Valence.--M. et Mme Pared...--Arrestation de don Félix.--Le bon
Gitano.--Madrid.--Premier aspect de cette capitale.
Arrivés à Valence, nous descendîmes chez M. Pared..., ami et confident
des projets de don Félix. Madame Pared... paraissait elle-même initiée
dans tous les secrets, de sorte qu'après quelques minutes de complimens,
la plus grande confiance régna entre nous. Cependant, comme la politique
menaçait d'occuper ces messieurs, la maîtresse de la maison me proposa
une promenade, et j'acceptai. Suivies de deux laquais, nous nous
rendîmes à l'Alaméda. Cette promenade, d'une longueur extraordinaire,
n'est autre chose que le chemin de Valence à la mer. On y a planté à
droite et à gauche des doubles contre-allées d'orangers, de palmiers et
de peupliers d'Italie. Au moment où nous arrivâmes, je me crus
transportée aux Champs-Élysées de la fable. Mon illusion venait de ce
que dans les belles soirées d'été, les femmes des artisans et même de la
bourgeoisie viennent respirer le frais à l'Alaméda, vêtues d'une simple
tunique de mousseline blanche, serrée seulement autour du cou, et qui
descend jusqu'aux pieds.
Malgré une absence de deux grandes heures, nous trouvâmes nos messieurs
aussi occupés de leurs affaires. MM. Luitz et Pared... prirent congé de
nous, après quoi nous nous retirâmes dans nos appartemens. Le lendemain
matin, don Talliani et D. Vicente me firent demander la permission
d'entrer chez moi; il était à peine huit heures, mais dans ces climats,
l'heure est très légale pour entrer chez une femme. D. Félix m'apprit
que D. Louis était parti le matin pour Murcie, et que lui-même partirait
le lendemain pour Alicante, d'où il reviendrait dans cinq ou six jours
au plus tard. Pendant ce temps-là, me dit-il, vous voudrez bien agréer
D. Vicente pour votre cavalier. Amusez-vous, ajouta-t-il, pendant que je
vais veiller aux grands intérêts qui me sont confiés; à mon retour,
j'aurai probablement à vous communiquer des choses importantes, et
peut-être à vous demander des conseils.
D. Félix sortit et me laissa avec D. Vicente, qui, à travers sa gravité
habituelle, laissait percer un air de satisfaction qui me frappa et dont
je lui demandai la cause. Vous avez, me répondit-il, «deviné juste,
madame, je suis on ne peut plus satisfait de l'entrevue que j'ai déjà
eue avec deux de mes amis, avant que vous ne fussiez éveillée. Tout va
bien.»
Je n'avais pas le projet de faire un long séjour à Valence, et il me
tardait que D. Félix revînt d'Alicante, pour lui déclarer que je voulais
me rendre à Madrid. Il revint au bout de six jours. Je passai ce temps
dans la société de madame Pared... Le matin son mari venait chez moi et
s'y entretenait avec D. Vicente, du grand objet qui les occupait
exclusivement. Ils paraissaient persuadés l'un et l'autre que mon voyage
en Espagne avait une grande importance politique; et plus je cherchais à
les en dissuader, plus ils le croyaient.