«Londres, le 13 juin 1834.
»Monsieur le comte,
»J'ai eu l'honneur de vous expédier une dépêche télégraphique en même
temps que celle-ci: elle vous annonce l'arrivée de don Carlos à
Portsmouth, sur laquelle je n'ai pas jusqu'à présent d'autres détails
à vous transmettre.
»J'ai reçu ce matin la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de
m'écrire le 11, et je me suis empressé de voir lord Palmerston et lord
Grey pour conférer avec eux sur les points qui y étaient traités. Ils
avaient reçu des lettres de M. Villiers qui sont parfaitement d'accord
avec la dépêche de M. de Rayneval dont vous aviez bien voulu m'envoyer
une copie. Les deux ministres étaient donc au courant des désirs et
des prétentions du gouvernement espagnol, quand je suis venu m'en
entretenir avec eux.
»Nous avons examiné ensemble tout ce qu'il était possible de faire
dans cette circonstance et j'ai pu reconnaître bientôt que vos
prévisions s'étaient réalisées et que le gouvernement anglais ne
voulait pas aller au delà des stipulations du traité du 22 avril. Lord
Palmerston m'a positivement dit que quand les nouvelles ratifications
portugaises de ce traité auraient été échangées, il considérerait le
traité comme complété dans son exécution aussi bien que dans sa forme
et qu'il ne croyait pas que l'action de l'Angleterre dût s'étendre
plus loin que les engagements contractés par l'acte du 22 avril.
Il a ajouté qu'il avait l'intention de répondre à la note de M. de
Miraflorès et aux demandes adressées à M. Villiers par M. Martinez de
la Rosa en déclarant que le gouvernement anglais ne pouvait intervenir
dans les questions qui lui avaient été soumises et que si le
gouvernement espagnol croyait avoir quelques arrangements à négocier
avec l'infant don Carlos, c'était un négociateur espagnol qu'il devait
charger de traiter directement avec ce prince.
»D'après les instructions que vous m'avez fait l'honneur de
m'adresser, je n'ai pas cru devoir insister près des deux ministres
anglais en faveur des demandes de l'Espagne, et je me suis borné à
leur dire que je vous rendrais compte de ma conversation avec eux.
»Mon opinion que vous avez pu déjà pressentir par ma dépêche d'hier,
monsieur le comte, s'accorde, je l'avoue, avec celle de lord Grey et
de lord Palmerston, et si je regrette avec vous qu'on n'ait pas imposé
quelques conditions plus positives à l'infant don Carlos, je n'en
reste pas moins persuadé qu'aujourd'hui on ne peut plus traiter avec
ce prince que de gré à gré.»