Quand ils avaient fini leur visite, ils se retiraient et je restais
seul.
Quel délicieux moment! et combien les tristesses de la longue journée
étaient compensées!
Nous nous étions rencontrés non par hasard, mais par attraction, il y
avait un an et demi, dans les montagnes de la Savoie, divines
solitudes pour commencer ou finir la vie!
L'amitié la plus naturelle était éclose entre nous. Elle était
étrangère, plus âgée que moi; l'amour ne pouvait pas naître: mariée
tard à un homme qui aurait été deux fois son père, l'amitié
protectrice les unissait seule. Elle l'aimait à force de le respecter;
elle ne lui avait jamais manqué de fidélité, mais son amitié était
libre; il ne l'avait pas épousée pour la sevrer de toute douceur
terrestre; régler son coeur, ce n'était pas le supprimer; il avait de
l'affection involontaire pour moi; moi, pour lui, par reconnaissance
et par admiration. Tels étaient nos sentiments: ils n'étaient point
gênés, mais ils étaient purs. (Voyez _Raphaël_.)