Paris, le 2 janvier 1834.
Prince,
... M. de Bacourt m'avait signalé, il y a quelque temps, des
tentatives de rapprochement qui auraient eu lieu entre l'Autriche et
l'Angleterre au sujet des affaires d'Orient et j'avais appelé sur ce
point l'attention de M. de Sainte-Aulaire. Cet ambassadeur a cru de
son côté remarquer des communications plus fréquentes et plus
intimes qu'à l'ordinaire entre M. de Metternich et M. Frédéric Lamb,
surtout après l'arrivée d'un courrier que ce dernier a reçu dans la
journée du 20 décembre. Le chancelier d'Autriche, sans entrer avec
M. de Sainte-Aulaire dans de plus amples explications, lui a exprimé
la satisfaction la plus vive des nouvelles apportées par ce
courrier; il lui a dit que, grâce aux efforts du gouvernement
français pour calmer l'Angleterre, le cabinet de Londres envisageait
aujourd'hui la question d'Orient du même œil que ceux de Vienne et
de Paris. Sir Frédéric Lamb paraît avoir tenu à M. de Sainte-Aulaire
un langage à peu près semblable. Tout cela est fort peu clair et,
tout en croyant qu'il entre dans la politique de M. de Metternich de
jeter de l'incertitude dans nos dispositions en nous donnant à
entendre qu'il s'entend d'une manière intime avec le gouvernement
britannique, je désirerais qu'il vous fût possible de nous donner
quelques informations sur ce qu'il peut y avoir de fondé dans ces
apparences de rapprochement. Je n'ai pas besoin de vous dire que,
loin de nous affliger d'une combinaison qui associerait l'Autriche à
un système de garantie contre les projets ambitieux du gouvernement
russe, nous ne pourrions, dans les circonstances actuelles, qu'y
trouver un motif de satisfaction.
[284] Voir page 303.