«Londres, le 2 aooût 1833
»Lord Palmerston vient de me communiquer les nouvelles suivantes de
Lisbonne:
»La reine doña Maria a été proclamée à Lisbonne le 24 juillet. Il y a
eu le 23 un combat au sud du Tage, entre le général Villaflor et
Telles Jordaô; celui-ci est resté sur la place et ses troupes ont été
mises en déroute; le ministre d'Espagne[118] qui se battait avec les
miguélistes, a été fait prisonnier par Villaflor. Le 24 au matin, le
duc de Cadaval s'est retiré de Lisbonne avec la garnison. La
population a immédiatement et spontanément proclamé la reine doña
Maria. Dans l'après-midi du même jour, Villaflor a traversé le
Tage avec quinze cents hommes. Le 25, la flotte est entrée dans le
Tage. Le 26 au soir, l'empereur dom Pedro s'est embarqué avec tous ses
ministres à bord d'un bateau à vapeur, pour se rendre à Lisbonne,
laissant Saldanha[119] comme gouverneur civil et militaire d'Oporto.
L'armée assiégeante commençait à faire un mouvement de retraite...»
[118] Louis-Fernandez de Cordova, général et diplomate espagnol,
né en 1799, un des plus fidèles partisans du roi Ferdinand VII,
qu'il soutint toujours contre le parti constitutionnel. Il fut
secrétaire d'ambassade à Paris en 1825, puis ministre en Prusse.
En 1832, il fut accrédité auprès de dom Miguel, dont il défendit
énergiquement la cause. Il prit part aux guerres civiles de
l'Espagne et se rangea du côté de la reine Isabelle. Il mourut en
1840.
[119] Joao Carlos, duc de Saldanha Oliveira e Daun, homme d'État
et général portugais, petit-fils du marquis de Pombal, né en
1780; il accepta en 1810 la domination française et fut fait
prisonnier par les Anglais; il passa ensuite au Brésil. De retour
en Portugal, il devint ministre des affaires étrangères du roi
Jean VI. A la mort du roi, il devint le chef du parti libéral et
soutint la cause de dom Pedro. Créé maréchal en 1834, il devint,
en 1835, ministre de la guerre et président du conseil. Il quitta
le pouvoir en 1836 et fut, pendant quinze ans, mêlé à toutes les
luttes civiles du Portugal. En 1851, il s'empara du pouvoir qu'il
garda cinq ans. Le maréchal devint plus tard ministre
plénipotentiaire à Londres. Il mourut en 1875.
«Le 2 août 1833.
»Vous êtes déjà informé de la nouvelle qui est parvenue aujourd'hui à
Londres et dont j'ai connaissance à l'instant. On vient d'apprendre
que le traité entre la Russie et la Porte ottomane avait été signé à
Constantinople[120], et quoiqu'on annonce qu'il est purement défensif
(ce que même nous ne pourrions admettre), l'expérience prouve qu'en
pareille circonstance, un traité défensif est bien près, si cela
convient, de devenir offensif.
»Un tel événement réclame toute l'attention du gouvernement du roi, et
c'est parce que je sens l'importance d'une action vive et prompte, que
je ne balance pas à vous communiquer quelques réflexions qui me sont
suggérées par la situation.
»Il me semble que la France doit agir de concert avec l'Angleterre, et
vous jugerez sans doute convenable de faire connaître vos vues à cet
égard à lord Granville: de mon côté, je ferai usage de toutes les
directions que vous voudrez bien me donner.
»D'après ce qu'on écrit de Constantinople, les ratifications du traité
ne doivent être échangées que dans deux mois; c'est un temps précieux
dont il faut tirer parti.
»Dans l'état actuel des choses, la France et l'Angleterre ont à
choisir entre Pétersbourg, la Bohême où se trouve M. de Metternich, et
Constantinople, pour y employer toute leur influence afin d'empêcher
la ratification du traité récemment conclu.
»A Pétersbourg, il est très probable qu'on ne s'est décidé qu'après de
mûres réflexions et en conséquence d'une politique persévérante à
entraîner la Porte dans cette alliance; il y a donc tout lieu de
craindre que les démarches des deux cours resteraient sans effet près
d'un cabinet arrêté dans ses résolutions et qui, d'ailleurs, ne montre
pas habituellement des dispositions très bienveillantes pour la France
et pour l'Angleterre.
»Quant à M. de Metternich, par le langage qu'il a tenu à M. de
Sainte-Aulaire et à sir Frédéric Lamb, on doit le croire ou
trompé ou voulant nous tromper[121]. Dans le premier cas, on perdrait
beaucoup de temps à le désabuser, et dans le second, il ne chercherait
qu'à augmenter notre embarras par les moyens tortueux de la politique
qu'il a adoptée. Sans compter beaucoup sur l'efficacité des tentatives
qui pourraient être faites près de lui, je pense cependant qu'elles ne
devraient pas être totalement négligées.
»Mais c'est à Constantinople qu'il faut, par-dessus tout, porter tous
nos moyens d'action; c'est là qu'il faut que les ambassadeurs de
France et d'Angleterre représentent au sultan le danger dans lequel il
se précipite; qu'ils l'implorent, qu'ils le menacent au besoin, et
surtout, qu'ils cherchent l'appui du parti considérable qui, dans le
divan et parmi les ministres, a repoussé l'alliance russe. Il n'est
pas possible de croire qu'au moment où les troupes russes
viennent de quitter Constantinople, et où le sultan a, par conséquent,
recouvré une sorte d'indépendance, la voix unie de la France et de
l'Angleterre ne se fasse pas entendre avec succès.
»Notre seul but doit être d'empêcher la ratification du traité, et
dans mon opinion, le moyen d'y parvenir est une déclaration prompte et
énergique de deux puissances en état d'assurer à la Porte un appui qui
peut lui être devenu nécessaire par la faute à laquelle elle s'est
laissée entraîner.
»Il me paraît que les représentants d'Angleterre et de France ont
prudemment agi, en ne faisant aucune démarche avant le départ du comte
Orloff et des troupes russes.»
[120] C'est le traité d'Unkiar-Skelessi signé le 8 juillet entre
le comte Orloff et le gouvernement ottoman. Par ce traité, la
Russie et la Turquie contractaient une alliance défensive contre
toute attaque extérieure ou intérieure quelle qu'en fût la
nature. La Russie promettait à la Turquie, sur terre et sur mer,
tous les secours dont elle pourrait avoir besoin. Enfin, par un
article supplémentaire, il était convenu que la Porte fermerait,
en cas de nécessité, les Dardanelles, c'est-à-dire qu'elle ne
permettrait à aucun vaisseau d'y entrer sous n'importe quel
prétexte.
Le présent traité était signé pour huit années.
[121] M. de Sainte-Aulaire écrivait le 5 juillet au duc de
Broglie pour lui rendre compte d'un entretien qu'il venait
d'avoir avec M. de Metternich sur les affaires d'Orient: «M. de
Metternich, disait-il, prétend n'avoir aucune connaissance de ce
traité (Unkiar-Skelessi), mais il affirme que si cet acte existe,
il a été conçu et accompli non seulement sans la participation de
l'Autriche, mais sans qu'aucune circonstance ait pu éveiller les
prévisions du cabinet de Vienne. Ce serait au reste, selon lui,
une raison de plus pour marcher en commun à l'avenir, et plus on
attacherait d'importance à ce nouveau danger pour l'indépendance
de la Porte, plus la France et l'Angleterre auraient sujet de se
réunir à l'Autriche et à la Russie pour substituer un protectorat
commun à un protectorat exclusif. M. de Metternich donne des
assurances réitérées que l'Autriche ne souffrira pas, de la part
de la Russie, ni un accroissement de territoire, ni un
protectorat exclusif de la Porte. La méfiance et le mauvais
vouloir du prince de Metternich sont extrêmes contre la Russie.
Pour aucun prix cependant, il ne se déciderait à rompre
brusquement, mais il éprouve un vif désir d'organiser des
négociations communes.» Le 14 juillet suivant, M. de
Sainte-Aulaire ajoutait qu'il s'était mis d'accord avec M. de
Metternich sur la nécessité pour les quatre puissances de
notifier à la Porte qu'elles prenaient toutes un intérêt égal à
sa conservation et qu'elles entendaient protéger l'intégrité de
son territoire (_Correspondance officielle de M. de
Sainte-Aulaire_).
«Le 2 août 1833.
»Mon cher duc,
»Je vous envoie des nouvelles importantes, que je crois certaines, de
Lisbonne. Dom Pedro paraît y être accouru. A l'heure qu'il est, la
régence doit être établie; aussi mon opinion d'avant-hier est hors de
propos. Mais si, par le fait, l'Angleterre et la France n'ont pu
prendre part à l'établissement de la régence, elles restent
aujourd'hui maîtresses de la reconnaître ou de ne pas la reconnaître.
Je ne puis, dans ce moment, vous dire le parti que l'Angleterre
prendra à cet égard, et peut être ne devons-nous pas, dans cette
circonstance, faire dépendre entièrement notre marche de celle qu'on
adoptera ici. L'Angleterre a des intérêts portugais directs; notre
intérêt direct à nous, c'est l'Espagne. Le Portugal est pour nous un
intérêt de _second hand_. Les conditions auxquelles il peut nous
convenir de reconnaître la régence pourraient donc ne pas être
identiquement les mêmes que celles qui conviendront à l'Angleterre.
J'ai cru devoir appeler votre attention sur tout ceci au moment de la
décision qui paraît bien près d'arriver...»
«Le 5 août 1833.
»J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sous
le numéro 85[122], et j'ai vu avec une grande satisfaction, par les
considérations qu'elle renfermait, que mon opinion se trouve
parfaitement d'accord avec la vôtre, sur le grave événement qui vient
de se passer à Constantinople.
»Je presse, depuis plusieurs jours, le ministère anglais de prendre un
parti sur cette question, dans le sens que je vous indiquais par ma
dernière dépêche, et je puis vous dire la résolution à laquelle il
s'est arrêté.
»Un courrier anglais partira demain pour Constantinople et passera par
Paris. Lord Granville sera chargé de vous communiquer la dépêche
adressée à lord Ponsonby. Cette dépêche exprimera d'une manière nette
et prononcée l'étonnement et le mécontentement qu'a éprouvés le
gouvernement anglais en apprenant l'alliance conclue entre la Porte
ottomane et la Russie, et l'ordre d'en faire part au gouvernement
ottoman, en lui exposant tous les dangers de la situation dans
laquelle il s'est placé. Lord Ponsonby devra faire comprendre que la
Porte, en acceptant ce traité, renonce à son indépendance, qui,
désormais, reste soumise aux volontés et aux exigences de la Russie;
que, par ce fait seul, sa puissance se trouve anéantie aux yeux de
l'Europe, aussi bien qu'à ceux de ses peuples. Il insistera
particulièrement sur les changements qu'un tel traité doit produire
dans les rapports existants entre la Sublime Porte et ses anciens
alliés; que l'Angleterre ne peut plus la reconnaître que comme
dépendant de la Russie, et qu'en cas de guerre, par exemple, avec
cette dernière puissance, elle se verrait obligée de traiter l'empire
ottoman comme un ennemi; qu'une pareille conséquence, qui est
cependant inévitable, annulerait toutes les relations de la Porte avec
d'anciens et fidèles alliés comme l'Angleterre et la France, et la
livrerait au pouvoir de la Russie, son ennemie de tout temps.
»Je viens de vous rapporter à peu près l'exposé de ce qui sera écrit à
lord Ponsonby; vous jugerez peut-être convenable de transmettre à
l'amiral Roussin des instructions dans le même sens. Il me paraît bien
essentiel que les deux ambassadeurs combinent d'accord toutes leurs
démarches et agissent de concert en tout point.
»Si vous adoptiez cette marche, vous croiriez sans doute devoir
communiquer à lord Granville les instructions adressées par vous à
l'amiral Roussin. Il serait utile aussi, je pense, que le courrier
français porteur de vos ordres partît en même temps, et peut-être même
avec le courrier anglais, afin de fournir, même dans l'exécution
matérielle, une preuve de la communauté de vues de la France et de
l'Angleterre.
»Il n'y a pas de temps à perdre, puisque c'est le 8 du mois de
septembre que doit avoir lieu l'échange des ratifications entre la
Russie et la Porte ottomane, et que c'est à empêcher cet échange que
doivent tendre tous nos efforts.
»Vous voyez que, dans tout ceci, je ne parle pas de l'Autriche. Comme
j'avais l'honneur de vous le dire dans ma dernière dépêche, une
démarche envers l'Autriche, dans le premier moment, pourrait nous
entraver au lieu de nous servir. Mais, après le départ des deux
courriers, il y aurait peut-être de l'avantage à faire arriver à
Vienne quelques réflexions sur les circonstances, afin de se ménager
plus tard le moyen de représenter au cabinet autrichien que nous
n'avons pas négligé de lui faire connaître notre opinion, et qu'il n'a
tenu qu'à lui de s'unir avec nous, car il faut également éviter d'être
entravé et d'être accusé de manque de confiance...»
[122] Voir la dépêche du 1er août à l'Appendice, page 504.
«Le 5 août 1833.
»Le gouvernement anglais s'est décide à reconnaître officiellement le
gouvernement de la reine doña Maria; et cette reconnaissance
s'exprimera simplement en accréditant près de la régence un envoyé
anglais. Lord William Russell qui, comme vous le savez, est déjà à
Lisbonne, sera chargé de cette mission, à laquelle on donnera le
caractère de mission spéciale.
»Lord Palmerston doit écrire en même temps au ministre d'Angleterre à
Madrid, M. Addington[123], de tranquilliser le gouvernement espagnol
sur le résultat de cette reconnaissance, en lui faisant comprendre que
l'Angleterre, en agissant ainsi, avait usé du même droit que
l'Espagne, qui avait précédemment reconnu dom Miguel. M. Addington
devra aussi assurer que la ferme intention de l'Angleterre est
d'empêcher toute réaction dans la péninsule.
»Lorsqu'il s'agira du retour de la reine doña Maria en Portugal, ne
trouveriez-vous pas convenable qu'elle fût escortée par une frégate
française et par une frégate anglaise? Je crois que le gouvernement
anglais le verrait avec plaisir...»
[123] Henry Unwin Addington, cousin du ministre de ce nom. Né en
1790, il entra dans la diplomatie, fut secrétaire de légation à
Berne et à Copenhague, chargé d'affaires à Washington (1822) puis
envoyé extraordinaire à Francfort (1828) et à Madrid (1829). En
1842, il devint sous-secrétaire d'État au Foreign Office, et
conseiller privé en 1854.
«Le 6 août 1833.
»Je viens de voir lord Palmerston, qui m'a annoncé que le départ de
son courrier pour Constantinople était retardé jusqu'à demain. Cette
disposition du gouvernement anglais à apporter toujours des retards
dans les décisions sur les affaires d'Orient, me persuade quelquefois
qu'il n'en sent pas assez l'importance. Du reste, le gouvernement du
roi aura par là un jour de plus pour délibérer sur une affaire qui
mérite certainement la plus sérieuse attention.
»C'est demain aussi qu'on fera partir pour Lisbonne le paquebot qui
doit porter à lord William Russell ses lettres de créance. Il me
semble que rien ne vous oblige à hâter l'envoi d'un ministre en
Portugal; ce sera, de la part de la France, une démarche beaucoup plus
prononcée que celle de l'Angleterre, qui accrédite seulement une
personne qui se trouve déjà sur les lieux. Vous avez d'ailleurs, sur
ce point, des informations qui doivent vous mettre en position de
juger beaucoup mieux que moi du moment opportun pour faire cette
démarche...»
»Le 8 août 1833.
»... Lord Palmerston a envoyé hier à lord William Russell ses lettres
de créance, en l'autorisant toutefois à ne pas déployer son caractère
dans le cas où des troubles, ou toute autre circonstance, lui feraient
trouver de l'inconvénient à cette démarche. C'est une information
qui peut, au besoin, ne pas vous être inutile.
»Le gouvernement anglais avait fait demander avant-hier aux armateurs
de la cité quinze bâtiments de transport de 3 à 400 tonneaux, et dont
les services étaient réclamés pour trois mois. On a répandu le bruit
que c'était pour envoyer des troupes en Portugal, et cela paraissait
assez probable. Il semble cependant qu'on est revenu sur cette
résolution, du moins pour le moment, puisqu'on s'est borné à recevoir
les propositions des armateurs, sans leur donner de réponse positive;
on a peut-être voulu s'assurer par là seulement des facilités qu'on
pourrait se procurer dans une occasion pressante.
»Le gouvernement anglais est d'ailleurs fort rassuré sur les
dispositions du cabinet de Madrid; les ministres m'ont dit que M.
Addington leur écrivait que, dans ses dernières conversations avec M.
de Zéa, il l'avait trouvé beaucoup plus conciliant et plus modéré, et
qu'il paraissait même vouloir repousser tout projet d'intervention de
la part de l'Espagne dans les affaires de Portugal.
»M. Aston vous aura donné connaissance des instructions pour lord
Ponsonby, qui sont parties hier d'ici. Lord Palmerston a reçu la
communication du projet de protestation à Constantinople, dont vous
avez fait part à M. Aston; il l'a accueilli très favorablement, et je
puis vous dire qu'il entre complètement dans les vues du cabinet
anglais...»
«Le 10 août 1833.
»Nous avons échangé aujourd'hui avec le ministre de Bavière les
ratifications de l'article explicatif et supplémentaire de
l'article VIII de la convention signée à Londres, le 7 mai 1832, pour
l'arrangement définitif des affaires de la Grèce[124].
»Dans cette réunion des membres de la conférence sur les affaires de
Grèce, il a été question de la demande qui doit nous être incessamment
faite par le gouvernement grec, afin d'obtenir la garantie des trois
puissances au troisième tiers de l'emprunt. Lord Palmerston et le
prince de Lieven m'ont dit qu'ils étaient autorisés à accorder cette
garantie, et j'ai promis de demander vos ordres à cet égard; en
conséquence, je vous prie de vouloir bien me faire connaître les
intentions du gouvernement du roi, et si je suis ou non autorisé à
accéder à la demande du gouvernement grec...»
[124] Voir page 167.
«Le 10 août 1833.
»Voici l'extrait des nouvelles qui sont arrivées aujourd'hui de
Portugal; elles vont jusqu'au 31 juillet et sont, en général, très
satisfaisantes pour la cause de la reine doña Maria.
»L'empereur dom Pedro est entré à Lisbonne le 28, et un grand nombre
de personnes des classes les plus élevées, parmi lesquelles plusieurs
grands du royaume, se sont empressées de lui présenter leurs hommages
et de faire leur soumission à la jeune reine. Le patriarche de
Lisbonne n'a pas voulu suivre le duc de Cadaval et avait déjà ordonné
de nommer la reine et le régent dans les prières de l'Église...
»Le duc de Terceira, dans l'action du 23 contre Tellez Jordaô, a pris
huit pièces de canon; l'ennemi avait perdu trois cents hommes et deux
escadrons de cavalerie. M. de Cordova, ministre d'Espagne, a été
positivement fait prisonnier pendant cette affaire, et quoiqu'il
ait été vu pendant le combat dirigeant et encourageant les troupes
miguélistes, le duc de Terceira l'a fait cependant mettre
immédiatement en liberté. Retourné à Lisbonne, M. de Cordova a fait
enlever les armes de la légation de son hôtel et s'est rendu à
Coimbre...
»On a saisi des dépêches diplomatiques et autres qui éclairent fort
bien sur les menées des agents, des amis et des protecteurs de dom
Miguel. D'après les lettres de Porto du 29 juillet, l'ennemi aurait
perdu cinq mille hommes dans l'action du 25. On compte parmi les morts
le fils de M. de Bourmont, M. Duchâtel, le général Cardozo, et on
parle aussi d'autres personnes assez importantes qui auraient été
tuées; MM. de Bourmont[125] père, Clouet et Lemos ont été blessés...»
[125] Louis-Anguste-Victor, comte de Ghaisnes de Bourmont, né en
1773, était officier aux gardes françaises à l'époque de la
Révolution. Il émigra, servit dans l'armée de Condé, puis en
Vendée. Il fut arrêté sous le consulat, mais parvint à s'évader,
revint en France en 1810 et prit du service. Il devint général de
division. On connaît sa conduite en 1815. En 1829, il fut un
instant ministre de la guerre et, en 1830, commanda l'expédition
d'Alger, qui lui valut le bâton de maréchal. Il refusa de prêter
serment au roi Louis-Philippe, suivit la duchesse de Berry en
Vendée en 1832, puis se mit au service de dom Miguel, dont il
commanda les troupes. Il rentra en France en 1840 et mourut en
1846.