«Paris, le 25 novembre 1834.
»Mon cher prince,
»Je n'ai rien vu de plus parfait, de plus noble, de plus honorable, de
mieux exprimé que la lettre que je viens de recevoir de vous. J'en
suis profondément touché. Sans doute il m'en coûte beaucoup de
reconnaître la justesse de la plupart de vos motifs pour ne pas
retourner à Londres, mais je suis trop sincère et trop ami de mes
amis, pour ne pas reconnaître que vous avez raison. Cependant, pour
pousser jusqu'au bout ma franchise, je crains que le poids de la
douleur qui vous accable ne vous ait porté à vous exagérer celui des
années et ce que vous avez considéré comme des avertissements. Croyez
que plus j'apprécie les grands services que vous m'avez rendus
ainsi que ceux que vous avez rendus à la France, plus je sens qu'il y
en a que vous seul vous pourriez encore me rendre, et vous ne vous
dissimulez sûrement pas combien votre résolution, quelque bien motivée
qu'elle soit, va augmenter mes embarras. Il est impossible de rien
arrêter avant que le ministère anglais soit reconstitué, mais j'entre
bien dans vos idées: il faut s'occuper de préparer l'avenir, et c'est
pour cela, mon cher prince, que je désire vivement que vous reveniez à
Paris le plus tôt possible. Je suis impatient de vous entendre et
d'être entendu de vous: je sens le besoin d'avoir l'assistance de
votre expérience et surtout les conseils de cette amitié éclairée qui
m'est si précieuse. J'aime à vous répéter combien vous devez compter
sur la mienne et sur tous les sentiments que je vous porte depuis si
longtemps.
»LOUIS-PHILIPPE.»
* * * * *
L'ambassade de Londres est le dernier épisode de la carrière politique
du prince de Talleyrand. Il touchait d'ailleurs au terme de son
existence, car il ne survécut à sa démission que quatre années. Il les
passa dans une retraite absolue, soit dans sa terre de Valençay, soit
à Paris, dans son hôtel de la rue Saint-Florentin. C'est là qu'il
mourut le 17 mai 1838. Le matin même de sa mort, il avait signé une
rétractation solennelle des erreurs de sa vie qui avaient encouru les
censures de l'Église; il l'adressa au pape Grégoire XVI avec une
lettre de soumission. Nous ne croyons pouvoir mieux terminer les
_Mémoires_ que M. de Talleyrand a consacrés à sa vie publique qu'en
insérant ici ces deux pièces remarquables.