Montesquieu distingue dans le deuxième chapitre les gouvernements en
trois natures: premièrement, la _république_, oubliant qu'il y a
autant de natures de gouvernements dans la république que dans la
monarchie. Il appelle le gouvernement républicain, démocratie; mais
quelle nature de démocratie découvre-t-il dans le gouvernement
aristocratique et inquisitorial de Venise, où la démocratie ne
conserve d'autre droit que le droit d'être espionnée et corrompue?
Quelle démocratie dans la _république de Pologne_, où un seul noble à
cheval prononçant le _liberim veto_ et se sauvant ensuite à bride
abattue, a le pouvoir légal d'entraver seul la révolution de tous?
Il donne pour base à cette démocratie la _vertu_!
Secondement, le _gouvernement monarchique_ qui reconnaît un chef ou
un roi;--mais quelle similitude entre la monarchie d'Angleterre, par
exemple, véritable république active avec un roi inactif, et la
monarchie ottomane où le souverain est tout?
Il cherche le principe conservateur de ce gouvernement et il trouve
l'_honneur_! Mais quel honneur y a-t-il à obéir servilement aux
fantaisies d'un sultan qui vous demande votre tête sans jugement?
Puis, enfin, le _gouvernement despotique_ dont, selon lui, le principe
fondamental est la peur.
Il y a dans ces trois définitions la manie systématique de définir à
tout prix, mais il n'y a, en réalité, ni vérité ni raison.
Généraliser, c'est fausser! tout est faux dans ce début du livre, nom,
principe et base.
Il y a autant de républiques ou de démocraties qu'il y a de natures
d'élections.
Il y a autant de monarchies qu'il y a de natures d'hérédité et de
contrôles.
Il y a autant de pouvoirs despotiques qu'il y a d'esclaves pour obéir
à un seul.
La vertu n'est nullement le principe de la démocratie, puisque c'est
le plus mobile et le plus vénal des régimes.--Où est la vertu dans le
Vénitien ou dans le Polonais?
L'honneur n'est nullement le principe des monarchies, puisque la
servilité et la corruption ont de tout temps régné dans les cours.
La peur n'est nullement le principe des despotismes, puisqu'un
vice-roi qui apporte de trois cents lieues sa fortune et sa tête au
roi de Perse, ou un pacha au sultan, n'agissent certainement pas par
peur, mais par devoir.
Le sentiment du devoir, et de l'obéissance à ce que l'on croit être le
droit du commandement, est le principe conservateur de toutes les
formes de gouvernement.
Le commandement et l'obéissance, voilà partout le gouvernement.
Le commandement, légitime.
L'obéissance, par convention et par devoir!