La description géographique de l'Égypte est plausible et admissible.
Il suppose que ce pays, d'abord semblable au golfe de la mer Rouge, a
pu être comblé pendant vingt mille ans par les terres amenées par le
courant du Nil. Il discute les opinions sur les sources du fleuve
comme nous le faisons encore aujourd'hui. Il les attribue aux pluies
attirées et retenues pendant l'été sur le soleil de la Libye, puis
ramenées au printemps tout à coup sur le ciel d'Égypte.
«Comme les Égyptiens, dit-il, sont extrêmement religieux et plus que
le reste des hommes, ils ont des rites particuliers que je veux
rapporter. Ils ne boivent que dans des vases de cuivre qu'ils frottent
et nettoient tous les jours avec un soin extrême, et cet usage n'est
pas observé par les uns et négligé par les autres, mais il est commun
à tous indistinctement. Ils portent des vêtements de toile de lin,
toujours fraîchement lavés, et ont grand soin de ne les point tacher.
Ils ont adopté la circoncision par recherche de propreté, et
paraissent faire plus de cas d'une pureté de corps parfaite que de
tout autre ornement. Leurs prêtres se rasent entièrement le corps tous
les trois jours, dans la crainte que quelque insecte ou quelque
souillure ne s'y attache pendant qu'ils exercent leur ministère. Ces
prêtres ne font usage que de vêtements de lin et de souliers de
papyrus, et ne peuvent porter ni d'autres habits ni d'autre chaussure.
Ils se lavent deux fois le jour dans l'eau froide et deux fois la
nuit. Enfin, ils sont assujettis à mille pratiques superstitieuses. Du
reste, ils jouissent en retour de beaucoup d'avantages. Ils n'ont
aucun soin domestique ni aucune dépense à faire; les mets consacrés
leur servent de nourriture, et chaque jour on leur présente en
abondance de la chair de boeuf et des oies. On leur fournit en outre
du vin de raisin; mais il ne leur est pas permis de manger du poisson.
Les Égyptiens ne sèment jamais de fèves dans leurs champs, et si
quelques-unes y croissent naturellement, ils ne doivent les manger ni
crues ni cuites; les prêtres ne peuvent même en supporter la vue, ils
regardent ce légume comme impur. Les Égyptiens adorent le boeuf,
choisi par leurs prêtres: c'est un instrument actif de labourage et
un symbole de la fécondité du travail.