Ce fut l'époque où M. de Fontanes, ami de la princesse Élisa,
l'introduisit dans la familiarité intime de toute la maison Bonaparte
à la ville et à la campagne. Et il fut évidemment le commensal et
l'ami de tous ces jeunes hommes et de toutes ces jeunes femmes que
visitait le premier consul. Sa répugnance n'était pas née.
On y lisait les premières pages d'_Atala_ et de _René_ et le beau
chapitre de l'_Essai sur les Révolutions_, intitulé: AUX INFORTUNÉS.
«Je m'imagine que les malheureux qui lisent ce chapitre le parcourent
avec cette avidité inquiète que j'ai souvent portée moi-même dans la
lecture des moralistes, à l'article des misères humaines, croyant y
trouver quelque soulagement. Je m'imagine encore que, trompés comme
moi, ils me disent: Vous ne nous apprenez rien; vous ne nous donnez
aucun moyen d'adoucir nos peines; au contraire, vous prouvez trop
qu'il n'en existe point. Ô mes compagnons d'infortune! votre reproche
est juste: je voudrais pouvoir sécher vos larmes, mais il vous faut
implorer le secours d'une main plus puissante que celle des hommes.
Cependant ne vous laissez point abattre; on trouve encore quelques
douceurs parmi beaucoup de calamités. Essayerai-je de montrer le parti
qu'on peut tirer de la condition la plus misérable? Peut-être en
recueillerez-vous plus de profit que de toute l'enflure d'un discours
stoïque.»