Après avoir parcouru rapidement les propriétés distinctives de ces
trois ordres de gouvernement, il en conclut que la république ne
convient qu'aux petits États; la monarchie aux médiocres; le
despotisme aux grands.
Il ne voit pas qu'il n'y aurait ainsi, pour toute politique, qu'à
mesurer le territoire.
Il ne voit pas, de plus, que la rapidité des communications modifie
toute cette géographie des États.
Il ne voit pas encore que cette géographie est fautive, que la
distribution de ces natures de gouvernement tient à mille autres
causes que la grandeur ou la petitesse des espaces, et que l'Amérique,
par exemple, ou la Pologne, bien que très-mal constituées, sont des
républiques malgré leurs vingt millions ou leurs quarante millions de
sujets; il ne voit pas davantage que la Chine, malgré ses trois cent
soixante-cinq millions d'habitants, n'est nullement despotique, mais
la monarchie la plus tempérée qui ait jamais existé.
On s'aperçoit tout de suite que Montesquieu est un penseur léger,
facile avec lui-même, très-superficiel, qui saisit au hasard la
première considération venue pour en faire la base aventurée de sa
politique et donner des axiomes géométriques pour des vérités
politiques.
Faut-il tout dire? C'est un homme qui lit beaucoup, mais sans
attention et sans critique; qui prend pour vérité un mensonge
pittoresque du premier voyageur venu, et qui, de ce seul fait mal
compris, mal interprété, souvent absurde, conclut ingénieusement tout
un système politique ou législatif en opposition avec le bon sens.
Nous allons vous en citer mille exemples: