«Saint-Cloud, le 16 septembre 1833.
»En arrivant ici, mon cher prince, j'ai trouvé votre lettre du 9, et
je me suis empressée de parler au roi de votre désir de revenir ici.
Il est toujours charmé de faire ce qui peut vous être agréable, et il
en a, sur-le-champ, entretenu le duc de Broglie, dont vous devez avoir
reçu maintenant la réponse que vous souhaitiez. Je sens combien un des
motifs qui vous rappellent à Paris est pénible pour vous, et j'y
prends bien part, comme à tout ce qui vous touche; mais je serai bien
contente de vous revoir et de pouvoir causer tout à mon aise avec
vous... Je regrette beaucoup que la résistance du roi de Hollande
retarde encore la conclusion des affaires de Belgique. Au reste, les
Belges ne sont pas de mon avis, car ils trouvent la convention du mois
de mai plus avantageuse pour eux qu'une conclusion qui les obligerait
à payer la dette, ce que, certes, je ne crois pas être bien entendu de
leur part.
»Vous avez dans ce moment en Angleterre la petite reine de Portugal et
la duchesse de Bragance. La conduite de cette dernière et celle
de dom Pedro envers notre roi a été inconcevable, bien ingrate et bien
déplacée. Elle est partie d'ici, sans remercier le roi de l'offre
qu'il lui avait faite, à la nouvelle de l'entrée de dom Pedro à
Lisbonne, de lui donner une frégate pour l'y conduire ainsi que la
jeune reine, sans avoir prévenu le gouvernement de son départ. Dom
Pedro n'a, non seulement pas écrit au roi depuis son entrée à
Lisbonne, mais n'a pas même chargé M. de Loulé qui est venu chez le
roi pour son propre compte, d'un mot de message pour le roi, ni
d'aucuns remerciements pour tous les soins qu'il a eus de sa famille.
Il est bon que vous sachiez que madame de Loulé (sœur de dom Pedro) a
eu, pendant son séjour à Paris, soixante mille francs; celle-là en est
très reconnaissante, mais il me semble que dom Pedro doit bien aussi
quelque chose au roi. Tout cela n'est pas bien, mais je n'en fais pas
moins des vœux bien sincères pour le succès de la cause de la petite
reine.
»A revoir bientôt, mon cher prince...»