[1] =Superest=, litt., est surabondant. TÉRENCE: _Cui tanta erat

res et supererat_. Traduisez: le fer lui-même n'est pas fort

abondant.

[2] =Rari=, c'est le petit nombre qui se sert de.

[3] =Angusto et brevi ferro=. Cependant Tacite désigne ainsi

les armes des Germains, _Annales_, I, 64: _Hastæ ingentes_; II,

14: _enormes hastas_; II, 21: _prælongas hastas_. On n'est pas

d'accord sur la forme de la framée. Les uns en font une épée,

les autres une hache. Si certaines armes, découvertes dans les

tombeaux mérovingiens, sont bien les antiques framées, elles

avaient la forme d'une pique. C'est aussi ce que ferait croire

la ressemblance du mot _framea_ avec l'allemand _Pfriem_, qui

désigne un corps long et pointu, comme une broche; Mullenhof le

rapproche de l'ancien allemand _fram_, en avant.

[4] =Missilia= (de _missus_), tout ce qui peut être lancé,

projectiles de toute espèce, spécialement javelots et pierres.

[5] =In immensum=. Cf. 1, note 5.

[6] =Leves=, «vêtus légèrement», c.-à-d. portant le léger

vêtement appelé _sagulum_, plus court que le _sagum_. Cf. 17,

note 1.

[7] =Cultus=, l'habillement, l'équipement considéré au point

de vue de l'ornementation. Trad., «ils n'ont pas la vanité du

costume».

[8] =Lætissimis coloribus=, couleurs très voyantes, opposées aux

couleurs sombres des boucliers des Hariens au ch. 43. On écrit

aussi _lectissimis_ qui paraît moins satisfaisant. STACE, _Ach._,

I, 323: _lætum rubere_.

[9] =Vix uni alterive=, à peine un ou deux.--_Cassis_, casque en

métal; _galea_, casque en cuir.

[10] =Variare gyros= = _in varios gyros ire_.

[11] =Orbe=. Certains commentateurs pensent que les Germains

font manoeuvrer leurs chevaux droit devant eux (_in rectum_) ou

en cercle fermé (_conjuncto orbe_) dans lequel personne ne se

trouve le dernier. Mais ce mouvement paraît bien élémentaire, et

d'ailleurs _dextros_ et _posterior_ s'expliquent mal. Il s'agit

plutôt d'un mouvement de conversion à droite, exécuté autour d'un

centre fixe. Les cavaliers décrivent le cercle, alignés les uns

près des autres (_conjuncto orbe_) de telle façon qu'aucun d'eux

ne reste trop en arrière.

[12] =Æstimanti=. Ce datif de relation désigne la personne par

rapport à laquelle l'affirmation est vraie: «Pour quelqu'un

qui...» Cet emploi du datif, inconnu à Cicéron et à Salluste,

paraît imité du grec. On trouve déjà dans César, _B. G._ III, 80,

1: _Venientibus ab Epiro_. (_Gr. lat._, 280, rem. 2.)

[13] =Eo= = _ideo_.

[14] =Velocitate=. César, _B. G._, I, 48, décrit avec beaucoup

de précision, en général qui l'a vu exécuter, cette manoeuvre qui

n'est qu'indiquée ici.

[15] =Id ipsum vocantur=. Ils sont désignés sous ce nom même: les

_cent_.

[16] =Per cuneos=: leur front de bataille est formé par des

groupes ayant la forme de coins et rangés en ligne.

[17] =Quam=, s.-e. _potius esse_. Cette sorte d'ellipse dans

les comparaisons est fréquente chez Tacite. Il emploie même

ainsi deux adjectifs au positif, _Ann._, IV, 61: _Agrippa claris

majoribus quam vetustis_.

[18] =Præcipuum=, le principal, le plus grand opprobre. Cet

adjectif est fréquemment employé par les auteurs de la décadence

pour marquer une idée superlative en général. Il en est de même

de _egregius_, _eximius_.--_Reliquisse_: cet infinitif parfait

marque que l'on considère l'action dans son achèvement et dans

ses conséquences.

[19] =Finierunt=. D'après Gantrelle, _Gram. de Tacite_, § 7,

Tacite emploie, au parfait, la 3e personne du pluriel en _[=e]re_

dans le sens de notre passé défini, et en _[=e]runt_ dans le sens

du passé indéfini. Ici: ont mis fin à leur honte.

=7.= Reges ex[1] nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus

infinita aut libera[2] potestas, et duces exemplo potius quam imperio,

si prompti, si conspicui, si ante aciem agant, admiratione præsunt[3].

Ceterum neque animadvertere[4] neque vincire, ne verberare quidem nisi

sacerdotibus permissum, non quasi[5] in poenam nec ducis jussu, sed

velut deo imperante, quem adesse bellantibus credunt. Effigiesque et

signa[6] quædam detracta lucis in proelium ferunt. Quodque[7] præcipuum

fortitudinis incitamentum est, non casus nec fortuita conglobatio[8]

turmam aut cuneum[9] facit, sed familiæ et propinquitates; et in

proximo pignora[10], unde feminarum ululatus audiri[11], unde vagitus

infantium. Hi cuique sanctissimi testes, hi maximi laudatores: ad

matres, ad conjuges vulnera ferunt[12]; nec illæ numerare aut exigere

plagas pavent, cibosque et hortamina[13] pugnantibus gestant.

[1] =Ex=, suivant, d'après: cf. 3, _ex ingenio suo_.

[2] =Infinita aut libera=. Bien que cette expression ait l'air

d'un pléonasme, on peut trouver entre ces deux adjectifs une

différence de sens accentuée par l'emploi de _aut_ au lieu

de _et_. Trad.: «Le pouvoir des rois n'est pas illimité ou

même simplement sans contrôle.»--Tandis que les Romains de la

république méprisaient les barbares en les regardant comme les

esclaves de leurs rois, les Romains de l'empire, opprimés par

les tyrans, en étaient venus à envier la liberté de ces mêmes

barbares; Lucain (_Phars._, VII) appelle la liberté _Germanum

Scythicumque bonum_.

[3] Cette phrase est remarquable par l'emploi répété (anaphore)

de _si_, qui, entraînant la suppression de la liaison, ajoute

beaucoup de vivacité. De plus l'asyndète entre _exemplo

potiusquam imperio_ et _admiratione_ indique une forte gradation.

Pour le subjonctif après _si_, cf. 14, note 4.

[4] =Animadvertere=, non pas simplement punir, mais punir de

mort. La gradation dans _animadvertere_, _vincire_, _verberare_,

est descendante. Pour les Romains _vincire_ est plus fort que

_verberare_. Cependant Cicéron (_in Verr._, II, 5, 170), à propos

du supplice de Gavius, observe un ordre différent: _Facinus

est vinciri civem romanum, scelus verberari, prope parricidium

necari._

[5] =Quasi= tombe également sur _ducis jussu_. On peut

reconnaître ici une sorte d'hendiadyn: _in poenam nec ducis

jussu_ équivaut à: _in poenam ducis jussu ab aliquo petendam_.

Cf. 25, note 7.--_Deo_, la divinité en général parce qu'elle

changeait de nom suivant les peuplades.--Ici, comme en beaucoup

d'autres endroits, Tacite prête aux coutumes des Germains

des raisons d'être que ceux-ci ne soupçonnaient pas. Il use

habilement de ce procédé pour faire la leçon à ses compatriotes.

[6] =Effigies et signa=, des images et des symboles. Ces images

n'étaient pas des statues de forme humaine, mais représentaient

des animaux tels que loups, ours. Cf. _Hist._, IV, 22. Ces

symboles étaient des étendards ou des armes: ainsi la lance était

l'attribut de Wôdan, le marteau celui de Thunar.

[7] =Quod=. Cette proposition relative forme une apposition à

toute la proposition qui suit.--_Præcipuum_: cf. 6, note 18.

[8] =Non casus nec fortuita conglobatio=, comme s'il y avait:

_non casus fortuitæ conglobationis_; expression qui tient à la

fois de l'hendiadyn et du pléonasme.

[9] =Turma= se dit des cavaliers, _cuneus_, des fantassins. Cf.

6.

[10] =Pignora=, litt., «gages, objets d'affection». Suivi ou non

de _conjugum liberorumque_, ce mot se dit souvent des membres de

la famille.

[11] =Audiri=. Cet emploi de l'infinitif est remarquable. On

attendrait _audire est_, ou _audiri possunt_ ou _audias_. C'est

peut-être une imitation de cet infinitif descriptif chez Virgile,

_Énéide_, VII, 15: _Hinc exaudiri gemitus_.

[12] Il y a dans cette phrase un emploi répété de l'anaphore:

_unde, unde_; _hi, hi_; _ad, ad_; la couleur poétique est très

marquée dans ce passage.

[13] =Cibos et hortamina=. Tacite réunit ici encore l'abstrait

et le concret comme au ch. 1: _Metu aut montibus_. Cf. Hugo

(_Burgraves_, I, VII): «Debout sur sa montagne et dans sa

volonté.»--_Hortamen_, au lieu de _Hortamentum_, est poétique;

on trouve chez Ovide une foule de mots de ce genre, qui ont

l'avantage d'entrer facilement dans la mesure du vers.

=8.= Memoriæ proditur quasdam acies inclinatas jam et labantes[1]

a feminis restitutas constantia precum et objectu pectorum[2] et

monstrata cominus[3] captivitate, quam longe impatientius feminarum

suarum nomine[4] timent, adeo ut[5] efficacius obligentur animi

civitatum quibus inter obsides puellæ quoque nobiles imperantur[6].

Inesse quin etiam sanctum aliquid et providum[7] putant, nec aut

consilia earum aspernantur aut responsa negligunt. Vidimus[8] sub divo

Vespasiano Veledam diu apud plerosque[9] numinis loco habitam; sed

et olim Albrunam et complures alias venerati sunt, non adulatione nec

tanquam[10] facerent deas.

[1] =Inclinatas et labantes=, qui commençaient à plier et à

lâcher pied.--_Restituere_, de même que nous disons en français

«rétablir» la bataille en ramenant les soldats au combat.

[2] =Objectu pectorum=, au lieu de _objectis pectoribus_.

L'ablatif du nom abstrait, chez les auteurs de l'époque

impériale, remplace souvent le participe passif. Tacite

cherche ici la variété, puisque _monstrata captivitate_ suit

immédiatement.--Les Romains avaient observé cet usage des femmes

germaines lors de l'invasion des Cimbres. D'après Plutarque

(_Marius_, 19), les femmes des barbares tuaient les fuyards,

écrasaient leurs enfants sous les chars, puis s'égorgeaient

elles-mêmes.

[3] =Cominus= a ici la valeur d'un adjectif, comme s'il y avait:

_dum captivitatem proximam (in proximo) esse monstrant_. Cf.

_Ann._, II, 20: _Imparem cominus pugnam_.

[4] =Nomine=, «pour le compte de» ou simplement «pour». CICÉRON:

_meo nomine_, par égard pour moi, à ma considération.

[5] =Adeo ut= marque une gradation, sur laquelle _quin etiam_,

deux lignes plus loin, renchérira encore.

[6] Cet usage n'était pas inconnu en Italie, puisque les Romains

eux-mêmes avaient donné comme otages à Porséna des jeunes filles,

et parmi elles Clélie.

[7] =Providum=. Il ne s'agit pas seulement de prudence ou de

prévoyance, mais de caractère prophétique.

[8] Bien que _Vidimus_ ne signifie pas nécessairement que Tacite

ait vu lui-même Véléda, on peut cependant le supposer, car elle

fut amenée à Rome. STACE, _Sylv._, I, 4, 90: _Captivæque preces

Veledæ_.

[9] =Plerique= se prend souvent chez Tacite dans le sens de

_multi_.

[10] =Tanquam=: cf. 20, note 11. Ici encore Tacite interprète

les actes des Germains pour faire la leçon aux Romains. Selon

lui, les barbares agissaient ainsi par une superstition de bonne

foi moins honteuse que la servilité qui poussait les Romains à

déclarer déesses et à adorer, sans conviction, les soeurs et les

épouses de leurs tyrans.

=9.= Deorum maxime Mercurium[1] colunt, cui certis diebus humanis

quoque hostiis[2] litare fas habent. Herculem ac Martem[3] concessis

animalibus[4] placant. Pars Sueborum et Isidi[5] sacrificat: unde causa

et origo peregrino sacro[6], parum comperi, nisi quod signum ipsum

in modum liburnæ figuratum docet advectam religionem[7]. Ceterum nec

cohibere parietibus deos neque in ullam humani oris speciem assimulare

ex[8] magnitudine cælestium arbitrantur: lucos ac nemora[9] consecrant

deorumque nominibus appellant secretum illud[10], quod sola reverentia

vident.

[1] =Mercurium=. Cet exposé de la religion des Germains,

plein de détails intéressants, est malheureusement gâté par

l'habitude d'interpréter à la romaine les croyances étrangères.

L'assimilation de Wôdan à Mercure repose sur une ressemblance

d'attributs. Cf. _Mercurii dies_, mercredi, et Wednesday en

anglais.

[2] =Hostiis=. C'étaient généralement des prisonniers de guerre.

C'est ainsi que furent sacrifiés les officiers des légions de

Varus. Selon Strabon, les prêtresses égorgeaient ces victimes et

tiraient des présages de leur sang.

[3] =Herculem et Martem=: Thunar et Tiu. Comparez l'anglais

_Tuesday_ et le français _mardi_.

[4] =Concessis animalibus=, les animaux qu'il est permis de

sacrifier, soit parce que les Germains distinguaient entre les

animaux ceux qui étaient propres aux sacrifices, soit plus

probablement par opposition aux sacrifices humains que la

conscience réprouve.

[5] Cette prétendue Isis est probablement l'épouse de Wôdan.

Isis, épouse d'Osiris, était une divinité égyptienne acceptée par

les Romains.

[6] =Peregrino sacro=: datif de possession ou de destination.

Cet emploi est fréquent chez Tacite. Cf. _Ann._, II, 64: _Causas

bello_.--_Nisi quod_: cf. 29, note 11.

[7] =Religionem= signifie ici non pas doctrine religieuse, mais

culte extérieur. Les savants modernes ne sont pas plus renseignés

sur ce point que Tacite. On ne sait trop ce que lui-même veut

prouver dans ces quelques mots: comme Isis chez les Romains

avait pour attribut un navire, a-t-il voulu dire que ce navire

est une preuve que cette déesse est bien l'Isis des Romains et

des Égyptiens? Le texte paraît signifier que le navire symbolise

l'importation de ce culte.--_Liburna_, navire léger, d'abord

propre aux Liburnes d'Illyrie.

[8] =Ex=, en rapport avec. Cf. 7, note 5. Encore une

interprétation des usages des Germains. Il est fort possible que

ce peuple n'eût ni temples ni statues, tout simplement parce

qu'il ignorait l'architecture et la sculpture. Les Germains

représentèrent d'abord leurs dieux par des symboles ou des

attributs, mais plus tard par de vraies statues.

[9] =Lucos ac nemora=. Pléonasme. _Lucus_ signifie plus

spécialement bois sacré, mais aussi forêt en général; _Nemus_,

habituellement bois en général, surtout entouré de pâturages,

s'emploie aussi pour bois sacré. Ces deux mots sont souvent

réunis en poésie. VIRGILE, _Buc._, VIII, 86: _Per nemora atque

altos quærendo bucula lucos_.

[10] =Secretum illud=, ils se servent du nom des dieux pour

désigner cette présence mystérieuse que la vénération seule

leur rend sensible et pour ainsi dire visible. Au contraire

les Romains désignaient du nom des dieux, non pas une présence

spirituelle, mais la statue elle-même qui habitait le bois sacré

et qu'ils voyaient de leurs yeux.

=10.= Auspicia sortesque[1] ut qui maxime[2] observant. Sortium

consuetudo simplex: virgam frugiferæ[3] arbori decisam in surculos

amputant eosque notis quibusdam discretos super candidam vestem

temere ac fortuito spargunt. Mox[4], si publice consultetur, sacerdos

civitatis, sin privatim, ipse pater familiæ, precatus deos cælumque

suspiciens ter singulos[5] tollit, sublatos secundum impressam ante

notam interpretatur. Si prohibuerunt[6], nulla de eadem re in eumdem

diem[7] consultatio; sin permissum, auspiciorum adhuc[8] fides

exigitur. Et illud quidem etiam hic notum, avium voces volatusque

interrogare: proprium gentis[9] equorum quoque præsagia ac monitus

experiri. Publice aluntur iisdem nemoribus[10] ac lucis, candidi et

nullo[11] mortali opere contacti; quos pressos sacro curru[12] sacerdos

ac rex vel princeps[13] civitatis comitantur hinnitusque ac fremitus

observant. Nec ulli auspicio major fides, non solum apud plebem, sed

apud proceres; sacerdotes enim ministros deorum, illos[14] conscios

putant. Est et[15] alia observatio auspiciorum, qua gravium bellorum

eventus explorant. Ejus gentis, cum qua bellum est, captivum quoquo

modo[16] interceptum cum electo popularium suorum, patriis quemque

armis, committunt: victoria hujus vel illius pro præjudicio[17]

accipitur.

[1] =Auspicia= et =sortes=. Comme on le voit par le reste

du chapitre, ces mots ne sont nullement synonymes. _Sortes_,

divination par le sort. Cette coutume fut sévèrement réprimée par

les lois après la conversion des Germains au Christianisme, mais

elle survécut au paganisme sous la forme des jugements de Dieu.

[2] =Ut qui maxime=, autant que personne. (_Gr. lat._, 371.)

[3] =Frugiferæ= est pris ici dans un sens plus général qu'au

ch. 5. Il désigne tout arbre qui porte des fruits, comme le

poirier, le hêtre, etc.--_Notis_. C'étaient, soit les caractères

spéciaux appelés _runes_, en usage chez les anciens Germains,

soit des signes quelconques auxquels on attribuait d'avance une

signification conventionnelle.--_Vestis_, étoffe en général. Cf.

40, note 10.

[4] =Mox= signifie «ensuite» chez Tacite. Il est souvent employé

pour marquer le progrès de la narration. Cf. 2, où il est précédé

de _primum_.--_Publice_. Cf. 15, note 7.

[5] =Ter singulos=. On emploie les adjectifs distributifs lorsque

le nombre doit être répété plusieurs fois. C'est ainsi que l'on

dit _bis bini_, deux fois deux; donc ici: il lève trois fois un

morceau, c.-à-d. trois morceaux l'un après l'autre; et non pas:

il lève trois fois chaque morceau.

[6] =Si prohibuerunt= (_surculi_), si les pronostics qu'on en a

tirés sont défavorables.

[7] =In eumdem diem=, pour le même jour, c.-à-d. dans la même

journée. Tite-Live, 29, 23: _Ex Hispania forte in idem tempus

Scipio atque Asdrubal convenerunt._

[8] =Adhuc=, en outre.--_Et etiam_ au lieu de _etiam_ seul.

Cf. _Agricola_, 10: _et jugis etiam_. Tacite emploie aussi _et

quoque_.

[9] =Proprium gentis=. Tacite compare toujours les coutumes

des Germains à celles des Romains. En Italie on ne tirait

pas de présages des chevaux, mais les Perses le faisaient,

au dire d'Hérodote. Cet usage, à en juger par l'épisode du

cheval d'Achille dans Homère, n'était peut-être pas inconnu

aux Grecs.--_Præsagia et monitus_: ces deux mots ne sont pas

entièrement synonymes, car le premier désigne le pronostic en

lui-même, le second, par rapport aux conséquences qu'on en tire.

Néanmoins l'expression est pléonastique.

[10] =Iisdem nemoribus=. Ce sont les bois sacrés dont il a

été question au ch. précédent. L'ablatif sans préposition

pour marquer le lieu (question _ubi_) s'emploie chez Tacite

avec toutes sortes de noms lorsqu'ils sont accompagnés d'un

déterminatif. On trouve même (_Hist._, II, 16) l'ablatif du

substantif seul: _balineis interficitur_.

[11] =Et nullo= au lieu de _neque ullo_. Cf. 28, note

5.--_Contacti_, touchés, c.-à-d. souillés par aucun travail

profane. Cf. 4, note 3, sur _infectus_. Le contraire, très

employé, est _intactus_; Virgile dit du bétail qui n'a pas porté

le joug: _grex intactus_.

[12] =Pressos sacro curru=: expression poétique qu'Ovide emploie

plusieurs fois.

[13] =Sacerdos ac rex vel princeps=, le prêtre, auquel se joint

le roi ou, s'il n'y a pas de roi, le chef de la cité.

[14] =Illos=, les chevaux; _conscios_ (s.-e. _deorum_), ils

s'imaginent que ces animaux connaissent les secrets des dieux.

TIBULLE, 1, 9: _conscia fibra deorum_.

[15] =Et=, aussi. Cf. 34, note 5.

[16] =Quoquo modo=: ellipse très correcte (_Gr. lat._, 370,

rem.). Cf. Riemann, _Synt. lat._, 14, rem. 1.--_Committunt_:

terme technique des écrivains de l'empire en parlant des combats

de l'arène.

[17] =Pro præjudicio=, comme une décision marquant d'avance

quelle sera l'issue de la guerre.

=11.= De minoribus[1] rebus principes consultant, de majoribus omnes,

ita tamen, ut ea quoque, quorum penes plebem arbitrium est, apud

principes pertractentur[2]. Coeunt, nisi quid fortuitum et subitum

incidit, certis diebus[3], cum aut inchoatur luna aut impletur[4];

nam agendis rebus hoc auspicatissimum initium credunt. Nec dierum

numerum, ut nos, sed noctium[5] computant. Sic constituunt, sic

condicunt[6]; nox ducere[7] diem videtur. Illud[8] ex libertate

vitium, quod non simul nec ut jussi conveniunt, sed et alter[9] et

tertius dies cunctatione coeuntium absumitur. Ut turbæ placuit[10],

considunt armati. Silentium per sacerdotes, quibus tum et coercendi

jus est, imperatur. Mox rex vel princeps, prout[11] ætas cuique,

prout nobilitas, prout decus bellorum, prout facundia est, audiuntur,

auctoritate suadendi magis quam jubendi potestate. Si displicuit

sententia, fremitu[12] aspernantur; sin placuit, frameas concutiunt:

honoratissimum assensus genus est armis laudare.

[1] =Minoribus=, les choses de moindre importance, comme

les difficultés entre particuliers; _majoribus_, surtout les

questions de paix et de guerre, les traités.

[2] =Pertractentur=. Les questions importantes sont d'abord

examinées à fond par les chefs, ensuite présentées au peuple qui

décide souverainement.

[3] =Certis diebus=: à des jours déterminés et périodiquement.

Ces assemblées, d'après ce passage de Tacite, paraissent avoir

été tenues assez fréquemment, peut-être tous les quinze jours.

Mais chez les peuples qui couvraient une grande étendue de pays,

ces assemblées étaient plus rares. Les Francs ne se réunissaient

régulièrement qu'une fois l'an.

[4] =Aut impletur=: c'est le temps de la nouvelle ou de la pleine

lune.

[5] =Noctium=. César rapporte la même chose des Gaulois. On

trouve des traces de cet usage dans certaines expressions

allemandes et anglaises, par exemple: fortnight.

[6] =Sic constituunt, sic condicunt=: termes du droit romain,

qu'il faut prendre dans un sens plus large. C'est en comptant

ainsi qu'ils fixent un terme, qu'ils datent leurs conventions.

[7] =Ducere=. La nuit semble marcher la première et ramener

le jour. Tacite veut dire que la nuit, d'après les idées des

Germains et à cause du climat, semble commander le jour. C'est

ainsi que l'hiver semble commencer l'année et qu'on ne compte que

trois saisons: _hiems et ver et æstas_ (ch. 29).

[8] =Illud= annonce la proposition qui commence par _quod_, comme

au chapitre précédent _illud_ annonçait un infinitif: _illud

etiam notum ..... interrogare_.--_Ut jussi_, comme pour obéir à

un ordre.

[9] =Alter=, un second jour. Cf. 6, note 9.

[10] =Ut turbæ placuit=, dès que l'assemblée le juge à propos.

Cette indépendance est en outre marquée par ce fait que les

prêtres seuls ont alors le droit de punir (_coercendi_).--_Mox_:

cf. 10, n. 4.

[11] =Prout=. Le roi ou le chef est alors écouté en raison de

son âge, de son renom, de son éloquence, et non pas en vertu

de son titre même, comme l'explique ce qui suit.--_Auctoritate

suadendi_: l'ablatif de manière est employé chez Tacite plus

librement que chez les auteurs classiques. Trad.: «Ils se font

écouter plutôt par le pouvoir de la persuasion que par celui du

commandement.»

[12] =Fremitus=, murmures défavorables. Ce mot se prend aussi en

bonne part. VIRG., _Én._, V, 148: _Tum plausu fremituque virum...

Consonat omne nemus_, VIII, 717.--_Sin_: _Gr. lat._, § 491,

rem.--_Concutiunt_, heurtent de manière à faire du bruit. César

raconte la même chose des Gaulois.

=12.= Licet apud concilium[1] accusare quoque et discrimen capitis

intendere. Distinctio poenarum ex[2] delicto: proditores et

transfugas[3] arboribus suspendunt, ignavos et imbelles et corpore

infames[4] cæno ac palude, injecta insuper crate, mergunt. Diversitas

supplicii illuc respicit[5], tanquam scelera ostendi opporteat, dum

puniuntur, flagitia abscondi. Sed et levioribus delictis pro modo[6]

poena: equorum pecorumque numero convicti multantur. Pars multæ

regi vel civitati[7], pars ipsi, qui vindicatur, vel propinquis ejus

exsolvitur.

Eliguntur in iisdem conciliis et principes, qui jura per pagos

vicosque[8] reddunt. Centeni singulis ex plebe comites[9] consilium

simul et auctoritas adsunt.

[1] =Concilium=, l'assemblée dont Tacite vient de décrire la

formation et dont il va indiquer les attributions.--_Discrimen

capitis intendere_, intenter un procès pour crime capital.

CICÉRON, _de Orat._; 1, 10: _Singulæ familiæ litem tibi

intenderent_.

[2] =Ex=: cf. 7, note 1.

[3] =Proditores et transfugas=, ceux qui trahissent leur patrie

et marchent avec l'ennemi.--_Ignavos et imbelles_, non pas

simplement les poltrons, mais ceux qui ont commis à la guerre

quelque lâcheté insigne.

[4] =Corpore infames=, ceux qui se sont déshonorés. _Cæno ac

palude_: hendiadyn pour _cæno paludis_.

[5] =Illuc respicit tanquam=, a pour raison d'être cette idée

que... _Tanquam_ a souvent chez Tacite le sens de +hôs+ en grec:

dans la pensée que. Tite-Live l'emploie aussi dans ce sens avec

un participe au lieu de _ut_. Riemann, _Synt. lat._, § 262,

rem. 1. Cf. 20, note 11.

[6] =Pro modo=, s.-e. _delicti_.

La Germanie Texte latin avec introduction, notes et lexique des noms propres · 第 2 / 7 段