant

qu'on en peut juger par les profils, à la fin du XIIIe siècle[41]. Ici

pas de murs pignons en maçonnerie, comme dans l'exemple précédent; la

construction est entièrement de charpente, et les mitoyennetés sont des

pans de bois composés de sablières, de poteaux, de décharges et de

tournisses. Les deux étages de pans de bois de face sont posés en

encorbellement l'un sur l'autre, ainsi que l'indique le profil A. Les

poteaux d'angle et d'axe de la façade B ont 22 et 24 centimètres

d'équarrissage; tous les autres, ainsi que les sablières et solives,

n'ont que 17 à 19 centimètres. Les solives C des planchers posant sur

les sablières hautes assemblées sur la tête des poteaux, sont soulagées

par des goussets et liens D à l'intérieur et à l'extérieur, et peuvent

ainsi recevoir à leur extrémité la sablière basse de l'étage au-dessus.

Ces solives étant espacées de près d'un mètre, elles reçoivent de plus

faibles solives, ou plutôt des lambourdes, sur lesquelles sont posés les

bardeaux avec entrevous, aire et carrelage. Le roulement du pan de bois

est maintenu par des décharges E assez fortes, et des croix de

Saint-André sous les appuis des fenêtres. Un détail (fig. 5) explique

l'assemblage des sablières _a_ sur les poteaux _b_, des goussets et

liens _c_, soit dans ces poteaux; soit dans les solives _e_. On voit en

_g_ comment s'embrèvent les sablières basses _h_ aux abouts des solives,

et comment, entre chacune de ces solives, on a posé des entretoises

moulurées _i_. Le tracé perspectif _f_ montre l'une des solives

désassemblée avec ses mortaises; le tracé perspectif _l_ figure le

linteau _m_ de la porte et son assemblage avec le poteau _p_, formant

jambage. Quant au tracé géométral B, il explique l'assemblage marqué

d'un _b_ dans la figure 4.

Ce pan de bois est bien tracé; les bois sont parfaitement équarris, les

moulures nettement coupées, les assemblages faits avec soin. Il était,

bien entendu, apparent; les remplissages étaient hourdés en mortier et

petit moellon enduits.

Nous avons signalé ailleurs[42] l'habileté des charpentiers du moyen

âge, principalement pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles. Il ne

faudrait pas croire que les constructions se bornaient alors à employer

les pans de bois pour les maisons de bourgeois: le pan de bois était, au

contraire, un genre de construction fréquemment adopté, même dans les

édifices publics, les palais et châteaux. Dans beaucoup de résidences

seigneuriales, des logis avaient à l'intérieur, ou en guise de murs de

refend, des pans de bois. Nous avons souvent constaté la présence de ces

ouvrages de charpenterie, détruits par des incendies, dans des châteaux

d'une certaine importance. On employait aussi les pans de bois comme

moyen provisoire de clore des édifices que l'on n'avait pas le temps

d'achever, ou dont la construction demeurait suspendue. C'est ainsi

qu'on voit, au sommet du mur septentrional de la cathédrale d'Amiens, un

pignon en pan de bois qui date du XIVe siècle.

Dans certaines contrées où le bois était abondant et la pierre rare, on

bâtissait même des églises tout entières en bois. On voit encore dans un

des faubourgs de la ville de Troyes[43] une chapelle, placée sous le

vocable de saint-Gilles, qui est bâtie en pans de bois et date de la

seconde moitié du XIVe siècle. Cet édifice, auquel des adjonctions plus

récentes ont enlevé une partie de son caractère, se composait d'une

seule nef, encore entière aujourd'hui, terminée par une abside à quatre

pans. Nous donnons (fig. 6) en A le plan, et en B la coupe transversale

de la chapelle de Saint-Gilles[44]. Tout le système consiste en une

suite de poteaux (un par travée et à chaque angle) reposant sur une

sablière basse et portant des fermes; une sablière haute relie le

sommet, et deux cours d'entretoises, avec des écharpes et potelets,

maintiennent le dévers. Les entraits et poinçons de la charpente sont

apparents; celle-ci est lambrissée. Une flèche, dont l'amorce est tracée

en D, couronne le comble sur la troisième travée, plus étroite que les

autres. La figure 7 donne en A le détail géométral de l'assemblage des

poteaux dans les entraits avec les liens doubles qui les soulagent, et

en B le tracé perspectif d'une des travées à l'intérieur, avec la

fenêtre, la sablière haute et l'entretoise haute moulurées. On voit,

comme dans cet humble édifice, la charpente est traitée avec soin,

comment la décoration n'est, à tout prendre, que l'apparence de la

structure. Sur ces bois, point d'enduit sur lattis simulant une

construction de pierre; aussi ces charpentes laissées à l'air libre sur

deux faces se sont conservées plus de quatre siècles. On observera que

les liens C (fig. 7) sont bien moins destinés à soulager les entraits

des fermes qu'à arrêter le _dévers_ des pans de bois. Ils tiennent lieu

d'équerres, de goussets qui empêchent tout le système de se coucher,

soit d'un côté, soit de l'autre.

Les bois employés dans les pans de bois, à dater du XIIIe siècle, ne

sont jamais d'un fort équarrissage; ils sont sains et choisis parmi des

arbres qui n'étaient pas trop vieux. Ce sont presque toujours des bois

de brin, c'est-à-dire équarris sur un seul tronc, d'un assez faible

diamètre par conséquent. Ces bonnes traditions s'étaient conservées

jusqu'au commencement du XVIIe siècle, puisque le traité de Mathurin

Jousse en fait mention[45]; et en effet il existe encore quelques pans

de bois de cette époque qui sont bien taillés et façonnés de bois

choisis.

C'est principalement dans les provinces de l'Est, en se rapprochant du

Rhin, que l'on trouve des restes de constructions en pans de bois d'une

grande dimension. Strasbourg a conservé jusque dans ces derniers temps

des maisons de bois plus grandes d'échelle que la plupart de celles que

l'on voyait dans nos villes du domaine royal. À Constance, il existe des

édifices publics considérables en pans de bois. Beaucoup de ces maisons

de Strasbourg, qui dataient de la fin du XIVe siècle et du XVe, étaient

munies de bretèches aux angles; elles étaient vastes et hautes. Voici

comment sont généralement combinés les pans de bois de face avec

bretèches aux angles (fig. 8). La face de la bretèche forme avec la face

de la maison un angle de 45º (voy. la première enrayure A, prise au

niveau _a_). En B, est un poteau cornier qui monte de fond, depuis la

sablière basse S jusqu'à la sablière supérieure S'. À ce poteau cornier

est accolé le poteau C, milieu de la face de la bretèche. Les poteaux

d'angle E de la bretèche sont corniers, et reposent sur les solives

_bb'_ dont le porte-à-faux est soulagé par les liens _e_. Au niveau de

chaque plancher, la bretèche est reliée à la construction principale par

le solivage (voy. la seconde enrayure D, prise au niveau _d_). Les têtes

des poteaux corniers de bretèche E reçoivent les deux chapeaux

horizontaux _h_ dans lesquels s'assemblent les sablières _g_ (voy. le

plan F de la dernière enrayure, pris au niveau _f_). Un petit appentis

de madriers recouverts d'ardoise ou d'essente, et posés sur les coyaux

_i_, garantit la partie inférieure de la bretèche et sert d'abri. Cette

sorte de construction donnait beaucoup d'agrément aux maisons, en ce

qu'elle permettait de voir à couvert dans la longueur de la rue. Les

pans de bois latéraux portaient les poutres transversales sur lesquelles

reposaient les solives des planchers. Celles-ci retenaient ainsi le

dévers du pan de bois de face, leurs abouts étant engagés entre deux

sablières ou _colombelles_, comme on appelait alors ces pièces

horizontales.

L'assemblage des poteaux C, milieux des faces des bretèches contre les

grands poteaux corniers B, mérite d'être détaillé. Le poteau cornier B

montant de fond (fig. 9) est largement chanfreiné sur son arête formant

l'angle externe, comme il est indiqué en O. Un repos P sur cette arête

est ménagé dans la masse, sous le chanfrein, qui a comme largeur, la

largeur de l'une des faces du poteau de milieu C de la bretèche. Sur ce

repos P est posée à cul la chandelle M dont les deux languettes R

viennent s'assembler dans les deux mortaises du poteau cornier. Sur

cette chandelle un blochet N s'assemble à tenon et mortaise, et est

maintenu en outre par un tenon _n_ tombant dans la mortaise _n'_. Ce

blochet N reçoit, dans une mortaise _e_, le tenon _e'_ du poteau C, et

dans deux mortaises latérales les tenons des entretoises S. Le blochet N

porte en outre la petite contre-fiche formant appentis. Des prisonniers

G, de bois dur, chevillés dans le poteau B cornier et dans le poteau C,

de distance en distance, rendent ces deux poteaux solidaires. Tous les

autres assemblages du pan de bois sont faciles à comprendre et n'ont pas

besoin d'être expliqués.

Vers le milieu du XVe siècle, on adopta un système de pans de bois qui

présentait une grande puissance, mais qui exigeait une main-d'oeuvre

compliquée. Il consiste en un treillis de pièces assemblées à mi-bois,

de façon à former une série de losanges. C'est ainsi que sont disposés

les quatre pans de bois qui, après l'incendie des charpentes de la

cathédrale de Reims, en 1481, furent destinés à porter une flèche en

charpente qu'on n'éleva jamais. Vers le milieu du XVIe siècle on façonna

des pans de bois de face d'habitations privées, d'après ce système qui

fut suivi jusque sous Louis XIII. On construisait alors aussi des pans

de bois dits en _brins de fougère_, ainsi que l'indique Mathurin Jousse

dans son oeuvre publiée pour la première fois en 1627. Plusieurs maisons

de Rouen et d'Orléans nous montrent encore des façades en pans de bois

ainsi combinées, et qui présentent une grande solidité en ce qu'ils

acquièrent une rigidité parfaite. Si on les compare à ces ouvrages, nos

pans de bois modernes enduits sont très-grossiers et n'ont qu'une durée

très-limitée.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Note 40: Les charpentiers italiens, notamment à Rome,

ont conservé les traditions antiques, et élèvent aujourd'hui,

en quelques heures, des échafauds au moyen de chevrons courts

et d'un faible équarrissage. Il est impossible de ne pas

reconnaître entre ces échafauds et les charpentes figurées

sur les bas-reliefs de la colonne Trajane une parfaite

identité de moyens.]

[Note 41: D'une maison de Châteaudun.]

[Note 42: Voyez l'article CHARPENTE.]

[Note 43: Faubourg Cronceus.]

[Note 44: M. Millet, architecte diocésain de Troyes, a

bien voulu nous fournir les dessins de ce petit édifice.]

[Note 45: _Le Théâtre de l'art du charpentier, enrichi de

diverses figures avec l'interprétation d'icelles, faict et

dressé par Mathurin Jousse de la Flèche_, 1627.]

PANNE, s. f. Pièce de charpente posée horizontalement sur les

arbalétriers des combles, et destinée à porter les chevrons. La plupart

des combles taillés pendant le moyen âge se composent d'une suite de

chevrons _portant-ferme_, dépourvus de pannes par conséquent (voy.

CHARPENTE). Cependant les charpentiers de cette époque faisaient, dans

certains cas, usage des pannes. L'emploi des pannes devint fréquent dès

que l'on dut économiser les bois de grande longueur.

PARPAING, s. m. Se dit d'une pierre faisant l'épaisseur d'un mur.

Pendant le moyen âge on employait rarement les parpaings. Presque tous

les murs en pierre de taille se composaient de carreaux et de boutisses.

Les pierres A (voy. la fig.) sont des _carreaux_; les pierres B, des

_boutisses_; les pierres C, des _Parpaings_. (Voy. CONSTRUCTION.)

[Illustration: Fig. 1.]

PARVIS, s. m. Nous ne discuterons pas les étymologies plus ou moins

ingénieuses qui ont pu donner naissance à ce mot. On appelle _parvis_,

un espace enclos, souvent relevé au-dessus du sol environnant, une sorte

de plate-forme qui précède la façade de quelques églises françaises.

Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de Reims, possédaient leur parvis.

Quelques églises conventuelles ont parfois devant leur façade des

parvis, mais ces derniers avaient un caractère particulier.

Le parvis est évidemment une tradition de l'antiquité: les temples des

Grecs étaient habituellement précédés d'une enceinte sacrée dont la

clôture n'était qu'une barrière à hauteur d'appui.

Les Romains suivirent cet exemple, et nous voyons sur une médaille

frappée à l'occasion de l'érection du temple d'Antonin et Faustine, à

Rome[46], la façade du monument, devant laquelle est figurée une

barrière avec porte. Ces enceintes ajoutaient au respect qui doit

entourer tout édifice religieux, en isolant leur entrée, en la séparant

du mouvement de la voie publique. Un des plus remarquables parvis de

l'époque romaine est celui qu'Adrien éleva en avant du temple du Soleil,

à Baalbek. Ce parvis était entouré de portiques avec exèdres couverts,

et était précédé d'une avant-cour à six côtés, avec péristyle et large

emmarchement.

Les premières basiliques chrétiennes possédaient également une cour

entourée de portiques, en avant de leur façade, et, au milieu de cette

cour, étaient placés quelques monuments consacrés, tombeaux, puits,

fontaines, statues.

Le parvis de nos cathédrales n'est qu'un vestige de ces traditions; mais

la cathédrale française, à dater de la fin du XIIe siècle, se manifeste

comme un monument accessible, fait pour la cité, ouvert à toute réunion:

aussi le parvis n'est plus qu'une simple délimitation, il ne se ferme

pas; il n'est, à proprement parler, qu'une plate-forme bornée par des

ouvrages à claire-voie peu élevés, ne pouvant opposer un obstacle à la

foule; c'est un espace réservé à la juridiction épiscopale, devant

l'église mère.

C'était dans l'enceinte du parvis que les évêques faisaient dresser ces

échelles sur lesquelles on exposait les clercs qui, par leur conduite,

avaient scandalisé la cité; c'était aussi sur les dalles du parvis que

certains coupables devaient faire amende honorable. C'était encore sur

le parvis que l'on apportait les reliques à certaines occasions, et que

se tenaient les clercs d'un ordre inférieur pendant que le chapitre

entonnait le _Gloria_ du haut des galeries extérieures de la façade de

l'église cathédrale.

Nous n'avons sur la forme de l'ancien parvis de Notre-Dame de Paris que

des données assez vagues. Au XVIe siècle, il ne consistait qu'en un

petit mur d'appui avec trois entrées, l'une en face du portail, donnant

à côté de la chapelle de Saint-Christophe; celle de gauche s'ouvrant

près de la façade de Saint-Jean le Rond, et la troisième en regard,

descendant à la Seine[47]. Ce mur d'appui n'avait pas plus de 4 pieds de

haut. Le sol du parvis de la cathédrale de Paris était au niveau du sol

intérieur de l'église, si ce n'est du côté gauche, au droit de la porte

de la Vierge, où il s'abaissait de 30 à 40 centimètres[48]. Du parvis on

descendait sur la berge de la rivière, avant la construction du pont,

par un degré de treize marches. C'est ce qui a fait supposer que devant

la façade de l'église s'étendait un perron de treize marches. Il est à

croire que du côté du Marché-Neuf, on descendait également plusieurs

marches pour arriver à la voie publique qui passait entre l'Hôtel-Dieu

et la chapelle Saint-Christophe; mais ce degré dut être supprimé dès le

XIVe siècle, puisque alors les gens à cheval pouvaient arriver sur le

sol même du parvis. L'enceinte avait environ 35 mètres de large sur

autant de longueur[49].

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 3 / 44 段