XXIX

Murray, tuteur de l'enfant roi Jacques et dictateur du royaume,

gouvernait avec adresse et vigueur ce malheureux pays. Un noble

proscrit de la famille des Hamilton, nommé Bothwell-Haugh, dont Murray

avait laissé la femme expirer de misère au seuil de sa propre demeure

donnée par le dictateur à un de ses partisans, jura de venger sa femme

et sa patrie du même coup; il ramassa une poignée de terre qui

recouvrait le cercueil de sa femme, la porta sur lui dans sa ceinture

comme une éternelle incitation à sa vengeance, se rendit déguisé dans

une petite ville que Murray devait traverser en revenant à Édimbourg;

il y tua Murray d'un coup de feu tiré d'un balcon, et, remontant sur

un cheval qui l'attendait sur les derrières de la maison, il échappa,

par la rapidité de sa course, aux gardes du dictateur. «Moi seul,

s'écria Murray en expirant, je pouvais sauver l'Église, le royaume et

l'enfant; l'anarchie va tout dévorer!...»

Son assassin passa en France et fut bien accueilli des Guise; ils

virent en lui un instrument de meurtre propre à les délivrer de leur

adversaire, l'amiral de Coligny. Ils s'adressèrent à leur nièce, Marie

Stuart, pour obtenir d'elle qu'elle encourageât Bothwell-Haugh à ce

forfait. La réponse de Marie Stuart a toute l'impudeur d'un temps où

l'assassinat s'avouait comme un exploit de la haine.

«..... Quant à ce que vous m'écrivez, dit-elle, de mon cousin, M. de

Guise, je vouldray qu'une si meschante créature, que le personnage

dont il est question (M. l'amiral), fust hors de ce monde, et seroy

bien ayse que quelqu'un qui m'appartienst en fust l'instrument, et

encore plus qu'il fust pendu de la main d'un bourreau, comme il a

mérité; vous sçavez comme j'ai cela à cueur..... Mais de me mesler

de rien commander à cest endroit, ce n'est pas mon mestier.

«Ce que Bothwelhach (Bothwell-Haugh) a faict, a esté sans mon

commandement; de quoi je lui sçay aussi bon gré et meilleur, que si

j'eusse esté du conseil.....»

Murray était son frère, et avait été deux fois son ministre et son

salut contre les vengeurs de Darnley. Élisabeth le pleura comme le

protecteur de la religion réformée en Écosse. L'anarchie lui succéda

comme il l'avait pressenti en mourant. Le comte de Lennox, père de

Darnley, beau-père de Marie, aïeul de Jacques, fut nommé régent. Le

parti de Jacques, fils de Marie Stuart, et le parti de sa mère

luttèrent de forfaits; Lennox fut tué en combattant; le comte de

Morton prit la régence à sa place; il régna en bourreau, le fer à la

main; il anéantit le parti de la reine par la terreur d'un

gouvernement, qui prépare des reflux de sang. À peine avait-il remis

le royaume au roi son pupille, que les favoris du jeune roi le firent

supplicier comme complice du meurtre de Rizzio. Il ne nia point le

crime, et mourut en homme qui s'attendait à l'ingratitude du prince.

Le fils de Marie, Jacques II, avait été nourri par lui dans l'horreur

de la religion de sa mère et dans le mépris de sa mère elle-même.

Cours familier de Littérature - Volume 27 · 第 13 / 112 题