Il définit bien la liberté légale:--«le droit de faire ce que les lois
permettent.» La liberté naturelle est l'objet de la police des
sauvages; l'indépendance des particuliers est l'objet des lois de la
Pologne, et ce qui en résulte, c'est l'oppression de tous.
Il avait prévu l'oppression de la Prusse, de la Russie, de l'Autriche;
tout principe faux de liberté, tout sophisme de civilisation porte en
lui sa peine.
Il exalte d'une manière absolue le gouvernement, selon lui parfait, de
l'Angleterre.
Il conseille aux États de régir leurs finances comme des particuliers
économes.
Cette dernière considération est radicalement fausse.
La comparaison d'un particulier et d'un État est un sophisme dont on
ne peut guérir les esprits irréfléchis. Ils ont plus besoin d'une
comparaison que d'une vérité!
Le particulier a besoin d'un trésor en réserve parce qu'il est
particulier et que s'il ne trouve pas sous sa main un trésor réservé
pour les cas extrêmes, personne ne le lui fournira. L'État, au
contraire, n'a nul besoin de stériliser la richesse en n'en faisant
point usage, parce qu'il est l'État et que ses sujets, enrichis par
l'usage bien entendu de leurs richesses, en fourniront par l'emprunt,
véritable trésor des États bien gouvernés.
Le particulier meurt et l'État immortel vit éternellement.
Le particulier n'a qu'une richesse bornée, il en atteint le terme et
il tombe dans l'insolvabilité.
La richesse de l'État est illimitée et elle s'accroît autant que le
travail de la nation. Une seule industrie créée, telle que celle des
chemins de fer, centuple sa richesse. On est étonné que Montesquieu
n'ait pas su distinguer entre ces deux conditions complétement
différentes, et qu'il ait donné faveur à ce misérable sophisme,
l'opposé de toute vérité.
Le premier Napoléon avait le même préjugé. Il ne se soutenait que par
la dépouille du monde conquis et rançonné; quand ces rançons et ces
dépouilles, qui s'élevaient à trois cents millions dans ses caves,
furent dépensées, il tomba, et, quand ses États, changeant de système
après sa chute, eurent recours à l'emprunt, ils payèrent facilement la
rançon de la France et la France fut sauvée et riche.
Maintenant, il faut le reconnaître, l'État a adopté le système de
l'emprunt et la France regorge d'opulence.
Il ne s'agit que de modérer sa richesse.