Ce chapitre est le plus beau du livre. Jean-Jacques Rousseau ne le
dépasse pas.
Il poursuit:
«Cependant la nuit approche; le bruit commence à cesser au dehors, et
le coeur palpite d'avance du plaisir qu'on s'est préparé. Un livre
qu'_on a eu bien de la peine à se procurer_, un livre qu'_on tire
précieusement du lieu obscur où on l'avait caché_, va remplir ces
heures de silence. Auprès d'un humble feu et d'une lumière
vacillante, certain de n'être point entendu, on s'attendrit sur les
maux imaginaires des Clarisse, des Clémentine, des Héloïse, des
Cécilia. Les romans sont les livres des malheureux: ils nous
nourrissent d'illusions, il est vrai; mais en sont-ils plus remplis
que la vie?»
Ces femmes de grande race étaient ravies. Chateaubriand était le
Racine futur de leur société. L'adulation qu'il y respirait le
préparait mal à la haine.
Une lettre qu'il reçut à peu près à cette époque de madame de Farcy,
sa soeur, lui annonça la mort de sa mère.
Elle mourut mécontente de son fils et dans l'abandon.
La lettre était cruelle:
«Mon ami, nous venons de perdre la meilleure des mères: je t'annonce à
regret ce coup funeste... Quand tu cesseras d'être l'objet de nos
sollicitudes, nous aurons cessé de vivre. _Si tu savais combien de
pleurs tes erreurs ont fait répandre à notre respectable mère_,
combien elles paraissent déplorables à tout ce qui pense et fait
profession non-seulement de piété, mais de raison; si tu le savais,
peut-être cela contribuerait-il à t'ouvrir les yeux, à te faire
renoncer à écrire; et si le ciel touché de nos voeux permettait notre
réunion, tu trouverais au milieu de nous tout le bonheur qu'on peut
goûter sur la terre; tu nous donnerais ce bonheur, car il n'en est
point pour nous, tandis que tu nous manques et que nous avons lieu
d'être inquiets sur ton sort.»