XII

Montesquieu distingue dans le deuxième chapitre les gouvernements en

trois natures: premièrement, la _république_, oubliant qu'il y a

autant de natures de gouvernements dans la république que dans la

monarchie. Il appelle le gouvernement républicain, démocratie; mais

quelle nature de démocratie découvre-t-il dans le gouvernement

aristocratique et inquisitorial de Venise, où la démocratie ne

conserve d'autre droit que le droit d'être espionnée et corrompue?

Quelle démocratie dans la _république de Pologne_, où un seul noble à

cheval prononçant le _liberim veto_ et se sauvant ensuite à bride

abattue, a le pouvoir légal d'entraver seul la révolution de tous?

Il donne pour base à cette démocratie la _vertu_!

Secondement, le _gouvernement monarchique_ qui reconnaît un chef ou

un roi;--mais quelle similitude entre la monarchie d'Angleterre, par

exemple, véritable république active avec un roi inactif, et la

monarchie ottomane où le souverain est tout?

Il cherche le principe conservateur de ce gouvernement et il trouve

l'_honneur_! Mais quel honneur y a-t-il à obéir servilement aux

fantaisies d'un sultan qui vous demande votre tête sans jugement?

Puis, enfin, le _gouvernement despotique_ dont, selon lui, le principe

fondamental est la peur.

Il y a dans ces trois définitions la manie systématique de définir à

tout prix, mais il n'y a, en réalité, ni vérité ni raison.

Généraliser, c'est fausser! tout est faux dans ce début du livre, nom,

principe et base.

Il y a autant de républiques ou de démocraties qu'il y a de natures

d'élections.

Il y a autant de monarchies qu'il y a de natures d'hérédité et de

contrôles.

Il y a autant de pouvoirs despotiques qu'il y a d'esclaves pour obéir

à un seul.

La vertu n'est nullement le principe de la démocratie, puisque c'est

le plus mobile et le plus vénal des régimes.--Où est la vertu dans le

Vénitien ou dans le Polonais?

L'honneur n'est nullement le principe des monarchies, puisque la

servilité et la corruption ont de tout temps régné dans les cours.

La peur n'est nullement le principe des despotismes, puisqu'un

vice-roi qui apporte de trois cents lieues sa fortune et sa tête au

roi de Perse, ou un pacha au sultan, n'agissent certainement pas par

peur, mais par devoir.

Le sentiment du devoir, et de l'obéissance à ce que l'on croit être le

droit du commandement, est le principe conservateur de toutes les

formes de gouvernement.

Le commandement et l'obéissance, voilà partout le gouvernement.

Le commandement, légitime.

L'obéissance, par convention et par devoir!

Cours familier de Littérature - Volume 27 · 第 31 / 112 题