XI

Cambyse, infatué de sa fortune, devint furieux. Il poignarda le boeuf

Apis. Il tua d'un coup de pied sa soeur, qu'il avait épousée. Tout

annonçait en lui l'aliénation d'esprit. Les Perses se révoltèrent.

Darius lui succéda.

Il écouta les conseils d'Atossa, sa femme, qui désirait avoir à son

service des matrones grecques; il envoya d'abord en Scythie

quelques-uns de ses courtisans pour étudier la route de la Grèce, le

long du Pont-Euxin. Hérodote visita sans doute la Russie, il en donne

une exacte et minutieuse description, en commençant par l'Ister ou le

Danube qui la borde et la sépare de la Grèce. Les moeurs barbares des

Scythes font horreur et pitié. Darius, mieux conseillé, abandonna la

Scythie à elle-même, et revint en Ionie, pour passer de là dans le

Péloponèse en traversant l'Hellespont sur un pont semblable à celui

qu'il avait laissé sur le Danube. Il laissa à son lieutenant favori

Mégabaze un corps d'armée, composé de trois cent mille Persans

d'élite, et de troupes ioniennes auxiliaires, pour conquérir la Grèce.

Hérodote revint en Perse; puis, avant de passer à la guerre de

Mégabaze et de Darius contre le Péloponèse, il raconte, dans les

détails les plus intéressants, la colonisation grecque des Cyrénéens

en Égypte, origine des Carthaginois; le commerce des Carthaginois avec

les peuples de la Libye, l'Oasis et le temple de Jupiter Ammon.

Mégabaze revient en Europe, attaque sur les bords de la mer Noire les

Thraces, la nation, après les Indes, la plus nombreuse de l'Europe.

«J'ai déjà parlé des Gètes, qui ont pris le surnom d'immortels. Les

Trauses ont, dans le plus grand nombre de leurs institutions, beaucoup

de rapport avec celles des autres Thraces, mais ils en diffèrent par

les pratiques qu'ils observent à la naissance ou à la mort des

individus. Lorsqu'un enfant vient de naître, tous ses parents, rangés

autour de lui, pleurent sur les maux qu'il aura à souffrir depuis le

moment où il a vu le jour, et comptent en gémissant toutes les misères

humaines qui l'attendent. À la mort d'un de leurs concitoyens, ils se

livrent au contraire à la joie, le couvrent, en plaisantant, de terre,

et le félicitent d'être enfin heureux, puisqu'il est délivré de tous

les maux de la vie.

«Les Thraces, qui habitent le pays au-dessus de Crestone, ont aussi

quelques usages particuliers. Un homme peut épouser plusieurs femmes,

et quand il vient à mourir, il s'élève entre elles de grands démêlés,

soutenus avec chaleur par leurs amis, pour décider laquelle a été le

plus tendrement aimée du défunt. Celle qu'un jugement solennel a

désignée, après avoir reçu les félicitations et les éloges, tant des

femmes que des hommes, se rend sur le tombeau du mort où le plus

proche de ses parents l'égorge; on l'enterre ensuite avec le corps de

son mari. Les autres femmes regardent cette préférence comme un

affront.»

Cours familier de Littérature - Volume 27 · 第 54 / 112 题