XXIX

Son ami, M. Joubert, écrivait ses conseils à sa confidente, madame de

Beaumont.

«Qu'il ne prouve pas, qu'il enchante; qu'il file la soie de son sein,

qu'il pétrisse son miel, qu'il chante son propre ramage, il a son

arbre; qu'a-t-il besoin de citations et de ressources étrangères?»

Chateaubriand l'écouta trop tard et revint à ses magiques

descriptions.

Lisez la description du rossignol et celle du nid de bouvreuil dans un

rosier.

«Lorsque les premiers silences de la nuit et les derniers murmures du

jour luttent sur les coteaux, au bord des fleuves, dans les bois et

dans les vallées; lorsque les forêts se taisent par degrés, que pas

une feuille, pas une mousse ne soupire, que la lune est dans le ciel,

que l'oreille de l'homme est attentive, le premier chantre de la

création entonne ses hymnes à l'Éternel. D'abord il frappe l'écho des

brillants éclats du plaisir: le désordre est dans ses chants, il saute

du grave à l'aigu, du doux au fort; il fait des pauses, il est lent,

il est vif: c'est un coeur que la joie enivre, un coeur qui palpite

sous le poids de l'amour. Mais tout à coup la voix tombe, l'oiseau se

tait. Il recommence! Que ses accents sont changés! Quelle tendre

mélodie! Tantôt ce sont des modulations languissantes, quoique

variées; tantôt c'est un air un peu monotone, comme celui de ces

vieilles romances françaises, chefs-d'oeuvre de simplicité et de

mélancolie. Le chant est aussi souvent la marque de la tristesse que

de la joie: l'oiseau qui a perdu ses petits chante encore; c'est

encore l'air du temps du bonheur qu'il redit, car il n'en sait qu'un;

mais, par un coup de son art, le musicien n'a fait que changer la

clef, et la cantate du plaisir est devenue la complainte de la

douleur.»

«Il ressemblait à une conque de nacre, contenant quatre perles bleues:

une rose pendait au-dessus, tout humide: le bouvreuil mâle se tenait

immobile sur un arbuste voisin, comme une fleur, de pourpre et d'azur.

Ces objets étaient répétés dans l'eau d'un étang avec l'ombrage d'un

noyer, qui servait de fond à la scène et derrière lequel on voyait se

lever l'aurore. Dieu nous donna, dans ce petit tableau, une idée des

grâces dont il a paré la nature.

«Ce n'est pas toujours en troupes que ces oiseaux visitent nos

demeures: quelquefois deux beaux étrangers, aussi blancs que la neige,

arrivent avec les frimas: ils descendent, au milieu des bruyères, dans

un lieu découvert, et dont on ne peut approcher sans être aperçu;

après quelques heures de repos, ils remontent sur les nuages. Vous

courez à l'endroit d'où ils sont partis, et vous n'y trouvez que

quelques plumes, seules marques de leur passage, que le vent a déjà

dispersées: heureux le favori des Muses qui, comme le cygne, a quitté

la terre sans y laisser d'autres débris et d'autres souvenirs que

quelques plumes de ses ailes!»

Cours familier de Littérature - Volume 27 · 第 107 / 112 题