LE DUC DE BROGLIE A M. BRESSON[269].

Le 8 octobre 1832.

Nous continuons à espérer que les mesures maritimes agiront assez

fortement sur l'esprit du roi Guillaume pour détruire ses dernières

illusions.

Si cet espoir se réalise, toute difficulté disparaît.

Mais il n'est pas impossible que ce prince, fortifié dans son

obstination par l'apparence de désaccord qui s'est si

malheureusement manifesté dans la conférence, persiste à repousser

le seul accommodement aujourd'hui admissible, et qu'au risque

d'appeler sur son pays de nouveaux sacrifices, il veuille encore

attendre de l'avenir des chances plus favorables qu'il attend

vainement depuis deux ans.

Les mesures de blocus pourraient dans cette hypothèse devenir

insuffisantes. Je commence par vous dire, monsieur, que ce n'est que

lorsque cette insuffisance serait démontrée de la manière la plus

incontestable que nous nous déterminerions à l'admettre comme la

base de nos calculs et de nos prévisions.

Mais, le fait une fois reconnu, il faudrait évidemment recourir à

des moyens plus efficaces. C'est alors, et seulement alors, que la

France et l'Angleterre devraient unir leurs forces pour obliger la

Hollande à évacuer Anvers, et il nous paraît impossible que nos

alliés n'y donnassent pas en de telles circonstances leur complet

assentiment.

Il se présente, d'ailleurs monsieur, un moyen de ménager la

susceptibilité de la Russie et de donner à la marche des cours

alliées tous les dehors de cette entière impartialité qui, en

réalité, n'a cessé d'y présider. De même que les Hollandais occupent

Anvers qui doit un jour revenir à la Belgique, les Belges occupent

Venloo et les portions du Luxembourg et du Limbourg assignées à la

Hollande par le traité du 15 novembre. On pourrait convenir qu'en

même temps que nous prendrions possession d'Anvers, le gouvernement

prussien recevrait des mains des Belges Venloo et les territoires

dont il vient d'être question pour les garder provisoirement en

dépôt, et les remettre au roi Guillaume à l'époque où il se

déterminerait enfin à accepter le traité du 15 novembre...

[269] Voir page 15.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 202 / 313 题