MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Tuileries, le 27 février 1834.

»... Marseille, Lyon, Saint-Étienne et ce que nous venons d'avoir à

Paris, était une même chose, un coup monté par les mêmes factions, par

les républicains, par les associations et les sociétés secrètes[174].

Les ouvriers de Lyon et de Saint-Étienne n'ont heureusement voulu

prendre aucune part à l'émeute, et tout est maintenant rentré dans

l'ordre dans ces trois villes. Ici, la population n'a non seulement

pris aucune part aux coupables tentatives de désordre, mais elle en a

été indignée; la garde nationale en est exaspérée, ainsi que la

troupe de ligne et, de fait, cela n'a été qu'une poignée de misérables

qui ne pouvaient donner d'inquiétudes sérieuses. En résultat, cela a

été un mal pour un bien, en faisant sentir généralement la nécessité

d'une loi pour réprimer ces associations et les sociétés secrètes et

la faisant désirer à tout le monde. On ne doute pas que cette loi

passera à la Chambre[175]...

»Le roi pense comme vous que le nouveau traité russo-turc est une

grande amélioration, mais que cela ne peut pas changer matériellement

la position relative de la Russie et de la Turquie, qui est celle de

la force et de la nullité. Ainsi, ce que le roi croit le plus

essentiel, c'est le désarmement de la flotte de la mer Noire, parce

que tant qu'elle est armée, elle peut transporter les Russes à

Constantinople en trois jours. Une fois cette flotte désarmée, le

mouvement rapide n'est plus possible. Quant à l'évacuation des

principautés, c'est une très bonne chose, sans doute; mais avec une

route militaire et Silistrie, elle est plus apparente que réelle.

»Le point essentiel, le nœud gordien de cette affaire, c'est la

politique de l'Autriche. La Russie ne bougera pas si elle n'a pas

l'assentiment de l'Autriche; et j'appelle assentiment, la certitude de

son inaction. La question est de savoir ce qui est fait à cet égard.

L'Angleterre est de toute manière mieux placée que nous, pour le

découvrir, et c'est à elle à nous le dire. Tâchez donc qu'elle le

fasse...»

[174] Des troubles avaient éclaté sur divers points du

territoire, à la suite de la loi sur les crieurs publics. On sait

que la loi du 16 février les assujettissait à l'obligation de

demander une autorisation préalable. Des scènes de désordre se

produisirent, notamment, à Paris et à Lyon durant les journées

des 21, 22 et 23 février.

[175] Cette loi fut en effet votée le 25 mars suivant par la

Chambre des députés, à la majorité de 246 voix contre 154.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 136 / 313 题