XVII

Ce fut l'époque où M. de Fontanes, ami de la princesse Élisa,

l'introduisit dans la familiarité intime de toute la maison Bonaparte

à la ville et à la campagne. Et il fut évidemment le commensal et

l'ami de tous ces jeunes hommes et de toutes ces jeunes femmes que

visitait le premier consul. Sa répugnance n'était pas née.

On y lisait les premières pages d'_Atala_ et de _René_ et le beau

chapitre de l'_Essai sur les Révolutions_, intitulé: AUX INFORTUNÉS.

«Je m'imagine que les malheureux qui lisent ce chapitre le parcourent

avec cette avidité inquiète que j'ai souvent portée moi-même dans la

lecture des moralistes, à l'article des misères humaines, croyant y

trouver quelque soulagement. Je m'imagine encore que, trompés comme

moi, ils me disent: Vous ne nous apprenez rien; vous ne nous donnez

aucun moyen d'adoucir nos peines; au contraire, vous prouvez trop

qu'il n'en existe point. Ô mes compagnons d'infortune! votre reproche

est juste: je voudrais pouvoir sécher vos larmes, mais il vous faut

implorer le secours d'une main plus puissante que celle des hommes.

Cependant ne vous laissez point abattre; on trouve encore quelques

douceurs parmi beaucoup de calamités. Essayerai-je de montrer le parti

qu'on peut tirer de la condition la plus misérable? Peut-être en

recueillerez-vous plus de profit que de toute l'enflure d'un discours

stoïque.»

Cours familier de Littérature - Volume 27 · 第 93 / 112 题