Paris, le 1er août 1833.
Prince, j'ai reçu les dépêches que vous m'avez fait l'honneur de
m'écrire sous les numéros 146 et 147. Les informations que j'y ai
trouvées sur la marche et l'esprit de la négociation m'ont vivement
intéressé.
Un courrier de l'amiral Roussin nous a appris le départ des forces
russes; cette heureuse nouvelle nous eût causé une satisfaction plus
complète si elle ne nous fût arrivée avec la confirmation à peu près
positive d'un autre fait dont jusqu'à présent nous avions aimé à
douter, la conclusion d'une alliance défensive entre la Porte et la
Russie. Je vous envoie le texte de ce traité tel que le drogman de
notre ambassadeur a pu l'écrire à la hâte sous la dictée du
Reiss-Effendi.
Nous ignorons encore ici si cette alliance doit être rendue
publique. Il serait sans doute peu raisonnable, avant de connaître
toutes les circonstances d'un pareil événement, de vouloir arrêter
des déterminations sur ce que nous pourrons avoir à faire pour
obvier à ses conséquences: mais je crois que la France et
l'Angleterre ne pourront se dispenser de demander à la Porte des
explications sur le motif et le but d'un acte aussi inattendu et
aussi grave, d'un acte qui, ne pouvant s'expliquer de sa part par le
besoin de trouver un appui contre des ennemis extérieurs, alors que
toutes les puissances sont d'accord pour la protéger, semble avoir
pour résultat de préparer l'intervention d'un gouvernement étranger
dans les troubles intérieurs de l'empire ottoman; d'un acte, enfin,
qui peut être envisagé comme changeant les principes admis jusqu'à
présent par rapport à la navigation du Bosphore, comme créant, à cet
égard, en faveur de la Russie un privilège que les autres cours ne
sauraient jamais reconnaître. Une demande d'explications ainsi
motivée serait une protestation véritable, et je n'ai pas besoin
d'en faire ressortir les avantages.
Veuillez en parler à lord Palmerston...
[279] Voir page 212.