Murray, tuteur de l'enfant roi Jacques et dictateur du royaume,
gouvernait avec adresse et vigueur ce malheureux pays. Un noble
proscrit de la famille des Hamilton, nommé Bothwell-Haugh, dont Murray
avait laissé la femme expirer de misère au seuil de sa propre demeure
donnée par le dictateur à un de ses partisans, jura de venger sa femme
et sa patrie du même coup; il ramassa une poignée de terre qui
recouvrait le cercueil de sa femme, la porta sur lui dans sa ceinture
comme une éternelle incitation à sa vengeance, se rendit déguisé dans
une petite ville que Murray devait traverser en revenant à Édimbourg;
il y tua Murray d'un coup de feu tiré d'un balcon, et, remontant sur
un cheval qui l'attendait sur les derrières de la maison, il échappa,
par la rapidité de sa course, aux gardes du dictateur. «Moi seul,
s'écria Murray en expirant, je pouvais sauver l'Église, le royaume et
l'enfant; l'anarchie va tout dévorer!...»
Son assassin passa en France et fut bien accueilli des Guise; ils
virent en lui un instrument de meurtre propre à les délivrer de leur
adversaire, l'amiral de Coligny. Ils s'adressèrent à leur nièce, Marie
Stuart, pour obtenir d'elle qu'elle encourageât Bothwell-Haugh à ce
forfait. La réponse de Marie Stuart a toute l'impudeur d'un temps où
l'assassinat s'avouait comme un exploit de la haine.
«..... Quant à ce que vous m'écrivez, dit-elle, de mon cousin, M. de
Guise, je vouldray qu'une si meschante créature, que le personnage
dont il est question (M. l'amiral), fust hors de ce monde, et seroy
bien ayse que quelqu'un qui m'appartienst en fust l'instrument, et
encore plus qu'il fust pendu de la main d'un bourreau, comme il a
mérité; vous sçavez comme j'ai cela à cueur..... Mais de me mesler
de rien commander à cest endroit, ce n'est pas mon mestier.
«Ce que Bothwelhach (Bothwell-Haugh) a faict, a esté sans mon
commandement; de quoi je lui sçay aussi bon gré et meilleur, que si
j'eusse esté du conseil.....»
Murray était son frère, et avait été deux fois son ministre et son
salut contre les vengeurs de Darnley. Élisabeth le pleura comme le
protecteur de la religion réformée en Écosse. L'anarchie lui succéda
comme il l'avait pressenti en mourant. Le comte de Lennox, père de
Darnley, beau-père de Marie, aïeul de Jacques, fut nommé régent. Le
parti de Jacques, fils de Marie Stuart, et le parti de sa mère
luttèrent de forfaits; Lennox fut tué en combattant; le comte de
Morton prit la régence à sa place; il régna en bourreau, le fer à la
main; il anéantit le parti de la reine par la terreur d'un
gouvernement, qui prépare des reflux de sang. À peine avait-il remis
le royaume au roi son pupille, que les favoris du jeune roi le firent
supplicier comme complice du meurtre de Rizzio. Il ne nia point le
crime, et mourut en homme qui s'attendait à l'ingratitude du prince.
Le fils de Marie, Jacques II, avait été nourri par lui dans l'horreur
de la religion de sa mère et dans le mépris de sa mère elle-même.