Le récit circonstancié de cette captivité et de cette conspiration de
dix-neuf ans, intéressant dans une vie, est monotone pour l'histoire.
Rien ne les diversifie que les sites de ces prisons et les trames
toujours renaissantes et toujours coupées de la reine captive.
On ouvrit à Hamptoncourt, palais de Henri VIII, des conférences pour
juger le procès de Marie Stuart avec ses sujets. Murray et les
Écossais y produisirent les preuves de la complicité de Marie Stuart
dans le meurtre de son mari, ses sonnets d'amour à Bothwell, les
lettres de ce favori renfermées dans une cassette d'argent ciselé aux
armes de son premier mari François II.
«Voudriez-vous donc épouser ma soeur d'Écosse? demanda un jour
ironiquement Élisabeth au duc de Norfolk, qu'on croyait épris de sa
prisonnière.--Madame, répondit le duc soulevé d'horreur par ces
témoignages, je n'épouserai jamais une femme dont le mari ne peut
dormir en sécurité sur son oreiller.»
Ni les accusations, ni les justifications ne paraissant
satisfaisantes, Élisabeth rompit les conférences sans prononcer de
jugement. Témoin de la lutte entre les différentes factions qui
déchiraient l'Écosse, tout indique qu'elle s'en rapporta à ces
factions pour lui livrer tôt ou tard leur pays; elle parut
l'abandonner à son sort.