Pendant cette minorité en Écosse, Marie Stuart conspirait avec le
comte de Norfolk, qu'elle avait de nouveau fasciné, pour soulever
l'Angleterre au nom du catholicisme. Les correspondances avec Rome,
découvertes par d'infidèles agents, furent les preuves de la
conspiration; Norfolk monta sur l'échafaud; Marie fut resserrée dans
une captivité plus étroite. Élisabeth commença à sentir le danger de
garder dans ses châteaux une magicienne dont tous les geôliers
devenaient les adorateurs et les complices.
Les massacres de la Saint-Barthélemy, ces vêpres siciliennes de la
religion et de la politique, firent frémir Élisabeth. L'exemple de
cette conjuration triomphante pouvait tenter les catholiques
d'Angleterre; ils avaient une autre Catherine de Médicis, plus jeune
et aussi peu scrupuleuse que la reine mère et Charles IX.
Les conseillers d'Élisabeth lui représentèrent pour la première fois
la nécessité du jugement de la reine d'Écosse et de sa mort pour la
paix du royaume, et peut-être pour la sécurité de sa propre vie.
Burleigh, Leicester, Walsingham, ses hommes d'État, furent unanimes à
lui conseiller ce sacrifice.
«Hélas! leur répondait Élisabeth avec hypocrisie, la reine d'Écosse
est ma fille; mais celle qui ne veut pas bien en user avec sa mère,
mérite d'avoir une marâtre!»
Des malignités féminines impardonnables, faites par Marie Stuart à
Élisabeth, aigrirent encore les sentiments et les rapports entre les
deux reines. L'histoire ne les croirait pas si elle n'en avait les
preuves écrites dans ses archives. Sachant la prédilection équivoque
d'Élisabeth pour son beau favori Leicester, qu'elle avait espéré
elle-même séduire, et avec lequel elle entretenait un commerce de
lettres, elle eut l'audace de railler sa rivale, sur l'infériorité des
charmes qu'Élisabeth pouvait offrir à ce favori.
Sous prétexte de récriminer contre la comtesse de Shrewsbury, qui
avait accusé Marie Stuart d'avoir séduit à Scheffield son mari, Marie
Stuart écrivit à Élisabeth une lettre dans laquelle elle attribue à
lady Shrewsbury des propos tellement injurieux à Élisabeth, comme
femme et comme reine, que le cynisme des expressions nous empêche de
les citer.
Elle termine cette lettre ainsi: «Elle m'a dit que votre mort
prochaine était prédite dans un vieux livre; que le règne après le
vôtre ne durerait pas trois années. À ce livre il y avait ensuite un
dernier feuillet, lequel elle ne m'a jamais voulu dire?»
On voit assez que ce dernier feuillet était relatif à Marie Stuart
elle-même, et lui prédisait sans doute son avénement au trône
d'Angleterre et la restauration de l'Église dans ce royaume! On voit
aussi par les termes de cette lettre qu'elle était un moyen détourné,
ingénieusement trouvé par la haine d'une rivale prisonnière, pour
faire à son ennemie tous les outrages qui pouvaient être le plus
sensibles au coeur d'une reine et d'une femme. On s'étonne de tant
d'audace et d'insulte sous la main d'une reine captive, à qui un mot
d'Élisabeth pouvait rétorquer la mort; mais la mort en ce moment était
moins terrible à Marie Stuart que la vengeance ne lui était chère.
Quel spectacle pour l'histoire, que celui de ces deux reines,
s'avilissant à l'envi dans ces rixes acharnées où l'une provoquait le
supplice, où l'autre le tenait vingt ans suspendu sur la tête de sa
rivale!