LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 25 juillet 1833.

»Mon prince,

»C'est toujours à vous qu'il faut avoir recours dans les circonstances

qui présentent quelques difficultés. Aussi, je désire vous

entretenir de bonne heure de l'affaire de Portugal et savoir quel est

votre avis sur la marche à suivre dans le cas où Lisbonne se rendrait

prochainement au marquis de Palmella.

»A coup sûr, nous nous réjouissons de cet événement, en supposant

qu'il arrive; mais nous ne pouvons nous dissimuler qu'il ne tardera

pas à nous causer des embarras assez grands. La situation déjà bien

précaire de l'Espagne en deviendra bien plus précaire encore, et

chaque jour nous nous trouverons en présence de complications

nouvelles résultant des tentatives faites pour amener un état

révolutionnaire dans toute la péninsule. Ces difficultés seront

plus ou moins nombreuses, plus ou moins pressantes, selon que

l'établissement de la jeune reine sera dirigé par dom Pedro ou par

Palmella, selon que la charte brésilienne sera ou ne sera pas mise de

côté. Il importe, je crois, au gouvernement anglais comme à nous, que

dom Pedro et sa charte soient éloignés du Portugal le plus tôt

possible, et, pour cela, il importe que les deux gouvernements

s'entendent et se concertent de bonne heure sur la ligne de conduite

qu'ils se proposent de suivre. Nous savons par Oporto que dom Pedro a

défendu à Palmella d'entrer à Lisbonne sans lui. Nous savons également

que Palmella est décidé à ne point obéir. Nous savons également enfin

que l'impératrice a des ordres secrets pour ne point laisser

s'embarquer la jeune reine, jusqu'à ce que dom Pedro ait lui-même

écrit qu'on la lui envoyât. Il me semble que nous ne saurions songer

trop tôt à parer aux dispositions qu'il fait pour s'emparer

exclusivement de toute l'affaire. Je désirerais savoir quelles mesures

vous paraîtraient les plus efficaces pour arriver à ce but, et quelles

sont celles que vous croiriez en même temps les plus faciles à

concerter avec le gouvernement anglais. Soyez assez bon pour

m'éclairer de vos conseils sur ce point, comme sur tous les autres, et

veuillez recevoir...»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 102 / 313 题