Berlin, le 17 décembre 1833.
Monsieur le duc,
Je vous remercie de m'avoir rendu l'organe d'une politique si nette,
si loyale et si nationale. M. Ancillon ne peut plus se faire
illusion sur les misérables manœuvres employées pour l'abuser. Il
regrette, j'en suis sûr, ses premières insinuations. Je n'ai pas
voulu le forcer dans ses derniers retranchements, et j'ai accepté
ses explications pour mettre fin à un débat pénible. Je lui ai lu la
lettre particulière que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Il
n'a pas osé éclater contre M. de Metternich, mais il contenait à
grand'peine l'expression de son indignation. S'il manque lui-même de
franchise et s'il revient souvent sur ses paroles et ses promesses,
ce n'est point par duplicité, c'est par faiblesse. Il est incapable
d'une action double préméditée. Je ne sais ce que l'on doit le plus
admirer, de la perfidie ou de la maladresse de M. de Metternich. Il
est impossible de tomber plus à plat dans son propre piège, j'aurai
soin que tout ceci ne soit ni perdu ni oublié à Berlin.
M. Ancillon s'est dit que, pour ne pas augmenter les inconvénients
de la démarche à laquelle il a si imprudemment associé son
gouvernement, il devait paraître conséquent avec lui-même et ne pas
la désavouer. On lui souffle probablement ce rôle de Vienne et de
Pétersbourg. Mais les entours du roi, que votre énergie a intimidés,
prodiguent des explications et des excuses qui équivalent à un
désaveu. Ce bon prince Wittgenstein, surtout, en est amusant: il
m'est si facile de l'inquiéter que je mets mes soins maintenant à le
rassurer. Il disait à lord Minto: «Mais comment donc penserions-nous
à la guerre? Il faudrait que le roi se mît à la tête de l'armée, et
voyez comme cela dérangerait toutes ses habitudes!» Tout cet
entourage se compose d'excellentes gens, très pacifiques assurément,
qui ne demandent qu'à finir leurs jours dans le calme. De flagrantes
provocations les mettraient seules en mouvement. Après le roi ce
sera autre chose, et personne ne peut prononcer avec sûreté de
jugement sur le prince royal. Mais Dieu merci! nous sommes loin de
là. Le père pourrait bien survivre au fils. L'on ne s'en plaindrait
pas en Prusse...
Daignez...
[283] Voir page 277.