«Londres, le 17 avril 1834.
»Vous aurez vu par mes précédentes dépêches que j'avais devancé les
instructions que vous m'exprimez dans votre lettre numéro 30, en
agissant par moi-même près des ministres anglais pour les amener à la
conclusion d'un traité d'alliance défensive avec nous. La circonstance
du traité sur les affaires de la péninsule m'avait paru trop
importante pour ne pas la saisir, et si je n'ai pas réussi dans mes
tentatives, je suis du moins sûr de n'avoir pas compromis la dignité
du gouvernement du roi, dont je n'avais pas eu le temps de recevoir
des instructions, lorsqu'on m'a proposé de signer le traité entre les
quatre puissances. On attend ici, avec impatience, la résolution que
vous aurez prise à l'égard de ce dernier traité; tous les membres du
cabinet que j'ai vus ce matin m'ont questionné avec empressement à ce
sujet, et je n'ai pu que leur promettre une prompte décision.
»On est fort préoccupé des événements de Lyon et de Paris qui ont,
pour le moment, effacé tous les autres intérêts. J'ai déjà profité des
informations que renfermait votre dépêche numéro 31, et il m'a été
facile de faire comprendre les avantages que l'Angleterre, plus que
tout autre pays peut-être, retirerait d'une répression prompte et
énergique d'excès semblables à ceux commis à Lyon. L'effet en sera
d'autant plus utile ici, qu'il règne depuis quelques jours une
agitation assez grave parmi les ouvriers de plusieurs districts
manufacturiers d'Angleterre, et qui est causée par des associations de
la nature de celles que nous cherchons à détruire en France. Je
puis vous dire que l'opinion publique qui compte ici est avec nous
dans cette affaire, quoi qu'en disent quelques organes de la presse
périodique; les esprits sages savent gré au gouvernement du roi de ses
efforts pour contenir les dispositions révolutionnaires de ceux qui ne
cherchent qu'à troubler la paix de l'Europe, en livrant d'abord la
France à l'anarchie...»