Cambyse, infatué de sa fortune, devint furieux. Il poignarda le boeuf
Apis. Il tua d'un coup de pied sa soeur, qu'il avait épousée. Tout
annonçait en lui l'aliénation d'esprit. Les Perses se révoltèrent.
Darius lui succéda.
Il écouta les conseils d'Atossa, sa femme, qui désirait avoir à son
service des matrones grecques; il envoya d'abord en Scythie
quelques-uns de ses courtisans pour étudier la route de la Grèce, le
long du Pont-Euxin. Hérodote visita sans doute la Russie, il en donne
une exacte et minutieuse description, en commençant par l'Ister ou le
Danube qui la borde et la sépare de la Grèce. Les moeurs barbares des
Scythes font horreur et pitié. Darius, mieux conseillé, abandonna la
Scythie à elle-même, et revint en Ionie, pour passer de là dans le
Péloponèse en traversant l'Hellespont sur un pont semblable à celui
qu'il avait laissé sur le Danube. Il laissa à son lieutenant favori
Mégabaze un corps d'armée, composé de trois cent mille Persans
d'élite, et de troupes ioniennes auxiliaires, pour conquérir la Grèce.
Hérodote revint en Perse; puis, avant de passer à la guerre de
Mégabaze et de Darius contre le Péloponèse, il raconte, dans les
détails les plus intéressants, la colonisation grecque des Cyrénéens
en Égypte, origine des Carthaginois; le commerce des Carthaginois avec
les peuples de la Libye, l'Oasis et le temple de Jupiter Ammon.
Mégabaze revient en Europe, attaque sur les bords de la mer Noire les
Thraces, la nation, après les Indes, la plus nombreuse de l'Europe.
«J'ai déjà parlé des Gètes, qui ont pris le surnom d'immortels. Les
Trauses ont, dans le plus grand nombre de leurs institutions, beaucoup
de rapport avec celles des autres Thraces, mais ils en diffèrent par
les pratiques qu'ils observent à la naissance ou à la mort des
individus. Lorsqu'un enfant vient de naître, tous ses parents, rangés
autour de lui, pleurent sur les maux qu'il aura à souffrir depuis le
moment où il a vu le jour, et comptent en gémissant toutes les misères
humaines qui l'attendent. À la mort d'un de leurs concitoyens, ils se
livrent au contraire à la joie, le couvrent, en plaisantant, de terre,
et le félicitent d'être enfin heureux, puisqu'il est délivré de tous
les maux de la vie.
«Les Thraces, qui habitent le pays au-dessus de Crestone, ont aussi
quelques usages particuliers. Un homme peut épouser plusieurs femmes,
et quand il vient à mourir, il s'élève entre elles de grands démêlés,
soutenus avec chaleur par leurs amis, pour décider laquelle a été le
plus tendrement aimée du défunt. Celle qu'un jugement solennel a
désignée, après avoir reçu les félicitations et les éloges, tant des
femmes que des hommes, se rend sur le tombeau du mort où le plus
proche de ses parents l'égorge; on l'enterre ensuite avec le corps de
son mari. Les autres femmes regardent cette préférence comme un
affront.»