LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 14 avril 1834, à onze heures.

»Mon prince,

»Il est onze heures, toute la nuit s'est passée sous les armes; les

insurgés, barricadés dans des maisons, tirent individuellement sur les

troupes; cela dégénère en assassinats partiels; il n'y a pas d'autre

résistance organisée, et on n'a pas pu faire usage de l'artillerie.

Les troupes et la garde nationale ont perdu surtout quelques

officiers, parce qu'on les choisit. Il n'y a donc aucun danger public,

mais des assassinats individuels. La journée se passera comme

cela; les troupes sont montées au dernier point et n'ont fait grâce

nulle part où elles sont entrées[200]. En ce moment, nous délibérons

sur quelques mesures à proposer aux Chambres.

»A Lyon, tout est a peu près fini; il y a eu là de sanglantes

exécutions. A Châlons, à Dijon, à Saint-Étienne, il y avait certaines

tentatives, mais partout les troupes sont restées fermes. La garde

nationale de Paris de même, mais ailleurs on ne peut en dire autant.

»A tout prendre, l'événement ou les événements sont de nature à donner

quelque force au gouvernement.--Je continuerai à vous tenir au courant

jusqu'à l'heure où partira l'estafette.»

[200] C'est, en effet, au cours de cette lutte que se place le

sanglant épisode de la rue Transnonain.

«Même jour, trois heures après midi.

»Tout est à peu près fini dans les rues; on fouille encore quelques

maisons, et je ne puis vous donner cette foule de détails qui ne se

recueillent que les uns après les autres.

»Nous sommes fort occupés des moyens de tirer parti de ceci pour

consolider tout ce qui est si fort ébranlé. Malheureusement, nous ne

pouvons rien contre la presse. Demain il sera porté quelque chose aux

Chambres,--_le quoi_ ne sera décidé que ce soir. Cela consistera

probablement en accroissement d'effectif d'armée.

»Les troupes et la garde nationale sont montées au plus haut degré.

Nous expédions des courriers dans toutes les directions, car il faut

prévenir partout. Je vous demande pardon d'être si bref et si

pressé...»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 150 / 313 题