LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE[271].

[_Particulière._]

Le 27 octobre 1832.

Mon cher duc,

Notre échange des ratifications vient d'être fait. Je suis bien aise

que vous soyez content et je le suis beaucoup d'avoir servi le

ministère que j'aime et dont vous êtes le principal intérêt.

J'ai été obligé de m'occuper sans délai de toutes les communications

à faire, et j'espère que j'y ai mis toute la prudence que les

circonstances exigent. C'est en déposant Venloo entre les mains des

Prussiens que le nœud gordien sera dénoué.

Cela est sans inconvénient, et cela nous débarrasse des exigences

des puissances du Nord qui, la Prusse satisfaite, n'oseront avoir

des doutes sur notre bonne foi. C'est, d'ailleurs, un hommage à la

personne même du roi de Prusse dont la bienveillance est fort à

soigner; car elle est une barrière et il faut la rendre

insurmontable. Je vous engage à presser M. de Werther d'écrire dans

ce sens-là à sa cour. De mon côté, j'exciterai M. de Bülow. Vous

voyez donc qu'il doit être entendu que, même le roi de Hollande

refusant, le roi des Belges doit évacuer la partie du territoire qui

ne lui appartient pas. Cela mettra d'autant plus le roi de Hollande

dans son tort sans nous mettre nous dans aucun danger, puisque nous

devons stipuler que le roi de Prusse évacuera Venloo dès que le roi

des Pays-Bas aura accédé au traité du 15 novembre.

Adieu, mille amitiés bien tendres.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 204 / 313 题