Lettres de Duval et de Talma.--Souvenir de M. de Talleyrand.--Visite de
M. Ladvocat.--Traité pour la publication de mes Mémoires.
Je reçus un billet de Duval qui me rassura. Je savais que cet excellent
ami avait le désir et l'espoir de voir ma vieillesse à l'abri du besoin,
et j'avoue que je mettais un peu d'adresse à lui faire oublier mes
folies passées par les preuves de mon active assiduité. «Il m'est
impossible d'aller vous voir, m'écrivit-il, je pars pour la campagne
d'où je ne reviendrai que lundi: mardi vous me verrez. Ce que vous
m'avez envoyé me paraît bien.»
Mille amitiés.
Signé D.
Tranquille sur ce que je redoutais le plus, le mécontentement de mon
bienfaiteur, je me donnai le plaisir de causer à coeur ouvert avec Talma
dans une lettre où mon coeur fut bien bavard. Je la fis porter le matin,
et le soir j'eus un accès de fièvre très-violent; je fus quarante-huit
heures dans un triste état d'autant plus que j'avais fermement résolu de
ne consulter de médecin qu'au moment où j'aurais terminé définitivement
mon travail; voulant ne point tromper l'attente de mes amis, je passais
mes soirées et mes nuits en partie à écrire; je puis en appeler au
témoignage de mon hôtesse; car je ne quittais mon bureau que pour causer
quelques instans avec elle dans sa chambre de plain-pied avec la mienne;
dans ces nuits de cruelles souffrances, je sentis le bonheur d'avoir
quelques qualités qui attirent la bienveillance et l'amitié; sachant
lutter avec la douleur, je me remis assez bien pour pouvoir sortir le
lendemain. Inquiète du silence inusité de Talma à ma grande lettre, je
lui écrivis deux lignes et fus accablée de cette réponse: «Je n'ai point
reçu la lettre dont vous me parlez; je suis accablé de travail.»
Tout à vous,