Berlin, le 24 octobre 1832.
Si nous faiblissons, si nous faisons une nouvelle concession, on en
profitera, comme on vient de le faire, pour reculer de quelques
jours, ne fût-ce même que de quelques heures, la conclusion qui nous
est devenue indispensable. Ce n'est pas mauvaise volonté, c'est peur
puérile de fantômes qu'on se crée. J'avais regretté au premier
aperçu, pour cette raison, la proposition relative à Venloo. Depuis,
je me suis convaincu qu'elle avait produit bon effet, qu'elle était
très goûtée, qu'elle rassurait. Mais ce qu'elle n'avait pas pu faire
malgré tout cela, c'était d'aiguillonner un peu le cabinet prussien.
Vous n'avez rien à appréhender de ce côté; j'y engage mon existence,
si vous l'exigez. Vous pouvez aller droit devant vous, mener à bien
votre expédition; on vous laissera faire, et si la Russie cherche à
se prévaloir de cette circonstance pour prévenir ou irriter contre
nous, elle y perdra son temps. On est ici parfaitement résigné et,
quoiqu'on ne veuille pas en convenir, on sent que nous faisons bien
et l'on nous en saura gré plus tard.
Ne perdez donc pas un moment, monsieur le duc. Raffermissez la bonne
cause, les saines doctrines, en leur préparant un succès. Elles sont
partout, hélas! trop compromises. Vous acquerrez une grande gloire
en faisant un grand bien. Je pèse, croyez-moi, chacune de ces
paroles. Je sais que la paix ou la guerre dépendent des dispositions
de la Prusse et que, si je me trompe, les maux que je provoque ne me
laissent plus qu'à rougir et à gémir éternellement. Mais je ne me
trompe pas: je connais le terrain où je suis.
[270] Voir page 15.